CHAPITRE TR01ZIESME
HORRIFICQCES CASTOIEMEYTS DE BERTHE ET LES EXPIATIONS DE LA DICTE , LAQUELLE MOURCST FERDONNÉE.
La meschine de la dame de Baslarnay, laquelle avoyl lors irenle-cinq ansd'eage, s'amouracha d'ung des gens d'armes de monsieur, cl feui assez niaize pour luy lairrer prendre quelques pains sur sa fournée , en sorte qu'il y eusl en elle une enfleure naturelle que aulcuns plaisans nomment en ces provinces une hydropisie de neuf moys. Cesie paouvre femme supplia sa bonne maylresse de s'enlremel- Ireaupresl du sire, à cesle fin qu'il conlraignist ce lUaUlvais homme à pnracheverdevant l'autel cequ'il avoyl commencé dedans le licl. Madame de Baslarnay n'cusl poinct de poine à Obtenir cesie grâce du sire, et la meschine feut bien ayse. Ains, le vieil homme de guerre, qui iouiours esioyl rudde en dyable, fil vennir en son preloire son lieutenant, auquel il chanta pouille, en lui commandant, sous peine de la hari, d'espouzer la meschine, ce que le soudard ayma mieulx , tenant plus à son col qu'à sa tranquillité. Basiarnay manda aussi la femelle à laquelle il creul debvoir pour l'honneur de sa mayson chanter une litanie remuée d'epitheies, ornée de fanfreluches horriblement sonnantes, en luy faysant redoubler, en manière de punicion, de n 'eslre poinct mariée, mais geilee en une fosse de la geôle. La meschine cuida que madame se vouloyl deffairc d'elle à cesle fin d'enierrer les secreis sur la naissance de son chier fils. Dans ce penser, alors que ce vieulx cinge luy dict ces oulirageuses parollcs, à scavoir que il failoyl esire ung fol (iour avoir une puite chez soy, elle luy respondii que il esloyl archifol pour le seur, veuquedeppuysuug longtemps sa femme avoyl cslé empuianec el par ung moyne encore, ce qui, pour ung homme de guerre, est le pire destin.
Cercliez le pluz granl oraige que vous ayez veu en voslre vie, el vous aurez une foyble imaigedela cholere verde en laquelle lumba le vieillard assailli en ung endroict de son cueur, où esloyl une Iriple vie. Il prind la meschine à la gorge, el vouloit l'occir incontinent. Ains elle , pour avoir raison , déduisit le pourquoi, le comment, el dict que, s'il n'avoyl nulle fiance en elle , il pouvoyl se repouser sur ses aureilles, en se mussanl au iour où viendroyt dona Jehan de Sacche , prieur de Marmouslier; il cnlcndroit lors les devis du perc qui se solacioytde
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son quaresme annuel, el baysoyl^en ung iour son fils pour ung an. Imberl dicl à cesle femme de déguerpir du chasleau, veu que, si elleaccusoyl vray, il la lueroyl aussi bien que si elleavoyl inventé des menleries. Lors, en ung brief moment, il lui bailla cent escuz oulireson homme, leur enjoignant à tous deux de ne se poinct coucher en Tourayne, et pour pluz deseureiez l'eurent conduicis en Bourgogne par unofficierdemondiclsievrdeBaslarnay.il advizasa femme deleurdesparlie, en luy dizantquecesle meschineesloyt ung fruicl guaslé, et avoyt jugé saige la gcller hors, ains luy avoyt donné cent escuz cl trouve ung emploi pour le gars en la court de Bourgogne. Berthc feulesionneede scavoir sa meschine hors du chasleau, sans auoir repeeu congé d'elle qui esloyl sa maîtresse; ains elle nesonna mot. Puys loslapresl, elle eusl aulires pois à lier, veu que elle entra en de vifues appréhensions pour ceque le sire changea de fassons; il commença de comparer les ressemblances de son aisné avecque kiy-mesme, et ne treuva rien de son nez, ni de son front , ni de cecy, ni de cela chez celluy cadet que il aimoil tant.
— Il est tout moy-mesme, respondit Berlhe en ung iour que il faysoit de ces equivocques , ne scavez-uous poinoi que dans les bons menaiges, les fieux se font par les maris et par les femmes, ung chaseun sa volte, ou soubventdc compaignie pour ce que la merc fund ses esperiiz avec les esperilz viiaulx du père; et aulcnns mires se iacienl d'avoir veu mouIienfansprofJuicls sans nulle pourlraicleurc de l'ung ni de Pau lire, dizani ces mystères eslrc à la phanlaizie de Dieu.
