LE CHARDON
Je suis, à parler frauc, une assez pauvre plante, Je n'ai point de parfum, je n'ai point de beauté, Je ne suis bon à rien et je suis délrsté, Et je maudis l'éclat de la rose insolente.
Comme elle je possède une épine méchante, Mais un don de souffrance, hélas! sans volupté; Je n'ai qu'un seul ami que l'on dit entêté ; On le bat quand il dort, on le fuit quand il chante.
Je grandis, je fleuris dans les endroits impurs, Sur le bord des fossés, à l'angle des vieux murs. On me traite partout comme un être inutile.
Pour moi jamais de soins, pour moi point de pardon, On m'arrache aussitôt que la terre est fertile, Je suis enfin la fleur des ânes... le chardon.
On parla de sa passion pour le jeu, l'on signala
d'avance sou roman comme une œuvre anlinationale, où il prenait le parti des égorgeurs catholiques contre les victimes protestantes. En huit jours cette querelle s'envenima. Lucien comptait sur son ami Lousteau qui lui devait mille francs , et avec lequel il avait eu des conventions secrètes ; mais Lousteau devint l'ennemi juré de Lucien. Voici comment.
Florine était sans engagement. Depuis quatre mois, Nathan aimait Florine et ne savait comment l'enlever à Lousteau, pour qui d'ailleurs elle était une providence. Dans la détresse et le désespoir où se trouvait celte actrice , Nathan, le collaborateur de Lucien, vint voir Coralie, et la pria d'offrir à Florine un rôle dans une pièce de lui, se faisant fort de lui procurer un engagement conditionnel au Gymnase. Florine, enivrée d'ambition, n'hésila pas : elle avait eu le temps d'observer Lousteau. Nathan élait un ambitieux littéraire et politique, un homme qui avait autant d'énergie que de besoins, taudis que chez Lousteau les vices tuaient le vouloir. L'actrice voulut reparaître environnée d'un nouvel éelat : elle livra les lettres du droguiste à Nathan qui les fit racheter par Malifat. Florine eut alors un magnifique appartement rue Hautcville, et prit. Nathan pour protecteur à la face de tout le journalisme et du monde théâtral. Lousteau fut si cruellement atteint par cet événement qu'il pleura vers la fin d'un dîner que ses amis lui donnèrent poulie consoler. Dans celle orgie, les convives trouvèrent que Nathan avait joué son jeu. Quelques écrivains comme Finot et Yernou savaient la passion du dramaturge pour Florine ; mais, au dire de tous, Lucien, en maquignonnant cetle affaire, avait manqué aux plus saintes lois de l'amitié; l'esprit de parti, le désir de servir ses nouveaux amis le rendaient inexcusable : Nathan était emporté par la logique des passions ; le grand homme de province, comme ditBIondet, a cédé à des calculs. Aussi la perte de Lucien, de cet intrus, de ce petit drôle qui voulait avaler tout le monde, lut-elle unanimement résolue et profondément méditée. Vernou . qui le haïssait, se chargea de ne pas le lâcher. Pour se dispenser de payer mille écus à Lousteau , Finot accusait Lucien de l'avoir empêché de gagner cinquante mille francs en donnant à Nathan le secret de l'opération contre Malifat, car Nathan, conseillé par Florine, s'élait ménagé l'appui de Finot en lui faisant avoir son petit sixième pour quinze mille francs. Lousteau, qui perdait ses mille écus, ne pardonnait pas à Lucien la lésion énorme de ses intérêts. Les blessures d'amour-propre deviennent incurables quand l'oxyde d'argent y pénètre.
OGï
UN GRAND HOMME DE PROVINCE
FINOTERIES.
Aucune expression, aucune peinture ne peut rendre la rage qui saisit les écrivains quand leur amour-propre souffre, ni l'énergie qu'ils trouvent au moment où ils se sentent piqués par les flèches empoisonnées de la raillerie. Ceux dont l'énergie et la résistance sont stimulées par l'attaque, succombent proinptcment. Ecs gens calmes et dont le thème est l'ait d'après le profond oubli dans lequel tombe un article injurieux , ceux-là déploient le vrai courage littéraire. Ainsi les faibles, au premier coup d'oeil, paraissent être les forts; mais leur résistance n'a qu'un temps.
