‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 125 sur 157 · PREMIER SONNET · texte numérisé non relu

PREMIER SONNET

Ha pâquerette.

Pâquerettes des prés , vos couleurs assorties Ne brillent pas toujours pour égayer les yeux, Elles disent encor les plus chers de ses vœux En un poème où l'homme apprend ses sympathies :

Vos étamines d'or par de l'argent serties Annoncent les trésors dont il fera ses dieux, Et vos filets où coule un sang mystérieux, Ce que coûte un succès en douleurs ressenties !

Est-ce pour être éclos le jour où du tombeau Jésus ressuscité sur un monde plus beau Fit pleuvoir des vertus en secouant ses ailes,

Que l'automne revoit vos courts pétales blancs

Parlant à nos regards de plaisirs infidèles?

Ou pour nous rappeler la fleur morte à vingt ans?

Lucien fut piqué de la parfaite immobilité de Lousteau pendant qu'il écoutait ce sonnet, il ne connaissait pas encore la déconcertante impassibilité que donne l'habitude de la critique et qui distingue les journalistes fatigués de prose, de drame et de vers. Le poëte, habitué à recevoir des applaudissements, dévora son désappointement; il lut le sonnet préféré par madame de Bargeton et par quelques-uns de ses amis du Cénacle.

— Il lui arrachera peut-être un mot, pensa-t-il.

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