CHAPITRE V
Lollicier, malgré labsence da c<ipitaine de la bande de voleurs, n'en continua i>as muins de dresser son procès-verbal , et à mcsuio qu'on lui disait
comment la chose s'était passée, il ne pouvait s'empêcher de s'apercevoir qu'il devenait impossible que les étrangers fussent complices de ce vol. iSéanmoins il continuait, lorsque le maréchal des logis, qui avait conduit les soi-disant brigands à la Préfecture, vint annoncer que M. le préfet venait de marquer de la joie en les apercevant, qu'ils étaient entrés sans façon dans sa chambre à coucher, et que les gendarmes l'avaient entendu rire au récit de l'aventure des étrangers; puis il apportait une lettre écrite par le préfet lui-même. L'officier de police la lut et parut décontenancé.
— Ils vont même déjeuner avec le préfet, ajouta le gendarme, et il leur prête sa voiture pour s'en retourner, car je viens d'apprendre, par les domestiques, que c'est ce riche Américain qui s"est rendu acquéreur du château de Duranlal : cet homme-là a des millions!...
— En tout cas, répliqua l'officier de police en souriant, il a aussi un fier poignet, car il m'a presque brisé les reins.
Sur le bruit qui courait dans Valence que la diligence avait été arrêtée et volée à Saint-Vallier, madame Servigné et sa fille accoururent au-devant de leurs parents, et entrèrent avec un petit garçon qui prit les paquets de nos voyageurs. Charles, après av>.ir embrassé sa mère et sa sœur, alla s'entretenir avec Pauline et ne la quitta que pour suivre la fanùlle qui , se formant en bataillon serré, se dirigea vers le domicile de madame Servigné, lequel était situé dans une rue assez fréquentée de A alence.
C'était une honnête boutique de province, ou, pour parler plus correctement, de département : un y vendait de tout, depuis du fil jusqu'à du lin . depuis la toile jusqu'au coton, soieries, draperies, même de la dentelle, de la parfumerie, des cachemires d'occasion, et ce magasin était un des plus fréquentés par les beautés valençaises.
3iadame Servigné avait étendu son commerce cl si heureusement fait ses affaires, quelle se trouvait propriétaire de la maison où elle demeurait : Annette cl sa mère y furent reçues avec une cordiale franchise et cette chaleur de cœur que les gens du 31idi meltcnt dans toutes leurs actions, oui, dans toutes, depuis la plus insignifiante jusqu'à la plus sérieuse.
Un trouva, dans le magasin, le futur d'Adélaïde 8er\ igné : c'était un homme d'une trentaine d'années, d'une figure peu revenante, l'œil sournois, le maintien embarrassé, petit, le front bas, les lèvres minces et les che\eux roux; du reste, il s'était fait aimer d'Adélaïde, et à cela il n'y avait rien à répondre. Annette éprouva, en voyant le prélendu, un mouvement d'aversion qu'elle réprima; luàh il lui échappa le même geste par lequel l'étranger de la voilure axait témoigné sa répugnance pour
AiNNETTE ET LE CRIMINEL.
(Jharlcs. Aiinelte, comme toutes les personnes superstitieuses; écoutait singulièrement ses premières impressions, et les présages qui accompagnaient la prem.ière vue d'un objet ou d'un ètrcj ainsi elle remarqua qu'en apercevant 31. I5ou\ier, elle marcha sur un oiseau que l'on avait lâché, en oubliant de le faire rentrer dans sa cage : la pauvre bête mourut , fortement regrettée par madame .Servigné qui aimait beaucoup les oiseaux, les chats, les chiens, trait (listinclif de son caractère, et qui doit faire deviner d'avance à plus d'un lecteur observateur qu'elle était bavarde.
En effet, la bonne femme tenait à sa langue autant que sa langue tenait à elle, cl l'on s'en aperçut bien \ite.