Pendant les premiers quinze jours, Lucien fit pleuvoir une grêle d'articles dans les journaux royalistes où il partageait le poids de la critique avec Hector Merlin. Il fut tous les jours sur la brèche du Réveil, faisant feu de tout son esprit, appuyé d'ailleurs par .Mai l.iinville, le seul qui le servit sans arrière-pensée, et qu'on ne mil pas dans le secret des conventions signé» s par filés plaisanteries après boire, ou aux Galeries de bois chez Dauriat, et dans les coulisses de théâtre, entre les journalistes des deux partis que la camaraderie unissait secrètement. Quand Lucien allait au foyer du Vaudeville, il n'était plus traité en and, les gens de son parti lui donnaient seuls la main, tandis que Nathan , Hector Merlin, Théodore Gaillard fraternisaient sans honte avec Finot, Cousteau, Vcrnou et quelques-uns de ces journalistes décorés du surnom de bons enfants. A cette époque, le foyer du Vaudeville était le chef-lieu îles médisances littéraires, une espèce de bouduir où venaient des gens de tous les partis, des hommes politiques et des magistrats. Après une réprimande faite en certaine chambre du conseil, le président qui avait reproché à l'un de ses collègues de balajer les coulisses de sa simarre, se trouva simarre à simarre avec le réprimandé dans le foyer du Vaudeville. Lousteau finit par y donner la main à Nathan. Finot y venait presque tous les soirs. Quand Cucien avait le temps, il y étudiait les dispositions de ses ennemis , et ce malheureux enfant voyait en eux une implacable froideur.
En ce temps, l'esprit de parti donnait naissance à des haines bien plus visibles qu'elles ne le sont aujourd'hui. Aujourd'hui, tout s'est amoindri par une trop grande et trop longue tension des ressorts. Aujourd'hui, la critique, après avoir immolé le livre
d'un homme, lui tend la main. La victime doit embrasser le sacrificateur sous peine d'être passée par les verges de la plaisanterie. Dans ce cas, un écrivain est insociable, mauvais coucheur, pétri d'amourpropre, inabordable, haineux, rancunier. Aujourd'hui, quand un auteur a reçu dans le dos les coups de poignard delà trahison, quand il a évité les pièges tendus avec une infâme hypocrisie, essuyé les plus mauvais procédés, il entend ses assassins lui souhaitant le bonjour, qui lai sourient et manifestent des prétentions à son estime, voire même à son amitié. Tout s'excuse et se justifie à une époque où l'on a transformé la vertu en vice, comme on a érigé certains vices en vertus. La camaraderie est devenue la plus sainte des libertés. Ces chefs des opinions les [dus contraires se parlent à mots émoussés, à pointes courtoises. Dans ce temps, si tant est qu'on s'en souvienne, il y avait du courage pour certains écrivains royalistes et pour quelques écrivains libéraux, à se trouver dans le même théâtre. On entendait les provocations les plus haineuses. Les regards étaient chargés comme des pistolets, la moindre étincelle pouvait faire partir le coup d'une querelle. Qui n'a pas surpris des imprécations chez son voisin, à l'entrée de quelques hommes plus spécialement en butte aux attaques respectives des deux partis ? Il n'y av ait alors que deux partis, les royalistes et les libéraux, les romantiques et les classiques, la même haine sous deux formes, une haine qui faisait comprendre les échafauds de la convention. Lucien, devenu royaliste et romantique forcené, de libéral et de voltairien enragé qu'il avait été dès sou début, se trouva donc sous le poids des inimitiés qui [danaient sur la tête de l'homme le plus abhorré des libéraux à cette époque, de Martainville, le seul qui le défendit et l'aimât. Celte solidarité nuisit à Lucien. Les partis sont ingrats envers leurs vedettes, ils abandonnent volontiers leurs enfants perdus. Surtout en politique , il est nécessaire à ceux qui veulent parvenir d'aller avec le gros de l'armée. La principale méchanceté des petits journaux fut d'accoupler Lucien à Martainville. Le libéralisme les jeta dans les bras l'un de l'autre. Cette amitié, fausse ou vraie, leur valu! à tous deux des articles écrits avec du fiel par Félicien, au désespoir des succès de Cucien dans le grand monde, et qui croyait, comme tous les anciens camarades du poêle, à son élévation. La prétendue trahison du poêle fut alors envenimée et embellie des circonstances les plus aggravantes. Lucien fut nommé le petit Judas, et Marlainville le grand Judas, car 3Iartainville était à tort ou à raison accusé d'avoir livré le pont du Pecq aux armées étrangères. Lucien répondit en riant à des Lupeaulx que, quant à lui, sûrement il avait livré le pont aux ânes. Le luxe de Lucien , quoique
A PARIS
creux et fondé sur des espérances, révoltait ses amis qui ne lui pardonnaient ni son équipage à bas, car pour eux il était toujours debout, ni ses splendeurs de la rue de Vendôme. Tous sentaient instinctivement qu'un homme jeune et beau, spirituel et corrompu par eux, allait arriver à tout; aussi pour le renverser employèrent-ils tous leurs moyens.
