AUX VIEUX LÉGIONNAIRES
Il avait bien compris, le monarque des camps. Tout ce qui dans les cœurs allume des volcans. Tout ce qu'à des soldats l'enthousiasme inspire ! Un jour, pour les guider dans leur noble chemin, Cet homme fit un astre, et le mit de sa main Au firmament de son Empire.
LEâ CROIX D'HONNEUR. 6t
Da signe qa*il créa pour parer notre sein Lai-mème sur Témail découpa le dessin ;
n s'en fit le dépositaire ; Électrique foyer de nos vieux bataillons, On eût dit ((ue sa gloire éclatait en iràyons
Sur tout son peuple militaire.
Aussi, lorsqu'il passait, dans son br Alant esàor, De ses magiques dons prodiguant le trésor, Il semblait de l'honneur secouer les parcelles ; Et du centre aux deui bouts du poudreux horizon, Sa main jetait les croix, comme un rouge tison Sème en courant des étincelles.
L'ennemi croyait Voir des astres de malheur, Comètes qu'une flamme à la triple couleur
Suivait dans l'ardente mêlée ; Les lourds carrés de fer se fendaient en sillons. Quand, devant leurs fusils, tombait en tourbillons
La Garde toute constellée.
Heureux qui par la croix s'était vu rajeuni 1 Le pontife des camps semblait l'avoir béni ; La croix était un culte, il était beau d'y croire ! Quand, après la bataille, il visitait les rangs, L'Empereur la donnait aux soldats expirans Comme un viatique de gloire.
Lui-même, quand, rêveur devant les flots amers, De la pointe du pied qui foula l'univers,
Il repoussait l'algue marine ; Que de fois il bondit d'un sublime réveil, En appliquant sa crdfx comme un doux appareil
Sur le cancer de sa poitrine I
68 NËMËSIS.
Signe consolateur I même encore aujourd'hui Ce n'est pas vainement que ta lumière a lui
Sur l'Escaut, le Tibre et le Tage ; Les peuples étrangers, au cœur reconnaissant, Qui pour te conquérir ont prodigué leur sang»
Te montrent comme un héritage.
Sur la froide Yistule aujourd'hui tu renais ; A leur généreux sein quelques vieux t^olonais
Ont replacé la croix ravie ; Et l'aigle blanc regarde au fond des cieux déserts» Si l'aigle fraternel qui fatigua les airs
N'arrive pas sur Varsovie.
Ainsi quand l'univers sous des voiles épais Se couche, enseveli dans son linceul de paix. Et dort, insoucieux de sa nouvelle aurore ; Ainsi quand chaque jour un point brillant s'éteint Dans ce glorieux ciel que le géant soutint. L'astre impérial luit encore !
fin
%n.i%mf»f>'*f%iiii'^i'^i'*^'»i'»'T»~'^^**^^^*'^~"^''"™^^^*"" *"^^™^^^™"™"'
Marchangy la caeilUt sooi l'herbe de CUmart.
M. de Marchangy , avocat-général sons la Restauration, porta la parole dans un grand nombre de procès politiques , et toujours avec une véhémence qui sied mal à un magistrat. L'affiûre des quatre serg^is de La Rochelle surtout ne fera jamais prononcer son nom qu'avec un sentiment pénible.
Sur le dôme de plonib.
Le dôme des Tuileries.
Tombant da haut commerce an plus humble métier.
M. d'Argouty ministre du commerce à cette époque , Bt , dans ses jours de puissance , un abus scandaleux de la croix d'honneur.
U £sdt baiaer la croix aux Juifs da tabernacle, Et, ponr leor rembourser d'illicites profits. ••
Dans les larges distributions des croix d'honneur , Casimir Pé-> rier n'eut garde d'oublier les meneurs de la Bourse, avec lesquels sa dignité de président du conseil , ayant le télégraphe, le mettait incessamment en rapport*
Dans l'hètel Mont-Thabor.
Le Ministère des Finances.
70 NÉMÉaS.
.Dans M froido boatiqoe MphyxU Canel.
M. Urbain Ganel , libraire très fécond.
Le frère de Goiiot et le fils de CoIlai4.
M. J.-J. Guizot , mattre des requêtes, et M. Hippolyte Royer- GoUard , chef de la division do cabinet au ministère de l'Instruotion publique.
Le saaTenr de Dopin,
M. Dnpin dénonça devant la Chambre un prétendu guet-apens dont il aurait été victime de la part de quelques hommes qui seraient venus chez lui pour l'assassiner. Un sergent de la garde nationale y accouru au bruit ^ fut décoré quelque temps après cet événement.
Pradier qai des rasoirs vend la pondre mordante.
