AUX ÉLECTEURS DU JUSTE-MILIEU. IW
Passif exécateur des œuvres da Pouvoir,
Qui, lisant chaque jour ses mielleuses seutences.
Pend la liberté sainte à ses douze potences.
Vous n'avez pas compris qu'un ministre aux abois,
Quand il n'a pour écho que cette impure voix,
Quand sur un bras pourri sa faiblesse se fonde,
Doit être repoussé comme un lépreux immonde.
Candides citoyens, électeurs ingénus,
Ohl le Pouvoir subtil vous avait bien connus I
Dans un prisme idéal noyant votre paupière,
II vous a fait surgir Marat et Robespierre,
Et vous, hallucinés par ce miroir trompeur.
Vous avez tous voté sur Fautel de la peur.
Votre triomphe est beau, votre fortune faite.
Électeurs ; ceignez tous vos couronnes de fête ;
En agitant le thyrse et les branches de pin,
Chantez tous Evohé^ chantez lo Dupin ;
Que des rochers du Var aux herbages de l'Oise,
Tout cellier soit riant, tout comptoir se pavoise ;
Durrieux et Motijau, ces dieux du Languedoc,
Dans les champs paternels activeront le soc ;
Toulouse en leur ouvrant son pompeux Capitole,
Dans sa liqueur de feu trouvera le Pactole :
L'avorton des Débats^ l'ombre des Girondins,
Fonfrède va changer les Landes en jardins ;
De Malthus et de Say ressuscitant Técole,
n va noyer dans l'or le peuple vignicole ;
Marchands, industriels, montrez un front joyeux:.
Vendez vos fers, vos draps et vos tissus soyeux :
Riverains de la mer, faites des pacotilles,
Guizot va TOUS rouvrir le chemin des Antilles ;
Vos vaisseaux, entassés dans les ports trop étroits,
Cesseront de dormir avec les bras en croix ;
Et vous, rentiers bourgeois, inscrits sur le grand-livre,
Itô NÉMÉSIS.
Qui touchez par quartiers ce qu'il vous faut pour vivre^
Du tiers-coDSolidé ne craignez plus le choc.
Le destin de TÉtat est bâti mr le roc
La sage liberté sera notre patrone.
Vous l'apprendrez bientôt par le discours du tcAne,
Et le saint MmUteur, d'un bras officid.
Sur l'orage passé jettera l'aro-en-ciel.
Pauvres gens ! ainsi donc jusques au dernier acte>
Vous voulez sur vos yeux garder la cataracte !
Quoi I vieillards écoliers, imbéciles esprits,
Après tant de levons vous n'avez rien appris I
Ignorez-vous qu'aux jours de tempête où nous sommes,
Le timon appartient à de robustes hommes?
Vous avez cru dans l'urne, avec votre billet.
Fermer pour l'avenir l'abtme de Juillet,
Et subtils endormeurs d'un peuple qu'on obère.
Par un gAteau de miel assoupir le Cerbère.
Oh I que ne puis-je aansi, comme vous complaisant.
D'un avenir de rose embellir le présent !
Pauvres gens I quelquefois, dans un long soliloque.
Vous avez dit : a n faut la paix à notre époque ;
Confions le pouvoir i des hommes prudens.
Qui sauront étouffer les troubles du dedans ;
Dans leurs bras paternels nous vivrons à notre aise ;
Plus de sang, plus de deuil, plus de quatre-vingt-treize.
Et les bouts opposés des extrêmes partis
Dans un Juste-milieu tomberont amortis. »
Eh ! ne voyez-vous pas que ce pouvoir fragile
M'est qu'un buste de plomb avec des pieds d'argile ;
Que ces ministres vains, par vos mains applaudis.
Sont des corps souffreteux, malingres, engourdis ;
Qu'en dépit des juleps et des sucs doctrinaires
Ils meurent lentement craime des poitrinaires ;
AUX ÉLECTEURS DU JUSTE-MILIEU. lU
ËtançoDS lézardés, ajrc»-boiitans de roseaux.
Sous le poids de TÉtat qui fait craquer leurs os
Ils fléchisseut ; pareils à ces Cariatides
Qui, le front aUouné à» Yeioes et de rides,
Sous les balcons saillaos, aux Gaçades des cours.
Semblent, d'un œil éteint, demander da seeooyrs.
Et pour les soutenir ces hommes de faiblesse.
Qu'un souffle fait pfllir, qu'un cri de peuple UessÇj
Vous ayez replacé dans le rang des élus
Des soutiens ereyassés, des tribuns vermoulus !
L'un par l'autre appuyé, sur un terrain qui tremble
Ils vont tenter de vivre et de marcher ensemble.
Et, d'une faible voix, sur la sellette assis.
Aux tribunaux du Nord demander un sursis ;
Vain espoir I comme un timbre, annonce de leur chute,
Le canon sonnera leur dernière minute ;
Ils s'obstinent encore à nier Tennemi
Qui s'avance iauuobile et qui veille endormi,
Resserrant chaque jour nos frontières disjointes
Dans un cercle de fer aux trois cent mille pointes ;
L'oreille dans la France et la mèche au canon.
