MA DISGRACE OFFICIELLE
En me comptant par jour quatre francs dix centimes.
Je respire affranchi de lear étau de fer ;
Le pain de servitade à ma bouclie est amer ;
Je yeax, comme autrefois, libre de ma parole.
Tenir du peuple seul la volontaire oboie, ;
Trop riche, si j'obtiens de sa large équité
Un denier seulement pour chaque vérité.
Ahl puisque trop long-temps leur sagesse endormie
Veut essayer enfin un plan d'économie ;
De la chose publique exposée à leurs soins
S'ils doivent alléguer le fardeau, que du moins
Ils commencent par eux ces rigueurs salutaires ;
La rapine est flagrante à tous les ministères !
Que ne suppriment-ils les scandaleux zéros
Ajoutés chaque année à leurs frais de bureaux?
D'où vient qu'en proscrivant le titre d'Excellence,
Ils ont du faste ancien maintenu l'insolence?
C'est pitié de les voir, dans leurs arrêts mesquins.
Appliquer leur réforme à d'obscurs publicains.
Et d'un large budget disputer les parcelles.
Eux qui plongent dans l'or leurs bras jusqu'aux aisselles.
Un jour, n'en doutons pas, le Peuple à son réveil Dans les Conseils du Roi portera son conseil : Des brevets de l'État dont il sera l'arbitre Son regard infaillible inspectera le titre ; De la caisse publique il visera les bons. Vous tous qui d'Holyrood invoquez les Bourbons; Votre bande par lui ne sera plus soldée ; Il rentra vos droits, soldats de la Vendée,* Larmoyans députés, inamovibles Pairs,
* Le ministère paie encore les peusions des anciens cboaanSi etpentêtre même celles des nonTeanx.
80 NÉMËSI8.
Vont qui dans tous les temps, conspiratenn experts, Fètei da règne éteint les grands anniversaires; Intrigans de toat grade, aùdacieiu faussaires Qui, sous un douMe nom masquant un double emploi, De TAlmanach royal trompes la bonne foi/
Alors s'effacera le honteux disparate
Entre l'hamUe commis et ce chef bureaucrate.
Pagode de fauteuil qui dans un mol ennui
Nourrit son embonpoint de la maigreur d'autru ;
En dépit de Cuvier les bourgeois indocile^
Refuseront Timpôt pour payer les fossiles ;
L'algébrique Dupin, profond dans ses calculs.
De son budget privé biffera cinq cumuls;
Le nonimé Villemain/* si maltraité dans TEure,
Ne fera plus de cours à trois cents francs par hevre.
Que doisifs opulens seront mis en oubli!
D'un Etat c(»npliqué, machine de Marly,
Le Peuple brisera Tinutile rouage ;
Au seul vrai travailleur il patra son louage.
Et sous ce nouveau règne, économe de fkrais,
Les grands hommes du jour tomberont au rabais.
V a 8 a ft
Pour tous ceux qu'en tombant une couronne froisse, Le sommeil ne vient plus dans un calme profond ;
* Certains titulaire», pour dégniser leitrs couiTdB, font yttrfer dkn« rAlmanach royal Tordre de tears prénonu.
** M. Tillemain appartient à Taristocratie académique ; il a des formes de langage qni ne sont propres qa*à Ini. Ainsi , quand il veut désigner un homme de lettres qui n'est pas grand seigneur, il se sert de ce mot ; le nommé tel
SONGE DE CIIAiaES--DIX. 31
Des souvenirs passé» la clécbîiaote angoisse Est un crenaet brûlnt où leor ame œ fond. Au milieu de bm île, oà manqua un HudsoiHliOTet Sous les fleurs de lis d'or qui parent son alcoy^i
Le dief des Bourbons rêve aussi ; Obsédé chaque nuit 4q fanUkoes-squeletteSt Dans son lit parsemé de saintes amulette
Il eut un songe : le voici.
n était dans Paris : les Gmcs en permanence Des trois eoupaUes jours instruisaient Tattentat ; Les hommes de juillet^ saisis par ordonnance, Sortaient^ après trois mots, de leurs prisons d'État ; Puis, devant la justice on les jetait par troupe ; La vengeance buvait dans une large ooupe ;
Et pour plaire au pieux vieillard»
Demandant au jury des morts expiatoires. Un homme rappelait par ses réquiûtoires
Les Pampelune et les Bellart.
Le réveil lui laissa ses douces rêveries : A son château d'Ecosse il fit un long adieu. Puis, sur son prompt retour au seip des Tuileries Le Tibère dévot rendit grâces ^ Dieu.
Soudi^ la parte s'ouvre ; un messager 4^ France Entre, levant un front radieux d'Qçpéraoçe ;
Il loi r^»et «A lâffge i^i ; C'était le jtftnfteiir au(<splonnes préda^, Yéridique rapport des récentes assises £
Le rêve s'était accompli.
Quel est donc votre espoir, conseillers de démence, Lorsqu'au mUieu de nous vous jetez ce brandon? Pour rendre po|Milaire un règne qui commence,
32 NËMËSIS.
N'avez-Yous pas d^avance arrangé le pardon ? Ou du glaive légal laissant partout l'empreinte, Voule^YOUS désormais affermir par la crainte
Un roj que notre amour défend ?
Est-ce un calcul barbare, est-ce un jeu que tous faites ? Insensés ! croyez-vous qu'on joue avec des tètes
Gomme avec des hochets d'enfant ?
D'une terrible époque imprudens parodistes. Encombrez les cachots de patriotes purs; De noms chers au pays chargez vos noires listes : C'est bien ; et jusque-là vous portez des coups sûrs. Hais s*il fallait enfin, comme Fouquier-TinviUe, Tenir votre promesse au bourreau de la ville.
En bravant les cris du dehors ; S'il fallait, procédant par sanglantes fournées, Couper en un seul jour vingt têtes condamnées^
Dites, seriez-vous assez forts?
Naguère, de ses fils, jusqu'au pied de l'échelle,
La Liberté muette escortait les convds ;
Aux martyrs de Saumur, à ceux de La Rochelle,
Elle n'osa prêter ni son bras ni sa voix ;
Hais ces temps ne sont plus. Quelle main sacrilège
Toucherait aujourd'hui ceux qu'un peuple protège.
Ceux quHl couvre de son aveu ?
Qui Toserait? malheur pour yous, pour tous peut-être ! Les hommes des trots^jours pourraient bien reparaître,
S'il leur manquait un seul cheveu.
Vendredi, 15 avbil. — Quatre heures.
