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une preuve de l'utilité du sujet que nous traitons, ce sont les mines où des masses éiiormes de terre, de fortifications, d'édifices et d'autres corps semblables sont renversées ou sautent en Tair par l'explosion d'une très-petite quantité de poudre. Voici la raison de ces prodigieux effets. Le mouvement expansif de la poudre qui donne l'impulsion est infiniment plus rapide que celui de la pesanteur qui pourrait opposer quelque résistance , en sorte que le premier mouvement est achevé avant que le mouvement contraire soit commencé. De même , lorsqu'on veut lancer, jeter, chasser fort loin un corps, on y réussit moins par un coup fort que par un coup vif et sec ; sans quoi comment se pourrait-il qu'une si petite quantité d'esprit dans les animaux, surtout dans des animaux aussi gros que le sont la baleine ou l'éléphant, fût suffisante pour mou-« voir et gouverner une si grande masse corporelle, si ce n'était la vitesse prodigieuse des mouvements de l'esprit et la lenteur de cette masse corporelle à résister?
Enfin le principe dont il est question ici est un des principaux fondements des expériences de la magie dont nous parlerons ciaprès , expériences où une très-petite masse en surmonte une fort grande et la maîtrise ; c'est-à-dire qu'il faut faire en sorte que de deux mouvements , l'un par la grande supériorité de sa vitesse prévienne l'autre et s'achève avant que cet autre commence.
Enfin la considération de ce qui précède ou suit , de ce qui est premier ou dernier, n'est pas non plus à négliger. Par exemple il est bon d'observer que dans une infusion de rhubarbe on obtient d'abord la qualité purgative, puis l'astrictive. Nous avons éprouvé quelque chose de semblable relativement à l'infusion de violette dans du vinaigre ; opération où l'on extrait d'abord Todeur la plus suave et la plus délicate de la fleur, puis une partie plus terrestre qui altère cette odeur. C'est pourquoi si l'on met des violettes à infuser durant vingt-<iuatre heures, on n'obtient ainsi qu'une odeur très-faible. Mais comme l'esprit odorant (recteur) de cette fleur est en très-petite quantité , si l'on réitère six fois Tinfusion , en ayant chaque fois l'attention de ne la faire durer qu'un quart d'heure et de renouveler les violettes, alors on aura un extrait de la première qualité. Par le moyen de cette réitération, quoique les violettes, ainsi renouvelées, ne soient restées qu'une heure et demie en infusion , on obtiendra une odeur qui ne le cédera point à celle de la plante même et qui subsistera une année entière. 11 faut observer cependant que cette odeur ne sera dans toute sa force qu'environ un mois après l'infusion. Si Ton tourne son attention vers les plantes aromatiques macérées dans l'esprit-Kle-vin , puis
disliUées, oa verra que ce qui s'élève d'abord n'est qu'uD flegme , qu'une substance purement aqueuse et qui n'est d'aucun usage ; puis monte une eau plus spiritueuse , ensuite une eau plus chargée de parties aromatiques. Il est dans les distillations une in&nité de différences de cette nature qui méritent d'être remarquées; mais en voilà assez pour de simples exemples.
