LIVRE DEUXIÈME
substance dans l'état d'esprit'-de-vin avec l'espace qu'elle occu-<pait sous la forme de vapeur, nous eûmes un dernier résultat qui nous apprit que cette substance ainsi transformée avait acquis un volume cent fois plus grand qu'auparavant.
Soit encore la nature en question le chaud ou le froid, en suppo* aant l'un et l'autre à des degrés trop faibles pour être perçus par les 9en8. Les variations de cette espèce sont rendues sensibles par le thermomètre que nous avons décrit plus haut. Il est Vrai que ces légères différences du chaud et du froid ne sont pas sensibles au tact ; mais la chaleur dilate Tair et le froid le contracte. Cependant cette expansion et cette contraction même ne sont pas non plus visibles ; mais cet air, en se dilatant, fait baisser l'eau ; en se contrao* ^nt , il la fait monter ; et c'est alors en6n que ces effets deviennent sensibles à la vue , et non auparavant ou dans tout autre cas.
De même, soit la nature en question le mélange ou la combinaison des parties constitutives descorps, et supposons qu'il s'agisse de savoir ce qu'ils contiennent de substance aqueuse ou huileuse , d'esprit, de €endres, de sels ou d'autres semblables substances, ou même desavoir plus spécialement ce que le lait, par exemple, contient de substance butyreuse, caaéeuse, séreuse, et ainsi des autres. Les parties constitutives de ces corps sont naturellement invisibles ; mais elles de^ viennent sensibles par d'ingénieuses et savantes analyses, du moins quant à leurs parties tangibles; et quoique l'esprit qui s'y trouve renfermé ne soit pas sensible par lui-même, il ne laisse pas d'annoncer sa présence par les différents mouvements et efforts des corps tangibles dans l'acte et le procédé même de la décomposition. Il se manifeste aussi par des signes d'acrimonie et de qualité corrosive, par les diverses couleurs, odeurs et saveurs de ces mêmes corps après la décomposition. On ne peut disconvenir que les hommes , en multipliant et variant les distillations et les procédés de décomposition, n'aient fait les plus grands efforts pour découvrir les parties constitutives des différentes espèces de corps , mais avec aussi peu de succès que par les autres procédés aujourd'hui en usage. Toute cette marche n'est qu'un pur tâtonnement, qu'une méthode aveugle ; je vois là beaucoup d'activité , mais bien peu d'intelligence et de vraie méthode. Ce qu'il y a de pire dans toutes ces tentatives, c'est qu'au lieu de rivaliser avec la nature, en imitant ses opérations , on trouve moyen , par les chaleurs trop fortes ou les agents trop puissants qu'on emploie , de détruire ces textures délicates d'où dépendent les propriétés les plus intimes et leurs secrètes corrélations. Mais ce qui ne se présente pas même à leur esprit dans ces analyses et ce dont nous avons averti ailleurs, c'est
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que, lorsqu^on tourmente ainsi ces corps par le moyen du feu ou des substances très-aclives qu'on emploie pour les décomposer, c'est le feu même ou ce sont <oes agents qui y introduisent la plupart des qualités qu'on y observe après la décomposition et qui n'existaient pas auparavant dans le composé ; car il ne faut pas s'imaginer que toute cette vapeur qui s élève d'une masse d'eau était dans l'eau même et faisait corps avec elle sous la forme de vapeur ou dé substance aériforme , mais c'est le feu qui, en dilatant l'eau, a formé cette vapeur.
De même encore , toutes les épreuves qu'on fait subir aux composés , soit naturels, soit arliûciels, à l'aide desquelles on distingue les vraies substances de celles qui sont falsitiées , et l'on s'assure de leurs bonnes ou mauvaises qualités; ces épreuves, dis-je, se rapportent aussi à cette division, vu qu'elles rendent sensibles telles qualités qui, sans ces manipulations, seraient imperceptibles. Ainsi l'on ne doit rien épargner pour multiplier les procédés et les essais qui tendent à ce but.
Quant à ce qui regarde le cinquième genre d'objets qui échappeut aux sens, il est clair que toutes les actions d'où naît quelque sensation consiste dans un mouvement et que tout mouvement s'exécute dans un certain temps. Si donc le mouvement tl'un corps est de telle lenteur ou de telle vitesse qu'il n'y ait aucune proportion entre le temps nécessaire pour qu'il s'exécute et celui qui le serait pour que la sensation eût lieu , alors l'objet n'est point perçu et il échappe tout à fait aux sens. On en voit un exemple dans le mouvement de l'aiguille d'une horloge, et, en sens contraire, dans celui d'une balle de mousquet ou toute autre arme à feu. Or ces mouvements, qui , à cause de leur extrême lenteur, sont imperceptibles dans leurs parties, deviennent sensibles dans leur somme , et c'est ainsi qu'on les considère ordinairement. Mais ces autres mouvements, que leur extrême vitesse rend imperceptibles, donnant moins de prise, on n'a pu encore en déterminer la mesure avec exactitude. Cependant il est dans l'étude de la nature une infinité de cas où ces déterminations seraient absolument nécessaires.
Quant au sixième genre de circonstances où l'objet à observer échappe aux sens , savoir, celles où la force même avec laquelle il agit sur l'organe des sens empêche que la sensation n'ait lieu , la déduction se fait : ou en éloignant l'objet de l'organe du sens , ou en émoussant son impression par l'interposition d'un milieu qui soit de nature à affaiblir seulement cette impression sans la détruire entièrement; ou, enfin, en le faisant agir indirectement et par réflexion, toujours dans le cas où l'action directe serait Irop forte.