‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 60 sur 157 · LES DEUX SALONS · texte numérisé non relu

LES DEUX SALONS

En 1822 , malgré les bénéfices que la restauration >portait aux maisons nobles, la fortune du marins d'Esgrignon n'avait pas augmenté. La terre, 1, pour se servir de son expression, le marquisat Esgrignon, indivis entre sa sœur mademoiselle rmande d'Esgrignon et lui , rendait environ dix Jlle livres. Outre ce lambeau de son ancienne opunce, M. d'Esgrignon possédait sa maison de ville, iais il l'occupait tout entière, et n'en tirait aucun ivenu. De tous les nobles atteints par les lois ré )lutionnaires, aucun ne fut plus maltraité. Au :u de s'être trouvée réunie un jour à la couronne npériale , faute d'acquéreurs , sa forêt d'Esgrilon, située dans un pays riche, avait fait la forme des trois familles qui se l'étaient partagée, a majeure portion de ses revenus consistait en roits domaniaux résultant , comme chez quelques •andes familles , de la mouvance de ses fiefs dont i vendait le plus possible de terres, afin de grossir s lods et ventes. Les familles qui se trouvèrent ins ce cas, furent ruinées sans aucun espoir de itour. L'ordonnance par laquelle Louis XVIII restuait aux émigrés les biens non vendus ne pouvait iur rien rendre, et la loi sur l'indemnité ne devait is les indemniser. On sait que leurs droits suppri-

més furent plus tard rétablis, au profit de l'État, sous le même nom de Domaines.

Le marquis appartint à cette fraction du parti royaliste qui ne conclut aucune transaction avec ceux qu'il nommait, non pas les révolutionnaires, mais les révoltés, plus parlemenlairement appelés libéraux ou constitutionnels. Ces royalistes, surnommés ultras par l'opposition, eurent pour chefs et pour héros les courageux orateurs de la droite, qui tentèrent, comme M. de Polignac, dès la première séance royale, de protester contre la charte de Louis XVIII, en la regardant comme un mauvais édit arraché par la nécessité du moment et sur lequel la royauté devait revenir. Ainsi, loin de s'associer à la rénovation de mœurs que voulut opérer Louis XVIII, le marquis resta tranquille, au port d'armes des purs de la droite , espérant la restitution de son immense fortune et n'admettant même pas la pensée de cette indemnité qui préoccupait alors le ministère de M. de Villèle et qui devait consolider le trône en éteignant la fatale distinction , maintenue malgré les lois , entre les propriétés. D'ailleurs, les miracles de la restauration de 1814, ceux du retour de Napoléon en 1815, les prodiges de la nouvelle fuite de la maison de Bourbon et de son second retour, cette phase quasi fabuleuse de l'histoire contemporaine, surprit le marquis à soixantesept ans ; âge auquel les plus fiers caractères de notre temps, moins abattus qu'usés par les événe-

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ments de la révolution et de l'empire , avaient, au fond des provinces , converti leur activité en idées passionnées, inébranlables, et s'étaient retranchés dans l'énervante et douce habitude de la vie qu'on y mène. N'est-ce pas le plus grand malheur qui puisse affliger un parti , que d'être représenté par des vieillards, quand déjà ses idées sont taxées de vieillesse? D'ailleurs , lorsqu'en 1817 le trône légitime parut solidement assis, le marquis se demanda ce qu'un septuagénaire irait faire à la cour? Quelle charge, quel emploi pouvait il exercer? Le noble et fier marquis d'Esgrignon se contenta donc, et devait se contenter du triomphe de la monarchie et de la religion , en attendant les résultats de celte victoire inespérée, disputée, et qui fut simplement un armistice. Il continua donc à trôner dans son salon , si bien nommé le Cabinet dos Antiques, surnom de douce moquerie, qui sous la restauration devait s'envenimer, alors que les vaincus se trouvèrent les vainqueurs.

