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tlemi-rumanlUjues, cur un lioiiiiêlt' iiuiiiitie se lient toujours à une juste disliince des modes nouvelles.
Mais en vous offrant eelle suite curieuse i\utant que véridiquo, j"ai quelques précautions oratoires à prendre.
D'abord, après avoir lu ccl éloge des magistrats, quelques méchantes gens, mes ennemis sans doute (car un eiron en a), pourraient prétendre que j'ai changé dopinion et que la saisie a opéré une salutaire reforme dans ma tète, et ils s'en iront disant : «i Ah ! n'ayez peur qu'il fronde quelque chose ! ah ! il ne raillera plus rien; il a reçu sur les doigts; il n"y aura plus rien dintéressant dans ce qu'il écrira : adieu ce qu'il nous a promis ! » Oh ! messieurs, je vous prie de ne pas les écouter, car je vous promets, bien que je sois dans mon année climalérique, dans l'année qui arrive tous les sept ans, et pendant laquelle tout change chez nous, année qui a bien servi souvent de prétexte aux ministériels de toutes les époques qui, à chaque quart de conversion qu'ils faisaient, se prétendaient dans leur année climatérique, je vous jure que je n'en continuerai pas moins mon chemin comme par le passé, et, entre nous soit dit, je crois que le Centenaire et la Dernière Fée l'ont bien prouvé.
Cependant, vous, messieurs, qui m'avez si galamment obligé, ne pensez pas que je veuille en rien brûler la politesse à la loi sur la presse. Avant comme après ma saisie, je n'ai jamais eu lintention d'être un brouillon ni un séditieux; et, sans être père de famille, je tiens à ce que le bon ordre ne soit trouble en rien : j'aime que la nuit les réverbères soient allumés ; je n'ai jamais empèclié un agent du nettoyage d'enlever les boues; je me dérange lorsque la troupe passe, et je tire mon chapeau, range ma canne quand j'aperçois un homme à la grenade bleue. D'ailleurs, un jeune bachelier, qui demeure à lile Saint-Louis, rue de la Femme sans tête, ne sera jamais un séditieux : on a trop maltraité M. 3Iagalon pour qu'il lui prenne fan-
taisie de dii-e à l'Ftat (;e qu'il pense sur l'administration de la guerre, des finances, etc.
Moi, quelle est ma tâche? C'est d'aller à la messe le dimanche à Saint-Louis et d'y payer mes deux chaises sans rien dire à la jeune personne qui reçoit mes deux sous, quoiqu'elle soil bien jolie; de monter ma garde à ma mairie, de payer mes 8 francs 75 centimes d'imposition, et de faire mes romans le plus intéressants possible, afin d'arriver à la célébrité, et de pouvoir payer le prix d'un diplôme de licencie en droit; du reste, je n'ai nulle envie de trouver mauvais qu'on soit gouverne aristocratiquement, et de m'insurger, surtout avec ma pauvre canne de bambou et mes deux poings. Non, non, Horace Suint-Auhin est trop sage pour se fourrer dans de telles bagarres, d'autant plus qu'on n'ira jamais le chercher pour le faire conseiller d'État, chose qui lui irait comme un gant, car à qui cela ne va-t-il pas? Ah! si j'étais une fois conseiller d'Etat, comme je dirais au roi, et en face encore : < Sire, faites une bonne ordonnance qui enjoigne à tout le monde de lire des romans!... » En effet, c'est un conseil machiavélique, car c'est comme la queue du chien d'AIcibiade, pendant qu'on lirait des romans on ne s'occuperait pas de politique ; alors je me garderai bien de dire cela, car ce n'est pas dans ma manière de penser, et, dans ce propos, l'intérêt général était sacrifié à l'intérêt personnel : c'était ce qu'il ne faut jamais faire qu'eu secret.