— Vousesles devenue scauante, ma mye, respondicl Easiarnay. Ains,moy qui suys ung ignare, ie cuide que ung enfant qui ressembleroyl à ung moyne....
— Seroyl faict par celluy moyne? dict Berlhe en le resguardant sans paour au vizaige encore que il courust glasse en ses veines au lieu de sang.
Le bonhomme creul errer et mauldict sa meschine, ains ne feui que plus ardent à vérifier le caz. Comme le iour deu à dom Jehan se faysoit proche , Berihe mize en deffiance par ceste parolle, luy escripvilson bon vouloir eslre que il ne vind pas ceste année, se réservant de luy dire le pourquoy; puis elle alla requérir la Fallolleà Losches de remettre sa leilre à dom Jehan , cuydanl loul sauf pour l'heure prezenle. Elle feut d'aultanl plus ayse d'auoir escript à son amy le prieur, que sire Imbert qui, vers le temps assigné pour la festeannuelle du paouvre moyne, avoyl accouslumé voyager en la prouince de Mayneoùil possedoyt granls biens, y faillit cesle foys en obieclanl les prepparalifves de la seddicion que souloyl fayre monseigneur Loys à son paouvre père qui feut si marri de cesle prinse
d'armes que il en mourust, comme ung chaseun scayt. Ceste rayson esloyl lanl bonne que la paouvre Berihe donna dans les loiljes, el se linl en repos. Au jour dict, le prieur advint sans faulie. Berlhe le voyant, blesmit el luy demanda s'il n'avoyt point repeeu son messaige.
— Quel messaige ? dict Jehan.
— Nous sommes doneques perdeus, l'enfant, loi el moi, respundict Berlhe.
— Pourquoy ? fiel le prieur.
— le ne scays, dicl-elle, mais veci noslre iour extresme advenu.
Elle s'enquisl de son bien ayme fils où estoyt Basiarnay. Le ieune homme lui dict que son père avoyl esté mandé par ung expresl à Losches el ne debvoyt rallourner qu'à la vesprée. Sur ce, Jehan voulsist maulgré sa mye demourer avecque elle et son chier enfant, l'acerlenanl qu'aulcun meschief ne pouvoyt advenir apresl douze années escheues deppuys la noël de leur fieu. En ces ioursoù esioyt feslee la nuiciee aux advenleures que vous scavez, la paouvre Berthedemouroyten sa chambreavecque le paouvre moyne, iusques au soupper. Ains, en cesle coniuncleure , les deux amans hastez par les appréhensions de Berihe, lesquelles l'eurent parlagiees par dom Jehan dez que sa mye les luy grabela, disnerent iosi, encore que le prieur de Maimouslier raffermisl li cueur à Berlhe en luy remonslrant les privilèges de l'Ecclize, el combien Basiarnay deià mai en courl auroyt paour de faire ung alieniast sur ung dignitaire de Maimousliers. Alors que ils se plasserenl à la lable, leur pciisl iouoytparadvenieure ci maulgré les iieralifues prières de sa merc ne voulsist lairrer le icu, veu que il tournoyoii par la courl du chasiel chevaulchianl ung fin genesl d'Hespaigne, duquel monseigneur Charles de Borgoygne avoyl guerdonné Basiarnay. Et pour ce que les ieunes gars aymcnl à se vieillir, que les varlels foui les baschelliers , que baschelliers soûlent fayre les chevalliers, ce pciisl se complaysoil à monslrer à son amy le moyne combien il esloyl deuenu granl, il faysoyl sauller le genest comme puce ez loilles, el ne bougeoyl ne pluz ne moins que s'il eusl esté vieilli soubs le harnoys.
— Lairre le fayre asaguyse, ma chieremye, disoyl le moyne à Berihe. Les enl'ans indociles se tournent soubvent en granls characteres.
Berlhe mangeoyl peiisiemeni, car li cueur s'enfloyl comme espouge en l'eaue. Aux primes morceaulx, le moyne, qui esioyl granl clercq, sentist en son cslomach ung irouble et en son palais une ascre piqueure de venin qui luy fiel soubpssonncr que le sire de Basiarnay leur avoyl à tous baillé le boucon. Paravani que il eust cesle accrienement , Berlhe avoyl jàmangié. Soudain, lemoyncremicrsa
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la nappe et gecta le toast dedans l'astre, dizant à Berlhe son soubpsson. Berlhe mercia la Vierge de ce que son filz avoit esté tant féru de iouer. Ne perdant poincl le sens, dom Jehan se remembra son prime mellier de paige, saulia dedans la court, osta son filz de dessus le genesl, l'enfourcha lost, voila par lacampaigne avecque telle diligence, que vous auriez cuiJé voir une esloile filante, si vous l'eussiez veu donnant du talon dedans le flancq dudicl genest à resvenircr, et feul à Losches chez la Fallotle en ung temps que le dyable seul auroyl peu mettre à aller dudict chasiel à Losches. Le moyne fict le compte de son caz à la Falloiie en deulx mots, veu que déià le poizon luy grezilloyt en la fresscure, et la requistluy bailler ungconire-poizon.