Cette ville, en effet, ne fut pas plus préservée que la plupart des villes de province des haines et des rivalités engendrées par l'esprit de parti. La maison d'Esgrignon s'était fait un ennemi dangereux en la personne de l'ancien fournisseur du Croisier, autrefois repoussé par mademoiselle Armande qu'il avait demandée en mariage. Ce relus blessant n'avait pas été adouci : l'hôtel d'Esgrignon eut toujours sa porte fermée pour lui. Ce n'était rien encore. Du Croisier avait épousé, contre l'attente générale, une vieille fille riche auprès de laquelle il avait eu pour rival l'enfant gâté de l'aristocratie de la ville, un certain chevalier de Valois. Non-seulement ce mariage avait engendré l'une de ces guerres à toutes armes comme on s'en fait en province, mais il avait encore accéléré cette séparation entre la haute et la petite aristocratie, entre les éléments bourgeois et les éléments nobles réunis un moment sous la pression de la grande autorité napoléonienne; division subite dont la nation a tant souffert! En France, ce qu'il y a de plus national, c'est la vanité : la masse des vanités blessées y a donné celte soif de l'égalité que, plus tard, les plus ardents novateurs trouveront impossible. Les royalistes piquaient au cœur les libéraux dans les endroits les plus sensibles. En province surtout, les deux partis se prêtaient réciproquement des horreurs et se calomniaient honteusement. On commettait en politique les actions les plus noires pour attirer à soi l'opinion publique, pour capter les voix de ce parterre imbécile qui jette ses bras aux gens assez habiles pour les armer. Ces luttes s'y formulaient en quelques individus, et ces individus, qui se haïssaient comme ennemis politiques, devenaient aussitôt ennemis particuliers. En province, il était

difficile de ne pas se prendre corps à corps, à propos des questions ou des intérêts qui , dans la capitale, apparaissaient sous leurs formes générales, théoriques et qui dès lors grandissaient assez les champions pour que M. Laffitlc, par exemple, ou Casimir Périer pussent respecter l'homme dans M. de Villèle ou dans M. de Pcyronnet. M. LaffiUe, qui l.iisait tirer sur les ministres, les aurait cachés dans son hôtel, s'ils y étaient venus le 29 juillet 1830. benjamin Constant envoyait son livre sur la Religion à M. de Chateaubriand en l'accompagnant d'une lettre flatteuse où il avoue avoir reçu quelque bien du ministre de Louis XVIII. A Paris les hommes sont des systèmes, en province les systèmes deviennent des hommes : des hommes à passions incessantes, toujours en présence, s'épiant dans leur intérieur, épiloguant leurs discours, s'observant comme deux duellistes prêts à s'enfoncer six pouces de lame au côté à la moindre distraction et lâchant de se donner des distractions, enfin occupés à leur jeu, comme des joueurs sans pitié. Les épigramuics, les calomnies y atteignent l'homme, sous prétexte d'atteindre le parti. Dans celle guerre faite courtoisement et sans fiel au Cabinet des Antiques , mais poussée à l'hôtel du Croisier jusqu'à l'emploi des armes empoisonnées des sauvages, la fine raillerie, les avantages de l'esprit étaient du côté des nobles. Or, de toutes les blessures, celles que font la langue et l'œil, la moquerie et le dédain, sont incurables. Le chevalier de Valois, du moment où il se retrancha sur le Mont-Sacré de l'aristocratie, en abandonnant les salons mixtes, dirigea ses bons mots sur le salon du Croisier, il attisa le feu de la guerre sans savoir jusqu'où l'esprit de vengeance pouvait mener le salon du Croisier contre le Cabinet des Antiques. Il n'entrait que des purs à l'hôtel d'Esgrignon , de loyaux gentilshommes et des femmes sures les unes des autres; il ne s'y commettait aucune indiscrétion : les discours, les idées bonnes ou mauvaises, justes ou fausses, belles ou ridicules, ne donnaient point prise à la plaisanterie, il fallait s'attaquer aux actions pour ridiculiser les nobles; tandis que les intermédiaires, les gens administratifs, ceux qui courtisaient ces hautes puissances , leur rapportaient de l'autre camp des faits et des propos qui prêtaient beaucoup à rire. Cette infériorité vivement sentie redoublait encore chez les adhérents de du Croisier leur soif de vengeance. Du Croisier était, en 1822, à la tête de l'industrie du déparlement, comme le marquis d'Esgrignon était à la tête de la noblesse; ainsi chacun d'eux représentait un parti. Au lieu de se dire, sans feintise , homme de la gauche pure , du Croisier avait ostensiblement adopté les opinions 1 que formulèrent un jour les 221. II pouvait ainsi

