CHAPITRE VIII
Annette fut surprise de la magnificence et du luxe qui éclataient dans le salon où elle était alors. La rapidité des évériemcnlsqui venaient de se passer ne lui laissait pas le loisir d'une réflexion bien profonde, et elle ne pouvait que se laisser aller à ce mouvement machinal des sens qui, dans les circonstances les plus grandes de la vie, produit souvent des choses singulières, telles que le silence de l'aberration quand il faudrait parler, et le langage de la folie quand il serait urgent de se taire ; le rire au lieu de la gravité, et la gravité au lieu du rire.
Annette était assise sur un fauteuil de velours noir(couleurde mauvais présage, qu'elle abhorrait, et doïit, par la suite, elle se rappela le triste augure en des moments bien critiques); une table de marqueterie très-riche la séparait de l'être extraordinaire qui, depuis huit jours, errait dans ses méditations sans en être l'objet principal, absolument comme dans la tragédie de Corneille, dont la mort de Pompée est le sujet, ce grand homme voltige, remplit la scène tout mort qu'il est, et semble éclipser César triomphant.
L'étranger, le coude appuyé sur la table, ne disait mot et paraissait embarrassé ; Annette, toujours tremblante, gardait le silence, et un spectateur, s'il y en avait eu un pour cette scène singulière, aurait cru qu'entre ces deux êtres il s'agitait un fantôme qui les dérobait Tun à l'autre. Alors Annette, jetant un furtif regard sur son hùle, et voyant sur sa ligure les marques d'un con)bat intérieur, fut frappée une seconde fois de Tidée qu'elle était en quelque sorte à sa discrétion, et la terreur s'empara d'elle.
L'Américain, de son côté, semblait en proie à une situation si violente, que son caractère s'en démentait. Cette figure énergique et audacieuse prenait tous les caractères de la timidité, et bientôt des gouttes de sueur parurent sur son front, sans quaueune puissance humaine eut pu lui faire prononcer un seul mol ; il se contentait de regardera
la dérobée la jeune fille qu'il venait de sauver, et ses regards étaient empreints d'un feu si violent, qu'il en paraissait terrible et sombre.
Cette situation, précédée de tous les petits événements dont on vient de lire le détail, sans compter renlèvement extraordinaire et romanesque d'Annette, était d'un prodigieux intérêt pour les âmes de ces deux acteurs, et il y avait quelque chose d'original dans leurnmtuel silence, quoique au fond il soit très-naturel dans les grandes émotions.
L'étranger se leva, sonna, et demanda par son nom une demoiselle qui arriva bientôt précédée de l'ami du maître de la maison : ce dernier, en entrant, lança un sourire presque moqueur sur Annette et son ami. Alors l'Américain, s'adressant à la jeune demoiselle, rompit le silence en lui disant de conduire Annette à son appartement, et de veiller ' à ce que ses moindres désirs fussent satisfaits. Annette se leva, balbutia quelques mots, et, saluant les deux amis, elle se retira lentement, ayant recueilli un dernier regard de l'étranger, regard qui fut empreint d'une telle force, qu'il alla jusqu'à son cœur.
En fermant la porte du salon, elle entendit son libérateur dire à son ami, avec un accent de dépit :
— Mille canons! j'aimerais mieux être devant une batterie et sUr de mourir même, que devant elle!... j'étais comme une cire qui fond au soleil, sans énergie; et une honte!...
Annette n'en entendit pas davantage, car elle continuait de marcher en suivant la femme de chambre qui la guidait à travers les appartements. La phrase qui venait de parvenir à son oreille suffisait pour lui révéler l'étendue de la passion de l'étranger pour elle, et l'expression brusque de ce sentiment ne pouvait guère déplaire à madenioiselle Gérard.
— Mademoiselle, lui dit sa femme de chambre en lui ouvrant une porte, vous voici dans l'appartement de madame...
— Que voulez-vous dire? répondit Annette en l'interrompant, car cette dénomination lui apportait une foule d'idées.