— Las! dicl cesle sorcière, si ie avoys sceu que ce feust pour vous que ie liurois mon poizon , i'auroys repeeu dedans le gozier la lame du poignard duquel ieesloysmenassee et aurois lairré ma paouvre uie pour saulver celle d'ung homme de Dieu et la plus génie femme qui oneques a flouri sur cesle terre , veu que , mon chier amy , ie n'ay que ce demouraul de contre-poizon en cesle fiule.
— Y en a-l-il pour elle?
— Ouy , ains allez lost , fict la vieille.
Li moyne revinst plus esraumcnl encore que il n'esioyt vennu, si bien que le genest creua soubs hiy dedans la court. Il arriva en la chambre où Berlhe, cuydantson heure exlresme advenue, baysoit son enfant en se tordant comme ung lézard au feu et ne gecloil pas ung cri sur elle, ains sur celtuy enfant habandonné à la cholere de Bastarnay, oubliant ses lorieures à la veue de ce cruel advenir.
— Prinds , fict li moyne , moi , i"ay la vie saulve. Dom Jehan eust le fier couraige de dire cesle pa-
rolle d'ung vizaige ferme, encore que il sentist les gryphes de la mort luy saisir li cueur. Si lost que Berlhe eust beu , prievr de cheoir mort, non sans bayscr son fils et resguardersa mye d'ung œil qui ne varia pluz mesme aprest son darrenicr sospir. Geste veue la glassa comme marbre et l'espovenla tant, que elledemoura roide deuantee morteslendeu au rez de ses piedz, serrant la main à son enfant qui plourail , tandis que elle avoytauconlraire ung œil secq comme la mer Bouge alors que les Hebrieulx la passèrent conduicls par le baron Moyse, vu que elle cuydoyt y avoir sables agulz roulants soubs les paupières. Priez pour elle, asmes cbarillables, pour ce que aulcune femme ne feut aullant gehennée en deuinant que son amy luy saulvoyt la vie à ses deppens. Aydee par son fils, elle boulla elle-mesme li moyne en plain licl, et se dressa en piedz auprest, priant avecque son fils auquel elle dicl lors que celtuy prieur esloyt son vray père. En cest estai, attendit la malc heure, et la maie heure
ne luy faillit poinct, veu que, vers la onziesme heure, Bastarnay vind et luy feut dict à la herse que li moyne estoyt mort et poinct madame ne l'enfant, et vid son beau genesl creué. Lors esmcu par ung furieulx dezir d'occir Berthe et le filz au moyne, il franchit les desgrez d'ung sault; ains à la veue de ceiiuy mort pour qui sa femme et le fils recilloyent des lillanies sans les inlerrumpre, n'ayant poinct d'aureilles pour ses véhémentes querimonies, n'ayant poinct d'yeulx pour voir ses lourdions et menasses, il n'eust pluz le couraige de perpétrer ce noir forfaict. Aprest son prime feu geclé, ne sceul que rezouldre cl alloyl par la salle comme ung homme couard cl prias en faulie , fereu par ces prières touiours dictes sur celtuy moyne. La nuict feut consommée en pleurs, gemissemens et oraysons. Par ung expresl commendement de madame, la meschine avoyt esté luy achepler à Losches ung veslementde demoyselle noble, et pour son paouvre petisl ung cheual et des armes d'escuyer; ce que voyant , le sievr de Basiarnay feut irez eslonné; lors il envoya quérir madame et le fils au moyne, ains ne l'enfant ne la mère ne donnèrent de repponse , et pouillèrent les vestemens acheplez par la meschine. Par ordre de Berihe , ceste meschine faysoil le compte de la niayson de madame, dispozoit ses habits , perles, ioyaulx , dyamanls, comme se disposent ces choses pour le renoncement d'une veufve à sesdroicts. Berihe ordonna mesme de plasser sur le lousl son aumosniere, à ceste fin que la cerimonie feut parfaicte. Le bruict de ces prepparalifues courust par la mayson , ung chascun vit lors que madame alloyt la lairrer, ce qui engendra la marrisson dans tous les cueurs , voire mesme en l'asme d'ung petit marmitteulx vennu ceste sepmaine, lequel plouroyt pour ce que madame luy avoyt ia dict ung mot gralieulx. Espovenié de ces apprests , le vieulx Basiarnay vind en la