Célèbre coutelier , au Palais-RoyaU
L*anù dn dey d'Alger, Texotiqpie Bnsnacb.
Fondé de pouvoirs du dey d'Alger à Paris.
Et le profond Benchot qni fait nn almanach.
Nous avons inutilement cherché un almanach de la composition de M. Beuchot. L'auteur a sans doute voulu parler du Journal de la Librairie , dont M. Beuchot est rédacteur-propriétaire , et qui , liiièrairement parlant , peut être assimilé à un almanach.
Qne le dnc de Tarente«
Le maréchal Hacdonald , alors grand chancelier de la Légiond'Honneur.
A M. S^ASTIANI.
II. est doux d'habiter ThAtel des Capucines I Allongé comme un cap sur les places voisines, Avec ses frais jardins^ son sublime portail; C'est pour notr^ yisir la pointe du Sérail. Là, dans un douf; {epos, le guerrier diplomate A Tair brumeux du nord^sans peine s'acclimate ; Lui qui, sur le Bosphore, étudia Ipng-temps^ La liberté française au palais des Sultans.. ^ C'était neuf mois ^prèsk notre grande semaine: L'hôtel brillait de joie ^ une feuille gemi|ine ; Publiait que, rompant son vol séditieux. L'aigle blanc de Pologne était toodt^é des cieux. Ce soir-là, toot^n feu pour l^s rois légitimes^ La Bourse avait haussé les fonds; de vingt centimes : C'était un deçes bruits indécis, ténébreux. Qu'évoquent aU besoin les trois frères hébreux. Qui, de Londre à Paris, de Yîjçpne à Parthénq[M, Ont fait, depuis vingt ans, la traite de l'Europe; Mais le visir se livre à ce bruit mensonger : On eût dit que déjà le Baskir messager Des Hellènes du nord avait porté les têtes. Tant le sérail français resplendissait de fêtes !
Là sont venus, bardés de rubans et de croix, Ces agens de police apostés par les rois, Télégraphes yivans de la diplomatie, Les deux ambassadeurs d'Autriche et de Russie, Et le nonce papal que l'or du Vatican Solde pour insurger le clergé gallican.
De ces princes du nord et du sacré-coUége Deux ministres français forment Thumble cortège ; Louis qui du budget partage le butin, Et Casimir-Premier surnommé le Hutin.
Courant au-devant d'eux, le visir les installe Dans son triclinium de forme orientale, S'incline avec orgueil, et les invite tous Au splendide festin médité par Bontoux. * D'abord chaque convive élaborant son rôle, Laisse tomber à peine une oiseuse parole : Ils échangent entre e^jx, dans de rares discours. Ces mots mystérieux, argot des vieilles cours, Affectant sur leur front empreint de rêverie La pompeuse froideur de la Chancellerie. Le repas eût été morne comme un conseil ; Hais le chef du festin, né sous un chaud soleil, Despote de la table, à ses augustes hôtes Prodigue largement des mets compatriotes. Des plats provocateurs, aux sucs cantharidés, Qui gonflent d'incarnat les visages ridés. A ces pesantes chairs qui, saignant toutes vives. Étouffent sans plaisir l'estomac des convives, n mêle les produits nés d'un généreux sol. Le carrick de Xava, le piment espagnol, L'anchois dont le cinabre a conservé l'ardme. L'oronge du midi chère aux tyrans de Rome,
* Coisiiiier de M. Sébastîaiii et de iV^m^w galerie Yéro»Dodftt, n. 3o
La moule des écueils, ce coquillage amer Qui s'ouvre en exhalant les brises de la mer ; Le homard rétrograde, emblème de la fête; Le thon frais' dlncarus venu par estafette, La sèche aux bras muqueux, amante des resci&, Et le rouget qui porte à des songes lascifs. Après, il fait un signe, et la main d'un esclave Verse dans le cristal, comme des flots de lave, Ces vins dont la Provence et le chaud Roussillon Ont fait bouillir la grappe encor dans le sillon ; Ces authentiques vins chaperonnés de l'algue Que le flot de Toulon jette aux pieds de Lamalgue, Tous scellés en flacons sous d'humides parois, Lebrun étant consul pour la première fois. La bouche des élus fume comme un cratère ; Le Corse amphitryon, les chefs du ministère, L'Autriche, la Russie et le saint Vatican, Dans leur poitrine en feu digèrent un volcan.
Oh ! quel Machiavel, eu une telle fête,
Eût gardé froidement le calme de sa tête I
Tous, vaincus par les mets plus brûlans que les vins,
D'un cœur diplomatique, énigme des devins,
Entr'ouvrant une fois le sinueux dédale.
D'une franchise d'homme épanchent le scandale.
