COMMENT FINA. CESTUY MABIÀIGE
Dans le doubte d'eslre ou non accueillie, poincl ne voulsist aller à la court, la dame de l'Isle-Adam; ains vesquil ez champs où son dict sievr espoulx luy fict ung bel eslablissunent eu acheptanl la seigneu-
rie de Beaumont-le-Vicompte, ce qui donna liev à l'équivocque sur ce nom relaltée par nostre bien ayme Rabelays dans son Irez magnificque liure. Le caddet acquist encore la seigneurie de Noinlel, la forest de Carenelle, Sainct-Martin et aullres lieux voizins de Plsle Adam oùdemouroyt son frère Villiers. Ces diclsacquetz le firent le pluz puissant seignevr en l'Isle-de-France et vicompté de Paris. Il eust cure de bastir ung merueilleux chaslel lez Beaumont qui feut ruyné pieça par l'Engloys , et l'aorna des meubles, bobans, lapis estranges, bahuts, tableaux, statues et curiosilezde sa femme, laquelle estoit bonne connoisseuze, ce qui aceomparagea cestuy manoir aux pluz magnificques chasteaulx cogneuz. Lesdeulx espoulx mennerent une uie tant enuiee de tous que il n'estoyt bruict en la uille de Paris et en la court que de cestuy mariaige, de l'heur du sire de Beaumont et pardessus toust de la parfaicte, lealle, gratieulze et relligieulze vie de sa femme que, par costume prinse, aulcuns nommoient touiours madame Imperia ; laquelle ne estoyt pluz ne fiere , ne trenchante comme acier, ains avoyt les verluz et quallilez d'une femme de bien, à en remonslrer à une royne. Elle estoyt bien a^meede l'ecclize pour sa grant relligion, veu que elle n'avoyl oneques oublié Dieu, ayant, commeelle dizoit iadys, moult margaudé avecque les gens d'ecclize, abbez, evesques, cardinaulx lesquels luy bailloienl eaue benoisteen sa coquilleet entre deux courtines lui ramentevoient son salut eslerne. Les louanges faictes de ceste dame eurent tel effect que le roy vind en Beauvoizis pour auoir subject de uoir ceste merueille, et fict au sire la grâce de couchier à Beavmont, y deinoura trois iours et y menna unechasseroyalleavecquela royne et toute la court. Comptez que il feut emmerueillé, comme aussy la royne, les dames et la court des fassons de ceste belle qui feut proclasmee dame de cortoizie et de beaullé. Leroy en prime abord, puys la royne, et ung chascun soula complimenter l'Isle-Adam d'auoiresleu pareille femme. La modestie de la chaslelaine fict pluz que n'eusl faict la fiercté, veu que elle feust conuiee à aller en la court et par toust, tant esloyt impérieux son gréant cueur, tant estoyt lyrannique son violent amour pour son espoulx! Comptez que ses appalz mussez soubs les drappeaulx de la vertu, n'en feurent que pluz gentils. Le roy bailla la charge vacquanle de sa lieulenance en l'Islede-France et preuoslcz de Paris à son ancien envoyé, luy donnant le titre de vicompté de Beaumont, ce qui l'establit gouverneur de toute la prouince, et le mist sur ung grant pied à la court. Ains de ce seiour, vind une playe au cueur de madame de Beaumont, poureeque ung maulvaisialoux de ceste heur sans meslunge, luy demanda en manuiere de
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ieu, si Beaumont luy avoyt parlé de ses primes I esloicnt à bon titre dictes bcstes; ains elle fict la
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amours avecque la demoyselle de Montmorency, laquelle avoyt lors vingt-deulx ans, veu que elle en avoyt seize lors du mariaige faict à Rome , Inquelle demoiselle l'aymoit tant que elle demouroyt puccelle, n'entcndoylà aulcun mariage et se mouroyt de dezcspoir en ses cottes, ne pouvant perdre soubvenir de son amant emblé, et voulloit soy mettre au couvent de Chelles. Madame Imperia deppuys six années que duroyt son heur, n'auoyt oncques ouy ce nom, et recogneust à ce, que elle estoyt bien aymee. Faictes estât que cesluy temps avoit esté consumé comme ung seul iour, que lovs dculx se cuidoyent mariez de la ueille, que chascune des nuicts estoyt une nuict de nopces, et que si pour aller uoir a ung soing dehors le vieompte s'esloingnoit de sa femme , il estoyt melancholicque, ne pouuant la perdre de vcue , ne elle non pluz, luy. Le roy qui aymoit moult le vieompte, lui dicl aussy ung mot qui luy demeura comme espine au cueur en lui disant : Tu ne bas poinct d'enfans. A quoy Beaumont respondict en homme sur la playe duquel on boulloit le doigt: Monseignevr, mon frereen ha, par ainsy nostre liguaige est affermi.