— Mademoiselle, répliqua la jeune fille, c'est le nom de cet appartement. Avant que monsieur achetait ce château, cette chambre avait toujours été la chambre à coucher de la maîtresse de la maison, et comme monsieur n'est pas marié, cet appartement reste inhabité.
Cette explication satisfit Annettequi, fatiguéedes événements de cette journée, s'endormit bientôt avec cette naïve confiance, l'apanage des belles âmes, qui fait que l'on croit difficilement au mal.
Cependant la conversation qui s'était entamée quand Vniietle sortit, avait continué, et elle est trop iuléressantc pour que nous la passions sous silence.
— VA, continua l'amant d'Annctle, une honte
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invincible me faisait rougir et trembler; je ne croyais pas qu'une jeune fille fut si imposante!,..
— C'est que probablement lu l'aimes, lui répondit son ami, car tu n'as pas toujours eu les mêmes procédés avec 3Iélanie de Saint-André, dont ta vengeance a causé la mort. Franchement, il est difficile de reconnaître l'audacieux auteur de la révolte à bord de la Daphnis dans celui qui tremble aujourd'hui devant une jeune fille, surtout après avoir passé toute sa vie sans faire attention aux jolies princesses que nos camarades et moi-même avons festoyées... Tu avais raison d'avoir honte! tandis que tu devrais n'être occupé qu'à de grandes choses, depuis une quinzaine te voilà devenu moins qu'un vieux sac à argent tout vide.
Ici l'Américain retourna sa tète vers son ami par un mouvement plein de grandeur, il lui lança un regard foudroyant, et lui dit :
— Je suis maître de moi... et je l'ai été des autres ! . . .
— 3Iorbleu! tu l'es encore de moi!... reprit le discoureur; mais j'ai des droits sur toi en ma qualité d'ami dévoué ; on ne sépare pas l'arbre de Técorce , et je dois te dire que tu es dans un mauvais chemin. Que diable feras-tu dans ce pays?... qu'y prétends-tu?... Est-ce à loi à pourrir à Durantal aux genoux d'une fille qui ne sera jamais ta maîtresse et dont tu ne feras pas ta femme?...
— Pourquoi pas?... reprit-il vivement, si elle m'aime, si elle est digne de moi; pourquoi ne viyrais-je pas ici tranquillement avec toi, ma femme, mes enfants?... mes enfants!... répéta-t-il avec force; conçois-tu, après une vie aussi agitée et aussi terrible que la mienne, le bonheur de presser des marmots de ces mêmes mains qui ont serré si souvent la mort?... Vernyct ' , nous sommes des gueux !...
— Attends , dit Vernyct en se levant et regardant dans l'enfilade de pièces qui de chaque coté s'étendait : bon , il n'y a personne, contirme...
— 'Nous sommes des brigands!... le regard de cette jeune fille m'a fait voir cela n)ieux que je ne l'avais jamais vu; or, quand deux capitaines forbans, pirates, corsaires et féroces, comme nous l'avons été , se trouvent avoir atteint un port de salut, se voient au milieu de dix millions , considérés ou prêts à l'être, c'est folie de ne pas rester tranquilles, de ne pas se croiser les mains derrière le dos en contemplant le présent , sans regarder l'avenir ni surtout le passé.
' Vernyct, dans le Vicaire des Ardennes, élail le premier lieuleiiaiil cl l'ami iiilime irArgONx-Maxcndi , pirate forcené, auteur de plusieurs eiirnes, (els (pu- rassassinal de M. de Saint- André et de sa (ille Mclauie.
; ,\ol( d< l'vdilcur.
— Tu le veux, dit Vernyct , soit!... mais, mille cartouches î ne restons pas en France où à chaque instant nous pouvons être reconnus; Argow est signalé et Vernyct aussi ! . . .
— Argow peut Têtre! ce n'est pas mon nom!...
— Maxendi Test aussi , reprit vivement Vernyct avec un sourire.
— Et je ne me nomme ni Argow ni Maxendi !...
— Qu'es-tu donc?... le diable?... l'antechrist?... quoi?...