— Enfin, vous voilà!... dit-elle lorsque tout le monde fut réuni dans une chambre haute qui servait de salon, quoique son lit y fût; ah ! que je suis aise! M. Bouvier, Jacques a-t-il fermé la boutique? Mais asseyez-vous donc, mesdames. Ah! Charles, que tu es grandi!... et savant... Eh bien, viens donc que je t'embrasse encore ; j'ai cru que vous n'arriveriez jamais ; et vous avez été volés encore! mais vous nous raconterez cela, j'espère!... dans un autre moment!... s'écria-t-eile en voyant que madame Gérard ouvrait la bouche pour faire sa parlie. Tenez, ma chère sœur, voici mon gendre, M. Bouvier ; il est de Bayeux, en Normandie. . .
Ici la respiration lui manqua, et elle embrassa son fils tout en reprenant haleine. En habile femme, madame Gérard saisit la parole, et la conversation devint un peu plus générale.
Enfin l'on installa les Parisiennes, et au bout de deux ou trois jours elles furent chez madame Servigné comme si elles y eussent été depuis vingt ans. Une des premières occupations d'Annette fut de s'informer si l'on était près d'une église, car cette fêle brillante, par laquelle l'église célèbre TÉternel, déployait alors toute sa pompe.
rendant huit jours, le soir, il se fait à la nuit la magnifique cérémonie du salut, et la religieuse Annctle n'aurait pas manqué, pour toute la fortune et les joies de la (erre , une prière aussi belle que celle-là.
Il y avait justement, au bout de la rue habitée par madame Servigné, une église ou plutôt une chapelle, car elle était petite et dans le gem-e gothique, architecture dont le mystère s'accorde parfaitement avec les croyances et les pratiques du christianisme.
Le lendemain de son arrivée à Valence, le soir,
après dîner, Annette, qui avait marqué à Charles
tout autant d'amitié que par le passé, lui demanda :
— Mon cousin, ne voulez-vous pas venir au salut
avec moi?...
Aussitôt madame Servigné s'écria :
— Mais, ma nièce, nous irons tous!...
— Non pas moi , dit Charles avec un embarras visible, car j'ai précisément affaire à celte heure-ci.
Annette le regarda avec étonncment, il baissa les yeux. Cependant il avait parlé d'un ton si péremptoire, qu'il n'y avait aucune observation à faire, et la famille s'achemina vers l'église en le laissant tout seul. Avant d'entrer à la chapelle, Annette >il dans la rue une affiche en gros caractères : c'était une affiche de spectacle, qui aimonçail que mademoiselle Pauline ne donnerait que trois représentations : la première était indiquée pour le soir même, et, par l'heure du spectacle, Annette se convainquit que son cousin préférait la jouissance de voir mademoiselle Pauline, au plaisir d'accomi)agner un instant au salut celle qui lui avait prodigué les marques de la plus tendre amitié dès l'enfance.
A l'aspect de celte affiche, une foule de pensées assaillit le cœur de celte douce fille, et une méditation pénible remplit son âme pendant quelle marchait à l'église, u Quel charme a donc une actrice, se disait-elle, pour que, dans un instant, elle fasse tout oublier?... Oue donne-l-elle?... Onl-elles des secrets pour déployer en un jour plus de témoignages d'amour que nous n'en prodiguons en vingt années?... Ou serais-je d'un caractère peu aimant?... Grand Dieu! n'aurais-je donc aucune sensibilité? et vous aurais-je tout donné?..,
A ce moment elle entrait dans l'église, et toutes CCS pensées s'enfuirent comme une vapeur légère devai»t le soleil : elle renonça à Charles pour toujours, et elle prononça ces mois à voix basse, en s'agenouillant : icO mon Dieu! c'est donc à vous que je me dédie!... et ce cœur sera tout entier brûlant pour vous, à jamais, dans cette parcelle de temps que nous appelons la vie, comme pendant votre règne dont les instants seronl des siècles de siècles!...» Elle releva lentement sa tète, secoua les boucles de ses cheveux qui retombcrenl sur son cou d'albâtre, une espèce de tranquillité rentra dans son âme, elle ouvrit son livre et tomba sur ces mots : Ce sera ton éponx de fjloire. Ilic erit sponsus gloriœ.
