LIVRE DEUXIÈME
lectuelle se termine par les œuvres; et tomme la simple oonnaissance en est le commencement, l'exécution en est la fin. Ainsi, dans les aphorisme» suivants, nous traiterons principalement des exemples qui se rapportent spécialement à la partie opérative. Ces exemples sont de deux genres et forment en tout sept espèces, que nous comprenons ordinairement sous la dénommation commune d'exemples pratiques. Or la pratique est susceptible de deux vices ou défauts, auxquels répondent deux genres de perfection dont elle est aussi susceptible; car Topération peut être ou trompeuse ou onéreuse. Si Topération est quelquefois trompeuse, même après une recherche des propriétés qui a d'ailleurs toute l'exactitude nécessaire , c'est surtout parce qu'on a mal déterminé , mal mesuré les forces et les actions des corps. Or les forces ou actions des corps sont circonscrites et mesurées, ou par les espaces qui sont les parties du lieu, ou par les instants qui sont les parties du temps, ou par la quantité de matière, ou par la prédominance de telle vertu. Si ces quatre choses n'ont été bien examinées et bien pesées, les sciences pourront être fort belles dans la théorie, mais elles seront inutiles dans la pratique. Or, ces quatre genres d'exemples qui se rapportent à notre objet actuel ; pour les comprendre tous sous un seul nom , nous les appellerons exemples mathématiques ou exemples de mesure.
La pratique devient onéreuse , ou parce qu'avec les choses nécessaires on en mêle d'inutiles, ou par l'excessive multiplication des instruments , ou à cause de la grande quantité de matière qui semble nécessaire pour produire tel effet ou exécuter tel ouvrage. Ainsi, l'on doit attacher le plus grand prix aux exemples qui ont la propriété de diriger la pratique vers les objets les plus intéressants pour le genre humain, ou d'épargner une partie des instru^ ments, ou d'économiser sur les matières ou sur le mobilier. Or, pour désigner aussi par un seul nom les trois espèces d exemples qui se rapporte.nt à ce triple but, nous les appellerons eocempUs propices ou favorables. Nous allons traiter successivement et en détail de ces sept différentes espèces d'exemples; et ce sera par cet exposé que nous terminerons cette partie, qui a pour objet les prérogatives ou dignités des différentes classes d'exemples.
XLV. Nous mettrons au vingt et unième rang, parmi les prérogatives des faits, les^ exemples de la verge ou du rayon, que nous appelons aussi assez souvent exemples de portée, ou de non plus vitra; car les forces ou actions des corps se font sentir et leurs mouvements ont leurs effets dans des espaces, non pas infinis ou fortuits, mais limités, fixés et déterminés. Or, ces espaces, dans
toutes les natures qui peuvent être l'objet de nos recherches, il importe fort à la pratique de les déterminer avec précision et d*en bien marquer les limites ; et cela non-seulement pour ne pas manquer le but dans l'exécution, mais encore afin de donner à la pratique plus d'étendue et de puissance. Car on est quelquefois maître de donner aux forces ou actions une plus longue portée, et de rapprocher en quelque manière les choses éloignées en diminuant l'efTet de la distance, comme le font les télescopes, lunettes, etc.
Mais il est des vertus (et en assez grand nombre) qui n'agissent et n'affectent que dans le seul cas d'un cpntact immédiat et manifeste; c'est ce qui a lieu dans le choc des corps, où l'on ne peut déplacer l'autre si le corps poussant ne touche le corps poussé. Les remèdes qu'on applique extérieurement, comme emplâtres, onguents, etc., n'exercent pas leur action et ne produisent pas leurs vrais effets si on ne les met en contact avec le corps. Enfîn, les objets du tact et du goût n'excitent point de sensation s'ils ne sont contigus aux organes respectifs.