Silence ! voici l'heure où tout coupable tremble ; D'aucun des accusés le cœur ne bat d'effroi :
Dans la salle muette apparaissent ensemble Jnry, jnges, greffiers et procarear du Roi. Après une minute, agonisante pause, De chaque prévenu dans cette grande cause
Le chef du jury dit le nom ; Oui : de la République ils ont formé le rêve ; Est-ce un crime? faut-il sur la place de Grève
Faire tomber leurs tètes ? Non.
» NÉMËSIS.
^^^90%*V^V^9lW^9^^Mf*^^^t%^/9^/*Mtk/^9^^^^^/*^%M^f^*^^*^^^^^^^'*^^^'%^^l^*f%>W%'9t%^%^^
NOTES
L*annael traitement.
M. Barthélémy avait l^liOO fr. de pension sur les fonds inscrits an budget au profit des gens de lettres. M. d'Argout, ministre du commerce , les lui supprima dès le premier numéro de Né^ mésiâ»
En dépit de Gavier.
M. le baron Guvier, directeur du Jardin-des-Plantes, enlevé aux sciences dans le mois de mai 188^
L'algébrique Dapin.
M. le baron Charles Dupin, frère cadet de M. Dupin , président de la Chambre des Députés.
Le nommé Tillemain , si maltraité dans FEnre , Ne fera pins de conrs à trois cents francs par heure.
M. yillemaîn est professeur d'éloquence française à la faculté des lettres; il touche six mille francs par an pour faire faire son cours par un suppléant.
An miliea de son île où manque un Hadson-Love.
SirHudson-LovCy gouverneur de Ttle Sainte-H^ène lorsque
Napoléon habitait cette tle , sera éternellemeot en exécration par les rigueurs qu'il exerça envers son illustre prisonnier.
Les Pampelnne et les Bellart.
Deux grands pourvoyeurs de cachots sous la restauration : les Persil de Tépoque. M. Bellart , procureur-général y a attaché à son nom une fatale célébrité en portant la parole devant la Cour des Pairs contre le maréchal Ney.
Aux martyrs de Saamnr, k ceux de La Rochelle.
La conspiration deSaumur, dont le général Berton était le chef y et celle de La Rochelle , si connue sous le nom de conspi* ratUm des quatre sergens.]
YUTDRBDI l5 AVRIL. QlTATEX EXURX8.
Le 15 avril 1831 » après dix jours de d^Mts , le jury a «qnttté à l'unanimité les dix-huit accusés ducomplot tendant à renverse^ le gouvernement , etc . ^ etc.
««aagfflWigiflsaaiBBBg^^
Respirons : nos élus désertent leurs drapeaux ; Heureux d'avoir voté les paternels impôts. Us vont, rompant enfin leur longue permanence, Dans leurs quartiers d'été rentrer par ordonnance. Qu'ils sont lents à tomber dans leur dernier linceul I Au moment décisif, effrayé d'être seul.
Le pouvoir a voulu s'entourer de leur ombre : n entrevoit encor, dans un avenir sombre. L'émeute aux bras croisés debout devant Persil ; Et toujours harcelé par ce spectre d'avril, Comme une femme au sein d'une nuit périlleuse. Quand sa lampe s'éteint, il garde sa veilleuse. Mais pour juin, au plus tard, tout annoni^ et promet Cette heure dissolvante, effroi du vieux Lameth, Où le hreî Moniteur^ grand-prêtre de l'absoute, Dira les mots formels : L'assemblée est dissoute I Avant donc que ce corps, par le temps déformé, Dans le cercueil légal disparaisse inhumé, Sur ses traits, sur sa face où la vie est éteinte, Je vais poser l'argile et calquer une empreinte.
Midi sonne, partons ; car au sénat désert Si l'on entre pour rien quand parle Delessert, Le jour où la tribune est promise à Lamarque,
L'avide brocanteur hausse la contre-marque. Saluons, en passant près du grand escalier, Le ministre économe et le vieux chancelier, L'Hôpital et Sully, sages des anciens règnes, De nos législateurs satiriques enseignés. A travers ces couloirs ou l'on distingue encor L'écusson mal gratté des trois fleurs-de-lis d'or , Hàtons-nous d'aborder la salle des Communes ; 0 pitié I voilà donc ces pompeuses tribunes Où siègent par le droit d'un infâme trafic, Cinquante citoyens qu'on nomme le Public^ Chaque place est marquée au cirque politique : On ouvre cette loge au corps diplomatique ; Ceux qui doivent l'entrée à des billets d'auteur Des tribunes de gauche occupent la hauteur ; En face, sur trois bancs d'une tribune expresse. S'alignent encaissés les greffiers de la Presse, Interprètes subtils dont les agiles doigts Traduisent en français tant d'ignobles patois.
Heureux qui se pavane à ces longues banquettes Où la mode s'installe en parures coquettes. Mosaïque de fleurs, de rubans, de chapeaux, Chi&bns éblouissans, féminins oripeaux I Là, du sénat français siègent les tricoieusesy Pour le juste-milieu chaudes entremetteuses. La veille, à leurs époux, dans le lit conjugal, Elles ont imposé leur caprice légal.
Là, brillent les Agier, les Guizot, les Yandœuvre, Les Marmier, les d'Argout, nobles dames de l'œuvre, Qui, claquant les discours sortis de leurs cerveaux. En chorus prolongés roucoulent des bravos.
Tandis que plane ainsi sur les bancs subalternes.
as NÉMÉSIS.
Le congrès féminin de nos Bdand modernes ; ^ Que les graves huissiers^ commandés par Stassin, Du cirque spacieux sillonnent le bassin, La porte à deux battans s'ouvre par intervalles : Vous voyez tour à tour, sur les gradins ovales, Au centre, aux deux côtés, tout un peuple d'élus. Qui du vaste entonnoir tapissent le talus. Bientôt, pour mettre fin à ce long préambule. Un bruit confus s'élève au sein du vestibule. Et sur le mattre-autel, radieux ostensoir, Dans un fauteuil doré Dupin se vient asseoir.
Et d'abord le pontife à ses trois secrétaires Distribue au hasard des mots parlementaires ; Par son ordre on procède à Tappel nominal : Hélas ! cinquante à peine entendent le signal. Comparses résignés, qui, prêts à Theure exacte» Chaque jour de la Chambre ouvrent le premier acte. En vain, dressant Fétat de ces sièges vacans. Jars au procès-verbal note les délinquans ; En vain le président, sur sa chaise curule. Du grave Moniteur leur promet la férule ; Sa voix, qui retentit à travers les cloisons» Ne peut rendre au devoir ces écoliers grisons ; Il faut que les huissiers, se levant de leur place. Du fond des corridors les poussent vers la classe.
Quel vide scandaleux dans le palais Bourbon! Où sont les Rambuteau, les André» les Gamboit, Les Thil, les Duver^er, tribuns retardataires? Dès la pointe du jour, furets des ministères,
* Ceci est nne antiphrase; il n'est point entré dans ma pensée cl*insnlteri par cette comparaison, à la mémoire de madame Roland, femme virile comme nova A*en avoa» plus.