Quelques jours avant le début de Coralie au Gymnase, Lucien vint bras dessus, bras dessous , avec Hector Merlin , au foyer du Vaudeville. Merlin grondait son ami d'avoir servi Nathan dans l'affaire de Florine.
— Vous vous êtes fait , de Lousteau et de Nathan, deux ennemis mortels. Je vous avais donné de bons conseils et vous n'en avez point profité. Vous avez distribué l'éloge et répandu le bienfait , vous serez cruellement puni de vos bonnes actions. Florine et Coralie ne vivront jamais en bonne intelligence en se trouvant sur la même scène : l'une voudra l'emporter sur l'autre. Vous n'avez que nos journaux pour défendre Coralie. Nathan , outre l'avantage que lui donne son métier de faiseur de pièces , dispose des journaux libéraux dans la question des théâtres , et il est dans le journalisme depuis un peu plus de temps que vous.
Cette phrase répondait à des craintes secrètes de Lucien , qui ne trouvait ni chez Nathan , ni chez Gaillard , la franchise à laquelle il avait droit ; mais il ne pouvait pas se plaindre, il était si fraîchement converti ! Gaillard l'accablait en lui disant que les nouveaux venus devaient donner pendant longtemps des gages avant que leur parti put se fier à eux. Il rencontrait dans l'intérieur des journaux royalistes et ministériels une jalousie à laquelle il n'avait pas songé , la jalousie qui se déclare entre tous les hommes en présence d'un gâteau quelconque à partager et qui les rend comparables à des chiens se disputant une proie : ils offrent les mêmes grondements , les mêmes attitudes , les mêmes caractères. Ces écrivains se jouaient mille mauvais tours secrets pour se nuire les uns aux autres auprès du pouvoir, ils s'accusaient de tiédeur; et, pour se débarrasser d'un concurrent, ils inventaient les machines les plus perfldes. Les libéraux étaient unis , ils n'avaient aucun sujet de débats intestins, en se trouvant loin du pouvoir et de ses grâces. En entrevoyant cet inextricable lacis d'ambitions, Lucien n'eut pas assez de courage pour tirer l'épée afin d'en couper les nœuds , et ne se sentit pas la patience de les démêler, il ne pouvait être ni l'Arétin, ni le Beaumarchais, ni le Geoffroi de son époque, il s'en tint à son unique désir : avoir son ordonnance , en comprenant que pour lui cette restauration était un beau mariage. Sa fortune nedépendrait plus alors que d'un hasard auquel aiderait sa beauté.
Lousteau , qui lui avait marqué tant de confiance , avait son secret , le journaliste savait où blesser à mort le poêle d'Angoulème ; aussi le jour où Merlin l'amenait au Vaudeville , Etienne avait-il préparé pour Lucien un piège horrible où il devait se prendre et succomber.
— Voilà le beau Lucien , dit Finot en traînant des Lupeaulx, avec lequel il causait, devant Lucien dont il prit la main avec les décevantes chatteries de l'amitié.