Frappée de la singulière coïncidence de ces paroles qui retentissaient dans son cœur comme prononcées par un ange qui se serait assis à ses côtés, elle releva ses yeux humides de pleurs, el, contre un pilier composé de cinq petites colonnes assemblées, elle vit dans l'obscurité la tète énorme el les cheveux bouclés de l'étranger de la voilure. Annetle tressaillit, el son cœur fut frappé d'un tel coup, qu'on ne peut comparer son elTet qu'à ce malaise qui fait tourner le cœur avant l'instant où la défaillance sera complète.
Celte apparition était-elle un eflel de son imagi-
ANNETTE ET LE CRIMINEL
nalion ou une réalité? Elle n'osa pas relever la tête pour s'en assurer; et tenant son livre en tremblant, elle lisait involontairement : « Ce sera ton époux de gloire, d Ses idées superstitieuses vinrent l'assaillir, et elle fut frappée de la pensée que le livre parlait un langage divin qui déchirait le voile de l'avenir : il y a des idées importunes qui, malgré . de palpables absurdités, viennent au cerveau sans que la raison la plus sévère puisse les chasser; c'est comme le rêve de l'esprit pur. Annette trembla si fort que sa cousine s'aperçut de son agitation à celle de son livre.
— De quoi riez-vous, ma cousine? dit Adélaïde.
— Je ne ris pas, répondit Annette, je suis indisposée... Mais je suis mieux! ajouta-t-elle en craignant que sa cousine ne lui proposât de sortir.
Elle voyait toujours, malgré elle, cette figure dont les yeux énergiques lui avaient paru brillants d'un feu terrible en ce qu'il annonçait la passion ; et la passion, dans cet être extraordinaire, devait être une flamme dévorante.
Le salut commença ; l'église était parfumée par les fleurs qui la garnissaient, une profusion de cierges répandait une brillante lumière qui, venant de l'autel, produisait un effet prodigieux, car le prêtre semblait marcher au sein d'un nuage lumineux formé par la fumée de l'encens.
Le chant de joie et la masse d'harmonie répandus par l'ensemble des voix avaient quelque chose de grandiose et d'imposant; mais pour ceux qui environnaient Annette, il régnait dans ces accords un charme de plus, car elle chantait avec une telle sensibilité, un goût si pur, une voix si juste et si flexible, que son organe tranchait sur tout et inspirait le désir de l'entendre seule.
Plusieurs personnes même cherchèrent dans les rangs des femmes de quelle bouche délicieuse partaient ces mélodieux accents; mais Annette, agenouillée avec grâce et la tête penchée sur son livre, restait immobile comme un de ces anges que Raphaël représente prosternés devant le trône.
Quand le salut fut fini, qu'Annettc se leva, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil sur la colonne auprès de laquelle cette tête énergique s'était présentée à sa vue d'une manière si étonnante. Elle tressaillit encore davantage, car, cette fois, elle vit, dans l'enfoncement de la chapelle, l'inconnu de la voiture : le faible jour qui s'échappait des vitraux et de l'autel sur lequel les cierges s'éteignaient, ne lelaissa voir que d'une manière indistincte et comme une grande ombre, ou plutôt comme la statue d'un tombeau, car il était immobile, la têle inclinée, et plongé dans une profonde méditation : son ami l'accompagnait. Cet ami lui toucha le bras quand
Annette les regarda ; alors elle baissa la tête, et ses yeux cherchèrent la terre. Elle frémit en y apercevant une tète de mort sculptée entre deux os, et elle remarqua que tout le temps du salut elle était restée sur la pierre d'un tombeau, car autrefois les églises avaient des caveaux souterrains où l'on enterrait les personnes de distinction, et l'on recouvrait l'endroit de leur sépulture de ces pierres tximulaires qui servaient de pavé.
Ces petites remarques, ces présages, ces rencontres, peuvent n'être rien et exciter le sourire de beaucoup de personnes; mais pour Annette, et d'après son caractère, c'étaient des événements qui faisaient une profonde impression sur son âme. Elle suivait donc sa mère dans un silence qui étonnait sa cousine et non madame Gérard, car elle était habituée, en sortant de l'église, à voir Annette plongée dans la méditation.