Or il aduint que les dculx enfans de son frère moureurent de maie mort, l'ung à ung lournoy par cheule de cheual , et l'aultrcde maladdie. Monsieur de l'Isle-Adam couceupt telle douleur de ces deulx morts que il périt de ce, tant il aymoit ses deulx fds. Par ainsy, la vieompte de Beaumont , les acquelz de Garenelle, de Sainct-Marlin, de Noinlel et les domaines à l'enlour l'eurent reuniz à la seigneurie de PIsle-Adam, aux foretz voisines, et le caddet devint chief de maison.
En cesluy temps, madame comployt quarantecinq ans d'eage et estoil touiours idoine à fayre enfans , tant bonne estoit sa membreure ; ains elle ne concepvoit poinct. Alorsque elle vid le lignaige de l'Isle-Adam fine, elle se iacla de produire une lignée. Ores, comme deppuys sept années escheues elle n'avoyt oncques eu le plus Icgier soupsson d'enfantement , elle cuida , d'après l'aduis d'ung saige physicien que elle manda de l'aris et fiel vennir capiettement, que ceste non fecundalion provenoit de ce que tous deulx , elle et son espoulx touiours pluz amans que espoulx , prenoient tant de ioye au deduict,quereiigeiireuie en estoil empeschiee. Adoncques durant ung temps elle s'appliqua, li bonne femme, à demourer calme comme une galline soubs le coq, poureeque le physician luy avoit remonslré que dans Testai de nalture, oncques nefailloienl les beslcs à produire, veu que les femelles ne uzuient d'aulcuns h artifices, ne mignoleries, ne lesbioaiges et mille lassons avec lesquelles les femmes accommodoyent les olives de Poissy ; et pour ce, tict-elle,
promesse de ne pluz iouer avec sa chiere branche coralline, et mettre en oubly toutes les confitureries que elle avoit enginipes. bas! encores que elle se linst saigement cslcndcue comme ceste Hallcmancle, laquelle feut cauze par sa coite alleure que son espoulx la chevaulchia morte et alla li paoure baron demander absolution de ce caz au pape qui rendist son celebbre bref où il prioil les dames de Franconie de se legierement mouuoir au deduict pour que ce pesché n'aduint pluz, madame de ITsIe-Adam ne conceupt poinct, et cheut en granl melancholic. Puys elle commença ià d'obseruer combien estoit songeur par momens l'Isle-Adam que elle espia lorsque il cuidoit n'eslrc poinct veu et qui plouroit de ne auoir aulcun fruict de son amour. Bicnlost les deulx espoulx meslerent leurs pleurs, veu que loust estoil commun en ce beau mariaige, et que ne se lairrant poinct , force estoit que le penser de l'ung feut le penser de l'aultre. Quand madame voyoit l'enfant d'ung paoure elle se mouroit de douleur, et en avoyt pour ung iour à se resconforter. Voyant ceste grant poine, l'Isle-Adam ordonna que touz enfans se tinssent esloignez de sa femme, et luy dicl les pluz doulces parolles, comme que les enfans soubvent tournoient à mal , à quoy elle respondict que ung enfant faict par eulx qui s'aymoient tant seroyt le pluz bel enfant du munde : il dicl que leurs lieulx pouvoiciit périr comme ceulx à son paoure frère, à quoi elle respondict que elle ne les lairreroil poinct s'éloigner de sa iuppe pluz qu'une galline faicl de ses poussins touiours à la ronde de son œil; enfin avoit repponse à tout. Madame lict vennir une femme soubpssonnee de magie et qui passoit pour auoir obserué ces mystères, laquelle lui dicl que elle avoit veu soubvent femmes qui neconcepvoicnt poinct maulgre leurs esludes à bien fayre la ioye, concepuoir en la manière des besles, laquelle estoit la plus simple. Lors madame se mit en debuoir de fayre à Pimilacion du beslail, et de ce n'oblinst aulcune enfleure de ventre, lequel demouroyt ferme et blanc comme marbre. Elle revind à la science physicale des maystres doclevrs de Paris, et envoya quérir ung celebbre medicin arabe, lequel estoit vennu lors en France, y produire une nouvelle science. Adonques cesluy médecin, eleuéen l'eschole d'ung sievr Auerroës, luy dicl ceslecruelle sentence : que pour avoir repeeu Irop d'hommes en sa nauf, el s'cslre adonnée à leurs phanlaizies comme elle avoyl coslume en faysant le ioly mestier d'amour, elle avoyl à loul iamays ruyné certaines grappes où. Dame Nature avoil accrochez aulcunsœufs, lesquels fecundez par les masles, estoient couvez à couvert el desquels esclozoient en raccouschement les petits de toute femelle portant mamelles, ce qui estoit
