LIVRE DEUXIÈME
leur propre nalure. Telle est d'abord la flamme qui , en se multipliant par le moyen de Thuile et des vapeurs huileuses, qui sont ses aliments propres, engendre de nouvelles flammes. Tel est aussi Tair qui , en se multipliant par le moyen de Teau et des vapeurs aqueuses , engendre de nouvel air. Tel est encore Tesprit, soit végétal , soit animal , qui , en se multipliant à Taide des parties les plus' ténues de ses aliments, tant aqueux qu'huileux, engendre aussi de nouvel esprit. Telles sont enfin les parties solides des plantes et des animaux, comme la feuille, la fleur, la chair, les os, et ainsi des autres , toutes parties dont chacune tire des sucs alimentaires une substance qu'elle s'assimile , qu'elle s'approprie , et qui sert à réparer ses pertes continuelles. Car personne sans doute ne prendra plaisir à extravaguer avecParacelse, qui, aveuglé par ses distillations, voulait que la nutrition s'opérât par voie de simple séparation. Selon lui, le pain et la viande recèlent un œil, un nez, un foie, etc.; dans les sucs de la terre se trouvent cachées la feuille, la fleur, etc. ; et de même qu'un sculpteur, en retranchant d'une masse grossière de bois ou de pierre tout le superflu, et le rejetant, en tire ainsi la forme d'une feuille, d'une fleur, d'un œil, d'un nez, d'un pied, d'une main, etc. ; de même aussi l'Archée*, ou ce sculpteur interne qu'il suppose, tire des aliments, par voie de séparation et de réjection , chaque membre et chaque partie : voilà ce qu'il prétend. Mais, abandonnant cette ridicule supposition, tenons pour certain que chacune des parties tant similaires qu'organiques , soit dans les végétaux, soit dans les animaux, commence par attirer et extraire des aliments les niêmes sucs , ou du moins des sucs peu différents (ce qu'elle fait avec une sorte de choix); qu'ensuite elle se les assimile et les convertit en sa propre substance. Or, cette assimilation ou génération sim\)\Q n'a pas seulement lieu dans les corps animés: mais les corps inanimés sont aussi doués de cette faculté assimilative , comme nous l'avons dit en parlant de Tair et de la flamme. Il y a plus, cet esprit peu actif et comme mort qui se trouve renfermé dans tout corps tangible, inanimé, ne laisse pas de travailler sans cesse à digérer les parties grossières, et à les convertir en esprit qui puisse ensuite s'exhaler; d'où résultent la diminution du poids et la dessiccation, comme nous l'avons dit ailleurs. Et en traitant de Y assimilation, il ne faut pas trop dédai-* gner cette accrétion qu'on distingue ordinairement de l'alimenta-
1. <«L*Ârcbée, qui est ici attribué à Paracelse, dit M. Bouillet [Œuvres de Bacon, II, p. 499), et qu'on rapporte plus vulgairement i Van Helmont, n'est guère autre Chose que la force plastique de Cudworth, l'âme de Stahl, ou le principe vital de Barthez. C'était un principe intérieur qui présidait i l'organisation et k la nutrition. » "ED.