LIVRE DEUXIÈME
celle lorsqu'il se dissipe et monte à travers Teau sous la forme de bulles. Enfin un dernier exemple en ce genre, c'est la poussière excitée dans l'air, laquelle s'y élève et y demeure suspendue, tous phénomènes où il n'y a point d'incorporation. Or cette représentation ou substitution dont nous venons de parler serait assez exacte pour peu que l'on commençât par s'assurer s'il peut y avoir entre ces substances pneumatiques une hétérogénéité, des différences vraiment spécifiques et égales jà celles qu'on observe entre les liquides. Ce point une fois décidé, on pourra sans inconvénient substituer par voie d'analogie ces simulacres visibles aux substances aériformes qu'on ne peut observer directement.
Au reste quoique nous ayons dit, de ces exemples de supplément^ qu'il faut en tirer des lumières lorsque les exemples propres et directs manquent absolument , et y recourir comme à une dernière ressource , cependant on doit se persuader qu'ils sont encore d'un grand usage dans les cas mêmes où Ton ne manque point d'exemples directs ; car alors ils concourent avec ces derniers à rendre l'information plus ample et plus certaine. Mais nous traiterons plus en détail de ce genre d'exemples lorsque l'ordre de notre sujet nous aura conduit à parler des adminicules de l induction.
XLin. Nous placerons au vingtième rang les eocemples dedissec-lion que nous désignons aussi ordinairement par la dénomination d'exemples agaçants, mais dans des vues différentes. Nous les appelons agaçants parce qu'en effet ils agacent l'entendement, et de dissection parce qu'ils nous excitent à pousser l'analyse de la nature aussi loin qu'il est possible ; fonction qui nous engage quelquefois à leur donner aussi le nom ^exemples de Démocrite. Les exemples de cette classe, en avertissant l'esprit de l'extrême subtilité de certains corps ou de certains mouvements, l'éveillent, pour ainsi dire , Texcitent à l'attention et l'invitent à considérer de plus près les objets fort déliés et à les observer avec toute l'exactitude requise. Par exemple, l'entendement s'éveille lorsqu'il arrête son attention sur les faits suivants : Quelques gouttes d'encre peuvent, en s'étendant, former des milliers de lettres et de lignes. Un cylindre d'argent, doré superficiellement, peut être allongé au point de former un fil de plusieurs lieues et doré pourtant dans tous les points de sa surface. Tel insecte imperceptible, qui se loge sous la peau, a pourtant un esprit et une infinité de parties toutes différentes et toutes distinctes. Un peu de safran suffit pour teindre un muid d'eau. Un grain de civette ou de musc répand son odeur jus<|((e dans les plus petites parties d'une masse d'air beaucoup plus grande. Une trèspetite quantité de certaines matières brûlées forme un nuage d'un IL 16
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volume immense. Les différences les plus légères, les nuances les plus délicates des sons, par exemple celles des sons arliculés, sont déterminées par Tair qui leur sert de véhicule dans toutes sortes de directions; différences qui, quoique trés-atténuées et très-affai* blies, ne laissent pas de pénétrer par les pores et les interstices du bois et de l'eau, sans compter qu'elles s'y répercutent : le tout avec la plus grande vitesse et très-distinctement. La lumière et la cou* leur même franchissent en un clin d œil des espaces immenses, pénètrent à travers des corps très-compactes, tels que le verre à travers Veau , et y forment des milliers d'images qui se diversifient à l'infini ; enfin elles s'y réfractent et s'y réfléchissent. L'aimant agit à travers les corps de toute espèce, même les plus durs et les plus compactes. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que, de toutes les actions qui s'exercent dans l'air, milieu commun à toutes indifféremment, il n'en est pas une seule qui fasse obstacle à une autre ; je veux dire que , dans le même temps et dans la même masse d'air, passent et repassent, dans toutes les directions possi* blés, un grand nombre d'images diverses d'objets visibles, de sons délicatement articulés, d'odeurs spécifiquement différentes, comme celles de la violette, de la rose, etc. ; ainsi que la chaleur, le froid^ les vertus magnétiques, etc. ; et cela, dis-je, toutes à la fois, sans que l'une empêche l'autre, comme si chacune avait ses routes par^ ticulières, ses passages propres et tellement distincts que l'une ne pût jamais rencontrer et heurter l'autre.
Cependant, à ces eonemples de dissection^ nous en joignons ordinairement d'autres que nous appelons limites de la dissection. Ces exemples étant ainsi accouplés, on voit, dans ceux dont nous avons parlé en premier lieu, que deux actions de différents genres ne se troublent ni ne s'empêchent réciproquement; au lieu que, de deux actions du même genre, l'une amortît et éteint l'autre. C'est ainsi que la lumière du soleil éteint pour ainsi dire celle du ver luisant ; que le bruit du canon couvre la voix humaine ; qu'une odeur forte efface une odeur délicate ; qu'une chaleur d'une grande intensité étouffe une chaleur plus faible; et qu'enfin une lame de fer placée entre l'aimant et d'autre fer intercepte l'action de cet aimant. Mais nous renvoyons aussi ce que nous avons à dire sur ces exemples au traité sur les adminicules de r induction^ où est leur véritable place.
XLIY. Dans les aphorismes précédents, nous avons traité des exemples qui sont destinés à prêter secours aux sens et qui se rap* portent principalement à la partie informative ou à la théorie ; car l'information commuée aux sensations. Or, toute l'opération intel-