Oubliant qu'ils sont faits pour discuter des lois, Ils montent pèle-méie à Tassant des emplois : Officieux courtiers de leurs compatriotes. Us savent À quel prix il faut payer leurs votes. . C'est merveille I on dirait qu'ils ont fait le serment De placer en détail tout l'arrondissement. Aussi, vous les voyez, en pères de famille, Semer à pleines mains leur banale apostille; Jusqu'au pied des commis, protecteurs supplians. Ils remorquent à pied leurs affamés cliens. Et jettent au hasard, parmi leurs créatures, Des bureaux de tabac et des sous^préfectures. Voilà par queb travaux ils défendent nos droits ! Assignés pour une heure, ils arrivent à trois. Ils entrent ; des débats ils ne s'informent guère : Qu'importe qu'on discute ou l'impôt ou la guerre ! Vers le banc du ministre, à l'heure du scrutin, Ils viendront rappeler l'affaire du matin. Voyez-vous à l'écart ces graves mandataires. Qui semblent de l'État combiner les mystères? Vous croyez que> chargés d'un important souci. Politiques profonds, sur le papier noirci De leur patriotisme ils épanchent les flammes; Vous vous trompez : ils font des lettres à leurs femmes, Annoncent leur retour au maire du canton, Coteqt les prix courans du poivre et du coton. Et transformant la Chambre en bureau d'écriture. Font leur correspondance aux frais de la questure.
Mais quels étranges cris détonnent à la fois ! La clôture! écoutez! silence! à l'ordre! aux voix! Dans les bonds déréglés d'un choc épileptique. Tourbillonne en tous sens la halle politique ; L'orageuse disputa aux confus mouvemens,
40 NÉMlglSIS.
Brasse et pétrit en bloc tous les départemens;
Le Yar refoule au Rhin ses ondes mutinées.
Et les monts du Jura heurtent les Pyrénées.
Plus d'ordre, plus de place aux orateurs inscrits;
La tribune est un fort vingt fois pris et repris ;
Salvandy, par un dol trompant son tour de rôle,
Pour un fait personnel demande la parole ;
His épelle un discours écrit d'une autre main ;
Prunelle et Lemercier, se froissant en chemiin,
De leurs amendemens parsèment le bagage ;
Tel autre vers l'estrade imprudemment s'engage,
C'est la première fois ; mais près d'y parvenir.
Par des amis zélés il se fait retenir;
Jars, que le double centre appelle une merveille.
Improvise un sermon élaboré la veille.
Qui pourrait, au milieu du trouble universel.
Soumettre au règlement la moderne Babel !
Vainement la sonnette, à grands coups agitée,
Rappelle à la raison la Chambre tourmentée ;
Son argentine voix se perd dans le chaos.
Et la Chambre a voté cent millions d'impôts.
Parfois de la mêlée où combat le Synode,
Dans ce choc de partis surgit un épisode :
Debout parmi les siens, un fougueux orateur
Jette au banc du pouvoir le gant provocateur ;
Le cas presse; il faut bien qu'un ministre réponde!
Qui répondra ? Périer ? Oubliant sa faconde,
Silencieux de rage, il absorbe Taffront,
Comme au jour mémorable où, par un geste prompt.
Le vieux Rouget de l'Isle, au sein de l'Athénée,
Tuméfia sa joue à jamais profanée ;
Qui? le grand diplomate? homme sans résultat,
Il se cache abrité sous la raison d'État :
Qui donc? Montalivet ? écoutons I il se tourne,
Cherche de tous côtés Tobligeant Halitoarne, Et veuf de son conseil, il demande un sursis.... Alors, des bancs lointains où Berryer est assis. Des sommets étages de la gauche eompacte, Un torrent de haros tombe par cataracte. Et le juste-milie^, si grave, si massif, Mêle à ce bruit confus un rire convulsif.
Oh I quel Dieu, tout a coup subjuguant la tempête,
Dira ce Quos ego devant qui tout s'arrête ?
A ces troubles honteux qui pourra mettre fin?
C'est le temps : il avance escorté de la faim ;
Il vient des longs discours clôturer la série.
Tels que sous les barreaux de la ménagerie.
Les voraces captifs qu'alimente Cuvier,
Lion, tigre, chacal, vautour, aigle, épervier.
Avertis par Tinstinct de l'heure accoutumée
Où tombe la pâture à leur troupe affamée.
Par des balancemens, par des cris, par des sauts,
D'une chair attendue appellent les morceaux ;
Tels, au coup régulier d'un estomac avide,
Nos élus défaillans bâillent, mâchent à vide ;
Sur le parquet poudreux on les voit piétiner;
Ib sont muets et sourds, et l'heure du dtner
A défaut de l'horloge absente des murailles.
Résonne comme un timbre au fond de leurs entrailles»
Hais que sert de poursuivre un enjoûment forcé? La bouche sourit mal quand le cœur est blessé. Il est temps que ma voix, organe populaire. Dicte pour cette page un grave corollaire. Écoutez donc, marchands, rentiers, agriculteurs, Hommes de tous les rangs ! écoutez, électeurs ! La moitié d'entre vous va, d'une main novice,
U NÉMËSIS.
Du sénat plébéien rebâtir Fédiflce;
Mais pour cette œuvre immense, à la hâte sorpris,
Gardez-vous d'employer des décombres pourris I
Que la gauche aux bancs purs soit votre clef de voûte ;
Prenez pourpoint d'appui ces hommes hors de doute»
Ces patriotes forts, éprouvés dès long-temps,
Lafayette et Dupont, civiques arcs-boutans.
Surtout, des vieux scrutins épurant la morale,
Repoussez à jamais de l'urne électorale
Ces Lameth, ces Agier, ces Jars, ces Rambuteau,
Que le peuple a déjà frappés de son veto.
Aujourd'hui ma justice à peine les effleure ;
Hais vienne le péril, vienne la suprême heure !
Après un examen quarante jours mûri,
Ds tomberont frappés par le Peuple-Jury ;
Je dirai devant tous par quels indignes votes
Ils ont meurtri neuf mois leurs frères patriotes.
Et sauvant Tavenir des maux que nous souffrons,
De ces Gains publics je marquerai les fronts.
LA CHAMBRE 0E8 DÉPUTÉS. «t
NOTES
L'Hôpital et Snlly.
Le péristyle de la Chambre des Députés, qui fait face au pont de la Révolution , est orné de statues ciselées par Houdon. Les statues de L'Hôpital et de Sully s'y font principalement remarquer.
S*aligneiit eacaûsés les greffiers de la presse.
La tribune des journalistes.