Les deux cousines marchaient les dernières de la petite troupe que formait la famille. Après être sorties de l'église, elles entendirent les pas de deux hommes qui les suivaient immédiatement.
— Ma cousine, dit Adélaïde, regardez donc l'un des messieurs qui nous suivent!.... il a une figure singulière, vous n'en aurez jamais vu et n'en verrez de semblable, c'est un visage de conspirateur.
— C'estjuger légèrement les gens! répondit Annette, certaine que c'était l'inconnu de la voiture qui revenait de l'église.
D'après la réponse d'Annette, Adélaïde se tut en pensant en elle-même que sa cousine était plus grave que ne le comportait son âge; et elles prirent mal ensemble, s'il est permis d'exprimer, par cette phrase familière, l'espèce de sentiment que l'on conçoit pour une personne dont le caractère ne coïncide pas avec le nôtre.
A peine avaient-elles fait quelques pas de plus, qu'elles entendirent une espèce d'altercation entre les deux étrangers : elle paraissait assez vive; ils parlaient bas, mais cependant, avec de l'attention, on pouvait saisir quelques mots, et l'on pense bien qu'Annette, de même que sa cousine, avaient l'oreille fine à leur âge.
— Oui, je t'empêcherai d'y venir!... disait l'étranger; oui, sans doute.
— Et pourquoi?...
— Pourquoi?... Parce que cela ne te convient pas; et que, dansée genre, tu as assez de ta dernière victime! ...
Ici les deux jeunes filles n'entendirent plus rien, si ce n'est un nom qui finissait en ie, comme Stéphanie, Mélanie, \irginie; mais quoiqu'il revint plus d'une fois dans les phrases prononcées à voix basse, elles no purent le connaître en entier.
ANNETTE ET LE CRIMINEL
— Elle est morte!... fut le premier mot qu'elles entendirent : il était dit par l'étranger avec un air de surprise.
— Kl l'on peut, reprit l'autre, dire que jamais sous le rifl il n'y eut une créature plus angélique, une plus belle (leur! Klle était toute femme, et digne plutôt du ciel que de la terre, car j'ai appris sur elle des choses qui tirent les larmes des yeux.
— Par qui ?
— Par sa femme de chambre. Tiens, n'approche pas des femmes, ce sont des plantes trop fragiles, et lu es un vent de tempête : d'ailleurs...
' Les deux cousines étant arrivées n'en entendirent pas da\anlagc. Annelte, étonnée des mots que le hasard lui avait permis d'écouicr, ne savait (pie penser des inconnus : son âme était à la fois remplie d'effroi et de tranquillité. Cet état serait difïïcile à expliquer; on ne pourrait en donner l'idée qu'en comparant Annctle à un bel édifice dont une partie ressent les outrages d'une tempête, pendant que le soleil, dissipant les nuages d'un côté, y introduit ses rayons qui répandent une lumière pure et finit par éclairer tout le temple : une lueur pareille se levait dans le cœur d"Annette sans qu'elle on soupçonnât la clarté.
Charles n'était pas rentré, et ne parut même pas au souper de famille; Annette en Ot tristement l'observation, et, comme elle ne dormit pas, elle l'entendit revenir à onze heures environ dans la nuit.
Pendant les cinq jours que mademoiselle Pauline fut à Valence, Charles resta peu dans sa famille; il ne dînait même pas au logis : un soir il ne rentra pas du tout, et il n'alla pas une seule fois au salut. Un jour Annette sortait en même temps que son cousin ; il fut montré au doigt par un jeune homme qui dit à son compagnon, quand Charles s'éloigna :
— C'est l'amant de Pauline.
Enfin cette dernière partit : dès lors Charles fut tout entier à sa famille et n'eut plus d'autre dérangement que la nécessité de soutenir une correspondance qui parut très-active. Charles Servigné redevint très-empressé pour Annette; il semblait sentir qu'il avait de grands torts à réparer, et il revenait vers Annette avec une ardeur, une tendresse, qui firent horreur à cette jeune fille, sévère en ses principes. Charles avait trop de tact et de finesse pour ne pas s'apercevoir de la froideur que sa cousine déployait toutes les fois qu'il s'agissait des sentiments intimes que deux jeunes gens, destinés l'un à l'autre, ont quand ils s'aiment; et cette froideur contrastait chez Annette avec l'amitié dont elle accablait son cousin pour les choses indifférentes.