Ils se sont tous levés. Russe, Français, Germain,
Jusqu'au nonce papal, son calice à la main.
(r Seigneurs, dit Àppony, dans cette auguste enceinte.
Réglons l'ultimatum d'une alliance sainte.
Président du Conseil, vous nous avez promis
De tenir quelques mois vos peuples endormis ;
Vous le savez, il faut que l'Europe revienne
Aux pactes solennels de Laybach et de Vienne ;
En vain, pendant trois jours, tous les démons de l'air
n NÉMËSIS.
Ont armé, dans Paris, les brigands de Schiller ;
Cette histoire n'est plus qu'un conte de poàne,
Qu'un rayon de soleil sur les monts de Bohème ;
Les trois jours de Juillet n'ont point de lendemain :
Ma cour, toujours Odèle au vieux flegme germain.
Sous ombre de sauver Rome, Modène et Parme,
Jette un réseau de fer sur tout peuple qui s'arme ;
Et foulant à ses pieds les rebelles vaincus,
De la France endormie elle fait le blocus :
Or, si j*ai pour appuis, ainsi que je l'espère.
L'ambassadeur du Czar et le fils du Saint-Père»
Croyez qu'avant l'hiver nos régimens hongrois
Montreront à Paris ses légitimes rois, d
— a Seigneurs, dit le légat, à la Cour du Saint-Siège,
J*ai long-temps médité l'art de dresser un piège ;
Prudent, homme de cœur et souple de maintien.
Je me suis infiltré chez le roi peu chrétien ;
Et, tandis qu'à couvert des dangers qu'il amasse.
Le bon Quélen, toujours martyr par contumace,
D'un scandale nouveau préparant le motif,
Refuse d'enterrer un évoque encor vif ;
Moi, secondant ses vœux, en secret je m'applique
A soulever partout le clergé catholique ;
Déjà les Vendéens, insurgés à ma voix.
Détroussent les passans pour l'honneur de la croix ;
Par des agens pieux sourdement je conseille
Le clergé de Toulon, de Nîmes, de Marseille,
D'Arles, de Montpellier, et dans tout le midi
La vigne du Seigneur a déjà reverdi.
Mes frères, c'est ainsi que je dresse ma tente
Pour conduire à ses fins TEurope militante ;
Oui, le ciel bénira mes charitables soins :
Et quand les rois ligués viendront des quatre points.
Il faudra que la France, oubliant ses frontières.
Rappelle tout à coup ses phalanges entières Pour sauver le dedans et, sur tous les chemins. Éteindre l'incendie allumé par nos mains, b — (T Oui, s'écrie à son tour l'ambassadeur tartare, Pour la cause des rois le destin se déclare ; La Pologne est vaincue, et j'en suis averti Par la feuille d'Âugsbourg qui n'a jamais menti. La liberté du nord espire ou capitule ; Notre camp a franchi la docile Yistule ; Il attend aujourd'hui, pour s'asseoir sur le Rhin, Que l'Autriche se montre aux portes de Turin. Mais, je dois l'avouer, en ce moment de crise La France n'agit pas avec pleine franchise ; Tous ses ambassadeurs me sont suspects; je crains Leur politique sourde auprès des souverains. Au dedans, où Périer étend sa dictature. J'ouvre un œil alarmé sur la Chambre future ; Je compte moins que lui sur la majorité; En un mot, je crains tout de ce peuple irrité, Qui, de mon écusson méprisant les hauts titres, Contre le droit des gens a fracassé mes vitres. » 11 dit, soudain le Corse et l'abbé financier S'agitent pour répondre au Tartare grossier ; Mais l'ardent Casimir leâ invite à se taire : c( C'est à moi de parler ; je suis le ministère ; Je vais de mes secrets ouvrir les profondeurs : Quoi ! l'on se plaint ici que mes ambassadeurs Des rois contre la France ont suspendu la guerre ! Faut-il répondre ? £h bien I j'ai mis en Angleterre L'homme qui, par calcul, est toujours au bon vent, Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent.
Pour les justifier il suffit qu'on les nomme ; En Espagne d'Harcourt et Saint-Aulaire à Rome* Mortemart en Russie, en Autridie Maison
Tous amis dévoués de rancienne maison.
Quant à Fîntérieur, je brave tout reproche ;
Je vois sans frissonner la Chambre qui s'approche ;
D'électeurs vaniteux pour acheter les voix,
Sans toucher au trésor j*ai monnayé les croix,
Et, sûr de triompher dans Turne électorale,
J'ai fait semer le bruit d'une paix générale.
Croyez bien, Messeigneurs, que ce n'est pas en vain
Que la sainte Vendée a gardé son levain ;
Si toujours, au dehors, j'aime une paix servile.