Là y da sénat français siègent les tricoteuses.
Allusion à ces femmes qui ne manquaient pas une séance de la Convention, et qui , pour ne pas perdre leur temps, y apportaient toutes leurs aiguilles à tricoter.
Les Thn , les Davergier,
M. Duvergier de Hauranne , député de la Seine-Inférieure , mort le 19 août 1831. Celui qui siège maintenant à la Chambre, aux bancs ministériels , est son fils, député du Cher, jeune adepte de la doctrine, petit faiseur très remuant et très nul.
Le yienx Ronget de l'Isle , an sein de VAÛiénée , Tnméfia sa jooe à jamais profiinée.
M. Rouget de Tlsle, auteur de la Marseillaise, fit pendant long-temps un cours à TAthénée. C'est là qu'il se porta envers Casimir Périer à des voies de fait dont le célèbre banquier ne demanda pas raison. On voit que , dès cette époque , Casimir Périer était partisan de la paix à tout prix.
U NÉHËSIS.
Cherche de tooi côtés robligeant Malitonrne.
M. Malitourne, aDcien rédacteur en chef du Ménager des Chambres y employé depuis dans le cabinet des divers ministres qui se sont succédé à Fintérieur^ passe pour être fort utile à ses patrons y dans l'élucubration des discours qui, à défaut de raisonnemens, veulent de Tesprit et du style.
Les Toraces captifs qa^alimente Cnvier.
M. le baron Cuvier, alors directeur du Jardin-des-Plantes.
A dé&at de l'horloge absente des murailles.
Il n*y a pas d'horloge dans la salle des séances de la Chambre des Députés. On a craint , sans doute , l'influence de l'heure du dîner.
(AVKIVERaA.IRBDU CflTQ MAX.)
Nous aussi, nous voulons un jour expiatoire ! Ils ont bien pour leur roi yoté le repentir, Et leur Janvier funèbre et sa messe oratoire ; Ouvrons à notre tour l'urne lacrymatoire,
Pleurons notre Empereur martyr I Qu'un souvenir de deuil nourrisse notre haine I Anathème à ces rois vomis par l'étranger 1 Tout, dans nos murs conquis, sembla les outrager, Quand ils vinrent mêlés aux soldats de l'Ukraine : Sous les hauts monumens par le Peuple bfttis. Ils passaient tout honteux de se voir si petits ; Le bronze impérial de la place octogone Se tordait à leurs yeux en faces de Gorgone ; Anathème sur eux I qu'ils soient anéantis ! Ils ont précipité le dieu de notre histoire De son beau piédestal, gigantesque canon; Crime dont l'univers ne savait pas le nom,
Ils ont décapité la gloire I
Nous qui passions alors par ces tristes chemins, Nous avons contemplé ton heure d'agonie,
Colonne ! digne sœur des monamens romains ! Un cAble t'étreignait avec ignominie^
Et FEarope battait des mains I Ils étaient là, couverts de yètemens fétides, Avec leurs clous, leurs pieux, leurs rauques chevalets. Les Pilâtes du Nord, leurs ignobles valets. Tous les bourreaux sortis des Palus-Méotides. Sur les immenses bras de TinfAme échafaud S'agitaient, à grands cris, ces stupides Vandales ; Ils guidaient lentement vers les poudreuses dalles Le cadavre d'airain descendu de si haut. Quelques vieux compagnons, au visage sévère, Le contemplaient de loin avec des yeux s(Lns pleurs. Et la France, à genoux, saignante de douleurs,
Pleurait au pied du grand Calvaire.
Ainsi, le lendemain, le soleil étonné
Ne trouva plus au ciel le géant détrâné.
Dès-lors, comme Sion assise au bord du fleuve,
Paris tratna son deuil sous la Colonne veuve ;
Pour la flétrir encor Texécuteur tremblant
Avait sur le tronçon planté le drapeau blanc I
Tels vers le Pont-£uxin, les Bourbons d'un autre Age,
Aux corps suppliciés pour imprimer Toutrage,
Quand la tète livide était jetée au loin^
Ornaient le cou sanglant d'un vil bouquet de foin.
L'ouragan des trois-jours sur la place Vendôme
A déjà balayé ce linceul de fantôme ;
II est temps que le bras du peuple souverain
Ressuscite le dieu sur son autel d'airain.
Le Peuple I contre lui qu'un pouvoir se roidisse.
LA STATUE DE NAPOLÉON. Vt
Sa volonté de fer commande la justice I Si, dans les hauts Conseils, ses droits sont méecmnos, Snr le Fonim royal il montre ses bras nus* De son récent triomphe on garde sonyenance ; Lorsque trois lis honteux, sauvés par ordonnance. Osèrent refleurir au champ d*une maison. L'ordonnance du peuple effaça leur blason, n n'a pas abdiqué sa puissance de mattre ; On dit qu'impatient de le voir reparaître. Et d'un trop lent décret rapide avant-coureur. Le peuple statuaire a fait son Empereur;* Toute pleine de lui, sa mémoire fidèle L'a, sur un chêne brut, équarri sans modèle : Son infaillible instinct, plus sûr que notre goût. L'a sculpté hardiment tel qu'il vivait, debout : n n'a pas consulté la science timide Qui sur un corps moderne arrondit la chlamyde ; C'est l'Empereur rêvant quelque large dessein. Couronné d'un chapeau, les deux bras sur le sein. Eh bien I ceux qui l'ont fftit le mettront à sa place, Lui, le roi de Tarmée et de la populace ! Montrez-vous, vieux débris de nos forts bataillons, Vous que quinze ans de paix ont couverts de hailloDS ; Artisans qui passez l'œil morne dans nos rues, Laboureurs vétérans courbés sur vos charrues. Redressez-vous I prenez la pose du soldat, La France vous confie un glorieux mandat : Prévenez, dans cinq jours, l'édit qui l'inaugure ; Vous seuls devez toucher à sa grande figure, Amis de l'Empereur ; rien ne vous le défend ; Sur vos bras tatoués portez-le triomphant : Dès l'aube du cinq Hlai qu'il brille sur le déitte ;
* Cette statne , improTÎsée par le peuple , est dans nn ateliei' dn faubourg Saint- Aatoine ; cVst nn cheM'œavre d'art et de ^oékl natar^b.
Changer le nom vieilli de la place Vendôme, Et puisque l'Empereur en fait son Panthéon, Nommez-la désormais Plage NAPOLÉoif .
Oh ! quand sur nos maisons de tètes inondées Sublime, il planera grand de quinze coudées I Quand il reparaîtra pour la seconde fois Salué par un cri de trois cent mille voix ; Gommejadis après ses campagnes rapides, Le canon triomphal qui dort aux Invalides, Notre-Dame ébranlant le bourdon de sa tour, Proclameront encor l'Empereur de retour.
