‹ Œuvres de BaconChapitre 67 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

de ces lunettes, nous distinguons, dans les taches de la lune, les parties claires d'avec les parties obscures, et nous déterminons la position des unes et des autres au point qu'on peut faire une sorte de sélénographie. De là enfin la découverte des taches du soleil et quelques autres semblables, toutes inventions mémorables ; autant néanmoins qu'on peut ajouter foi à des observations de cette nature, qui nous paraissent un peu suspectes par cette raison surtout qu'on s'en est tenu à ce petit nombre de découvertes et qu'on n'a pas su découvrir, par le même moyen, une infinité d'autres choses qui ne méritaient pas moins d'être observées.

Du troisième genre sont les instruments qui servent à mesurer la terre, les astrolabes et autres semblables, qui n'augmentent point la portée du sens de la vue, mais qui rectifient et dirigent les observations de ce genre. Il existe sans doute d'autres exemples du même genre ou d'autres moyens d'aider les sens quant à leurs actions propres et immédiates ; mais si d'ailleurs ils ne peuvent nous procurer de nouvelles connaiss(ances , comme alors ils ne se rapportent point à notre objet actuel , nous n'avons pas dû en faire mention.

XL. Nous mettrons au dix-septième rang les exemples de cita^ tion : terme emprunté du barreau et auquel nous donnons une signification analogue, parce que les exemples de ce genre citent, en quelque manière, et assignent à comparaître ce qui n'a pas encore comparu. Nous les désignons aussi quelquefois par la dénomination d'exemples d'évocation : ce sont ceux qui ramènent à la portée des sens les objets qui, sans ce secours, leur échapperaient.

Or, ce qu'on veut observer échappe aux sens :

Ou parce que l'objet se trouve placé à une trop grande distance ; ou parce que l'action de cet objet est interceptée par les corps intermédiaires, par des obstacles ; ou parce que l'objet n'est pas de nature à faire impression sur le sens dont il s'agit ; ou parce qu'il est en trop petite quantité pour ébranler suffisamment l'organe du sens ; ou parce que le temps de son action ne suffit pas pour éveiller le sentiment et faire naître la sensation actuelle ; ou parce que le sens ne peut soutenir l'impression , le choc de l'objet ; ou enfin parce que le sens est déjà rempli et frappé d'un autre objet qui ne laisse plus de place à une nouvelle impression. Or, ces diflérentes causes ou circonstances se rapportent principalement à la vue et au tact; les deux sens auxquels nous devons les plus amples informations et sur des objets qui leur sont communs, au lieu que chacun des trois autres sens ne nous procure que des informations immédiates et sur des objets qui lui sont propres et particuliers.

170 NOUVEL ORCANtlM.

Le premier genre de déduction n'est possible que lorsqu'à Fobjet qu'on ne peut voir, à cause de sa trop grande distance , on ajoute ou substitue quelque autre objet qui peut exciter, agacer, pour ainsi dire le sens, et de plus loin. Telle est la destination de ces signaux qu'on se fait à de grandes distances, à l'aide des fbux, des cloches et par d'autres moyens semblables.

La déduction du second genre a lieu quand ce qui se passe à l'intérieur d'un corps, et que l'interposition des parties extérieures empêche de voir, est rendu sensible par les effets extérieurs et par les fluides déterminés au dehors. C'est ainsi que l'état de l'intérieur du corps humain se manifeste par le pouls, les urines et autres signes de cette espèce.

Mais les déductions du troisième et du quatrième genre ayant un objet fort étendu et menant à une inGnité de conséquences , il en faut chercher des exemples dans toute la nature et dans des sujets de toute espèce t car on n'en saurait rassembler en trop grand nombre. Par exemple, on sent aisément que l'air, les esprits et autres semblables substances, qui, dans leur totalité, sent trèsténues et très-subtiles, sont par cela même invisibles et impalpables. Ainsi, dans les recherches qui ont pour objet les substances de cette espèce, on ne peut absolument se passer de substitutions.

Soit donc la nature en question l'esprit renfermé dans les corps tangibles ; car tous les corps tangibles que nous connaissons renferment un esprit invisible et impalpable, auquel ils servent d'enveloppe et comme de vêtement : d'où résultent trois genres ou modes d'action, qui sont la triple et puissante source des progrès de l'esprit sur le corps tangible. Lorsque cet esprit, renfermé dans le corps tangible, s'exhale , il contracte ce corps et le dessèche ; s'il y est détenu il l'amollit ou le qualifie ; enfin, n'est-il tout à fait émis ni tout à fait détenu, alors il figure, il forme des membres, il assimile, il évacue, il organise. Or, toutes ces différentes actions sont rendues sensibles par leurs effets extérieurs.

En effet, l'esprit qui se trouve renfermé dans tout corps inanimé commence par se multiplier lui-même :il ronge, pour ainsi dire, celles des parties tangibles qui, par leur disposition actuelle, lui donnent le plus de prise ; il les digère, il les transforme, il les convertit en sa propre substance et s'exhale avec elles. Cette confection et cette multiplication de l'esprit devient sensible par la diminution du poids; car dans toute dessiccation il y a une diminution de quantité, un déchet, et ce déchet ne se prend pas sur l'esprit déjà formé et préexistant dans le composé , mais sur les parties mêmes qui étaient tangibles et qui viennent d'être converties en esprit,

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