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secrètes, comme il paraissait s'occuper beaucoup du monde où il allait pour observer; comme on le voyait se mêler à ses plaisirs, y paraître avec une mise élégante et soignée , monter à cheval ; on le croyait presqu' exclusivement livré à ces goûts frivoles, et on ne se doutait pas du rôle qu'il serait appelé à jouer un jour. Son père lui-même, qui lui voyait prendre peu de part et d'intérêt à l'administration de ses affaires domestiques, le croyait léger et mettait une certaine amertume dans le reproche qu'il lui en faisait; ce reproche donna lieu, la même année, à une lettre admirable de sentiment et de sincérité, dans laquelle Barnave ouvrait à son père le fond de son âme, reconnaissait ses torts, protestait de sa respectueuse reconnaissance pour les sollicitudes dont son éducation avait été l'objet, et promettait de se rendre digne de tant de soins et de bontés ; cette lettre, qui a été conservée lorsqu'on a à déplorer la perte de tant d'autres, est un modèle de piété filiale ; en montrant tout ce qu'il y avait de noble et d'élevé dans ce jeune cœur, elle montrait aussi tout ce qu'on devait en attendre pour l'avenir.
Ces alarmes si excusables et pourtant si peu fondées de la tendresse paternelle, n'étaient pas partagées parla mère deBarnave, qui, l'ayant plus particulièrement étudié dès l'enfance, le jugeait mieux.
Son père ne tarda cependant pas à revenir de ses préventions et à lui donner toute sa confiance.
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Déjà Barnave avait contracté l'habitude de se rendre compte au commencement de chaque année, de ^emploi de son temps et des changemens qui avaient pu s'opérer en lui, dans le cours de l'année précédente. On sent combien cette habitude, dans laquelle il paraît qu'il persévéra jusqu'à ce que le soin des affaires publiques absorbât tous ses momens,ce regard rétrospectif, jeté périodiquement sur luimôme, dut mûrir son esprit et fortifier son caractère. Sans ménagement pour le mal, comme sans fausse modestie pour le bien, c'est avec une naïve bonne foi, et pour ainsi dire avec l'impartialité d'un juge, qu'on le voit rechercher la cause de ses défauts ou de ses erreurs , et enregistrer soit les progrès de sa raison, soit les conquêtes de son intelligence.
C'est ainsi, par exemple, qu'en remontant le cours de l'année 1784, la 23e de son âge, il écrivait : « L'été de cette année et le printemps précèdent ont » été le temps où l'exaltation de la tête , la fierté des » idées , la grandeur du sentiment , ont été le plus » haut ; et ces choses ont été accompagnées d'une » active vivacité d'esprit, d'une finesse de tact, » d'une perfection d'exécution non encore connues; » j'ai eu plus de facilité à apercevoir, plus d'idées » nouvelles, mais aussi moins de suite, de constance » et d'attention. Cette année a amené en moi un » progrès de la pratique sur la théorie en tout gen- » re ; j'ai plus observé les faits , et mes réflexions ont
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porté plus immédiatement sur eux; mes manusciiits ont été modifiés comme mes pensées ; mon estime pour les hommes et les choses a un peu suivi la pente de mes idées ; ma sensibilité en a été plus émue , mais ma vie en est devenue plus dissipée, plus pratique, plus éloignée du cabinet.» Et ailleurs il disait : « Un grand défaut en moi a été de chercher à corriger mes œuvres précédentes, point à en profiter... au lieu de modifier, de restreindre, de compléter des richesses déjà acquises, un certain mouvement me pousse à les réprouver. Le défaut d'encouragement, d'émulation, de but prochain , ont influé plus que toute autre chose sur la faiblesse , l'incertitude , la paresse de mon esprit et de mon caractère. Ma situation, ajoutait-il, n'offrait-elle pas quelques ressources? Si, mais mon imagination m'en détournait sans cesse pour me porter sur des objets où je manquais également de pratique , d'espérance prochaine, et de tout ce qui fixe, encourage et fortifie. »
Son père lui reprochait le défaut d'ordre, les dépenses inutiles; ce fut un motif pour Barnave de veiller attentivement sur ce point. On trouve encore dans ses manuscrits un plan de réforme dans lequel il examine avec une minutieuse sévérité , article par article, les retranchemens qui peuvent être effectués sur ses dépenses habituelles : «Ces choses, dit-il,
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» sont ennuyeuses , pénibles à la paresse , minutieu- » ses à un esprit indépendant et élevé , fort bien ! » mais elles procurent seules la jouissance effective » non seulement pour l'apparence et les yeux des » autres, mais pour la réalité et pour soi; elles » multiplient l'usage, le service, les facultés de » chaque objet ; elles ne sont donc pas à dédai- » gner. » Et ce plan , il en fit depuis lors sa règle invariable.
Si Barnave aimait le monde , il aimait par dessus tout aussi la vie de famille ; à la respectueuse affection qu'il portait aux auteurs de ses jours, il joignait le plus tendre attachement pour ses sœurs; il s'occupait d'elles avec une douce et constante vigilance, éclairait leur raison, ornait leur esprit, s'attachait à les rendre à la fois meilleures et plus aimables. Sa sollicitude pour tout ce qui pouvait appeler sur ces jeunes filles l'intérêt auquel dispose naturellement la simplicité unie à la grâce , s'étendait jusqu'à ces soins extérieurs où se complaisent, d'ordinaire, l'œil et le cœur d'une mère. Rien de ce qui les concernait ne lui était indifférent ; et quand r plus tard, il perdit son père, sa première pensée y comme sa première volonté, en qualité d'héritier, fut d'augmenter la part qui devait revenir à chacune d'elles.
Barnave acquit bientôt dans la société un renom qui lui donna accès dans les maisons les plus hono-