Le voilà radieux sur sa base étemelle ; Veillant pour nous, la nuit, comme une sentinelle ; Et mesurant de l'œil ce rivage si beau Où son vœu d'agonie implorait un tombeau I Là, du septentrion, du sud et de l'aurore. Les peuples qu'il soumit et qui l'aiment encore, Les hommes d'autrefois, les enfans d'aujourd'hui Qui ne Tout jamais vu, qui parlent tant de lui, Viendront pour contempler le monument qu'étale Paris, noble cité, Médine occidentale.
A toucher la statue ils seront tous admis. Tous, Barbares, Français, peuples lointains, hormis Ceux qui boivent l'exil dans une coupe amère, Ses frères jadis rois, son fils, sa vieille mère ; Sa mère, qu'à travers tant de destins mouvans, La mort semble oublier au milieu des vivans.
Mais il faut plus encor I la colonne trompée Nous demande aujourd'hui les cendres de Pompée : Gomme sa sœur de marbre isolée au désert, G'est un tombeau sans ame, un sarcophage ouvert. Ah ! que l'État du moins, ce prodigue économe.
Que rÉtat, une fois, ait des entrailles d'homme !
Chaque jour, dans nos ports, il équipe à grands frais
Des navires pompeux aux immenses agrès :
Ils vont chercher au loin, sur d'inconnus rivages,
Des os de Pharaons, des crânes de sauvages.
Ridicules objets qui, par faisceaux impurs,
D'un muséum crédule envahissent les murs.
Qu'on cède donc enfin à des vœux légitimes I
Ennoblissons encor nos fastes maritimes !
Qu'un navire argonaute, au mois de messidor,
Parte pour conquérir une autre toison d'or !
Dites au Marengo de tourner sa poulaine
Vers le saule français qui pleure à Sainte-Hélène ;
Sans carte, sans boussole, et sans compas marin,
n saura bien trouver son glorieux parrain.
A défaut du Bamave et du vieux Sans-Culoue^
Équipez le JIftitroit, doyen de notre flotte ;
Le Muiron^ qui, d'Egypte au sein de notre port.
L'a ramené vivant, le ramènera mort.
Allez, ce n'est pas trop que d'une escadre entière
Pour rapporter en France une once de poussière.
Quand la trirème en deuil sur les sables toscans
Rendit Germanicus mort au milieu des camps,
Rome entière inonda le rivage de Brindes
Jugez de nos transports quand la vague des Indes, Sous les vents alises qui soufflent du Brésil, Poussera vers nos bords le sépulcre en exil I Figurez-vous ce jour, où dans le port du Havre Entrera le vaisseau chargé du saint cadavre ! A l'immense nouvelle, aux éclats du grand nom, Paris serait désert comme un Herculanum ; Son peuple de Juillet, vivantes galeries, Borderait le chemin du Havre aux Tuileries, Et rendrait le cercueil à ces bronzes luisans
Oà ses aigles debout Tattendireût quinze ans.
Là serait notre appui, sous ses portes fermées Notre palladium, notre dieu des armées.
Si jamais le canon tonnant aux bords du Rhin, Nous forçait à rouvrir les deux battans d*airàin, Si l'ennemi souillait notre saint territoire ; Dans ces quartiers bénis par des noms de victoire, léna, Hondovi, Rivoli, Mont-Thabor, Nos soldats en partant reparaîtraient encor ; Debout et dominant la triomphale rue, L'Empereur passerait la dernière revue ! 11 jugerait, d'en haut, en les suivant des yeux, S'ils marchent vers le Rhin du pas de leurs aïeux. Et fiers en inclinant leurs guidons vers la terre. Nos soldats lui rendraient le salut militaire 1 Puis, du temple entr'ouvert sortira le cercueil. Héritage français conquis sur un écueil ; Il marchera, porté sur des essieux sonores, Avec des crêpes noirs, des drapeaux tricolores ; Là, ne brilleront point ces funèbres joyaux. Vains hochets, ornemens de cadavres royaux ; Mais le chapeau connu, scellé de la cocarde. Celle qui rayonnait devant la vieille garde. Et le vieux manteau brun dont les immenses plis Ont joué dans les vents d'Arcole et d'Austerlitz. Le cercueil, de Tarmée ouvrant la longue marche, Vers le camp philistin roulera comme Tarche ; À ce magique aspect, sourds aux ordres des rois, Moscovites, Saxons, Croates, Bavarois, Tous les soldats eiifans d'une zone sauvage Viendront, dans notre camp, baiser le sarcophage, Et par un saint respect terrassés comme nous, Même avant le combat tomberont à genoux.
Si pourtant quelque jour dans leur ligue féconde Les rois contre la France entrelaçaient le monde ; S'ils poussaient à la fois leurs innombrables camps, Des rives d'Archaugel aux sommets des Balkans ; Si débordés par flots dans notre Babylone, Os venaient se ruer sur la grande colonne ; Avant que la statue, abandonnant les airs, ÉtalAt ses débris sur nos pavés déserts. Avant que Tarche sainte, idole de Tarmée, Au temple de Dagon disparût enfermée^ La France tout entière aurait trouvé la mort Devant le char funèbre où Napoléon dort.
52 NËMÉSIS.
.%i%f^%/^90Wmf9l %«%i»%%^>%'%^'
NOTES
Le brome impérial de la place octogone.
La colonne de la place Vendôme.
Lorsqae trois lis honteax , saaTés par ordonnance , Osèrent reflearir an champ dWe maison , L'ordonnance da peuple effaça lenr blason.
Quelque temps encore après la Révolution , les panneaux de la voiture du roi supportaient les trois fleurs de lis qu'on avait cru devoir y laisser comme faisant partie des armes du monarque. Le peuple, furieux de voir que le roi qu'il s'était choisi conservait l'emblème d'une royauté qu'il avait renversée , se précipita sur la voiture et en effaça l'odieuse image. Depuis cette époque , les trois fleurs de lis ont disparu de toutes les voitures royales.
Prévenez dans cinq jonrs l'édit qui Tinangure.
Ce n'est que le 5 mai 1833 , douzième anniversaire de la mort de Napoléon , que sa statue fut replacée sur l'immortelle colonne*
Au temple de Dagou disparût enfermée.
C'est dans le temple de Dagon , le premier de leurs dieux , que les Philistins déposèrent l'arche sainte , après l'avoir conquise sur Israël.
