LIVRE DEUXIÈME. 21 ô
qui montrent ^elotn quelles proportion^, et quelles mesure^ ^ét^rininable^ par desi nombres elles' prédominent pu succombent, sont d'un^ ^i gr^pde ptilitéjf qi|'i| pe faqt épargner ni temp§ ni peine ppiif ei\ rassembler de tputes les e^pècps.
Il fqq^ aussi observer avep soin la manière ^opt succombent certains ippuvemei^ts, etjqsqi^'éi quel point ils cèdent aux piopY^rmei^^ supérieurs : je yeuî^ dire qu'il faut tâchef de savoir s'ils cessent tout à fait, ou si, continuant ^ faire effort, ils ne spnt que lié^ et spspendus. En effet, dans les corps que nous connaissons il Q'est
riint pe véf itable repos ni dans le^ touts ni dans les parties, et ce. qi|oi I'qp donne ordips^irement ce nom n'est qu'une apparei^çç. Ôf , tout repos apparent est l'effpt ou de l'équilibrç ou de la pre- 4onkifi(inçe absolue ^es mpuY^inents : de Véquilibre^ comme dan^ une balapcç qui, lorsque les poids niis dans les bassips spiit parf^itepient égaux, ^emeqre iminobj^le; de l2( prédominance, comme dans une crpche percée par le bas oi^ l esm reste en repos et demeure suspe^c^ue par Isi prédopiin^nce du niouvement de liaison. Cependapt i| faut, comme nous l'ayons dit, observer jusqi^'à Quel ppipt le^ fnouvements qui succombent font effort- Supposons, par exemple, qu'un lutteqf ^ étant ^ou si terre étendu de son long, les bras et les jambes liés, ou retenu par tout autre moyen, de manière q\i'il ne puisse ge remuer, tente de toutes ses forces de se relever : quoiqqe tou^ ses efforts soient inutiles, ils n'en sont pas n^oin^ rpeîs pi moins grands. Or, pour décider cette question, savoir, ^ je mouvement qui succombe par la prédominance d'un autre mpuvepfient est totalement anéanti, ou s'il subsiste et continue de foire çiffort quoique cet eÎBFort ait cessé d'être visible, il faudrait laisser de côté les conflits et luttes de mouvements pu il est difficile à apercevoir, et tourner son attention vers les concours et combinaisons d^ mouvements où il serait peut-être plus apparent. Par exemple, ayant bien déterminé l'espace qu'un fusil peut faire parcourir ^ la |>alle, ou celui qui est entre le tireur et ce qu'on appelle le blanc, il faudrait tâcher de savoir si le coup de cette balle serait plus faible en tirant de bas en haut, cas où le coup ne serait l'effet que d'pne seule espèce de mouvement, qu'en tirant de haut eu bas, autre cas où le cQup serait l'effet composé du mouvement de i^ gravité combiné avep le mouvenient imprimé par la poudre, Il faut encore recueillir avec soin les principes relatifs à ces prédominances et qu'on rencontre sur sa route ; par exemple, celui-ci : Plus le t>ien appété est commun, plus le mouvement qui y porte a de force; c'est ainsi que le mouvement de liaison, qui se rapporte à la communauté (au système entier] de l'univers, est plus fort que
216 NOUVEL ORGAiNUM.
le mouvemenl de gravité qui ne se rapporte qu'à la communauté (au système] des corps denses, et cet autre principe : que les appétits ou tendances qui n'ont pour objet qu'un bien privé ne prévalent pas ordinairement sur ceux qui ont pour objet un bien public, si ce n'est dans les petites quantités ; et ces deux principes , plût à Dieu qu'ils prévalussent dans Tétat civil et politique !