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preuve par la coeffe Iraisnée par aulcuns enfants. Ceste argnmenlation pareustsi mamallemént solle, beste, niaize, à contre sens des liures saincts où est establie la maieslé de l'homme faict à l'imaige de Dieu , et tout au rebours des syslhcmes suy vis , de la sainte rayson et bonne doctrine, que les doclevrs de Paris en firent mille bourdes. Le medicin arabe lairra l'cschole où oncquesnc feut question du sievr Averroës, son maystre. Les mires dirent à madame, qui estoit venneue souriquoizement à Paris, que elle allast son train, veu que elle avoyt eu, durant sa uie d'amour , la belle Théodore du cardinal de Raguze, que le droicl de fayre enfans demouroit aux femmes tant que duroyt la marée du sang, e. que elle eust cure de multiplier les caz d'enfantement. Ceste aduis luy pareut tant saige que elle multiplia ses victoires ; ains ce feut multiplier ses deffaictes, veu que elle n'obtinst que fleurs sans fruiet. La paoure affligée escripuit lors au Pape qui l'aymoit moult, et luy manda ses douloirs. Li bon Pape luy respundict par une gratieulze homélie escriple de sa main , que là où la science humaine et les chozes terrestres faysoient deffault, besoing estoit de soy torner vers le ciel, et implourer la graace de Diev. Lors feut conclud par elle d'aller piedz nudz, en compaignie de son espoulx , deuets Noslre Dame de Liesse , celebbre par son interuention en pareilz caz , et fict vueu d'y bastir une magnificque cathédrale en merciement d'ung enfant. Ains elle se meurdrit et guasta ses iolys pieds, puys ne conceupt aultre chose que le pluz uiolent chagrin, et qui feut tel que aulcuns de ses beaulx cheueulx tumberenl et aulcuns blanchirent. Finablement les facultez de fayre enfans luy feurent rettireez, d'où vindrent aulcunes espesses vapeurs issues des hypochundres lesquelles luy jaunirent le tainct. Elle comploit lors quarante-neuf années, et habitoil son chastel de ITsIe-Adam où elle maygrissoit comme leppreux en l'Hostel Dieu. La paouretle se dezesperoit d'aultant pluz que l'Isle-Adam estoit touiours amoureulx et bon comme pain pour elle qui failloit à son debvoir pour avoir iadys esté trop cognée par les hommes, et ne estoit pluz, suyvant son desdaigneux dire , que ung chauldron à cuyre andouilles. Ha ! fiel elle par une vespree où ces pensers tormentoient li cueur, maulgré l'ecclize, maulgré le roy , maulgré tout, madame de l'Isle-Adam est touiours la maulvaise Imperia. De faict, elle tumboit en maie raige quand elle voyoit ce flourissant gentilhomme avoir toust à soubhaists, grants biens, faueur royalle, amour sans pair, femme sans secunde, plaizirs comme aulcune n'en doniroyt, et faillir par le poinct le plus chier à ung chief de haulte mayson, à scavoir la lignée. En ce penser , elle soubhailoit mourir en songiant combien il avoyt
esté noble et grand à l'enconstre d'elle, et combien elle manquoit àsondebuoiren ne luy baillant poinct enfans, et ne pouuant dezormais luy en bailler. Elle mussa sa douleur au pluz profund o!e son cueur, et conceupt une deuotion digne de son grant amour. Pour tneîlre à fin ceste héroïque vizée, elle se fict encore plus amoureulze, prind des soings exlresmes de ses beaultez, et uza de préceptes savans pour maintenir en estât sa corporer.ee qui gecloit ung esclat incredible.