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sufiir chez lui les magistrats, l'administration, la rianec du département. Le salon de du Croisier, lissance au moins égalo à celle du Cabinet des nliques, plus nombreux, plus jeune, plus actif, imuait le département, tandis que l'autre demeulil tranquille et comme annexé au pouvoir que son irti gêna souvent, car il en favorisa les fautes, il i exigea même quelques-unes qui furent fatales. es libéraux de la gauche, qui n'avaient jamais pu ire élire un de leurs candidats dans les collèges de ; département rebelle aux commandements de tpposition , savaient qu'après sa nomination, du 'oisier siégerait au centre gauche le plus près posble de la gauche pure : ses correspondants à iris étaient les frères Keller, banquiers, dont l'un rillait parmi les dix-neuf de la gauche, phalange lustrée par tous les journaux de l'opposition, insi l'opposition constitutionnelle était toujours *ête à reporter au dernier moment ses voix visiement accordées à un candidat postiche, sur du roisier s'il gagnait assez de voix royalistes pour )tenir la majorité. Chaque élection où les royautés repoussaient du Croisier, candidat royaliste mstitutionnel, dont la conduite était admirablelent devinée , analysée, jugée par les sommités tyalistesqui relevaient de M. d'Esgrignon, augmenit encore la haine de l'homme et de son parti : ce ni anime le plus les factions les unes contre les îtres, c'est l'inutilité d'un piège péniblement tendu, ujourd'hui, nous sommes déjà si loin de ce temps, ue ces éclaircissements sont indispensables.

Au moment où celte histoire commence, les ostililés semblaient assoupies. Le salon du Croier et le Cabinet des Antiques, après avoir reconnu an et l'autre leur fort et leur faible, attendaient ms doute les effets du hasard , la véritable Provience des partis. Les esprits ordinaires se contenlient de ce calme apparent ; mais ceux qui vivaient lus intimement avec du Croisier savaient que chez li, comme chez tous les hommes en qui la vie ne iside plus qu'à la tête, la passion de la vengeance >t implacable quand surtout elle s'appuie sur imbition politique. En ce moment, du Croisier, ui jadis blanchissait, rougissait au nom des d'Esgrinon et du chevalier de Valois, qui tressaillait en rononçant ou entendant prononcer le mot de Cabiet des Antiques , affectait la gravité d'un sauvage :

souriait à ses ennemis, haïs , observés d'heure en eure plus profondément. Il semblait avoir pris le arti de vivre tranquillement, comme s'il eût désspéré de la vicoire. Un de ceux qui partageaient ctte rage froidie , était le président du tribunal, I. du Ronceret, fds d'un hobereau qui avait prémdu aux honneurs du Cabinet des Antiques sans voir pu les obtenir.