XLVII. Nous mettrons au vingt-troisième rang les exemples de quantité que nous appellerons aussi doses de la nature , en empruntant un terme de la médecine ; ce sont ceux qui mesurent les vertus des corps par comparaison avec leur quantité de matière, et qui nous apprennent suivant quelles proportions cette quantité de matière influe sur Yintensité de la vertu. Or , en premier lieu, il est des vertus ou propriétés qui ne subsistent que dans une certaine quantité cosmique, c'est-à-dire qui a une certaine corrélation ou proportion avec la configuration et l'ensemble de l'univers. Par exemple , la terre est immobile et ses parties tombent. Les eaux de la mer ont leur flux et leur reflux ; élévation et abaissement alternatifs qui n^)nt pas lieu dans les fleuves , à moins que la mer n'y remonte. La plupart des vertus agissent aussi en raison du plus ou du moins dans la quantité de matière du corps qui en est doué. Par exemple, les grandes masses d'eau ne se corrompent pas aisément ; les petites , beaucoup plus vite. Le moût et la bière dans de petites outres mûrissent plus vite et deviennent plus tôt potables que dans de grands tonneaux. Si l'on met des herbes dans une grande quantité de liqueur, on a plutôt une infusion qu'une imbibition; mais si la liqueur est en petite quantité , on a plutôt une imbibition qu'une infusion. Autre est sur le corps humain reflet du bain , autre celui d'un léger arrosement (des douches). De plus, les petites rosées répandues dans l'air ne tombent jamais; elles se dissipent et s*incorporent avec ce fluide. De même, et comme on peut s'en assurer par ses propres observations , si l'on pousse son haleine sur un diamant ce peu d'humidité qui s'y attache se résout et disparaît aussitôt, semblable à un léger nuage que le vent dissipe. Un petit morceau d'aimant n'attire pas un aussi gros morceau de fer que l'aimant tout entier. Il est aussi des propriétés par rapport auxquelles la petite quantité peut plus que la grande. C'est ce qui a lieu lorsqu'il s'agit de percer, de pénétrer; une pointe aiguë pénètre plus vite qu'une pointe obtuse, un diamant taillé à facettes entame le verre, et ainsi des autres.
Mais il ne faut pas s'en tenir ici aux quantités indéfinies; il faut de plus tâcher de déterminer les proportions respectives , je veux dire le rapport de la quantité de matière à l'intensité de la vertu,
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dans les corps de chaque espèce. Car on est naturellement porté à croire que cette intensité est précisément proportionnelle à cette quantité : par exemple, qu'une balle de plomb de deux onces doit tomber deux fois plus vite qu'une balle d'une once ; ce qui est absolument faux; et les proportions ne sont pas, à beaucoup près; les mêmes dans tous les genres de propriétés ; elles sont le plus souvent fort différentes, quelquefois même contraires. Ainsi c'est par l'observation et l'expérience même qu'il faut déterminer ces mesures, et non d'après des conjectures ou des probabilités.
Enfin, dans toute recherche sur les opérations de la nature , il faut s'assurer de la quantité de matière requise pour produire chaque effet, qui en est comme la dose, et y mêler les précautions nécessaires contre le trop et le trop peu,
XL Vin. Nous mettrons au vingt-quatnème rang les exemple» de lutte que nous appelons aussi quelquefois exemples de prédominance. Ceux de cette classe indiquent les prédominances ou ces* sions réciproques des différentes espèces de propriétés ou de ver* tus. Ils apprennent à distinguer celles auxquelles la supériorité de force donne l'avantage sur les autres, d'avec celles que leur infé<« riorité force à céder aux premières; car les mouvements, les tendances, les efforts, les propriétés de toute espèce se composent, se décomposent, et se compliquent tout aussi bien que les corps. Ainsi nous donnerons d'abord l'énumération et la définition des principales espèces de mouvements ou de vertus actives. Par ce moyen, leurs forces respectives étant plus faciles à comparer, les eonemples de lutte et de prédominance en seront plus sensibles.
Soit le premier de ces mouvements le mouvement à'antitypie ' de la matière, lequel réside dans chacune de ses parties, et en vertu duquel elle résiste complètement à son anéantissement; en sorte qu'il n'est ni incendie, ni poids, ni dépression, ni violence, ni laps de temps, qui puisse réduire absolument à rien telle partie de la matière, quelque petite qu'on puisse l'imaginer; qui puisse faire qu'elle cesse d'être quelque chose et d'occuper quelque lieu ; qui puisse empêcher (dans le cas même où elle serait soumise à l'ac^ tion la plus violente) qu'elle ne se délivre en changeant de forme ou de lieu, ou qu'enfin , si tout moyen de se dégager lui est ôté, elle ne demeure telle qu'elle est ; quoi qu'on puisse faire , on ne fera jamais qu'elle ne soit rien, ni qu'elle ne soit nulle part. Or, ce mouvement, l'école, qui tire presque toujours ses définitions ou ses dénominations des simples effets , bons ou mauvais, des choses à
. 1. AntitypU^ c'ett-i-dire résisUnce, et, en parlant de la matière, impénétrabilité. ED.