Comme un soleil perdu qui, dans l'espace vide, A caché pour toujours son cadavre livide, Ou comme à Tivoli, dans la tiède saison. Un globe convulsif levé sur Thorizon, Des tilleuls du jardin illuminant le faîte, S'épanouit en gerbe et meurt avec la fête ^ Tel, météore usé, disque artificiel, Le soleil de Juillet s'est éteint dans le ciel. Oh I le soir du combat, quand notre ville entière S'ouvrait à ses enfans comme un grand cimetière ; Quand, saturée enfin des meurtres de trois jours, La Morgue s'étendait vers tous nos carrefours ; Quand le vent chaud du sud, sur ses ailes fétides. Nous portait la vapeur des cervelles liquides. Et que fumait encor sur les tièdes charbons Tout ce grand holocauste offert à nos Bourbons ; Au centre de Paris pantelant de colère. Qui nous eût dit alors qu'un sénat populaire Hésiterait un jour, la douleur dans le sein, A prononcer l'exil d'un monarque assassin ? C'est ce qu'ont vu nos yeux : en longues doléances Les deux Chambres en deuil ont usé leurs séances ; La funèbre éloquence éparpillant ses fleurs, A changé la tribune en un vallon de pleurs I
Oui, qu'un cri de pitié déchire vos entrailles^
Tribuns du peuple ! Allez, Bizien, et vous, Noailles,
Psalmodiant en chœur de tristes oraisons,
Réveiller chez les pairs Fitz^Jame et Sesmaisons ;
Pleurez sur les trois jours de la sainte semaine ;
D'un roi ressuscité rêvez le phénomène ;
Que pour Charte, Angoulême et le jeune Henri-Cinq
Le dernier vendredi soit un vendredi-saint.
Tartufes de douleur, aux gestes pathétiques I
Silence I on ne croit plus aux larmes politiques ;
Quand, sous les yeux de tous, le sang coulait à flots.
Que n'avez-vous poussé vos funèbres sanglots.
Et dans notre cité par le meurtre rougie,
Du monarque bourreau chanté l'apologie ?
Certe I il comptait sur vous pour un meilleur secours I
Il voulait votre épée au lieu de vos discours.
Lorsque sa royauté^ mourante de faiblesse.
Au perron de Saint-Cloud convoquait la noblesse.
Mais, timides amis, loin du royal château,
Vous versiez dans ces jours vos pleurs incognito :
Devant une servante, on vous eût vus peut-être
Au premier chant du coq renier votre maître ;
Ingrats I vous attendiez jusqu'aux ides d'avril
Pour montrer un cœur d'homme et pleurer sans.péril.
£h ! grands dieux ! si pour vous une douleur amère Change en un sol d'exil la France votre mère. Si vos yeux sont tournés vers ces heureux climats Peuplés dévotement par Latil et Damas ; Héroïques martyrs d'une cause si belle, Qui vous retient? quittez notre ville rebelle, Et franchissant la mer, dans votre noble élan. Vers le parc d'Holyrood allez fonder un clan. Vos beaux jours renaîtront dans le manoir d'Ecosse :
Là sont deui rois déchus, un monarque précoce, Un pavillon Marsan long-temps inhabité D'où s'exhale un parfum de légitimité ; Pour les enfans de France, en ftge de tutelle, La montagne d'Arthur se change en Bagatelle ; * Les abbés voyageurs de Saint-Thomas-d'Aquin Arrivent tous les mois pour confesser Tarquin ; Walter Scott, chaque soir, à la princesse veuve. Vient lire, en écossais, un roman sur Tépreuve ; De son œuvre nouvelle il prédit le succès, Et lui montre la croix qu'un ministre français Lui remit, comme un don de haute préférence, Pour avoir tant de fois calomnié la France. Là, rétiquette absurde, au sévère compas. Désigne gravement les gestes et les pas, Et dans cet Holyrood, aux sombres galeries. L'ennui majestueux venu des Tuileries Tombe des vieux lambris comme un air étouffant Sur le vieillard -chasseur et sur l'auguste enfant. 0 vous donc, chérubins, qu'un vif amour consume, Anges, qui convoitez ce paradis de brume. Frétez un paquebot dans le port de Calais ; Trois jours vous porteront au gothique palais ; Puissiez-vous en ces lieux, tabernacles intimes, Servir la trinité de vos rois légitimes. Et dans un chœur d'élus chanter l'hymne sans fin. Entre Charles de France et son fils le Dauphin ! Ah ! ne les plaignez point ; sur leur terre d'asile Ils doivent rendre grâce au sort qui les exile. Étaient-Us plus heureux quand, au sein de Paris, Dans leur château royal bloqués par le mépris» Tous, roi, prince, dauphin et royale orpheline,
* Arthui^s Seat , montagne d'Edimboarg.
Sur nos ponts au galop ils passaient en berline, Flanqués d'an escadron de lanciers aux abois, Pour aller un instant respirer dans les bois? C'est alors que sur eux la plainte était permise ; Protégés par la mer où tombe la Tamise, Ds- goûtent aujourd'hui, parmi leurs courtisans. Un repos d'habitude interrompu quinze ans. Non, non, ne croyez pas que l'ardente insomnie Tourmente dans la nuit leur royauté bannie. Et que, sous le tableau de leurs premiers destins, Le vautour du regret ronge leurs intestins. Le géant qu'enferma la barrière de l'onde. Tendait encor ses bras pour ressaisir le monde ; Il demandait souvent à son astre terni Si son livre d'histoire était si tôt fini? Mais eux, que du passé nul souvenir n'eflSeure, D'un sublime avenir ne rêvent jamais l'heure ; Dans un calme de glace ils vivent, et leur chair M'offre point d'aliment aux flammes du cancer ; Tant la royale orgie a pourri cette engeance I Tant le sang des valets, les nuits de la Régence Ont mêlé des levains d'atonie et de mort Au sang de saint Louis et de Robert-le-Fort I Eux ! ils n'ont même pas cette vigueur du crime Qui brûlait Charle»-Neuf, leur aïeul légitime ; Ce hardi pourvoyeur du charnier Montfaucon, Quand il fit ses trois-jours, comparut au balcon ; En face de Paris il chargeait l'arquebuse ; Mais ses fils, assassins par le bras de Raguse, Des salons de Saint-CIoud contemplant les parois, A peine s'informaient s'ils étaient encor rois. Non, rien ne les émeut sur leur molle banquette ; Le battement de cœur n'est pas dans Tétiquette ; La mort même, hideuse avec son appareil,
Ne peut les agiter dans leur pesant sommeil I
Ils tombent, sans surprise, où le hasard les pousse ;
Comme on voit, sur un char qui marche par secousse,
Un stupide bétail pêle-mêle gisant,
La tête ballottée et Tœil gonflé de sang,
Tels les Bourbons, sans peur et sans plainte importune,
Suivent 4ous les cahots du char de leur fortune.
Ruminent en silence, et, presque sans les voir.
Atteignent assoupis le trône ou Fabattoir.