La petite fortune des d'Esgrignon, soigneusement administrée par le notaire Chesnel, suffisait difficilement à l'entretien de la maison où ce digne gentilhomme vivait noblement, mais sans le moindre faste. Quoique le précepteur du comte Victurnien d'Esgrignon , fils unique et l'espoir de la maison, fût un ancien oratorien donné par monseigneur l'évêque, et qu'il habitât la maison , encore lui fallait-il quelques appointements. Les gages d'une cuisinière, ceux d'une femme de chambre pour mademoiselle Armandc , du vieux valet de chambre de monsieur le marquis et de deux autres domestiques, la nourriture de quatre maîtres, les frais d'une éducation pour laquelle on ne négligeait rien, absorbaient entièrement les revenus, malgré l'économie de mademoiselle Armande, malgré la sage administration de Chesnel, malgré l'affection des domestiques. Le vieux notaire ne pouvait faire aucune réparation dans le château dévasté où le marquis ne voulait revenir qu'au moment où tout serait rétabli comme avant les troubles. Il attendait la fin des baux pour trouver une augmentation de revenus due soit aux nouvelles méthodes d'agriculture, soit à l'abaissement des valeurs monétaires, et qui allait porter ses fruits à l'expiration de contrats passés en 1809. Le marquis n'était point initié aux détails de ménage ni à l'administration de ses biens : pour lui, Chesnel était toujours son intendant; et c'eut été pour lui comme un coup de foudre que la révélation des excessives précautions employées afin de joindre les deux bouts de l'année, suivant l'expression des ménagères. Ce noble et beau débris de l'ancienne noblesse inspirait une si vive admiration, un si religieux respect de ses idées, que les étrangers eux-mêmes contribuaient à entretenir les erreurs dans lesquelles on le laissait vivre. Ainsi, la grandeur de la maison d'Esgrignon, à laquelle personne ne pensait dans le royaume, ni à la cour, ni dans l'État, et qui, passé les portes de la ville et quelques localités du département, était tout à fait inconnue; celte grandeur obscurcie par les troubles revivait aux yeux du marquis et de ses adhérents dans tout son éclat : la maison d'Esgrignon allait reprendre un nouveau degré de splendeur en la personne de Victurnien, au moment où les nobles spoliés rentreraient dans leurs biens, où il pourrait apparaître à la cour pour entrer au #rvice du roi, par suite y épouser, comme jadis faisaient les d'Esgrignon, une Montmorency, une Rohan, une de Lorges, une Fesenzac , une Bouillon, enfin une fille qui réunirait toutes les distinctions de la noblesse, de la richesse, de la beauté , de l'esprit et du caractère. Les personnes qui venaient faire leur partie le soir, le chevalier de Valois, les Troisville, les Laroche-Guyon, les Casteran (prononcez Calcran), le duc de Gordon

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considéraient le grand marquis comme un immense personnage. Il n'y avait rien de mensonger dans celte croyance; elle eût été juste si l'on avait pu effacer les quarante dernières années de l'histoire de France. Mais les consécrations les plus respectables, les plus vraies du droit, comme Louis XVIII avait essayé de les inscrire en datant la charte de la vingt et unième année de son règne, n'existent que ratifiées par un consentement universel. Il manquait aux d'Esgrignon le fond de la langue politique actuelle, l'argent, ce grand relief de l'aristocratie moderne; il leur manquait aussi la continuation de l'historique, cette renommée qui se prend à la cour aussi bien que sur les champs de bataille, dans les salons de la diplomatie comme à la tribune, à l'aide d'un livre comme à l'aide d'une aventure, et qui est comme une sainte ampoule versée sur la tête de chaque génération nouvelle. Une famille noble, inactive, oubliée et ruinée est une fille sotte, laide, pauvre et sage, les quatre points cardinaux du malheur. Parmi tout ce monde une seule personne n'épousait point en entierces illusions; cette personne était l'ancien intendant, le vieux notaire Chesnel. Quoique son dévouement, assez prouvé par cette histoire, fût absolu envers cette grande famille, alors réduite à trois personnes;quoiqu'ilacceptàt toutes ces idées, qu'il y crût et les trouvât de bon aloi ; cet homme avait trop de sens, il faisait trop bien les affaires de la plupart des familles du département pour ne pas suivre l'immense mouvement des esprits, pour ne pas reconnaître le grand changement produit par l'industrie et par les mœurs modernes. Le notaire voyait la révolution passée de l'action dévorante de 1795 qui avait armé les hommes, les femmes, les enfants, dressé des échafauds et coupé des têtes, à l'action tranquille des idées qui consacraient les événements ; après le défrichis et les semailles, venait la récolte. Pour lui, la révolution avait composé l'esprit de la génération nouvelle ; il en touchait les faits au fond de mille plaies, et les trouvait irrévocablement accomplis. Celte tête de roi coupée, cette reine suppliciée, ce partage des biens nobles, constituaient à ses yeux des engagements qui liaient trop d'intérêts pour que les intéressés en laissassent attaquer les résultats. Il y voyait clair. Son fanatisme pour les d'Esgrignon était entier sans être aveugle, et le rendait ainsi bien plus beau. *a foi qui fait voir à un jeune moine les anges du paradis est bien inférieure à la puissance du vieux moine qui les lui montre : l'ancien intendant ressemblait au vieux moine, il aurait donné sa vie pour défendre une châsse vermoulue. Chaque fois qu'il essayait d'expliquer, avec mille ménagements, à son ancien maître les nouveautés, en employant tantôt une forme railleuse, tantôt en affectant la surprise ou la douleur, il ren-