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dôOpir pu à plésigner ^ et ppn de leurs pauses intimes , le désigne par cet axiome : « Deux corp^ ne peuv^nt exister en même temps fl^os un sepl ^t mêjpp lieu; » ou ^ien, selon elle, c'est le naouvepnent qui empêche qu'il n'y ait pénétration réciproque de dimensjoq^. Comice ce mouven^ent ^t inhérent à tous les corps sans îpxpeptiqq, jl ^t inutjje d'en donner des exemples.
Spjt le second ds pes paouyements , celui qe liaison par leqppl ^p, cprps se refuse à sa séparation , même à celle de la moindre de ses psrties d'avep les putres corps , tous ces corps tendant à ^'unir et ^ demeurer en contact les ups^vec les autres. Cooiqae ce p[}puyen)ent résicje aussi 4sins tous les corps sans exception, il est clair gu'il est également inutile d'en donner des exemples. C'est celui que l'école désigne par la dénomination d'horreur du vide , mouypme^^ ^f^ yeftu duquel on attire l'e^u par le moyen de la succion pu des ppippiss, et la chair à l'ajde des ventouses. C'est aussi en vprtu (}^ pp mo^vemept que, dans une pruche percée par le bas, l'eau de- D^ei^re suspendue et ne cpule point si l'on ne débouche point l'ori-- ^CQ supérieur pour donner passage à l'air, et il prodHit une infîniié d'autres effets ^piblables.
Spit le troisième mouvement, celui que nous appelons mpuye-? ment de liberté^ par lequel Ips corps font effort pour se délivrer de tputi^ cpmpressipn pu extension extraordinaire , et pour recouvrer y yolume qui leur est propre. On trouve aussi une infinité d'exeo^pies dp ce mouvement. Tels sont, quant ^ l'efTort pour se délivrèf de l^ pon^pression , ceux de l'eau dans l'action de l'animal qui nag^, de l'air dans celle de l'oiseau qui vole, de Tenu encore dans celle di^ rameur, de l'air dans les ondulations des vents, enfm ceux des ressorts dans les horloges. Un autre exemple , qui n'est pas q mépriser, c'est celui de l'air dans ces canonnières qui servent de jo^et aux enfants. Ils creusent un morpeau d'aune ou de qpelqae |?oi$ de cette espèce ; ils font entrer à force , par chacune de ses pj^trémités , une espèce de bourre composée d'un mprceau de quelque racine qui ait beaucoup dp suc; puis, à l'aide d'une sorte de piston, ils chassent l'une de ces deux bourres vers l'extrémité 9Ù est l'autre. Pnssé un certain point, celle qui est placée à cette dernièrp extréniité s'échappe tput ^ coup avec bruit avant d'avoir è(.p touchj§e pajr l'autre pu par le piston, et est lancée fort loin. Quant ^ l'efifort pour se délivrer d'une forte extension, on peut en ^nner ppuf exemple Ip naouvement de l'air qui reste dans les œufs 4e vepre après une forte succion ; les cordes , le cuir, le drap et autres étoffes ', tous corps qui , après avoir été détirés , reviennent sur eux-mêmes et se contractent, à moins que la longue dufée de
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cîëtté extenéibii rie lek fesâë rester dans l'éldt dû dtl les à fiiis. Og» ihouvement , Têcole lei iqualifie de môtivfelmeht inhérerit à là formé âc Vêlement; dénomination très-peu exacte, attendu qlie ce ffloUvëment n'est pas seulement propre à l'air, à l'eau, à la flamthe, etc.; ffiais commun à tous les corps , quelle que soit leur consistddfcë (leur densité), comme bols, fer, pilomb, drap, étofifësj mt^mbrariëS; tous corpâ qui Ont tih volume déterminé, fcerlaitis riiodtilfeê de ditnensions dont