‹ Œuvres de BaconChapitre 88 sur 170 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

observe et l'on voit assez les effets produits par les chaleurs qui ont beaucoup d'intensité. Quant aux chaleurs plus douces , dont l'action est plus dans les voies de la nature , on ne fait pas même de tentatives en ce genre,, et par conséquent leur pouvoir demeure toujours inconnu. Aussi voyons-nous, grâce aux travaux de ces Yulcains si vantés, les esprits des corps être exaltés au plus haut degré, comme dans les eaux-fortes et autres huiles chimiques; les parties tangibles se durcir après l'émission des principes volatils et se fixer quelquefois ; les parties homogènes se séparer , et môme les substances hétérogènes se mêler et' s'incorporer grossièrement. Mais nous voyons surtout la structure des corps composés et leurs textures les plus délicates détruites et tout à fait confondues. Il aurait pourtant été nécessaire d'observer et d'éprouver aussi l'ac* tion et les effets d'une chaleur plus douce, afin d'opérer des combinaisons plus parfaites et de composer des textures plus régulières en imitant à cet égard les opérations de la nature et l'action du soleil, comme nous l'avons déjà insinué dans l'aphorisme qui a pour objet les eocemples d'alliance; car les œuvres de la nature s'exécutent par des molécules beaucoup plus petites, des mouvements plus déliés, des combinaisons plus exactes, des dispositions de parties plus régulières et plus variées que toutes celles qui peuvent être le produit du feu employé comme on l'a fait jusqu'ici. Mais si , par le moyen des chaleurs et des puissances artificielles , on pouvait imiter la nature au point de produire des espèces semblables aux siennes, de perfectionner les espèces déjà existantes et de multiplier leurs variétés, ce serait alors véritablement qu'on reculerait les limites de l'empirh de l'homme, à quoi il faudrait tâcher de joindre une plus prompte exécution. La rouille du fer, par exemple, ne se forme qu'à force de temps, au lieu que la conversion de ce ipétal en safran de Mars est l'affaire d'un instant ; il en est de même du vert-de-gris et de la céruse. Le cristal est le produit de plusieurs siècles, et le verre celui de quelques heures. De la lente concrétion de certains sucs se forment les pierres, et il faut bien peu de temps pour cuire la brique. Quoi qu'il en soit , il ne faut épargner ni soin ni industrie pour rassembler des observations et des expériences sur les effets respectifs de toutes les différences dont la chaleur est susceptible, soit quant à l'espèce, soit quant au degré ; par exemple : les effets de la chaleur des corps célestes, et produits par leurs rayons directs, réfléchis, réfractés ^ i^sserrés et réunis à l'aide des miroirs brûlants; ceux de la foudre, de la flamme, du feu de charbon ; ceux du feu avec des matières de différente espèce; ceux du feu libre, renfermé, res-

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serré, débordant comme un torrent, ehfin modifié pisir Ifes différentes formes et structures des fourneaux ; ceux du feu soit excité par le souffle, ou tranquille et non excité ; ceux du feu placé à des distances plus ou moins grandes des corps sur lesquels il agit; ceux du feu transmis par difiérentes espèces dé milieux ; ceux des chaleurs humides, comme celles du bain-marie, du fumier ou des animaux Boit à l'intérieur, soit à l'extérieur, ou enfin du Ibin entassé ; cetli tles chaleurs sèdies, de la icendrC) de la chàtix, du sable mis ait feu; eh un mot^ les chaleurs de toute espèce ëi leurs difiérent^ degrés.

Mais le sujet vers lé'qUël nbtis déyons pHncipalehletit diri^r ûèk bbserviatidus et nos ekpériehces , ce sont les effets et les produite de là chaleur qui s'approche et s'éloigne par degrés, avec un certain ordre, périodiquement, à des intervalles de temps convenables ou avec une eltrême lenteur ; car cette régulière inégalité est vraiment fille du ciel et mère de toute génération. Quant à utié chaleur violenle^ soudaine et comme par sauts, n'en attendez rien de grand. C'est ce dont oh voit une preuve sensible dans les végétaux, ainsi que dans les matrices des animaux, où la chaleur est sujette à de gk-andes inégalités produites par différentes causés ; telles que léâ exercices, le sommeil, l'alimentation, les passions déâ feittelles durant la gestation, etc. Enfin, dans lès matrices mêmes de la terre» où se forment leâ métaux et les fossiles, tette inégalité a lieu et y a ses elibts : raison d6 plus pou^ relever le défàtit dé jugement de certains alchimistes, de ceux, dis-je, iqui se donnent pour réformés et qui se flattent d'opérer des merveilles à l'aide de la chaleur uniforme de leurs lampes entretenue pendant un teixlpà infini précisément an même degré. Nous déterminerons ici ce que nous avions à dire sur les effets et les produits de la châléhr. Il n'est pas encore temps de traiter à fond ce sujet, avant qu'on n'ait mieux approfondi et considéré de plus près l'intime constitution et la texture cachée des différentes espèces de corps. Quâhd le modèle qu'on veut imiter est bien connu , Ceêt alors seulement qu'il est temps de chercher des instruments, de les ajuster et die les mfetlre fen œuvre.

Le quatrième moyen d'opérer, c'est le temps^ qui est en quéliJUe manière lé fattotvtm de la nature , c'est-à-dire tout à la fois sod receveur et son dépensier. Quand nous disons le temps, nous parlons d'une expérience où un corps est abandonné à lui-même durant un temps notable et, dans l'intervalle, garanti de l^ctidn de toute force extérieure; car, lorsque tous les mouvements étrangers et accidentels cessent, les mouvements intériieurs s'exêculélit

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