Voyez, je favorise une guerre civile ;
Je pourrais l'étouSer, mais d'après votre vœu,
Gomme un feu de Vesta j'alimente ce feu.
J'ai vu que le midi, trompant notre espérance,
Mollissait de repos du Var à la Durance ;
Qu'Avignon dans la paix avait long-temps langui ;
D'un seul coup j'ai cassé Bernard et Larréguy ;
Golbert, qui des Bourbons pleure toujours la perte,
Est chargé de veiller sur la frontière ouverte ;
Rien ne s'oppose plus à l'Autriche, et Frimont
Demain peut sur le Var entrer par le Piémont.
Grands Dieux ! de quels soupçons suis-je donc la victime !
Avez-vous oublié que le roi légitime
A son whist solennel m'avait souvent admis?
Que Charles-Dix m'aimait entre tous ses amis?
Faut-il vous rappeler que, pour faveur dernière,
Il mit sa croix d'honneur à cette boutonnière?
Qu'à la porte Maillot j'ai construit à mes frais
Un riant pavillon sous des ombrages frais ;
Que là je me mêlais à d'innocens quadrilles
Quand le duc de Bordeaux dansait avec mes filles ?
Si ces faits sont trop loin de votre souvenir,
Sachez que, prévoyant un terrible avenir,
Au premier des trois-jours, dans ma bruyante rue.
Ma yoix prêcha le calme à Témeute accQurae ; Sachez que Charles-Dix, le dernier de Juillet, Me créa son ministre au camp de Rambouillet. »
A ces mots prononcés dans l'entr'acte d'un asthme. Le salon retentit d'un cri d'enthousiasme ; Honteux au fond du cœur de leurs soupçons jaloux. Les barbares du nord tombèrent à genoux ; On vit même, oubliant leur sèche politique, Dans cette nuit, pleurer un corps diplomatique t Puis tous, debout, unis dans leurs embrassemens, Us étendent la main pour d'horribles sermens... Alors se répéta l'épouvantable scène Qui glaça Balthazar dans son festin obscène ; La vitre retentit comme an coup de tam-tam. Et soudain apparut le prisonnier du Ham ! Soit qu'un miracle saint, aux plaines d'Abbeville, L'eût arraché vivant de sa tombe civile. Soit que des vins mêlés la fumeuse vapeur Eût jeté sur les yeux un nuage trompeur, Il était là, couvert d'un linceul tricolore. Les épouvantant tous de son rire sonore ! Quand il s'évanouit, sur la vitre brillait Cette énigme de sang : Peuple, TbAne, Juillet I
78 NÉMËSIS.
NOTES
n est àomt, dliabiter lliâtel des Cspadnes î
Le BTmistère des Affaires étrangères est situé à l'angle du.bou • levart de la Madeleine et de la rue Neuve-des-Gapucines.
Loi qni, sur le Bosphore, étodia long-temps La liberté francise au palais des Saltans.
M. le général Sébastian! a été long-temps ambassadeur à GoDStantinople.
Les trois frères hébreux.
MM. Rothschild.
■ Seigneurs, dit Appony
M. le comte d' Appony , ambassadeur d'Autriche.
Refuse d'enterrer un évéqne encor vif.
M. l'abbé Grégoire ^ ancien évêque de Blois. L'autorité ecclésiastique refusa les prières de la communion catholique à cet ancien prince de Téglise.
Contre le droit des gens a fracassé mes vitres.
Un nombreux rassemblement se porta vers l'hôtel de l'ambassadeur russe , à l'occasion des éyénemens de la Pologne , et en brisa toutes les vitres à coups de pierres.
Soudain le Corse et l'abbé financier.
Le général Sébastiani, ministre des affaires étrangères , et l'abbé Louis, ministre des finances.
D*nn seul coup j'ai cassé Bernard et Larrégny.
M. Bernard y préfet du Yar» et M. Larréguy , préfet deVaucluse y destitués tous les deux par M. Casimir Périer, le 14 mai. M. Larréguy eut en échange la préfecture de la Charente .
Sur des tréteaux publics, pour son œuvre future, Le pouvoir baladin a joué l'ouverture ; Il a fait voltiger sous des masques hideux La sainte république et Napoléon-Deux^ Sinistres mannequins que, dans les grandes crises, L'auditoire béant voit descendre des frises. Aujourd'hui l'heure sonne au timbre électoral ; Le chef du ministère, habile général.