ils ne s'éloignent qu'avec peine, du moins séttSiblement. Mais cô mouvement de liberté sfe présentant â cbaqUè instant et tenaht à une infinité d'autres phénomènes , il est faéces^ sBire de le désigner avec plus de précision et de le bien distingtiei* ; car il eât tels physiciens qui , n'ayant sur ce sdjét que des rtOtibtls thès-^iiperficielles, confondent ce mouvemeht avec fcelui d*tth<%pf& et avec celui de liaishn , Savoir : l'effort pOiir se délitrét flè Id compression avec le prethiër, et l'éfiFort poiib se délivrer de l'éitértsion avec le dernier, s'imaginant que les partiëà déS fcorjife 88 cèderit réciproquement et s'écartent leà unes des autres pour éfhpêcher la pénétration réciproque des dimensions^ ou que ctes cOtf» reviennent sur eux-thêmes et se cohtracterit pour empêcher que le vide n'ait lieu. Mais pour quo Tair, par exemple, se comprimât dU point d'acquérir la densité de l'eau , oU le bois au point d'dcqtiôHr celle de la pierre, il né serait nullement besoin qu'il y eût péh^ tration de dimensions , et cependàht alors la compression de ceô deiii espèces de corps excéde^ait de beaucoup celle qu'ils fehdurent ordinairement. Dé même , poUi» qiie l'eaii se dilatât âh ^oidt d'acquérir la rareté de l'air, ou la pierre au point d'acquérir celte du bois , le vide ne serait pas non plus ttécessail-e , et cependant alors leur degré d'extension sUi-pâssérait de beaticoiip celui auquel ils se prêtent le plus souvent. Ainsi , cette augmentation et cette diminution de densité dont nous parlons ne Sont pas portées àsse» loin pour qu'on ait à craindre la pénétration réciproque des dittieMsions dii le vide, qui ne pourraient avoir lieu qUe d&hs les degrés extrêmes dé cbndënsatibh et de raréfaction , deux litaites en deçà desquelles s'arrêtent et roulent les mouvements dont nous parions, et qui ne sont autre chose que certaines tendances des corps à se niaintenir daris le degré de consistance (de densité) qui leUr est propre, du , si on ainie mieux, dans leurs forrtieâ-, â ne s'en pa9 éicarter snbitèmeht , mais seulement par des vbiéS douces qui les engagent, pour aihsi dire, â s'y prêter. Et ce 4ui est beaucoup plus nécessaire, comme pouvant mener à une infinité de conséquences utiles , c'est de faire bien comprendre aux hornmes que le mouvement violeht que noUs qualifions dé mécanîtltXe, et que Déniocrilè
igft NOUVEL ORGANUM.
(qai, par la manière dont il définit et caractérise ses mouvements primaires, est au-dessous des philosophes les plus médiocres) appelle mouvement de p(ate, n'est autre chose que le mouvement de liberté tendant à relâcher et à étendre un corps comprimé et resserré. En effet, dans toute action consistant ou à pousser seulement \in corps pour Técarter, ou à lui imprimer un mouvement rapide à travers Tair, Técartement ou le mouvement rapide en avant n'a point lieu si les parties du corps à mouvoir ne sont affeotées extraordinairement , et comprimées avec une certaine force. Et c'est alors seulement que, les parties se poussant ou se chassant les unes les autres de proche en proche, le tout est déplacé, nonseulement en se portant en avant, mais en tournant en môme temps sur lui-même, afin que ces parties' puissent aussi par ce moyen se délivrer de l'état violent où elles sont, ou supporter toutes plus également l'actiori à laquelle elles sont soumises. Mais en voilà assez sur ce mouvement.