chambre de madame', et la treuva plorant auprest du corps de Jehan, car les larmes estoyent advennues , ains elle les seicha, voyant son sievr espoulx. A ses inlerrogualionssans numbre, elle respondiclbriefvement par l'adveu de sa coulpe, dizant comment elle avoyt esté truphee, comment li paouvre paige avoyt esté nauré, monsirant sur li mort la bleceure du poignard , combien avoyt esté longue sa guarison ; puys, comment par obéissance pour elle et par penitlence enuers les hommes et Dieu avoyt esté soy mettre en relligiou enhabandonnanlsa belle uie de cheuallier, lairrant finer son nom, ce qui certes estoyt pire que mon ; comment elle, en vengeant son honneur, avoyt songié que Dieu mesme u'auroyt reffuzé ung iour par an à ce moyne pour uoir le fils auquel il sacrifioyl tout ; comment ne uoulant uiure avecque ung meurdrier elle quitloyl sa mayson en y lairrant ses
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biens; puis, que si l'honneur des Bastarnay se trouvoyt maculé, ce esloyl luy non elle qui faysoyt la honte, pour ce que en celluy meschief, elle avoyt accommodé les choses au mieulx ; finablement , adjouxta le vueu d'aller par monls et vaulx , elle et son fils , jusques à ce que tout feust expié , vu que elle scavoit comment expier le tout.
Ayant dict noblement et d'ung vizaige pasle ces belles parolles, elle prind son enfant par la main et issit en grant ducil, pluz magnifiquement bclleque ne feul la demoyselle Agar à sa desparlie de chez le patriarche Abraham, et si fiere que tous les gens de la mayson se genoillerenl à son passaige en l'implorant à mains ioincles comme Noslre Dame de la Riche. Ce feut pilloyable de voir aller quinauld à sa suitte le sievr de Baslarnay plourant, recongnoissant sa coulpe et dezesperé comme ung homme conduict en l'eschaffault pour y eslre deffaict.
Berlhe ne voulsist entendre à rien. La dezolacion estoit si grant que elle treuva la herse baissée et hasta le pas pour issir du chaslel , en redoubtant que elle ne feut soudain leuée ; ains nul n'avoyt ne rayson ne cueur. Berthe s'assista la margelle des douves en veue de loust le chaslel qui la prioyt avecque larmes y demourer. Le paouvre sire esloyt debout, la main sur la chaisne de sa herse, muet comme ung des saincls de pierre engrauez au dessus du porche, il vit Berlhe commender à son fils de secouer la pouldre de sa chausseure sur la voye du pont, à cesle fin de ne rien avoir aux Bastarnay, et elle fict pareillement. Puys monslra du doigt à son filz le sire par ung geste graue, et luy tinsl ce languaige :
— Enfant, vecy le meurdrier de ton père, lequel esloyt, comme tu scays, le paouvre prievr; ains lu has prins le nom de ccste homme , or dunques lu verras à le luy rendre, de mesme que tu lairres cy la pouldre prinse avecque tes sovliers en son chaslel. Pour ce qui est de ta nourriteure en sa mayson, nous solderons aussy le compte, Dieu aydanl.
Oyant cesle cérémonie, le vieulx Baslarnay eust lairré tout ung mouslier de moynesà sa femme pour ne poinct estre habandonnc par elle et par ung cscuyer capable d'eslre le los de sa maison, et demoura la leste penchée aux chaisnes.
— Desmon ! fict Berlhe sans sca voir quelle estoyl sa part en cecy , es lu conlenl? Advienne lors en ccste ruyne Passislance de Dieu , des saincls et archanges , que i'ay tant priez !
Berlhe eust soudain li cueur emply de saincles consolacions , veu que la bannière du granl mouslier lorna la rote d'ung champ el apparust accompaignee des chants de l'ecclize qui esclallèrenl comme voix cellesles. Les moynes informez du meurtre perpétré sur leur bien aymé prievr, ve-
noyent cercher son corps processionnellement , assistez de la justice ecclcziasticque. Voyant ce, le sire de Baslarnay eust à grant poine le temps d'issir par la poterne avecque son munde et se desparlist vers monseigneur Loys, lairrant toust à trac.
