‹ Œuvres de BarnaveChapitre 23 sur 56 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Point de Vue Général*

On voudrait vainement se faire une juste idée de la grande révolution qui vient d'agiter la France, en la considérant d'une manière isolée, en la détachant de l'histoire des empires qui nous environnent et des siècles qui nous ont précédés. Pour en juger la nature, et pour en assigner les véritables causes, il est nécessaire de porter ses regards plus loin, il faut apercevoir la place que nous occupons dans un système plus étendu : c'est

en contemplant le mouvement général qui depuis la féodalité jusqu'à nos jours, conduit les gouvernemens européens à changer successivement de forme, qu'on apercevra clairement le point où nous sommes arrivés, et les causes générales qui nous y ont conduits.

Sans doute que les révolutions des gouvernemens comme tous ceux des phénomènes de la nature qui dépendent des passions et de la volonté de l'homme ne sauraient être soumises à ces lois fixes et calculées qui s'appliquent aux mouvemens de la matière inanimée; cependant parmi cette multitude de causes dont l'influence combinée produit les évènemens politiques, il en est qui sont tellement liées à la nature des choses, dont l'action constante et régulière domine avec tant de supériorité sur l'influence des causes accidentelles, que, dans un certain espace de temps, elles parviennent presque nécessairement à produire leur effet. Ce sont elles presque toujours qui changent la face des nations, tous les petits évènemens sont enveloppés dans leurs résultats généraux; elles préparent les grandes époques de l'histoire, tandis que les causes secondaires auxquelles on les attribue presque toujours, ne font que les déterminer.

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