Soit le quatrième mouvement, celui de la matière. Ce mouvement est symétriquement opposé à celui de liberté, dont nous venons de parler, et qui en est comme le pendant , car, en vertu du mouvement de liberté, lorsqu'une cause quelconque tend à donner aux corps de nouvelles dimensions , un autre volume , soit en les dilatant, soit en les contractant, ils ont une sorte de répugnance pour un tel changement; ils s'y refusent, ils le fuient, et tendent de toutes leurs forces à revenir à leur ancien état, et à recouvrer le volume qu'ils avaient. Au contraire , par le mouvement de la matière, les corps tendent à acquérir de nouvelles dimensions et, ce changement, ils s'y prêtent assez promptement, quelquefois même ils y tendent par l'effort le plus puissant , comme on le voit dans l'explosion de la poudre à canon. Or, les instruments ou moyens de ce mouvement, non pas les seuls, mais certes les plus puissants et les plus fréquents, sont le chaud et le froid. Par exemple, lorsque l'air, par voie d'extension , se trouve dilaté (comme il l'est par la succion dans Tœuf de verre dont nous avons parlé ), il tend à revenir en se contractant à son premier état ; mais si ensuite il vient à être échauffé, alors au contraire il tend à se dilater; il souhaite en quelque manière d'acquérir de nouvelles dimensions ; il passe volontiers à ce nouvel état, et (pour employer l'expression commune] à cette nouvelle forme. Cependant, après s'être un peu dilaté, il est peu jaloux de revenir à son premier état, à moins qu'on ne l'y invite en le refroidissant; ce qui, à proprement parler, «n'^st pas un retour, mais une vraie, une seconde transformation en sens contraire de la première. De même, lorsque l'eau est resserrée
et contractée par voie de compression, elle regimbe et veut rede^ venir ce qu'elle était, c'est-a-dire se dilater et devenir plus rare ; mais survient-il un froid intense et continu, alors elle se condense spontanément et se change volontiers en glace : que si ce froid est tout à fait continu, et n'est interrompu par aucun attiédissement (condition qui a lieu dans les cavernes un peu profondes), elle se convertit en cristal et ne revient plus à son premier état.
Soit le cinquième mouvement celui de continuation. Par ce mot, nous n'entendons pas la continuité absolue et primaire d'un corps avec un autre corps, car ce serait alors le mouvement de liaison; mais la continuité des parties d'un même corps et sa ten^ dance à continuer de former un même tout spécifique et déterminé. En effet, il n'est pas douteux que tous les corps se refusent à la solution de leur continuité, les uns plus, les autres moins, mais tous jusqu'à un certain point; car si, ayant d'abord fixé notre attention sur les corps durs, tels que l'acier et le verre, et reconnu qu'ils résistent avec la plus grande force à leur discontinuation , nous tournons ensuite nos regards vers les liquides, où cette résistance, à la première vue , semble nulle, ou du moins très-faible , nous trouvons néanmoins qu'ils n'en sont pas entièrement destitués; qu'elle y subsiste réellement; qu'elle y est comme dans son minimum et s'y décèle par un grand nombre d'effets assez connus, tels que les bulles que forment les liquides, la figure arrondie de leurs gouttes et le filet délié que forme Teau des gouttières , la viscosité des corps glutineux, et autres faits de ce genre. Mais, de tous les cas où cette tendance se manifeste , celui ou elle est le plus sensible, c'est lorsqu'on tente la soluUon de continuité sur un corps déjà réduit en parties extrêmement petites. Par exemple, dans un mortier, lorsqu'on a pilé et atténué les matières jusqu'à un certain point , le pilon ne fait plus rien. L'eau ne peut s'ouvrir un passage par une fente extrêmement petite. L'air même, nonobstant sa grande ténuité, ne pénètre pas d'abord dans les pores d'un corps solide et ne s'y insinue qu'à force de temps.
Soit le sixième mouvement celui que nous appelons mouvement vers le gain, ou mouvement d'indigence. C'est celui en vertu duquel les corps qui sont comme relégués parmi les substances tout à fait hétérogènes et ennemies , trouvant par hasard l'occasion et la facilité d'éviter les substances qui leur sont contraires et de s'unir à d^autres avec lesquelles elles ont plus d'affinité (en supposant môme que cette affinité ne soit pas très-grande ] , ne laissent pas de s'unir aussitôt avec ces dernières et de les préférer comme quelque chose de mieux. Ils semblent regarder cela comme une
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sorte de gain (ce qui nous a engagé à les désigner par be mot), et chercher ces substances bomme s'ils en avaient besbih. Par exemple ; l'or, ou tout abtre métal , n'aime point à être environné , enveloppé d'air; aussi alors, dès qu'il rencontre quelque corps gros^ sier, comme le doigt; un morceau de papier où tout autre corps semblable, il s'f attache aussitôt et ne s'en sépare pas aisément. De même» le papier, le drap et tout autre corps de cette espèce ne s'accommode pas bien de l'air qui s'insinue dans ses poréfe et qtit «'y trouvé mêle lAvec seâ partiel tsmgibleé ; et c'est par 6etXb ihêhie raison qu'il s'ithbibe si aisément d'eau où de toute autre liquéut- en etduaht l'air dé ses pdres: En6n; lorsqu'un morceau de sucre ou ude éponge est plongée dans l'eau ou dans le vin, quoique sa partie supérieure soit fort élevée au-dessus du niveau de la liqueur ^ elle ne laisse pas de l'attirer peii à peu jdsqu'à son sommet.