Et voilà ces héros dont les têtes proscrites
Arrachent au sénat des larmes hypocrites !
Allez, l'arrêt d'exil, vote trop généreux.
Inutile pour nous, est un bienfait pour eux.
Si jamais de ces rois l'imprudence fatale
Les ramenait encor sur la terre natale;
S'ils venaient éprouver une quatrième fois
De quel amour la France idolâtre ses rois,
Et dans quelque recoin de la Gaule affranchie
Rebâtir sourdement leur vieille monarchie;
En un mot, si, rêvant d'exécrables succès.
Ils s'évadaient encor de leur bagne écossais ;
Le peuple, déchirant son pacte de clémence.
Sortirait de Paris comme une digue immense.
Et sur les grands chemins, royaumes des Bourbons,
Son bras arrêterait ces princes vagabonds.
En vain ils suppliraient notre bonté crédule ;
Il faudrait dénouer ce drame ridicule ;
Car nous sommes tous las de suivre tour à tour
Des Bourbons exilés^ des Bourbons de retour,
Acteurs gallo-bretons qui, selon leurs caprices.
Rentrent dans le foyer ou sortent des coulisses.
Et font, à si haut prix, payer aux assistans
Cet insipide jeu qui dura quarante ans.
56 NËMËSIS.
Qae le sang des martyrs retombe sur leur tète I Alors disparattraient, dans la même tempête, Le vieillard gangrené, sanguinaire chasseur, Qui déchira la Charte aux pieds d'un confesseur» Et le prince crétin à la face abrutie, Royal IXiafoirus de cette dynastie, Qui, dans ses chastes vœux, craignant d'avoir un fils. Se macère à genoux devant un crucifix ; Et Tenfant, des trois lis pâle dépositaire. Dans le sein d'une veuve incarné par mystère, Ce jeune Ëliacin que d'un infâme sceau Tharin et Frayssinous flétrirent au berceau.
J'ai dit. •— Aucun devoir ne m'oblige à me taire ; La vérité proscrit le ton parlementaire ; Je suis peuple, et n'ai point de doucereux discours Pour flétrir poliment le tigre des trois-joursl Oui, mon Acre colère est juste, quand je raille Le roi qui sur mon front fit pleuvoir la mitraille. Que de froids orateurs, Tigellins blasonnés. Feignent de s'attendrir sur ces rois détrônés. Pleurent ce grand festin dont la dernière race Gorgeait, à nos dépens, leur appétit vorace ; Que dans le Luxembourg les pairs agonisans. Du large milliard éternels courtisans, Tremblent de proférer le décret d'anathème ; Moi, qui d'un long martyre ai subi le baptême, Je ne rétracte point ce prophétique vœu Que Juillet m'entendit prononcer dans le feu : Oui, puissent les Bourbons, s'il leur reste une épée. Tenter de ressaisir la couronne échappée ! Puissent-ils, se livrant au destin orageux, Se montrer dans leur vie une fois courageux I Qu'ils paraissent, suivis de leur noMe cortège,
Dans les bois vendéens où la croix les protège ; Ou si leur bras succombe à des travaux si durs, Dans un port du midi, contrebandiers obscurs, En fraude de la loi, qu'ils viennent sur la rive Déposer dans la nuit leur royauté fortive : Humbles ou menaçans qu'ils viennent... Cette fois La France chftttrait d'incorrigibles rois ; La justice du peuple, arbitre souveraine. Après tant de pardons aggraverait leur peine ; L'exil d'un roi déchu n*est pas ce qu'il lui faut : Quand on descend d'un trône on doit monter plus haut.
ï^%m^^*m0m^^9Mt%0*MÊ%f*m%09f9mMi%^^mM0^mff0^f^mm
NOTES
. • . I . • . ÀUeZy BisieD, et TonSy Noailles, Réveiller cbes les pain Fits- Jime et Sesmaiaons.
Dans la séance de la Chambre des Députés , du 15 mars 1831, M. Baode, ex-préfet de police , fit une proposition tendant à ce que Charles X , ses descendans et alliés de ses descendans, fussent bannis à perpétuité du territoire fhinçais; quHIs ne pussent y acquérir y à titre onéreux ou gratuit, aucun bien, y jouir d'aucune rente ou pension; qu'ils fussent tenus de yendre, dans les six mois qui suivraient la promulgation de la loi , tous les biens, sans exception , qu'ils posséderaient en France, et que , faute par eux d'effectuer cette vente, il y fât procédé par l'administration des domaines. MM. Bizien et Alexis de Noailles votèrent contre cette proposition.
Ingrats, vons attendies jnsqa'aax ides d^ayril...
Cest au mois d'avril que la loi sur l'exil des Bourbons, adoptée par la Chambre des Députés , fut soumise à la délibération de la Chambre des Pairs. MM. Fitz-James, Sesmaisons, Dreux-Brézé et quelques autres se prononcèrent énergiquement contre cette mesure.
Peuplés déTOtement par Latil et Damas.
M. le cardinal de Latil, archevêque de Reims^ et M. le duc de Damas» gouverneur du duc de Bordeaux, ont accompagné la famille royale dans son exil.
Et lai montre la croix qp^an miiiittre firauçais...
Walter Scott fut décoré par M. de Corbière. On ue dit pas si les coDsidéraBS de rordonnance font nentioii de VHitMre de Napoléfm*
Dans le sein d*itne veuve incamé par mystère.
Quelques personnes ont prétendu que la duchesse de Berri n V Tait jamais été enceinte ; d'autres ont dit qu'elle était accouchée d'une fille, à laquelle on avait substitué un garçon.
Ce jeune ÉUacin qne, d'an inâme sceao, Tharin et Fraysstnoos flétrirent an berceau.
M. Fabbé Tharin, précepteur du duc de Bordeaux, et M. l'abbé Frayssinous, é?éque d'Hermopolis, grand directeur des consciences royales.
Tigelllns blasonnés.
Tigellin était le ministre et le favori de Néron.
En plein jour, au milieu des publiques huées, On rencontre partout de ces prostituées Qui, sous un teint hiisant de céruse et de fard, De la foule stupide attendent le regard. A peine si la croix que Tintrigue ravale Sur quelques nobles seins tombe par intervalle ; L'œil qui la voit briller sur tant d'hommes nouveaux, Craint sans cesse, aujourd'hui, de s'éblouir à faux. Ah l de l'Étoile, objet de tant dldolàtrie, Qu'on efface les mots d^HoNHBiTR et de Patbib, Slls ne sont plus, chez nous, que d'harmonieux sons. Que des mots inconnus sur de vieux écussons ! La rouille a dévoré cette pure médaille ; Elle perdit d'abord son lustre de bataille Le jour où les Bourbons, de leur doigt flétrissant, Ternirent son émail empreint de notre sang : Partout, au Carrousel, dans nos places publiques, De l'Empire au cercueil ils semaient les reliques ; Que de seins avilis sous ce glorieux don ! Impudique hochet, le lis au blanc cordon Usurpant la moitié du signe militaire.