Pour la grande bataille élève ses redoutes : Les préfets vagabonds, courant les grandes routes. Bu Finistère au Yar fatiguent les relais : Talleyrand est parti pour défendre Calais; Dumolard s'installant sur le mont de Fourvières, Convertit à Dupin la ville aux deux rivières ; * Bernard dans le repos est allé s'endormir ; Le noble Larréguy, suspect à Casimir, Va noyer sa ferveur dans la molle Charente ; Le sous-préfet, gagiste à mille écus de rente, A sa petite cour faisant un brusque adieu. Son Moniteur en main, s'intronise au chef-lieu. Pour obtenir des voix qu'un ministre mendie, Ses commis voyageurs prêchent en Normandie ; Jubilé politique où, sur des cœurs de choix,
* MM. Talleyrand et DamoIarJ , nouveaax préfets da Pas-de-Ca1aI:f et da Rhône.
80 NÉIIÉSIS.
D'Argont plante avec fruit de scandaleuses croix.
De la Durance au Var, dans chaque bonne ville,
On montre aux électeurs le prince de Xoinville,
Et la ville sans nom, prête à nommer Tardieu,
Du drapeau tricolore a baisé le milieu.
Hélas I ce n*est pas tout : Fondras^ entrant en lice,
Ouvre tous les chenils de Terrante police.
Pareil au cantinier qui, le jour du combat,
De sulfureux rogomme enivre le soldat.
Le ministre, à longs flots, verse la circulaire ;
Partout le télégraphe, obscur vocabulaire.
Aux préfets attentifs apportant un sens clair,
Comme un serpent coupé se tortille dans Tair..
Ainsi, de l'urne vierge infectant les prémices»
L'intrigue déboutée aborde nos comices ;
Elle confie encore à de bas courtisans
Ces ressorts de scandale usés depuis quinze ans.
Eh bien I accourez tous, électeurs patriotes,
Citoyens prélevés sur un peuple d'ilotes ;
Pour soutenir vos droits chèrement escomptés.
Cimentez en un bloc vos fortes volontés ;
Que la France à genoux, dont le cri vous réclame.
Ne trouve dans vos rangs qu'une voix et qu'une ame I
Venez, vous dont les bras, saintooient enlacés.
Après quinze ans d'efforts ne se sont point lassés ;
Vous, que la France en deuil abritait de son aile ;
Qui, dans Fàge de fer inventé par Yillèle,
Sur l'arène publique avez tant combattu;
Et vous qui, jeunes d'&ge et vieillards de vertu,
Affranchis aujourd'hui de l'enfance stérile.
Paraissez au Forum sous la robe virile ;
Nous vous adjurons tous, car sur vos bulletins
La France avec terreur va lire ses destins I
Répondez noblement à ce haut privilège ;
Il ne faut plas ici, dans les murs d'un collège. Donner, comme autrefois, un déplaisir mortel Aux blêmes défenseurs du trône et de l'autel, Enfans répudiés par la France leur mère. Qui d'un royal Messie embrassent la chimère, Et des soldats du nord invoquent le retour^ Comme la fille impure au coin du carrefour. Laissez même vieillir ces débris d'un autre âge ; Que ces rares nageurs, sauvés du grand naufrage. Apparaissent au loin flottant à Tabandon I Que nous font les Berrjer et les Blin-de-Bourdon? Laissez ati chêne vert les feuilles parasites ; Pour mes épiques chants conservez des Thersites. Là n'est point le péril : sur leurs frêles pivots Souffrez dans vos jardins ces têtes de pavots ; Sur un autre terrain cherchez vos adversaires I Nous sommes dans le mois des grands anniversaires ; Voici le trente-un mai I que tous les baladins, Saltimbanques de Cour masqués en Girondins, Gorgés par Néméiu d'un calice d'absinthe. Soient chassés comme impurs de la tribune sainte ; Eux qui, foulant aux pieds de poignans repentirs, Ont trafiqué neuf mois du sang de nos martyrs, Qui la nuit sont venus avec leur valetaille Déshabiller nos morts sur le champ de bataille ; Eux qui, devant l'orgueil des menaçantes Cours, Ont fait agenouiller le peuple des trois-jours ; Eux qui, pour assouvir des appétits voraces. Tournent vers le pouvoir leurs judaïques faces, Et du large budget voté contre nos vœux. Inondent, à flots d'or, leurs fils et leurs neveux. Voilà vos ennemis ! Et malgré tant d'outrages, Vous allez les revoir harcelant vos suffrages ; Un vernis libéral enlumine leur front;
as NÉMÉSIS.