— Je ne connais pas d'exemples d'une fortune aussi rapide que la sienne , dit Finot en regardant tour à tour Lucien et le maître des requêtes. A Paris , la fortune est de deux espèces : il y a la fortune matérielle, l'argent que tout le monde peut ramasser, et la fortune morale, les relations, la position, l'accès dans un certain monde inabordable pour certaines personnes, quelle que soit leur fortune matérielle , et mon ami...
— Notre ami , dit des Lupeaulx.
— Notre ami , reprit Finot en serrant une main de Lucien et la tapotant entre les siennes , a fait sous ce rapport une brillante fortune. A la vérité , Lucien a plus de moyens, plus de talent, plus d'esprit que tous ses envieux, puis il est d'une beauté ravissante. Ses anciens amis ne lui pardonnent pas ses succès , ils disentqu'il a eu du bonheur.
— Ces bonheurs-là, dit des Lupeaulx, n'arrivent jamais aux sols ni aux incapables. Hé! peut-on appeler du bonheur, le sort de Bonaparte ? il y avait eu vingt généraux en chef avant lui pour commander les armées d'Italie , comme il y a cent jeunes gens en ce moment qui voudraient pénétrer chez mademoiselle des Touches, que déjà dans le monde on vous donne pour femme , mon cher ! dit des Lupeaulx, en frappant sur l'épaule de Lucien. Ah! vous êtes en grande faveur. Madame d'Espard , madame de Bargeton et madame de Montcornet sont folles de vous. IN'êtes-vous pas ce soir de la soirée de madame Firmiani , et demain du rout de la duchesse de Grandlieu?
— Oui, dit Lucien.
— Permettez-moi de vous présenter un jeune banquier, monsieur du Tillet , un homme digne de vous : il a su faire une belle fortune et en peu de temps.
Lucien et du Tillet se saluèrent, entrèrent en conversation. Le banquier invita Lucien à dîner. Finot et des Lupeaulx, deux hommes d'une égale profondeur , et qui se connaissaient assez pour demeurer toujours amis , parurent continuer une conversation commencée, ils laissèrent Lucien, Merlin, du Tillet et Nathan causant ensemble, et se dirigèrent vers un des divans qui meublaient le foyer du Vaudeville.
UN GRAND HOMME DE PROVINCE
— Ah çà , mon cher ami, dit Finot à des Lupeaulx, diles-moi la vérité : Lucien est-il sérieusement protégé? Il est devenu la bête noire de tous mes esclaves. Avant de favoriser leur conspiration, j'ai voulu vous consulter pour savoir s'il ne vaut pas mieux la déjouer et le servir.
Ici le maître des requêtes et Finot se regardèrent pendant une légère pause avec une profonde attention.
— Comment, mon cher, dit des Lupeaulx, pouvezvous imaginer que la marquise d'Espard , Châtelct et madame de Bargeton , qui a fait nommer le baron préfet de la Charente et comte, afin de rentrer triomphalement à Angoulèmc, pardonnent à Lucien ses attaques? Elles l'ont jeté dans le parti royaliste afin de l'annuler. Aujourd'hui , tous cherclicnt des motifs pour refuser ce qu'on lui a promis; trouvez-en ! vous aurez rendu le plus immense service à ces deux femmes : un jour ou l'autre , elles s'en souviendront. J'ai leur secret. Elles haïssent ce petit bonhomme à un tel point qu'elles m'ont surpris. Ce Lucien est un petit sol, il pouvait se débarrasser de sa plus cruelle ennemie, madame de Bargeton , en ne cessant ses attaques qu'à des conditions que toutes les femmes aiment à exécuter, vous comprenez? Il est beau, il est jeune, il pouvait noyer cette haine dans des torrentsd'amour : il devenait alors comte de Rubempré, la Sèche aurait obtenu quelque place dans la maison du roi , des sinécures ! Lucien élait un très-joli lecteur pour Louis XVIII, il eût été bibliothécaire je ne sais où, maître des requêtes pour rire, directeur de quelque chose aux menus plaisirs. Il a manque son coup. Peut-être est-ce là ce qu'on ne lui a point pardonné. Au lieu d'imposer des conditions, il en a reçu. Le jour où Lucien s'est laissé prendre à la promesse de l'ordonnance , le baron Châlclet a fait un grand pas. Coralie a perdu cet enfant-là. S'il n'avait pas eu l'actrice pour maîtresse, il aurait revoulu la Sèche, et il l'aurait eue.