D'où l'on tiré ime ëxcellehte règle pk)ur les décompositions et les dissolutions; car, laissant de fcôté les substances corrosives et les eaux-fortes (les acides minéraux), qui s'ouvrent aisément ub passage i* supposons qu'un corps solide soit combiné avec une substance avec laquelle il n'ait pas d'affinité, et qu'à cette combinaison on écoute une troisième substance avec laquelle il ait beaucoup plus d'affinité qu'avec celle à laquelle il se trouve actuellement uni comme par force; aussitôt ce corps s'ouvre ^ ses parties s'écartëtlt les unes des autres, son assemblage se relâche, et il reçoit dans ses pores ceVt» iroisiême substance, en excluant et Chassant, pour ainsi dire, celle avec laquelle il s'était d'abord uni ; et ce n'est pas seulement dans le cas du contact que be mouvement de gain fait et peut quelque chose; car l'action électrique (sur laquelle Gilbert et quelques autres ont débité tant de fables ) n'est autre chose qu'un certain appétit (une tendance j une force répulsive) d'un corps excité par im léger fh)ttement, lequel, ne souffrant pas aisément le contact de l'air, préfère celui d'un corps tangible lorsqu'il se trouve à sa portée.
Soit le septièbie mouvement celui que nous appelons mouvement d'agrégation majeure^ et par lequel les corps se portent vers la masse de leurs congénères, savoir : les corps graves vers le globe terrestre, et les corps légers vers la circonférence des cieUx. Ce mouvement, l'ébole, d'après des observations très-superficielles, l'a décoré dû nom de mouvement naturel. Elle ne voyait, à l'extérieur des corps , rien de sensible et de frappant qui pût produire tin tel mouvement; voilà sans doute pourquoi elle l'a cru naturel et inné dans les corps, ou c'est peut-êti'e parce qu'il est perpétuel :
tiVhE bEuitÈRik. l&g
-mafâ; S'il rfegl en efitel, doil^ôtt â'ékl êlotihei-? Le fciël et la terré édHt toujourè là, au liait que lisâ causes, leS pHUCipes des autres mdli-i vettietita édttt tantôt présents; tantôt absenta; Voyant dottc qde cib mouvement ^t sânâ intetrdpiion, (st que partout où lëâ âutbesëéâ^ sent il subsiste et se présente à chaque pas, ils Tont en cdtiàé<^ quence déi^laté le seul propre, inhéi*ent et perpétuel, regardant tous ied autres comme extérieurd et accidentels ; maiS; danâ la vé^ rite; ce îi'ieôt qu'un ttiodteinent faible et pett actif; Car; horâ M •cas où les corps eh mduvehientent une très-grande inasàe, ilcèdé aux autres tant qu'ils peuvent aVbir leur efibt; et quoique là con* «idératiott de ce mouvement ait reihpli et préOcbupé la plUt)art déi esprits au poiût de masquer et de faire bUbliet* totts \éê autres; il n'en est pas thieux cdtiUU , et tl a dbtihé lieu à une itifittitë d'erreurt:
Soit le huitièibe UiOtiveiiieiit celui û^^aj^rêjàliàh niineû^; pêàc lë(|tiël les parties de même espèce dails m corps §e défiarëtit des {tairtlës de différente^ espèces et de raâsèiiiblent edtre elles ; i^ab leqUël aussi les corps entiers; en vertu de Taffînitê de iéur àUbâtahcè, s'embrasàedt, semblent se caresser, quelquefois tiième S'attirent à une certaine distance, s'approchent les uns des autres et â'unisseht. -C'est ainsi que, danâ le lait, la crème surnagé aù bbut d'Uii cërîàth tehips; que, dans le vin, la lie et le tartre se dépbâeiit : bar il lie faut pas croire que ces phénomènes soient de àinljplëé èWéi^ dés liiDùvemehts de gravité et de légèreté en tërtu desquels eertainéfe parties se portent vers le haut et les patres vers le bas^ maid les regarder- plutôt comme des efibts de la tendance des pahies hb^ mogènes à se rapprocher les unes des autres et à ftë réunir. Ok*, il est deux différences essentielles qui distinguent ce mbùVëihëiit de celui d'îMigènce : l'une est que, dans les