Pour défendre leur cause, à la barre ils viendront Dérouler sous les yeux des électeurs novices De longues trahisons comme autant de services. Ib osent provoquer Texamen rigoureux :
L'heure de la justice a donc sonné sur eux; Les voilà sous le sceau d'une tache infamante. Devant le tribunal du peuple Rhadamante, Tous, depuis ce Dupin qui de honte chargé Par les dos fraternels se sentit allégé, Jusqu'à ce vieux Lameth, éternel Jérémie, Dont lume de Pontoise a gardé la momie 1 Eh bien ! ces renégats, héritiers des Trois-Cents, Souillés au fond du cœur de parjures récens. De l'effronté Guizot renouvelant l'histoire, Sortiront criminels de l'interrogatoire.
n est des hommes purs que l'enivrant pouvoir Sous sa baguette d'or n'a jamais fait mouvoir. Et qui n'ont pas besoin, pour défendre leur vie. D'extraire leurs vertus d'une biographie : Vous les connaissez tous ; si pourtant quelquefois Des candidats douteux sollicitent vos voix. Écoutez les conseils des feuilles populaires ; Qu'elles soient, dans la nuit, vos étoiles polaires. Les astres lumineux levés sur vos chemins Pour éclairer vos pas et conduire vos mains. Mais rejetez bien loin ces noms que vous indique La feuille de Bertin, courtisane impudique. Qui, livrant ses faveurs aux honunes les plus bas. Publie effrontément ses ignobles débats.
Quelle main pure, hormis la main du ministère. Ose, depuis neuf mois, toucher cette adultère? Aux fangeux carrefours de la grande cité. Trente ans elle a vendu son impudicité ;
Déflorée en naissant, elle conserve encore
Les ideëres lépreux des abbés de Gomorrhe ;
Dans son cloaque ouTert on apprend à quel tau
S'achètent, dans Faris, les péchés capitaux :
Vous sayez que le jour où tomba notre Charte,
Au yisa de Ibogin elle soumit sa carte ;
Qu'aux heures de luillet> quand gronda le canon,
Elle eut soin d'enfouir la honte de son nom ;
Mais, l'incendie éteint, on la vit reparaître
Cousant les trois couleurs à sa robe de prêtre.
Et vers le nouveau roi, sur nos débris fumans,
Traîner à la faveur tous ses hideux amans.
C'est juste, la voilà sultane favorite !
Le pouvoir a payé sa luxure hypocrite ;
InfAme entreteneur, il compte à cet objet
Cent mille écus par mois qu'il rapine au budget.
Et des mots de vertu sortent de cette bouche !
Feuille infecte! malheur à quiconque la touche I
L'avez-vom effleurée? allumez des réchauds;
Semez à pleines mains le chlorure de chaux ;
Trempez-^ous tout entiers dans des parfums acides;
0 crime I on voit partout ses pages homicides I
Même au sein de Paris souillé de son poison
La peste patentée habite une maison I
Mais la main qui peut tout, trop Iong«^temps endormie,
Fermera bien un jour cet antre d'infamie ;
Ses murs ne sont pas loin de Germain-l' Auxerrois,
Et le vent de Juillet doit souffler dans deux mois.
0 qu'ils soient à jamais fiétris dans tout collège, Les hommes qu'exalta la feuille sacrilège I Que notre ui^e se ferme à leurs noms supplians t Un patronage impur condamne ces cliens I Vous donc qui delà France allez fixer l'histoire,
âecteurs parsemés sur tout le territoire,
Montagnards da Jura, Lorrains, Bretons, Normands,
Laboureurs qui peuplez la Saône aux flots dormans,
Marins aventureux du golfe de Bayonne,
Fils de rOccitanle où le soleil rayonne,
Peuples qui descendez, soit des sommets alpins.
Soit des coteaux du Yar tout couronnés de pins.
Soit de tant de cités dont les murailles fières
Se baignent dans les eaux de nos mille rivières^
Écoutez : l'homme pur, digne de votre choix,
Contemple insoucieux les honneurs et les croix ;
Sa main, qui vint jurer le pacte populaire,
Du tentateur royal repousse tout salaire.
Se ferme à la faveur, et jamais en chemin
D*un ministre passant ne va presser la main.
Aucun don clandestin n'émeut sa consciencet
A la tribune seule il demande audience ;
Digne du rang suprême où le peuple Ta mis.
Il fait tout pour la France et rien pour ses amis ;
Le loyal député vote sans commentaire,
Ou bien, quand le devoir lui défend de se taire.
Sa limpide parole est un trait lumineux;
Il n'imite jamais ces pédans caverneux
Qui, pour se conserver une sorte de culte,
Font de la politique une science occulte ;
Si l'étranger nous jette un cartel arrogant,
A toute heure il est prêt à relever le gant.
Il brillera toujours sur la sainte colline
Où siègent les tuteurs de la France orpheline,
Et ne croupira point dans cet inf&me égout
Qui va se dégorger sous les pieds de d' Argent.
Voilà le vrai tribun, fort de cœur et de tète.