XLIX. Nous mettrons au vingt-troisième rang, parmi les prérogatives des faits, les exemples indicatifs, c'est-à-dire ceux qui indiquent et montrent pour ainsi dire du doigt tout ce qui peut être utile aux hommes; car la puissance et la science mêmes, lorsqu'elles sont seules, peuvent bien agrandir la nature humaine, mais sans pouvoir rendre l'homme plus heureux. C'est pourquoi il faut aller, pour ainsi dire , cueillant dans le champ immense de la nature tout ce qui s'applique le mieux aux usages d& la vie humaine. Mais le vrai moment de parler de ces applications, ce sera celui où nous traiterons des déductions pour la pratique. De plus, dans le temps même où nous serons proprement occupé de l'interprétation de la nature ; en traitant chaque sujet particulier , nous réserverons toujours une feuille pour l humanité: sorte de feuille optative*; car il est un art de chercher, de souhaiter même, qui fait partie de la science.
L. Mettons au vingt-quatrième rang les exemples polychrestes : ce sont ceux qui, par leurs relations multipliées, ont une infinité d'applications, et qui se présentent le plus souvent; aussi épargnentils beaucoup de travail et d'essais. Or, quant aux instruments, machines et autres inventions de ce genre, il sera temps d'en parler lorsque nous traiterons de l'application de la théorie à la pratique et des méthodes expérimentales. Nous ferons plus alors , dans les histoires particulières des différents arts nous donnerons des descriptions détaillées de tous les instruments et autres moyens déjà connus et adoptés dans la pratique. Mais nous nous bornerons, pour le moment, à donner les indications les plus générales en ce genre, et seulement à titre d'exemples polychrestes.
Nous disons donc qu'outre ce moyen général et simple qui consiste à approcher les uns des autres les corps divers, on peut agir sur les corps naturels par sept principales espèces de moyens,.savoir, les suivantes : 1® en écartant les difficultés et levant les obstacles^ 2° par la voie de compression, d'extension, d'agitation et autres semblables ; 3<» par le moyen du chaud et du froid ; 4® en les tenant dans un lieu convenable durant un certain temps ; 5^ en réprimant
1. Bacon a essayé deux tables oxi/euillei de ce genre à la fin de son HisUnre des vents et de celle de la densité. ED.
LIVRK DEUXIÈME. 217
et réglant le mouvement ; 6<» par les affinités ou corrélations spéciales ; 7® à Taide d'une alternation convenable et employée à propos ; ou enfm p^r Tordre et la suite qu'on met dans remploi de ces sept méthodes, ou du moins de quelques-unes.
Quant à ce qui regarde le premier genre de moyens, l'air commun qui est toujours là et qui se glisse partout, ainsi que les émanations des corps célestes, troublent fort la plupart des opérations. Ainsi tous les moyens qui peuvent aider à s'en débarrasser peuvent être réputés de vrais polychrestes. A cet objet se rapportent la matière et l'épaisseur des vaisseaux où l'on met les corps préparés pour quelque opération. Il en est de même de tous les expédients imaginés pour boucher exactement ces vaisseaux, soit qu'on les rende solides dans toutes leurs parties, ou qu'on emploie pour boucher les ouvertures ce que les chimistes appellent le lut de sagesse. Boucher ces vaisseaux à l'aide de certaines liqueurs qui occupent tout l'espace de leurs orifices est encore une pratique fort utile. C'est dans cette vue qu'on verse un peu d'huile sur le vin ou sur les autres liqueurs extraites des végétaux. Cette huile se répand sur la surface de la liqueur, lui tient lieu de couvercle, et la garantit parfaitement du contact nuisible de l'air. Il n'est pas jusqu'aux poudres de différentes substances qui ne remplissent assez bien le même objet ; car, quoiqu'elles contiennent toujours un peu d'air disséminé entre leurs parties, elles ne laissent pas de garantir les corps de l'action violente de l'air extérieur et réuni en masse. C'est ainsi que l'on conserve des raisins et d'autres fruits en les mettant dans du sable ou de la farine. La cire même, le miel , la poix ou autres substances visqueuses et tenaces fournissent un bon enduit pour boucher très-exactement les vaisseaux en fermant le passage soit à l'air, soit à tout ce qui peut venir de la région céleste. Nous avons fait nous-même quelques expériences dans cette vue en tenant un vaisseau et quelques autres corps dans le mercure ; celle de toutes les substances susceptibles de se répandre autour d'un corps et de l'envelopper exactement, qu'on doit certainement regarder comme la plus dense. Les cavernes et en général les souterrains sont aussi d'un grand usage pour empêcher l'insolation, et pour garantir les corps de la rapacité de l'air extérieur et libre ; souterrains qui servent de greniers dans les parties septentrionales de l'Allemagne. Un autre moyen tendant au même but, c'est de tenir les corps au fond de l'eau. J'ai ouï parler de certaines bouteilles remplies de vin qu'on avait descendues au fond d'un puits dans la seule vue de rafraîchir cette liqueur ; mais , soit oubli ou négligence, ces bouteilles étant restées là durant plu-
21 4 NOUVEL ÛRGAKUl^.