— Je suis, reprit Argow, je suis un enfant de l'amour, mais, en tout cas, l'on ne m'a pas fait beau. Pour te dire quels furent mes parents, je l'ignore; mais , ce que je sais , c'est que je suis de Durantal , et voilà pourquoi je veux rester en ce pays : Valence , comme tu le vois , est ma patrie.
— Ce sera , dit Vernyct, désormais la mienne...
— Demain, continua Argow, demain, je puis savoir quel est le nom sous lequel on m'a baptisé, car, en m'exposant sur la voie publique, on a eu soin de me mettre un petit écrit au cou ; et le matelot qui m'a trouvé, ce pauvre Hamelin, l'a toujours conservé. A Charlestown, la veille d'être pendu, il m'apprit tout cela ; et, lorsqu'il fut frappé à mort , il m'a remis ce chiffon de papier. Comme voilà la seconde fois que je viens ici depuis trois ans, je n'ai pas encore songé à une pareille vétille, car que Ton pende Argow, 3Iaxendi, Jacques, Pierre ou Paul, cela m'est fort égal : quand on dispute sa vie à chaque minute, on s'inquiète peu de son nom : avant de penser à nommer son château, il faut l'empêcher d'écrouler. Cependant, sans savoir qui je suis, attendu que je suis propriétaire de Durantal , j'ai pris, par la grâce de Dieu et ma volonté, le nom de marquis de Durantal, puisque j'en possède le fief et que l'ancienne noblesse reprend ses titres... Du diable si l'on pense à chercher, dans M. le marquis, r Argow de la Daphnis!... d'ailleurs, Badgcr^ est préfet ici, il le sera longtemps, etj"espère que nous pouvons être tranquilles.
— M. le marquis, dit en riant Vernyct, voudraitil se donner la peine de chercher son papier et ses litres de noblesse?
Celui que nous appellerons désormais M. de Durantal se leva, et, faisant tourner par un secret le dessus de la table en marqueterie auprès de laquelle il était , il prit une liasse de pajjicrs et se mit à chercher.
— Depuis deux ans et demi, dit-il, que nous sommes en France, nous avons toujours été comme
^ iM. Badger, dans le Vicaire des Ardeiinea., était un banquier dont la fortune venait principalement des bienfaits (rArgo\v,el qui ignorait les antécédents de la vie de son bienfaiteur.
(/Vo/( del édilcttr.)
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des lévriers qui chassent au renard, courant après nos vieux chiens de brigands pour les faire taire, achetant et visitant des propriétés; je crois que voilà , depuis que je suis ici , le premier moment de repos... J"ai fourré là tous les papiers qui concernent la terre de Durantal, et je veux que le diable m'emporte si j'y trouve de l'ordre!... il faudra, Vernyct, que tu le mettes l'intendant, voir les fermiers, parcourir les propriétés, les environs, nous mettre bien avec tout le monde... Ah! voici !...
Les deux amis s'approchèrent avec curiosité, et lurent, sur un parcheniin tout crasseux et qui sentait encore le tabac du dépositaire, la phrase suivante que l'on pourrait nommer une phrase baptistaire :
Jacques, né le 11 octobre 178G, dans la paroisse (le Durantal, fils de S.... et de M , baptisé le lendemain par .il. M... , curé du lieu.
— Ton extrait de baptême est facile à trouver, s'écria Vernyct, mais tes parents...
— 3Ies parents , reprit le marquis de Durantal, je n'en connais qu'un : c'est ce pauvre Hamelin qui me donnait du tabac, me faisait grimper sur les mâts, me barbouillait de rhum et de goudron. L'Océan est mon berceau, les vaisseaux mes langes, et le vieux matelot ma nourrice; si je leusse écoulé, je serais resté honnête homme!... mais quand j'ai été pirate, il l'a été : pauvre bonhomme, il m'aurait suivi au diable!...