Le Gracchus qui peut seul haranguer la tempête,
Si jamais, de l'État menaçant le destin,
Le peuple s'insurgeait sur le Mont-Âventin. Songez bien que les noms, espoir de la patrie. Ne sont point des hochets qu'on joue en loterie ; Examinez à nu ces athlètes nouveaux Qui vous offrent leurs bras pour de si durs travaux : Que le peuple électeur expulse de l'arène Quiconque méconnaît sa grandeur souveraine ! Qu'il songe désormais, en méditant son choix, Que les élus d'un jour pour cinq ans seront rois ; Cinq ans 1 c'est pour le peuple un siècle politique ! Écoutez donc l'arrêt de mon vers prophétique : Malheur aux citoyens qui, tant de fois trahis, A de coupables mains livreraient le pays I S'il faut que des Judas le règne s'accomplisse. Déchirons notre robe et prenons le cilice ; Si Tame du scrutin nous rejette en détail De tant de noms maudits le long épouvantait. Dans cette urne de deuil, tombe de l'espérance, Il faudra déposer les cendres de la France.
t6 NÉMBSIS.
%%ww>i«wi» <i >n *i^m9tttW9m0%^mmm^^mmm)im%0Êf*^^mmmm^t*»*^^m^^^m^*0»Mi^*^^m^^^^n
NOTES
Bernard dans le repos est allé s^eodormir*
M. Josepk Bernard , ex*préfet du Yar , destitué par Casimir Périer.
Le noble Larrégny, saspect & Casimir,
Ya noyer sa ferrenr dans la molle Charente^
M. Larréguy passa de la préfectare de Yaaclase à celle de la Charente.
£t la ville sans nom
Marseille.
• •...•. Fondras , entrant en lice.
M. Fondras, directeur-général de la police au ministère de rintérieur.
Voici le trente-nn mai !
Anniversaire de la chute des Girondins.
. . . Ces renégats y héritiers d«s Trois-Cents.
Les trois cents députés de M. de Villèle à la Chambre de 1827.
La f«iiille de Bertin g
Le Journal des Débats.
An visa de Mangin elle soamit sa carte.
Le Journal des Débats fut une des feuilles qui ne protestèrent point contre les ordonnances de Charles X, et qui ne parurent pas pendant les trois journées de juillet.
Sous mes épais rideaux, couché comme un Tityre» Je méditais ub chant de nouvelle satire ; Je croyais voir surgir autour de mon chevet Les ombres de d'Argout et de Montalivet, Fantômes brevetés qui, sans aucune trêve» Troublent, en plein midi, mon politique rêve. Et retombent la nuit dans les impurs sabbats Tenus par les démons du Journal des Débats. Alors, je vois entrer mon serviteur unique Qui m'apporte un UUet de forme satanique ; Un frisson glacial s'infiltre dans mes os ; Je regarde le seing, et je lis : Despreaux. * Despréaux ! au transport que ce vieux nom excite, Je baisai le papier arrivé du Cocyte, Croyant qu'à Némém le chantre du Lutrin, En signe d'alliance envoyait un quatrain. 0 douleur! ce billet que d'une chaude étreinte Je pressais sur mon cœur, c'était une contrainte I Elle me révélait, en style financier, Que le Roi-Citoyen était mon créancier ; Que monsieur Despréaux, receveur des domaines, D'une amende légale imposait mes semaines ;
* Le dernier exploit qae f ai reçu est effectivement signé Despréaax. Mes lecteurs Tondront bien croire qae ce nom et cet incident ne sont point imaginés.
88 NÉMËSIS.
Et d'un oubli de timbre accusant Némém, Invoquait, pour témoins, deux numéros saisis. Ainsi, lorsque Persil, l'Hercule du prétoire, Tremble d'incriminer ma poétique histoire, Mathieu le publicain, du fond de ses bureaux, Veut gêner dans leur vol mes libres numéros ; Par un injuste arrêt, son timbre prosaïque Doit briser de mes vers la pure mosaïque ! Homme ignare! il a pris, sans consulter Buffon, Pour un dos de brebis, le dos de mon griffon ! Voilà bien le Pouvoir ! sur les pas du poète Il n'ose soulever la publique tempête ; Redoutant le grand jour, du palais en émoi U éloigne un duel entre Persil et moi, Et par d'obscurs agens, à mes Dominicales n suscite, à huis clos, des querelles flscales. Tantôt il faut courir, pour parler à leur chef, De la place Vendôme à Tégout Saint-Joseph ; * Tantôt il faut aller s'offrir en holocauste Au vérificateur du bureau de la poste ; Et puis long-temps errer sous les immenses toits Ou Villèle bâtit un dédale crétois.