Or donc, cette préface est pour prier lès personnes qui liront l'ouvrage ci-contre, de ne pas croire, d'après certains passages, que c'est une amende honorable que j'ai faite en le composant : ces passages et les sentiments que je donne à mes personnages sont nécessaires à l'intérêt du roman, comme les incidents et les aventures que l'on a trouvés condamnables dans le Vicaire l'étaient à l'intérêt de ce roman en lui-même. Ma faute a été, dans la chaleur de la composition, de ne pas ra'ètre aperçu du danger; mais, celle lois, comme les fils de mon intrigue ne sortent que d'une l)Oimc toile, il n'y aura pas^
PHEFACE.
de ci'iiiiile à avoir, et j'espère que le lecleur me rendra la justice de croire que je n'ai été guidé que par le désir de lui offrir un ouvrage aussi intéressant qu'il est permis à un jeune baclielier de le faire.
Autre avis non moins important; c'e5t que, pour concevoir l'espèce de difficulté que j'avais à surmonter et pour bien juger de l'ouvrage, il faut absolument connaître les antécédents c!c la vie du principal personnage de ce tableau, et il faut pour cela avoir lu le Vicaire des Ardennes; néanmoins cette production n'en est pas moins un roman tout à part, et, comme il n'est pas facile de lire un roman saisi et anéanti, j'ai jeté assez de jour sur les personnages tirés du Vicaire des Ardennes pour qu'il n'y ait aucune obscurité, et qu'une personne qui me ferait l'honneur de lire cet ouvrage seul, y prît de l'intérêt et y trouvât satisfaction. J'ose dire que cet ouvrage offrira de plus le mérite d'une autre difficulté vaincue, plus grande que les lecteurs ne sauraient Timaginer, et qui ne peut être guère appréciée que par les auteurs eux-mêmes.
En général, l'on ne se tire d'affaire dans la composition d'un roman que par la multitude des personnages et la variété des situations, et Ton n'a jias beaucoup d'exemples de romans à deux ou trois personnages restreints à une seule situation.
Dans ce genre, Caleh Williams, le chef-d'œuvre du célèbre Godwin, est, de notre époque, le seul ouvrage que l'on connaisse, et l'intérêt en est prodigieux. Le roman à'Annetle ne contient, de même que dans Williams, que deux personnages marquants , et l'intérêt m'en a semblé assez fort, surtout au second volume; mais j'en dis peut-être plus que la modestie, qui convient à un pauvre bachelier, ne le comporte ; je m'arrête donc
Alors je n'ai plus qu'à finir en sollicitant la un profond respect ! plus grande indulgence pour un honnuc qui |
s'est toujours annoncé pour savoir faiblement sa langue : et en effet, quand on n'a bu au vase des sciences que dans le collège de Beaumontsur-Oise, et que l'on y a fait sa rhétorique sous feu le père Martigodct, on ne doit pas espérer de brillants succès; mais le hasard est une si belle chose, que l'on peut bien un matin jeter son bonnet en l'air, faire craquer ses doigts, et se croire du talent tout comme un autre; on en est quitte pour faire comme le bonnet, c'est-à-dire pour retomber.
Là-dessus , je souhaite à ceux qui ont des vignes, de faire de bonnes vendanges; à ceux qui ont des métairies, de bonnes moissons; aux notaires, des successions; aux avoués, des ventes; aux vicaires, des cures; aux curés, des évêchés ; aux évêques, des chapeaux; aux cardinaux, le ciel ; à chacun, ce qu'il désire; aux boiteux, de belles béquilles; aux sourds, des cornets; aux aveugles, d'y voir clair, etc., etc. Ne voulant ainsi que du bien à tout le monde, j'espère que personne ne me voudra du mal, et
que mon roman aura du succès, sinon eh
bien,... j'en ferai un autre, qu'est-ce que je risque? ce n'est jamais que quelques sous d'encre, de plumes, de papier et de cervelle qu'il m'en coûte ; et encore, si mon roman ne se vend pas comme chose gentille, il se débitera comme opium , surtout après avoir imploré tout le monde : mais si quelqu'un trouvait qu'il y a peu de dignité à cela, prenez que je n'ai rien dit, ce sera tout un.
Cela étant, j'ai l'honneur d'être, monsieur, madame, ou mademoiselle, votre très-luunble serviteur, présentant mon salut au monsieur, mon hommage à la dame et quelque gracieuseté à la demoiselle, pourvu i|u'elle ait trente ans au moins, quarante ans passe encore; mais davantage, oh! cette atracicuseté se tournerait en
H. Saint-Aubin.