Il n'y avait plus que deux jours de salut, le samedi et le dimanche, jour de l'octave de la Fête-
Dieu. Le vendredi soir, Charles, au souper, dit j sa tante que l'étranger qu'ils avaient reçu dans leur diligence était resté à \'alence, et qu'il était venu au spectacle dans la loge du préfet, mais que depuis deux jours on ne l'avait pas revu.
— Il parait, ajoula-t-il, que cet inconnu est prodigieusement riche; on ne lui donne pas moins de sept à huit millions; il y en a même qui disent douze: ainsi, il était loin d'être capitaine de voleurs.
Annette rougissait en entendant parlerde l'étranger, mais Charles ne s'en aperçut pas, et continua de s'entretenir de lui en exaltant la magnificence de Durantal, la somptuosité du parc, les environs et le site, car cette propriété était placée sur une montagne qui avoisinail Valence du coté du midi, et le revenu montait à i)lus de quatre-vingt mille francs.
— Est-il marié? demanda madame Gérard.
— Non, répondit madame Servigné, dont la boutique était le rendez-vous de toutes les commères, et qui savait tout ce qui se passait dans la ville et aux environs; mais, reprit-elle, une chose plus intéressante, c'est que l'on prétend que notre procureur du roi va être destitué, et c'est une nouvelle ça ! car il s'était vanté de rester en place, malgré sa conduite pendant les cent jours.'...
Charles parut comme frappé d'une lumière soudaine en entendant cette phrase de sa mère, et il tomba dans un profond silence.
Ce soir-là, Annette, sa mère et madame Servigné, venaient de se retirer, que Charles et Adélaïde sa sœur étaient encore pensifs, assis à la table de famille.
— Mon frère, dit la jalouse Adélaïde, croiraistu par hasard être aimé de cette pie-grièche d'Annette?
— Est-ce que tu aurais à t'en plaindre? demanda Charles. Car pour en parler en de pareils termes...
— 3Ioi ! s'écria Adélaïde, non, et quoiqu'elle ail l'air de vous écraser à chaque instant par son regard extatique et par sa simplicité d'habillement, de conduite et de paroles. Dieu merci! pour ce que je la verrai, je ne crains guère la cousine Annette!... mais elle n'est pas de son âge, et je ne t'en parlais que pour toi : si tu crois qu'elle t'aime, tu te trompes...
— Comment cela?... répondit Charles étonné; je ne lui ai donné aucun sujet de plainte, et je ne crois pas...
— Eh bien, dit Adélaïde en l'interrompant, croismoi, les femmes se connaissent un peu à cela : voilà cinq ou six fois que je remarque l'air dont Annette détourne la tête quand tu la regardes avec complaisance, et cet air-là n'est pas de bon augure pour toi...
ANNETTE ET LE CRLMINEL
— Je n'imagine pas qu'Annetle puisse chnnger.
— Questionne la , fais un essai , et tu t'en convaincras... Dis-raoi donc, est-elle riche?...
— Annette, repritCharles,cstriche ensentiments religieux!... Du reste, quand son père cl sa mère seront morts, elle pourra avoir mille écus de rente.
— Eh mais, répliqua Adélaïde, cela vaut bien la peine d'entretenir la paix avec elle.
Cette conversation excita quelque défiance dans le cœur de Charles, et il résolut, à la première occasion, d'éclaircir ses soupçons. En effet, il ne pouvait croire qu'Annelte fut instruite de son intrigue avec Pauline: l'extrême innocence de sa cousine excluait toute idée de perspicacité de sa part dans une semblable affaire, et Charles ne croyait pas s'être permis la moindre chose qui put le trahir. Cependant les manières d'Annette n'était plus les mêmes, les discours d'Adélaïde plongèrent le jeune avocat dans une grande incertitude.