AUX SOLDATS DE LA FRANCE. 1T
Qaand même les regrets d'un conseil léthargique*
Quand la diplomatie aux versatiles plans
Arrêterait bientôt vos généreux élans :
Quand la voix de vos chefs, glaçant votre ame altière,
Vous dirait dès demain : Halte sur la frontière I
Gardez-vous de briser sur le sol ennemi
Ce fer que votre bras n'a tiré qu'à demi ;
Laissez s'évanouir leur pacifique rêve ;
Vous accordez au Nord quelques heures de trêve ;
Quand la voix du destin aura dit : Je le veux I
Tous ces hommes de cour, incertains dans leurs vœux,
Qui fabriquent la paix dans leur laboratoire.
En pleurant de dépit subiront votre gloire.
Ils tomberont bientôt tous les bandeaux épais Que serrent sous leurs yeux nos ministres de paix I Celui que nos Rothschilds gardent comme un otage Pour maintenir le calme à leur agiotage, Vaincu par le destin, plus puissant qu'un banquier. Fera marcher les tours du sanglant échiquier. Des bords de la mer Blanche aux colonnes d'Hercule L^urope est en douleur d'une paix qui la brûle ; Elle ne peut nourrir dans son sein désastreux Deux principes rivaux qui se heurtent entre eux : Le Rhin est libre à gauche, et sur Tautre rivage Le despotisme écrit : Tebiub de l'bsglayage ! Et d'un pont de bateaux la flottante cloison De la gothique erreur sépare la raison. * ~ La France seule, objet d'une crainte haineuse, Élève comme un point sa tête lumineuse ; La Prusse, la Russie et leur germaine sœur Épaississent vers nous un brouillard oppresseur ;
* Le pont de bateaux jeté à Kehl entre la frontière de France et le paya de Bade«
De trente nations à genoux inclinées Ces trois Parques du Nord filent les destinées. Et maintenant, croit-on que le jour soit yenu De résoudre une fois ce problème inconnu? Qui doit sur nos chemins s'avancer la première» La trombe de brouillard ou celle de lumière? Quel dieu forcera l'homme à ployer le genou? Quel est le bon génie, Arimane ou Wishnou? Tant que la liberté fera rouiller sa lance, L'Europe oscillera dans sa yieille balance, Et les peuples tremblans goûteront dans leur nuit Ce repos cahoté qui fatigue et détruit.
n faut donc que la France, avant d'être entamée. Jette dans son bassin tout le poids d'une armée. Soldats, à son appel vous ne faillirez point ; Décidez le destin : quand sur un même point Cent mille comme vous marchent au pas de guerre. Sur son axe d'aimant ils font pencher la terre. Donnez aux rob ligués des déplaisirs cuisans; Continuez ce livre interrompu quinze ans. Ce feuillet du combat, la page devancière Qu'un soleil toujours beau sablait de sa poussière : Copistes glorieux, calquez ces vieux exploits ; Donnez le vol de l'aigle à notre coq gaulois ; Cette carte d'Europe à vos yeux déroulée Sous les pieds paternels avant vous fut foulée ; L'empreinte est vive encor sous ces pieds de Memnon ; Tous ces rocs ont servi de mire à leur canon ; Tous ces clochers aigus ont porté leurs bannières. Leurs fourgons ont crié dans toutes ces ornières ; Sous Tabri des châteaux, sous le toit des forêts, La France à l'univers publia ses décrets ; Cette sombre Hollande où la guerre s'engage