sieurs auQée^, çt en ayant été tirées à la fia, non-seuleipeni le vin n/était p^s éventé et affaibli, mais il était devenu plus fin et plus généreux, ce qui venait s£|ns doute d'une combinaison plus parfaite de ses principes. Si le but qu'on se propose exigeait qqe les corps, fussent tenus au fpnd de l'eau, par exemple au fond d'une rivière, qu de la| mer, sans cependant être e\^ contact avec ce liquide, i^i être renfermés dai^s des vaisseaux exactement bouchés, mais seu-: lement environnés d'air, il faudrait alors ^voir recours à upe sorte de "vai^^aii qu'on a qqelquefpis employé pour travailler sur çie^ bâtiments su|)merg^s; vaisseau tellement construit, que le plçip-r geur, en y venant respirer de temps eix temps, pouvait rester for| long-temps ^us Teau. Voici quelle était la construction de oetiç machine e( la w^ière d'çi^ faire usage. C'était une sor^ ^e toaneap de mé^al qu'PP faisait descendre bien perpendiculairea^en( jusqu'à la surface de l'eau, ç'est^à-dire, de manière que son ori-, fyy^ (placé en b^s) fût toujours parallèle çi çett^ surface, et en le pjppg^nt dans, cette situation Qp entraiqait jusqu'au fond de 1^ piçyr tput l'£fip qu'il contenait. Là il était porté sur trois pieds, à peq prés co^inme ce qq'pu e^ppelle un trépied. La longueur de ç^s pieds él^it de q^elque peu ^pindre que 1^ Jiiauteur d'un horpips^ç. A ifi faveur de cet appareil, tp plongèug, dès que la respiration venait ^ lui manquer, pouvait introduire sa tête d^ns la cavité du to;iilpçiu , y respirer pendant que^ue temps, puis retourner à son ou-r vrage. Nous avpns ouï dirp aussi qu'on avait inventé une autre naa* chine en forme de petit navire ou de bateau, à l'aide de laquelle des hommes pouvaient parppurir soqs l'eau un assez grand espac^. ^ais, datis un vaisseau tel que cplui dont nous parlons plus haut, l'on pourrait suspendre tel corps qu'on voudrait, ce qui est dans cette expérience notre principal objpt.
Xous ces moyens imaginés pour tenir les corps exactement renfprmés ont une autre utilité , ils ne servent pas spulement à fermer tout accès à Ydir extérieur, comme nous le disions, mais de plus à empêcher \'évaporation de l'esprit du corps sur l'intérieur duquel on veut opérpri car il faut que tout homme qui travaille sur les cprps naturels soit assuré de ses quantités totales, et bien certaiq qu'elles n'onlt souffert aucun déchet , que rien n'a transpiré au dehors ni ne s'est exhalé. Alors , comme la nature même s'oppose à tput anéantissement ; pour peu que l'art parvienne à empêcher la déperdition pu l'évaporation de la moindre partie , il en résultera dans les corps des altérations intimes et profondes : et il est à ce sujet une opinion très-fausse qui s'est accréditée; opinion qui, pour peu qu'elle fût vra^e, détruirait toutç espérance relatiyemçnt.à la