Il est d'autres vertus qui agissent à distance, mais à des distances très-petites; propriétés dont on n'a encore observé qu'un petit nombre, quoiqu'elles soient en plus grand nombre qu'on ne le soupçonne. Et pour tirer nos exemples des sources les plus connues, c'est ainsi que le succin (l'ambre jaune) et le jais attirent les pailles et autres corps légers ; que les bulles d'un fluide, approchées Tune de l'autre, se dissolvent réciproquement; que certains purgatifs tirent les humeurs des parties supérieures du corps, et ainsi des autres effets semblables. La vertu magnétique par laquelle le fer et l'aimant, ou deux aimants, ou deux fers aimantés, se portent l'un vers l'autre , agit dans toute sa sphère d'activité , sphère qui est déterminée, mais fort petite; au lieu que s'il existe en effet une vertu qui émane de la terre même (c'est-à-dire de ses parties un peu intérieures) et qui influe sur une aiguille de fer, du moins quant à sa direction vers les pôles, cette action-là s'exerce à une grande distance.
De plus, s'il est quelque force magnétique qui ait pour cause une certaine corrélation ou affinité entre le globe terrestre et les corps pesants, ou entre le globe de la lune et les eaux de la mer, force dont l'existence est rendue assez probable par la variation périodique et d'un demi-mois qu'on observe dans les flux et les reflux;' ou enfin une corrélation entre le ciel étoile et les planètes, par laquelle ces planètes soient élevées et comme appelées à leurs apogées, toutes ces forces agissent à de très- grandes distances. On trouve aussi des matières qui s'enflamment ou qui prennent feu à des distances assez
grandes; c'est ce qu'on rapporte de la naphte de Babyîone*. La chaleur se communique aussi à de fort grandes distances ; il en faut dire autant du froid. Par jBxemple les habitants des contrées voisines du Canada observent que les masses glaciales qui, après s'être détachées des terres, flottent dans l'océan Septentrional et se portent par la mer Atlantique vers les côtes dont nous parlons, lancent pour ainsi dire le froid et se font sentir de fort loin. Les odeurs également se font sentir à des distances notables ; mais alors il y a toujours quelque émission de substance vraiment corporelle. C'est ce qu'observent ordinairement ceux qui font voile près des rivages de la Floride ou près de certaines côtes de l'Espagne, où il y a des forêts entières de citronniers, d'orangers et d'autres arbres odoriférants, ou de grands espaces couverts de romarin, de marjolaine et d'autres plantes analogues. Enfin, les radiations de là lumière et les impressions des sons s'étendent à de fort grandes distances.
Mais toutes ces forces ou vertus, soit qu'elles agissent à de grandes ou à de petites distances, agissent certainement, dans tous les cas; à des distances déterminées et fixées par la nature, en sorte qu'il se trouve là une sorte de nunplus ultra qui est en raison de la masse ou quantité de matière des corps, de l'intensité plus ou moins grande des vertus, enfin des facilités ou des obstacles résultants de la nature des milieux où s'exercent ces actions, toutes choses calculables et dont il faut déterminer avec soin la quantité. Ce n'est pas tout : les mesures des mouvements que l'on qualifie ordinairement de violents, tels que ceux des armes de trait, des armes à feu et en général des corps lancés, des roues et autres semblables, ayant aussi . manifestement leurs limites certaines et fixes , doivent également être observées et déterminées.
S'il est des vertus qui agissent dans le contact et non à distance, il en est d'autres qui agissent à distance et non dans le contact, qui en outre agissent plus faiblement à une uistance moindre , et avec plus de force à une plus grande distance. La vision, par exemple, s'opère imparfaitement dans le contact; mais elle a besoin d'un milieu et d'une certaine distance. Cependant je me souviens d'avoir ouï dire à un personnage digne de foi , qu'au moment où on lui faisait l'opération de la cataracte (opéralion qui consiste à introduire une aiguille d'argent sous la cornée, à détacher cette pellicule qui forme la cataracte, et à la pousser dans l'un des angles de l'œil] il avait vu le mouvement de cette aiguille à l'instant où elle passait sur sa prunelle. Mais en supposant même que le fait soit vrni, il