La paouvre Berlhe en crouppe derrière son filz, vind à Montbazon fayre ses adieulx à son père , luy dizant que elle mourroyt de ce coup et feul resconforlee par ceulx de sa gent qui se benderent à luy remettre li cueur en estai, ains sans le pouvoir. Le vieulx sire de Rohan guerdonna son pelit-filz d'une belle armeure , luy dizant de si bien conquester gloyre el honneur par ses haulls faicts , que il lornast cesle coulpe maternelle en los esterne. Ains madame de Bastarnay n'avoyt bouté dedans l'esperit de son chier filz aullre penser que celuy de repparer le dommaige , à cesle fin de la saulver elle et Jehan de la damnacion esterne. Tous deulx allèrent doneques ez lieulx où se faysoyt la rébellion, en dezir de rendre tel service à monsievr de Baslarnay que il repeeut d'eulx pluz que la vie. Ores le feu de la seddicion esloyt, comme ung chascun scayt, aux environs d'Engoulesme et de Bourdeaulx en Guyenne , et aullres endroicts du royaulme où debvoyent avoir lieu grosses batailles el renconslres entre les seddilieulx et les armées royalles. La principalle qui fina la guerre feut liuree entre Ruffecq et Engoulesme où feurent pendeuz et iusticiez les gens prins. Ccste bataille commandée par le vieulx Baslarnay, se bailla environ le moys de nouembre, sept moys aprest le meurtre de dom Jehan. Ores, li baron se scavoyt recommandé au prosne pour avoir la leste trenchee comme prime conseiller de monseigneur Loys. Duncques , alors que les siens feurent aval de rote, le bonhomme se vid serré entre six hommes d'armes deiterminez a le saisir. Lors il comprind que on le vouloyt vifuanl pour procedder à l'eneonstre de sa mayson, ruynerson nom et confisquer ses biens. Li paouvre sireayma mieulx périr pour saulver sa genl et guarder les domaines à son filz, il se deffendist comme ung vray lion que il estoyt. Maulgré leur numbre, ces dicls souldards voiant lumbez trois des leurs , feurent conlraincls d'assaillir Baslarnay au risque de l'occir, et se geclerent cnsemblemcnt sur luy, aprest avoir miz ses deulx escuyers el ung paige à bas. En cesle exlresme dangier, ung escuyer aux armes de Rohan fundit sur les assaillanlz comme ung fouldre, en tua deux, criant : Diev saulve les Baslarnay! Le troiziesme homme d'armes, qui jà tennoyt le vieulx Bastarnay, feul si bien féru par celluy escuyer, que force luy feut de le lascher et se raUourna contre l'escuyer auquel il donna de son \7o ignard au deffault du gorgerin. Baslarnay esloyt trop bon compaignon pour s'enfouir sans bailler secours au libérateur de
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sa mayson, que il vif] nauréen se retournant. Lors il deffict (l'ung coup de niasse l'homme d'armes, prind l'escuycr en Irauers sur son chenal et gaigna les champs, conduict par ung guide qui le menna dedans le caslel de la lîoche-Foucauld où il enlra nuiclammcnt , cl Ireuva Berlhe de Ilohan dans la grande salle qui luy avoyl moyenne ce rellraicl. Ains, en deshouzant son saulveur, rccogneusl le filz de Jehan , lequel expira jus la table en baysant sa mère par ung dairenicr effort et luy dict à haulle voix: — Ma merc , nous sommes quittes enuers luy!
Oyanl cesie parole, la mère accolla li corps de son enfant d'amour et s'y conjoingnisl pour ung iamays, veu que elle trespassa de douleur, sans avoir cure ne souley du pardon cl rcppenlcncc de Baslarnay. Ce meschief eslrange advanca tant le
darrenier iour du paouvre sire que il ne vid poinct l'advenement du bon sire Loys le unziesme. Il funda une messe quotidienne à l'ecclize de la Rochc-Foucauld en laquelle il plassa dedans la mesme tumbe le fils et la mère avecque ung granl lumbeau escript en lallin où leur vie est moult honorée.
Les moralilcz que ung chascun peut sugeer de cesle hisloyre sont moult prouffictablcspour le Irain de la vie, veu que cecy demonslre combien les genlilzbommcs doibvcnt eslre coriois avecque les bien aymez de leurs femmes. D'abundant, cecy nous enseigne que tous enfans sont des biens envoyez par Dieu mesme el sur lesquels les pères , faulx ou vrais , ne scauroyent avoir droict de meurtre , comme iadys à Rome par une loy payenne el abominable, laquelle ne sied poiucl à la chresticnlé où nous sommes tous fils de Dieu.