efiëts dé te dérhlër; là principale cause est l'aiguillon d'une nature contraire et éhnëniiè qui, en repoussant bertaines parties, les pousse par eëlà hiôtiie lë§ unes vers les autres; au lieu que, dans les cbtnbinaisbtts rêâdl^ tant du mouvement dont nous parlons actuellement ( ëh âUjipbsant toutefois l'absence de tout lien et de tout obstacle] ; leis fmitiëg s'udisseht par analogie ou affinité, nonobstant l'aBsence de totltl nature ennemie qui, en les combattant, les Unisse plus fbrtemëht! l'autre est qu'ici l'Union est plus étroite et se fait pour ainsi dire avec plus de choix. Dans le premier cas, si les deux corps, n'dj^aht pas beaucoup d'affinité l'un avec l'autre, peuvent du moins évitëi* la substance ennemie, ils ne laissent pas de s'unir assez bien; mais dans le dernier les substances s'unissent en vertii d'uiiè trè&-forte analogie , elles sont sœurs, et» réunies, semblent ne faire
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qii*un. Or ce mouvement-ci se trouve daD3 tous les côrpg composés et y serait très-sensible s'il n'y était lié et comme bridé par les autres appétits (tendances, forces, efforts) et les autres nécessités des corps qui troublent l'union à laquelle ils tendent naturellement.
Trois principales causes peuvent lier, arrêter ce mouvement, savoir : la torpeur des corps, le frein de la substauto dominante dans le composé, et le mouvement extérieur. Quant à ce qui regarde l'i^ nertie des corps, nul doute qu'il n'y ait dans tous les corps tangi*bles une sorte de paresse susceptible de plus ou de moins, une certaine horreur du mouvement ; horreur telle que , si Ton n'a soin de les éveiller, pour ainsi dire , et de les exciter, contents de leur état actuel, ils aiment mieux demeurer tels qu'ils sont que se remuer un peu pour être mieux. Or, cette inertie, on peut la secouer par trois sortes de secours ou de moyens, savoir : par la chaleur ou par la force, l'action supérieure de quelque corps analogue, Ou enfin par un mouvement vif et puissant. £n premier lieu, quant au secours qui se tire de la chaleur, c'est ce qui a donné naissance à ce prhicipe qu'on énonce si affirmativement : que « la chaleur est ce qui sépare les substances hétérogènes et réunit les homogènes, » définition des péripatéticiens dont Gilbert s*est moqué avec raison; c'est à peu près, pensait-il, comme si, pour définir l'espèce humaine, on disait : « L'homme est ce qui sème du blé et qui plante des vignes.» En efiet, donner de telles définitions, c'est vouloir définir les choses par leurs simples effets, et encore par des effets très-particuliers. Mais cette définition dont nous parlons pèche principalement en ce que ces mêmes effets ne sont nullement propres à la chaleur, et qu'elle ne les produit qu'accidentellement, attendu que le froid en fait autant, comme nous le dirons ci-après. La véritable cause de ces effets à expliquer est la tendance des parties homogènes à s'unir, la chaleur n'ayant d'autre affet que celui de secouer leur inertie qui auparavant liait cette tendance. Quant au secours qui se tire de la vertu communiquée par un corps analogue, on en vok un exemple admirable dans l'aimant armé, qui excite dans le fer la propriété d'attirer d'autre fer par l'analogie ou affinité de substance, l'inertie du fer étant secouée parla vertu de l'aimant. Enfin, si nous passons au secours qui se tire du mouvement extérieur, nous en voyons un exemple dans les flèches de bois dont la pointe est également de bois, et qui pénètrent plus avant dans d'autre bois que lorsqu'elles sont armées de fer; effet qui a pour cause l'analogie de substance, l'inertie du bois étant surmontée par le mouvement rapide de la flèche. Nous avions déjà fait men-