— Tiens, s'écria Vernyct en frappant sur l'épaule de Jacques, lu as un charme d'homme qui est invincible!... Mais écoute-moi, Jacques, puisque Jacques est ton nom, ne le marie pas... prends cette jeune fdle pour maîtresse, et reste ce que lu es : un diable incarné , châtiant la terre , un instrument de fer que je ne sais qui fait mouvoir : de temps en temps nous prendrons un brick , et , pour ne pas nous rouiller, nous irons nous dégourdir les doigts en froUant les Anglais ou les Espagnols, n'importe qui, pourvu que nous sentions les boulets nous friser la tète!... et puis après, nous reviendrons ici tout joyeux; tu retrouveras ta chère enfant et moi la mienne, elles viendront à notre rencontre... Elles nous conduiront ici, dans un petit paradis...
— Finiras-tu , reprit Jacques , et veux-tu ne pas me rompre la tête de tes sornettes?... Ma main ne se lèvera plus que pour ma défense, mon pied n'écrasera plus personne que pour ma vengeance; enfin, je veux vivre en bourgeois de la rue Saint-Denis, et épouser cette jeune fille... entends-tu! voilà mon dessein ; il est là (et il montrait son front).
— En ce cas, dit Vernyct, c'est une affaire finie, n'en parlons plus! mais me réponds-tu que madame Jacques ne mettra pas à la porte l'ami du capitaine?
— Jamaiscelane sera de mon vivant! ne sommesnous pas frères?...
— Allons , puisque je vivrai toujours avec toi , que nous serons toujours ensemble, le reste m'est indifférent : bonsoir.
Les deux amis se séparèrent en se donnant une poignée de main, et quelques instants après tout dormit dans le château.
D'après cette conversation, l'ondoil voir queM.de Durantal ne croyait éprouver aucune difficulté à épouser \nnelle,et il parlait de son amour et de ses desseins pour elle avec cette assurance qu'ont tous les gens habitués à ne trouver aucune résistance à leurs volontés; du reste, il n'est personne qui, riche comme l'était Argow, n'eut eu la même conviction.
Cependant Annelte dormait, et son sommeil, par un effet du hasard, se trouvait empreint de ses pensées de la veille. L'influence qu'un rêve avait sur son esprit nous oblige à le raconter tel qu'il fut, et ainsi qu'elle le raconta souvent par la suite quand elle récapitulait toutes les petites circonstances que nous avons fidèlement rapportées, et qui lui servaient de présages.
Elle rêva, elle qui était si chaste et si pure, et cette partie de son rêve lui donna la souffrance horrible du cauchemar; elle rêva qu'après bien des combats Argow se trouvait à côté d'elle, sur son propre lit virginal, dans cette chambre de Paris que nous avons décrite au commencement de cette histoire. Là «ne fois que cet être extraordinaire y était parvenu, elle éprouvait de lui une multitude infinie de soins et de délicatesses, un respect même qui ne semblait pas compatible avec les manières et le caractère qu'on devait supposer à son époux d'après son aspect; car, en effet, elle se rappelait l'avoir épousé, mais cette souvenance, dans son rêve, n'arrivait qu'alors que M. de Durantal franchissait l'obstacle qu'Annelte avait élevé entre elle et lui.
Cette jeune fille, poussée par l'influence absurde du rêve, triomphait de sa propre pudeur et de toutes ses idées; enfin, pour vaincre le respect étonnant de ce singulier être, qui voyait en elle une divinité et la traitait comme telle, Annette folâtrait et badinait avec lui ; elle jouait, et, en jouant, elle prenait cette tète énorme aux cheveux bouclés et l'appuyait sur son épaule d'albâtre, passait sa main dans la chevelure , et . par ces caresses enfantines et pures, elle semblait l'encourager. Pourquoi? elle l'ignorait ; mais une chose qui la flattait au dernier degré, c'était de voir deux yeux étinceler et se baisser tour à tour.
Ce fut alors que, posant cette tête sur son sein, elle aperçut sur le cou une ligne rouge imperceptible, fine comnir la Innio d'un rouleau, et celte ligne.