Vers ce temps, le sievr de Montmorency vainquist la repulsion de sa fille por le mariaige et il feut moult parlé de son alliance avecque ung sievr de Chastillon. Madame Imperia, laquelle estoit voizine de trois lieues de Montmorency , enuoya ung iour son mari chasser en forest , et se desporta vers le chastel où demouroyt lors la demoyselle de Montmorency. Vennue au plessis, elle s'y pourmena, dizant à ung serviteur d'informer la demoyselle que une dame avoyt ung aduis Irez pressant pour elle, cl que elle vind luy bailler audience. Trezobturbce par le discours qui luy feut faict des beaultez, courtoizie et suilte de la dame incogneue, la demoyselle de Montmorency alla en grant erre ez iardins, et fict la renconstre de sa rivale que elle ne cognoissoit poinct.
— Ma mye, fict la paoure femme plourant de voir la demoyselle aultant belle que elle estoit, ie scays que l'on vous contrainct à marier monsievr de Chastillon, encore que vous aymez monsieur de l'Isle-Adam, ayez fiance en la prophétie que ie vous fays icy , que celluy que vous avez aymé et qui ne vous a failly que par des embusches en lesquelles ung ange seroit tombé, sera desliuré de sa vieille femme paravant que les feuilles soient cheues. Par ainsy vostre constante amour aura sa couronne de fleurs. Duncques, ayez le cueur de vous refuzer au dict mariaige qui se moyenne, et vous iouirez de vostre bien aymé. Donnez-moy votre foy de bien aymer l'Isle-Adam qui est le plus gratieulx des hommes, de ne iamais luy fayre poine, et luy dire de vous descouvrir tous les secrets d'amour inventez par madame Imperia, veu que en les pratiquant, vous ieune, il vous sera facile d'oblitérer la remembranee d'icelleen son esperit.
La demoyselle de Montmorency chut en ung tel estonnement que elle ne seul fayre aulcune response, et lairra cesle royne de beaulté s'esloigner, et la prind pour une phee, iusques à ce que ung manouvricr luy dict que cesle phee estoit madame de l'Isle-Adam. Encore que cesle advenleure feut inexpliquable, ceste demoyselle de Montmorency dict à son pereque elle ne respondroit sur l'alliance proupozee qu'aprest l'automne , tant il est de la natture de l'Amour de se marier à l'Espérance, maulgré les
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absurdeshappelourdesqueluy baille à gober, comme gasteaulx de miel , ceste fallacieuze et gratieulze compaigne.
Durant le moys où se cueillent les vignes, madame Imperia ne voulait poinct que l'Isle-Adam la lairrast et uza de ses plus flambantes ioyes, en telle sorte que vous eussiez cuydé que elle le vouloyt ruyner , veu que à part luy , l'Isle-Adam creut que il avoyt affaire à une femme neufve, par chaque nuictee. Au resveigler, la bonne femme le requestoit de guarder memoyre de cesle amour faicte en toute perfection. Puys pour scavoir le vray du cueur de son amy luy dizoit : Paoure l'Isle-Adam, nous ne avons pas faict saige de marier ung iouvencel comme loy qui prenois vint-trois ans avecque une vieille qui couroit sus à quarante ! Luy respondoit que son heur estoit tel qu'il faysoit mille envieulx, que à son eage elle ne avoyt poinct sa pareille parmi les demoysellcs, et que si iamais elle vieillissoit, il aymeroit ses riddes, et cuidoit que dans la tumbe elle scroit iolye et son squelette aymable.
A telles responses qui luy faisoient vennir l'caue ez yeulx, elle respondit malicieusement ungmallin que la demoyselle de Montmorency estoit bien belle et Irez fiilcllc. Ce mot fiel dire à l'isle Adam, que elle le metloit à mal en luy recordant le seul tort que il avoit eu en sa uie, en faulsanl la parolle donneeàsa premieremye de laquelle elle avoyt estainct l'amour en son cueur. Ceste candide parolle fictque elle le saizit et le serra Irez eslroiclemenl , esmeue de cesle leaulté de discours là où pluzieurs auroient blezé. — Cbier amy , fict-clle , vecy plusieurs iours que ie suys affeclee d'une retraction au cueur, de laquelle ie feus dez le ieune eage menassee de mourir, arrest que ha confirmé le fisician arabe. Si ie meurs, ie veulx que lu fasses le pluz liant serinent de cheuallier de prendre la demoyselle de Montmorency pour femme, l'ay telles seuretez de mourir que ie lairre mes biens à la mayson soubs la condicion de cesluy mariaige. En entendant cecy , l'Isle- Adam blesmil et se senlisl foyble au seul penser d'une séparation eslerne avecque sa bonne femme.