contrait sur les lèvres du marquis le sourire du prophète, et dans son âme la conviction que ces folies passeraient comme toutes les autres. Personne n'a remarqué combien les événements ont aidé ces nobles champions des ruines à persister dans leurs croyances. Que pouvait répondre Chesnel quand le vieux marquis faisait un geste imposant et disait : — Dieu a balayé Bonaparte, ses armées et ses nouveaux grands vassaux, ses trônes et ses vastes conceptions : Dieu nous délivrera du reste.

Chesnel baissait tristement la tête , sans oser répliquer : — Dieu ne balayera pas la France!

Ils étaient beaux tous deux : l'un en se redressant contre le torrent des faits, comme un antique morceau de granit moussu droit dans un abîme alpestre; l'autre en observant le cours des eaux et pensant à les utiliser.

Le bon et vénérable notaire gémissait en remarquant quels ravages irréparables ces croyances faisaient dans l'esprit , les mœurs et les idées du comte Victurnien d'Esgrignon. Ce jeune héritier, enfant unique, idolâtré par sa tante, mademoiselle Armande d'Esgrignon, idolâtré par son père, était, dans toute l'acception du mot, un enfant gâté, qui justifiait d'ailleurs les illusions paternelles et maternelles, car sa tante était vraiment une mère pour lui. Mais quelque tendre et prévoyante que soit une fille, il lui manquera toujours je ne sais quoi de la maternité. La seconde vue d'une mère ne s'acquiert point. Une tante, aussi chastement unie à son nourrisson que l'était mademoiselle Armande à Victurnien , peut l'aimer autant que l'aimerait la mère, être aussi attentive, aussi bonne, aussi délicate , aussi indulgente qu'une mère; mais elle ne sera pas sévère avec ies ménagements et les à-propos de la mère ; mais son cœur n'aura pas ces avertissements soudains, ces hallucinations inquiètes des mères, chez qui , quoique rompues , les attaches nerveuses ou morales par lesquelles l'enfant tient à elles , vibrent encore , et qui , toujours en communication avec lui, reçoivent les secousses de toute peine, tressaillent à tout bonheur comme à un événement de leur propre vie. Si la nature a considéré la femme comme un terrain neutre, physiquement parlant , elle ne lui a pas défendu en certains cas de s'identifier complètement à son œuvre : quand la maternité morale se joint à la maternité naturelle, vous voyez alors ces admirables phénomènes, inexpliqués plutôt qu'inexplicables , qui constituent les préférences maternelles. La catastrophe de cette histoire prouve donc encore une fois cette vérité connue : une mère ne se remplace pas. En effet , une mère prévoit le mal, longtemps avant qu'une fille comme mademoiselle Armande ne l'admette quand il est fait : la maternité factice d'une fille

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reporte des adorations trop aveugles pour qu'elle isse réprimander un beau garçon. La pratique de vie, l'expérience des affaires avaient donné au ;ux notaire une défiance observatrice et perspicace i le faisait arriver au pressentiment maternel, lis il était si peu de chose dans cette maison ! Tiple soldat, fidèle à son poste et prêt à mourir, ri avis ne pouvait être écouté même au fort de l'o- 5e; à moins que le hasard ne le plaçât bien, mme, dans l'Antiquaire, le mendiant du roi au rd de la mer, quand le lord et sa fille y sont suris par la marée.

Du Croisier avait aperçu la possibilité d'une horde vengeance dans les contre-sens de l'éducation nnée à ce jeune noble; il espérait, suivant une lie expression de l'auteur qui vient d'être cité, yer l'agneau dans le lait de la mère. Cette espétice lui avait inspiré sa résignation taciturne et is sur les lèvres son sourire de sauvage.

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