— Ainsi nous pouvons l'abattre? dit Finot.
— Par quel moyen? demanda négligemment des Lupeaulx qui voulait se prévaloir de ce service auprès de la marquise d'Espard.
— Il a un marché qui l'oblige à travailler au petit journal deLouslcau, nous lui ferons faire des articles. Quand le garde des sceaux se verra chatouillé , vous comprenez que si la double collaboration de Lucien lui est prouvée , il le regardera comme un homme indigne des bontés du roi. Pour lui faire perdre un peu la tête , nous avons préparé la chute de Coralie : il verra sa maîtresse sifïlée et sans rôles. Une fois son ordonnance indéfiniment suspendue , nous le blaguerons alors sur ses prétentions aristocratiques : nous parlerons de sa mère
accoucheuse , de son père apothicaire ; il n'a qu'un courage d'épiderme , il succombera. Nous l'aurons renvoyé d'où il vient. Nathan m'a fait rendre le sixième du journal, j'ai pu racheter la part du papetier, je suis seul avec Dauriat , nous pouvons nous entendre à nous deux pour absorber ce journal au profit de la cour. Je n'ai protégé Florine et Nathan qu'à la condition de la restitution de mon sixième ; ils me l'ont rendu, je dois les servir, mais je voulais connaître aussi quelles étaient les chances de Lucien...
— Vous êtes digne de votre nom , dit des Lupeaux en riant. Allez ! j'aime les gens de votre sorte...
— Eh bien , vous pouvez faire avoir à Florine un engagement définitif? dit Finot au maître des requêtes.
— Oui , mais débarrassez-nous de Lucien ; Rastignac et de Marsay ne veulent pas entendre parler de lui.
— Dormez en paix , dit Finot. Nathan et Merlin auront toujours des articles que Gaillard aura promis de faire passer, il ne pourra pas donner une ligne, nous lui coupons ainsi les vivres. Il n'aura que le journal de Marlainville pour se défendre et défendre Coralie : un journal contre tous, il est impossible de résister.
— Envoyez-moi les articles manuscrits de Lucien et le journal, répondit des Lupeaulx, je vous dirai demain les endroits sensibles du ministre, afin de le piquer au vif.
Des Lupeaulx quitta le foyer. Finot vint à Lucien, et de ce Ion de bonhomie auquel se sont pris tant de gens , il expliqua comment il ne pouvait renoncer à la rédaction qui lui était due. II reculait à l'idée d'un procès qui ruinerait les espérances d'un ami dans la nouvelle carrière où il était entré; mais il aimait les hommes assez forts pour changer hardiment d'opinion ; d'ailleurs ils devaient tous deux se rencontrer dans la vie , et ils auraient l'un l'autre mille petits services à se rendre. Lucien avait besoin d'un homme sur pour obtenir tel ou tel résultat dans le sein de son parti.
— Si l'on vous joue, comment ferez-vous? Si quelque ministre croit vous avoir attaché avec le licou de votre apostasie, ne vous redoute plus et vous envoie promener, ne vous faudra-t-il pas lui lancer quelques chiens pour le mordre aux mollets? Eh bien.' vous êtes brouillé à mort avec Lousteau qui demande votre tète , vous ne vous parlez plus Félicien et vous ; mais , moi je vous reste, une des lois de mon métier est de vivre en bonne intelligence avec les hommes vraiment forts. Vous pourrez me rendre, dans le monde où vous allez, l'équivalent des services que je vous rendrai dans la
A PARIS
presse. Mais les affaires avant tout! envoyez-moi des articles purement littéraires, ils ne vous compromettront pas, et vous aurez exécuté nos conventions. Lucien remercia Finot, il ne vit que de l'amitié mêlée à de savants calculs dans les propositions de Finot dont la flatterie et celle de des Lupeaulx l'avaient mis en belle humeur à son arrivée.