Il n'attend pour entrer que le cri de Sinon.
Alors le )0i«r luira pour les «mes viriles :
Alors vous les verrez, tous ces hommes lébriles.
Confiant leur salut à de lAcfaes moyens.
Sortir de leurs hdtels, masqués en citoyens,
Tous, se m^er, par peur, aux hommes de couraige,
Eux-mêmes ren^t leur nom tmonùe un outrage,
Ou cherchant sous la terre un refuge certain.
Comme ont fait, aux trois-jours, les soldats de Berti».
Et qui viendra s'asseoir aux bouches du cratère.
Qui voAdra repett[der le désert ministère.
Et, par des ^ins tardife, combattre le poison
Qu'infiltra goutte à goutte un an de teahison?
144 NÉMËSIS.
Sans doute, il faudra bien qu'une main souveraine Dans les chairs de la France incise la gangrène ; Les hommes généreux en qui le peuple croit. Sur vos sièges yacans s'installeront de droit; Elle reparaîtra la terrible assemblée Dont, après quarante ans, votre tète est troublée, Colosse qui, sans peur, marche d'un pas puissant. Le front dans la tempête et les pieds dans le sang; Qui, n'ayant d'autre but que de sauver l'empire. Écrit sur l'échafaud : malheur a qui coNSPmE I Et quand les étrangers l'appellent au tournoi, Leur jette, comme un gant, une tète de roi. Si par ses propres fils notre France est trahie ; Si rOaest est en feu, la frontière envahie ; Si du Nord au Midi fond l'ennemi commun ; Si Brunswick tombe encore aux portes de Verdun ; Si le prêtre, exhumant de fanatiques haines. Sonne, vers Quiberon, les vêpres vendéennes, Alors, dans ce grand deuil, quand vos yeux reverront Descendre nos faubourgs, le bonnet rouge au front, La terreur confiée à des mains jamais lasses, Le triangle d'acier promené sur nos places, La France, ouvrant partout dé funèbres linceuls,» Timides citoyens, n'accusez que vous seuls. N'accusez que vous seuls, électeurs doctrinaires ; Vous aurez préparé ces drames sanguinaires ; Ceux mêmes dont le cœur jusqu'ici fut humain Monteront au pouvoir une hache à la main ; Ils seront durs et froids, dans leur terrible office, Gomme le fer poli qui sert au sacrifice ; De tout ce qu'ils feront d'avance ils sont absous ; Le crime et les remords ne tombent que sur vous. Allez, nous connaissons notre moderne histoire. Aux enfans d'aujourd'hui vous pouvez faire accroire
AUX ÉLECTEURS DU JUSTE-lIILIEU. Itô
Que nos fiers Montagnards, yolaptaenx bourreaux. Pour s'abreuver de sang suivaient les tombereaux, Que Danton, Desmoulins ou Fabre-d'Ëglantine, Dans leur soif de plaisir léchaient la guillotine I Oh ! vous les jugez mal ces hommes : comme nous Ils étaient tolérans, pacifiques et doux ; L'indomptable Danton, Teffervescent Camille Idolâtraient les arts, les banquets de famille, Les rayons de soleil qui tombent d'un ciel pur. Et les rêves d'amour dans les bois de Tibur. * Ah I s'ils ont fait verser tant de larmes amères. S'ils ont livré la France au fer des victimaires, C'est que bien avant eux l'intrigue ou le hasard Avaient mis au pouvoir des Guizot, des CoUard, Des Périer, des d'Argout, des Dupin, des Decazes : Héros de cabinet, aux doucereuses phrases. Qui, desséchant les cœurs sous des systèmes froids. Préparaient la Vendée et la ligue des rois. Ceux dont le bras puissant sauva la République Arrachèrent l'État à cette route oblique. Et leur vie eût été pure de sang humain. S'ils eussent les premiers ouvert le droit chemin.
n en est temps encor, législateurs inertes, Profitez du moment, vos portes sont ouvertes ; Fuyez : pour disparaître et rentrer dans la nuit. Le peuple généreux vous donne un sauf-conduit ; Laissez nos hommes forts restaurer notre France ;
* On a écrit dernièrement encore qne Danton et Desmonlîns étaient les véritables massacreurs da a septembre ; les vrais massacreors da 2 septembre les voici : le comte d'Artois , le prince de Condé , et ses cinq mille émigrés marchant à la solde de la Prosse vers nos frontières. Les massacreurs da a septembre sont les royalistes qai firent éclater tant de joie après la prise de Longwy, qaand Branswick courait sur Paris par la roate de Verdan.
N'attendez pas le jour qui chaque jour s'avance^
Où l'huissier, aux bras nus, qu'aujourd'hui vous bravez,
Vous montrera le juge assis sur des pavés :
Que vos noms trop connus, chargés de bandes noires,
N'aflSigeant plus nos yeux, sortent de nos mémoires ;
Aux heures de terreur, songez que ces noms-là
Sont dans nos carrefours les listes de Sylla.