Consomma sur la croix un infâme adultère. C'était peu de parer de son splendide émail, Suisses, menins, veneurs, aumôniers en camail ;
fc f
Il fallait sous l'horreur couvrir le ridicule : A ce tableau de deuil l'ame d'effroi recule ! Les prévôtales Cours, marchant avec la faux, Distribuaient la croix au pied des échafauds ; L'accusateur public, présentant sa requête, Contre la croix d'honneur échangeait une tète ; Marchangy la cueillit sous l'herbe de Clamart; Le sang de Ney teignit le ruban de Bellart ; Horreur 1 1 1 quand Laboulie assassina Vallée La croix de ce martyr, noblement avalée. Extraite de son corps, en face du barreau, Orna, vingt jours après, le sein de son bourreau/ 0 fille de l'honneur ! quinze ans d'ignominie Semblaient d'un souffle impur t'avoir assez ternie ; Tu croyais, au retour du drapeau fraternel, Ressaisir, comme lui, ton lustre originel I £h bien I lui qui jadis, dans la chaude mêlée, Se ruait, ondoyant, la tête échevelée.
Et rentrait au bivac tout sanglant et meurtri, Aujourd'hui citadin, par le repos flétri. Sur le dôme de plomb que tant de pluie abreuve, Semble un voile de deuil sur le front d'une veuve ; Et toi, rose d'honneur que la gloire cueillait, Tu n'as pu te rouvrir au soleil de Juillet ; Comme dans le sillon où passe la charrue. Un ministre, au hasard, te sème dans la nie ; Et le passant, honteux comme pour un larcin, Te ramasse à la hâte et se rougit le sein.
Le réservoir d'honneur a débordé sa digue : D'Argout, dans son hôtel, comme un enfant prodigue,
* Yallée, assassiné à Tonlon, en i8aa , avala sa croix après sa condamnation. M. Laboulie, procarenr général, et M. le président Cabasse forent décorés.
Tombant da haut commerce au plus humble métier,
De ministre de roi s'est fait passementier :
Les mbans découpés par sa main paternelle
Volent, en tourbillons, de ThAtel de Grenelle,
Et du poste voisin exigeant les saints.
Vont, en langues de feu, pleuvoir sur les élus.
Le doux Montalivet, dont la tète enfantine
Songe encore aux plaisirs de la classe latine,
De sa large faveur ombrageant ses menins,
Jette le ruban rouge aux littérateurs nains,
A ses jeunes amis qui, par haut privilège.
L'ont courtisé dix ans sur les bancs du collège*
Périer le publicain, décoré par l'ex-roi.
Du signe impérial à son tour fait l'octroi ;
Le temple de Mammon, la bourse Israélite
Des candidats d'honneur lui présente l'élite ;
Patron reconnaissant, il a soin de pourvoir
Gisquet l'agioteur, son fondé de pouvoir ;
En faveur de l'Église opérant un miracle.
Il fait baiser la croix aux Juifs du tabernacle.
Et, pour leur rembourser d'illicites profits.
Érige en chevaliers les pères et les fils.
Oh ! cette fois, du moins, une main protectrice Des règnes précédons répare l'injustice ; Le mérite modeste et l'honneur clandestin Ne trouvent plus en France un refuge certain ; Paris, à leur insu, paraphe leur diplôme ; L'œil ministériel, furetant le royaume.
Étend sur tous les points son généreux souci : Que de grands citoyens inconnus jusqu'ici. Que de noms glorieux, dans sa feuille nouvelle. L'idiot Moniteur chaque jour nous révèle ! Dans son in-folio pullulent par milliers
Tous ceux que rordonnance a créés chevaliers ; Les uns» pressés en bloc, parés de leurs insignes. S'avancent fièrement en formidables lignes ; D'autres» redoutant l'œil du lecteur attentif. S'abritent» de frayeur, sous un tiret furtif. Là, vont se confondant les rangs et les services. Bureaucrates goutteux, secrétaires novices ; Tout ce peuple qu*on voit à travers les barreaux Dans l'hôtel Mont-Thabor alignant des zéros; Les poètes de cour dont les bouches serviles Chantent pour tous les rois de fades vaudevilles; Tous ces pftles auteurs, dont Tesprit criminel Dans sa froide boutique asphyxia Canel ; Tous ces noirs Trissotins aux sciences occultes, Qu'installa Frayssinous dans son hôtel des cultes ; Les inspecteurs oisifs des chefs-d'œuvre de l'art. Le frère de Guizot et le fils de Collard ; Le sauveur de Dupin, le traducteur du Dante, Pradier qui des rasoirs vend la poudre mordante ; L'ami du dey d'Alger, l'exotique Busnach, Et le profond Beuchot qui fait un almanach. Bien I prodiguez vos croix ; allons, tout la réclame, Jusqu'au conservateur des tours de Notre-Dame I * Si déjà Charles-Dix ne l'eût fait de sa main. Vous auriez même pu décorer Y illemain ; Vous trouverez encor dans les noms historiques Fumade, l'inventeur des briquets phosphoriques ; A votre supplément manque-t-il des héros ? Du Journal des Débats furetez les bureaux ; Des savans étrangers brillent sur votre liste ; Mais vous avez omis un orientaliste ; Le bey de Tittery , cet auguste forban
* Le budget paie cette incroyable place de conserva tenr des tonrs de 5olre-I)ame.
C6 NËMÉSIS.
Est digne d'ayoir part au butin du ruban . Vite, de^croix pour tous I que le duc de Tarente, Pour gagner dignement cent mille écus de rente. Les mesure à boisseaux de ses prodigues mains. Gomme les anneaux d'or des chevaliers romains.
Ainsi, la jeune France à vos pouvoirs livrée.
Se décore en détail de la même livrée ;
On vous accuse en vain de rayer du tableau
Les soldats de la Loire et ceux de Waterloo ;
C'est bien fait ! de leur sang si vous leur faisiez compte,
Les hommes des cent^ours en rougiraient de honte ;
Silencieux témoins de tant d'iniquités,
Us sont fiers aujourd'hui d*6tre déshérités,
Et devant les cordons de la tourbe inconnue
Ils passent décorés de leur poitrine nue !
Entre les deux partis, pour établir les droits.
On pourra faire un jour l'épreuve des deux croix ;
Et s'il faut, pour finir notre ère de souffrance.
Qu'un miracle nouveau ressuscite la France,
Si la guerre attendue éclate, nous verrons
Quelle est la croix du juste et la croix des larrons.