‹ Œuvres de BaconChapitre 86 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME. 22t · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. 22t

attiré en aussi grande quantité qu*il i*eût été dans le cas où l'on n'aurait pas attendu si long-temps : car il est probable que cet effet aurait eu lieu, ou c'est du moins une chose dont il est bon de s'assurer, vu que dans les corps un peu dissimilaires la seule durée produit de tels effets. Par exemple, si, après avoir courbé avec effort un bâton , on le laisse quelque temps dans cette situation, il ne se redres^ plus. Et qu'on n'aille pas attribuer cet effet à la diminution delà quantité de matière du bois, occasionnée par le laps de temps ; car, en attendant encore plus long-temps, le même effet a lieu dans une lame de fer, quoiqu'elle ne soit pas perspirable et ne souffre aucune évaporation. Que si la seule durée ne suffît pas pour faire réussir l'expérience, il be faut pas pour cela se rebuter, mais recourir à d'autres moyens ; car ce ne serait pas peu gagner que de pouvoir, par ces moyens violents, introduire dans les corps des natures fixes et constantes. Par cette voie l'on pourrait peut-être, à force de condenser l'air, le convertir en eau et opérer une infinité de semblables transformations, l'homme étant beaucoup plus maître des moyens violents que de tous les autres. Le troisième des sept genres de moyens dénombrés se rapporte au grand et double instrument, tant de l'art que de la nature; je veux dire au chaud et au froid. Mais la puissance humaine semble être, à cet égard , tout à fait boiteuse et avoir un pied beaucoup plus faible que l'autre ; car nous avons bien sous notre main la chaleur du feu artificiel, qui a infiniment plus de force et d'intensité que celle du soleil, considérée du moins dans l'état où elle nous parvient, et que celle des animaux , mais nous n'avons d'autre froid que celui qui nous vient naturellement durant l'hiver, ou celui que nous trouvons dans les cavernes et autres souterrains, ou enfin celui que nous nous procurons en entourant de neige et de glace les corps que nous voulons refroidir : degrés de froid comparables tout au plus à cette chaleur qui règne en plein midi dans une contrée située dans la zone torride , en supposant même qu'elle soit augmentée par la réverbération des murs et des montagnes. Ces degrés de chaleur et de froid sont tels que les animaux peuvent les endurer pendant un certain temps ; mais ils ne sont rien en comparaison de la chaleur d'une fournaise ardente ou d'un froid répondant à un tel degré de chaleur. Aussi , dans la région où vit l'homme, tout tend à la raréfaction, à la dessiccation et à la consomption, presque rien à la condensation et à l'amollissement, sinon par des voies et des méthodes en quelque manière bâtardes. Ainsi il ne faut épargner aucun soin pour rassembler des faits relatifs au froid, et il nous paraît qu'on en trouvera de tels : en exposant les corps sur des

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toiifs élevées durant les gelées âpbes ; en Ida )}laèâht dâhâ des caves et aulres souterrains ; en les entourant de neige et de glace ; en les descendant au fond des excavations très-profondes et faites dans cette vue; en les tenant au fond des puits; en les tenant pldtigés dads le mercure ou dans d'autres métaux liquéfiés; eii Veê Rongeant dans les eaux qui ont la propriété de pétrifier le bois^ eh les enfouissant dans la terre à 1 exemple des Chinois, qtii, à cë qu'on ra()porte^ emploient ce moyen pour la fàbriqUiB de la pbrbb= laine (on dit que les matières qu'ils destinent à cela demeurent dansi la terre pendant quarante ou cinquante ans, et qu'ils lés léguetit â leurs héHtièrs comme des espèces de mines artificielles] ; Ou enfiii eti employant d'autres moyens semblables. De plus, il fhut dbëer^ ver avec soin les condensations que la nature Opère à l'hide dd froid } afin de tirer ; de la connaissance de leurs causes bien térlfiée $ des moyens tendàht aU même but et qu'dh puisse tratisportet^ dafi§ les arts. De ce geni'e est l'humidité qu'où trouve sur le marbre et sur les pierriBë qui suent. Telle est ehcôre cette espèce de rosée qu'oh trouVe le matin sur les vitres quand 11 a gelé durant lU liuii précédente. On en trouve encore des exemples dads la formation de ces vapeuk^ qui ^ eh se réunissant dUhs le seiii de la terre , s' jr eotivertissent eti eau et y formeiit des espèces de réservoirs d'où naissent Ude infinité de sources^ et dans beâuboup d'autres fôits de ce genre.

Outre ces cor^s dont le froid eët sensible aU tact, il èd est d'autres qui sont doués d'Une sorte de ft'oid potentiel et qui oht aussi \à propriété décondenser; mais il paraît qu'ils n'agissent que sur les corps hnimés, et rarement sur d'autres. De ce tidmbre sont plusieurs est)èces de médicaments et de topiques. Les uns, tels que les astriugenté et les incrassants , condensent les chairs et les parties tangibles; d'autres condensent les esprits mêmes; et tel est surtout l'effet des narcotiques ou soporifiques. Car les médicamëdts sdpo^ rifiques (je veux dire ceux qui provoquent le sommeil) peuverit condenser les esprits de deux manières : l'une en calmant les mouvements violents et irréguHers; l'autre, en repoussant et mettant pbur ainsi dire en fuite les esprits. Par exemple, la violette, la rose sèche , la laitbe et autres substances de cette espèce , qui doivent leurs qualités bénignes à certaines vapeurs amies du corps et modérément rafraîchissantes, invitent les esprits à se rapprocher, à Se réunir , diminuent leur force pénétrante et calment leurs mouvements inquiets. L'eau de rose aussi mise sous les narines, dans les syncopes, fait que les esprits, d^abord trop dilatés et relâchés, se resserrent et prennent plus de corps ; elle semble les nourrir.

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