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rouge comme du sang, faisait le tour du cou de son époux , précisément au milieu. A peine ses yeux curent-ils vu cette marque, qu'une sueur froide la saisit et Tarrêta : comme une statue, elle garda la même attitude; elle voulait parler sans le pouvoir, et une horrible peur la glaçait. Elle s'éveilla dans les mêmes dispositions, tremblante, effrayée, et son cœur battait si fortement qu'il ressemblait, par son bruit, à une voix entrecoupée.
Dans les idées d'Annelte, un rêve était un avertissement émané du domaine des esprits purs qui saisissaient l'instant où le corps n'agissait plus sur l'âme pour guider, par des images informes de l'avenir, les êtres que leur amour pour les cicux rendait dignes de l'attention spéciale de ces esprits intermédiaires qui voltigent entre la terre et le ciel.
Or, ce rêve avait une signification qu'Annette n'osait même pas entendre : elle écoutait, tressaillait; et, dans son appartement faiblement éclairé par sa lampe, elle tâchait de ne rien regarder, parce qu'elle tremblait d'apercevoir cette tète de son rêve, et, par-dessus tout, elle voulait oublier celte ligne de sang. Elle se rendormit pourtant après avoir secoué sa terreur, mais elle revit encore en songe, et dans un songe dénué de toutes les circonstances du premier, cette même tcle, scindée par cette ïnême ligne qui semblait marquer son époux d'un horrible sceau.
Les teintes fraîches et pures de l'aurore la trouvèrent encore dans cette même horreur, mais en proie à Tirrésolution et à tout le vague de l'interprétation d'un tel songe. Elle s'agenouilla, fit sa prière, non pas une prière verbale telle que souvent l'on en inculque au>. jeunes gens par l'effet de leur belle mémoire, mais une prière mentaledans laquelle elle rassemblait toutes les forces de son âme pour prendre un essor vers les cieux. Se réfugiant ainsi, par un élan sublime, dans le sein même de la grande Providence qui régit les univers qu'elle a créés, Aniielle, plaintive et soumise, demandait, face à face, au Dieu que sa méditation lui faisait entrevoir, le bonheur auquel chaque créature a droit, ou tout au moins la force de la résignation et le courage de supporter les épreuves de son pèlerinage terrestre.
Annette, après cette prière, se trouva comme soulagée; elle venait en quelque sorte de déposer le fardeau de sa crainte aux genoux du père des hommes : c'était à lui de veiller à elle, à son enfant confiante de cette foi qui, dut l'idée de Dieu devenir moins palpable, n'en croirait pas moins à sa bonté par instinct de sentiment.
Elle se leva, ouvrit la fenêtre qui donnait sur les
' Ayant sollicité liiidulgence des Icclenrs, on voit que ce ncst pas sans motif; mais ici, pour rendre une idée aussi vague il fallait des expressions non moins vaiiucs.
jardins et le parc; et, après en avoir franchi les trois marches, elle admira la vue étonnante de beauté que lui présentèrent toutes les belles campagnes de Valence comme inondées des flots de la lumière du, soleil levant. Elle se promena en admirant la beauté du parc, mais plus encore la magnificence des bâtiments immenses de Durantal. « Cela est bien beau, ;> se disait-elle; mais, ramenée partout à ses idées religieuses, elle ajouta : <t Mais Dieu seul est grand. »
En parcourant les jardins, elle arriva à la cour d'honneur du château, et, après l'avoir examinée, elle vit une autre cour dans laquelle des valets nettoyaient une calèche élégante. Annette entendit les valets causer entre eux, et le fragment suivant de leur conversation la convainquit de la pureté des intentions du généreux possesseur de Durantal.
— Pierre, disait un monsieur qu'Annette ne voyait pas, vous mettrez à la calèche les deux chevaux blancs ! Monsieur va aller dans l'instant à Valence, et c'est Jean qui le conduira.
Annette, par suite de sa croyance que nul ne faisait mal, n'avait pas été inquiète, elle ne s'était alarmée que pour sa mère : cependant la phrase qu'elle venait d'entendre lui causa une espèce de satisi'action ; il était clair que son hôte allait la reconduire à Valence chez sa mère.