‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 126 sur 157 · DEUXIEME SONNET · texte numérisé non relu

DEUXIEME SONNET

£a Jflarguertte.

Je suis la marguerite et j 'étais la plus belle Des fleurs dont s'étoilait le gazon velouté. Heureuse, on me cherchait pour ma seule beauté, Et mes jours se flattaient d'une aurore éternelle.

Hélas! malgré mes vœux, une vertu nouvelle

A versé sur mon front sa fatale clarté,

Le sort m'a condamnée au don de vérité,

Et je souffre et je meurs : la science est mortelle.

Je n'ai plus de silence et n'ai plus de repos, L'amour vient m'arracher l'avenir en deux mots, II déchire mon cœur pour y lire qu'on l'aime.

A PARIS

Je suis la seule fleur qu'on jette sans regret, On dépouille mon front de son blanc diadème Et l'on me foule aux pieds dès qu'on a mon secret.

Quand il eut fini , le poëte regarda son arislar- [ue. Emile Lousteau contemplait les arbres de la >épinière.

— Eh bien? lui dit Lucien.

— Eh bien, mon cher , allez ! Ne vous écouté-je >as? A Paris, écouler sans mot dire est un éloge!

— En avez-vous assez? dit Lucien.

— Continuez , répondit assez brusquement le ournaliste.

Lucien lut le sonnet suivant ; mais il le lut la nort au cœur, le sang-froid impénétrable de Louseau glaça son débit. Plus avancé dans la vie linéaire, il aurait su que, chez les auteurs, le silence :tla brusquerie en pareille circonstance trahissent a jalousie que cause une belle œuvre; de même jue leur admiration annonce le bonheur inspiré )ar une œuvre médiocre qui rassure leur amourpropre.

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