— Ouy , chier threzor d'amour, ficl-elle , ie suys punie par Dieu là où se firent mes peschez, pour ce que les grants plaizirs que ie esprouve me dilatent le cueur et ont, suyvant le mire arabe, amoindri les vaisseaux qui, par ung temps de Sénégal, crèveront; ains i'ay louiours prié Dieu de m'oster ainsy la uie en l'eage où ie suys pour ce que ie ne veulx poinct voir mes beaulez ruyneez par li temps.
Ceste grande et noble femme vil lors combien elle csloyt aymee. Vecy comme elle obtinst le pluz granl sacrifice d'amour qui oneques cust eslé faict sur cesle terre. Elle seule scavoyt quels attraits estoyent dans les baudouineries, ba}anogaudjs§eries
et pourlescheries du lict coniugal qui estoient telles que le paoure l'Isle-Adam auroy t mieulx aymé mourir que de se lairrer sevrer des friandises amoureulses que elle y confizoyt. A ceste advueu faict par elle que dans une raige d'amour son cueur se brizeroit , le cheuallier se gecta à ses genouils, et luy dict que pour la conseruer, il ne la requerroyt iamays d'amour, que il vivroyt heureulx de la uoir et la sentir à ses coslez, se contenleroyt de bayser ses coeffes et de se froslcr à ses iuppes. Lors elle respundil en fundant en caue que ellepreferoyt mourir plus tost que perdre ung seul bouton de son buisson d'esglantines, que elle periroyt comme elle avoyt vescu, veu que pour son heur, elle scavoit comment fayre à ceste fin que ung homme la chevaulchiast quand tel estoit son vouloir, sans que besoing lui feut de dire ung mot.
Cy est urgent de faire scavoir que elle avoyt eu du dessus dict cardinal de Raguze, ung pretieulx guerdon que ce braguard nommoyt bref in articulo mords. Pcrdoinezccs trois mois lattins qui proviennent du cardinal, (le estoyt ung flaccon de verre mince, faict à Venice, gros comme une feue, contenant poizon si subtil, qu'en le brizanl entre ses dents, la mort advenoyt soudain sans nulle douleur, e^il avoyt eu ce dict bouccon de la siguora Tophana, la bonne fayscuse de poizons en la ville de Home. Ores cesluy verre estoyt soubs ung chaslon de bague , preserué de tout obiect conlundant par aulcunes plaques d'or. La paoure Imperia mist aulcunes foys li verre en sa bousche , sans se rezouldre à y mordre, tant elle prenoyt plaizir à la vennue que elle cuydoit eslre la darreniere. Lors elle se pleut à repasser toutes ses fassons de chozer parauant de mordre au verre, puis elle se dict que alorsque elle senliroyt la plus parfaicte de toutes les ioyes, elle creueroyt le bouccon.
La paoure créature lairra la uie en la nuict du prime iour d'octobre. Lors feut entenJeue granl clameur ez foresls et nuées comme si les amours eussent crié : li grant Noc est mort! à l'imitacion des dieux payens , lesquels à l'advenement du Saulveur des hommes s'enfouirent ez cieux dizant : li grant Pan est creué! Parolle qui feut ouie par aulcuns navigeant en la mer Eubéenne, et conseruée par ung Père de l'ecclize.
Madame Imperia decedda sans estre guastee, tant Dieu avoyt eu cure de fayre ung modèle irréprochable de femme. Elle avoit, dicton, une magnificque coulouralion de laincl cauzée par le voizinage des aesles flambantes du Plaizir qui plouroit et gizoit prest d'elle. Son espoulx meuna ung dueil incomparable, ne se doublant poinct que elle esloyl morle pour le libérer d'une femme brehaigne, veu que le mire qui l'cmbcaulma, ne die! mol sur la cauzede,
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ceste mort. Cesle belle œuure se descouvrit six années aprest le mariaige du sire avecque la demoyselle de Montmorency, pourceqne ceste nice luy racompla la visite de madame Imperia. Le paoure gentilhomme traisna dès lors des iours mellancollieulxet fina par mourir, ne pouvant forbannir la remembrance des ioyes d'amour que il n'estoyt au pouvoir d'une nigaulde luy restituer; par ainsi
donna la preuve d'une veritté qui se dizoyt en ce temps que ceste femme ne mouroyt Jamais dans ung cueur où elle avoyt régné.
Cecy nous apprend que la vertu n'est bien cogneue que par celles qui ont praticqué le vice; pourecque parmi les pluz preudes femmes, peu eussent ainsi lairré la vie , en quelque haull bout de relligion que vous les bouttiez.