Et là, chercher eu vain le fiscal Minotaure Qui, sans songer à moi, chez Laiter se restaure. C'est ainsi que, coupant ma journée en lambeaux. Ils étouffent mes vers sous leurs procès-verbaux ; Ils espèrent qu'un jour, si, par leurs soins distraite. Ha Muse est insolvable au terme d'une traite," Le protêt du public sur une livraison Éteindra le crédit de ma jeune maison.
* Le palais da timbre est près de la place TendÀine ; la direction de Tenregistrement du département de la Seine est à la rue Saint*Josepfa , n. 6 y me sale et étroite. L'hôtel Kivoli est le centre où viennent aboutir tons les rayons de la fiscalité parisienne.
Dois-je doDCy pour finir ces lattes intestines,
Passer, comme un yaincu, sous leurs fourches caudines.
Et d'un timbre hideux acceptant le mépris.
Jouir comme Périer d'une paix à tout prix?
Non, non 1 il est trop dur qu'un suppôt de Caïphe
Sur mon vierge vélin vienne apposer sa griffe ;
Qu'un sombre inquisiteur, sous son noir domino,
Imprime sur mes vers Tongle de Céléno !
Si la prose docile à cet affront se prête.
Ce profane contact révolte le poète ;
Jamais le fisc romain, attaquant Juvénal,
Même sous les Nérons, ne timbra sou journal ;
Sans payer au questeur la flétrissante obole,
Il vendait au Forum sa mordante hyperbole.
Du moins, si les deniers extorqués de ma main
D'un blessé patriote assouvissaient la faim ;
Si la taxe du fisc, changée en œuvre pie,
A sa plaie encor vive appliquait la charpie,
Fière de concourir à ces généreux soins,
Némésis paraîtrait, timbrée aux quatre coins.
Mais que la goutte d'huile à ma lampe échappée
Par une vile éponge à l'instant soit pompée ;
Qu'elle aille s'infiltrer dans l'égout clandestin
Où Salvandy se vautre à côté de Bertin !
Oh ! j'aime mieux alors d'un seul trait de ma plume
Donner à mon journal la forme d'un volume ;
A dater d'aujourd'hui j'élague du fronton
Ce texte indicateur qui déplatt à Yiton ; *
L'ardente Némésii, par qui tout se propage,
Volera désormais sur une libre page,
Et, sur mon titre pur, j'efface aux deux côtés
La prose arithmétique où mes prix sont cotés.
* Chef de bnreaa à la direction des Domame».
90 NËMËSIS.
Or, maintenant, yons tous dont la main oaroMante
A aahié d'abord ma Néméns naissante,
Et vous qui me gardes vos noms pour Tavenir,
Retenez bien oes mots dans votre souvenir :
« Ce journal poétique, étrange phénomène,
<r Paraît par livraisons, une fois par semaine ;
a Le prix d'abonnement est, pour les douze mois^
<x Quarante francs;pour six, vingt francs; dixfranospowtrofs ;
« On vend au prix d'un franc chacun des exemplaiie^ ;
a Ayez soin d'affranchir les plis épistolaires
« Pour sauver tout retard ; on s'abonne au bureau
a Dont l'adresse est au bas de chaque numéro, b
Ah ! je respire enfin ! plus de soin qui m'oppresse !
Je suis libre du fisc, cauchemar de la presse ;
Sans craindre de mollir sous d'ignobles soucis,
Je solderai ma dette à des termes précis.
Et l'on verra toujours dans son allure franche
Scintiller NéméêU à l'aube du dimanche..
Ib voulaient m'arrèter I quand, au bruit des bravoSt A peine je prélude à mes rudes travaux I Némésis a flétri des noms impopulaires ; Elle a tiré leur honte à vingt mille exemplaires ; Ses arrêts de vengeance ou ses rires moqueurs Ont trouvé des édios dans tons les nobles cœurs ; Eh bien I jusqu'à ce jour, ma satire morose N'a couché le pouvoir que sur un lit de rose ; Laissez faire, attendez : sur un feu dévoraut Je prépare à leur corps le gril de saint Laurent, Pour que la France en deuil, par eux assassinée. S'enivre des parfums de leur chair calcinée. Ils auraient trouvé bon de dormir leur sommeil, De digérer en paix sur les bancs du GonseU ; D'avoir d'un long ruban la poiirine moirée ;
D'étaler leur famiQe à Taugnste soirée ;
D'accueillir la cliente aux heures du matin,
De froisser, à pleins bras, sa robe de satin ;
Et, dans un air serein, bienheureuses pagodes,
Humer pompeusement notre encens et nos odes.
Aveugles ! yoilà donc ce qif ils s'étaient promis l
Eux qui voyant tomber nos tyrans leurs amis»
Pour saisir le pouvoir, par des ruses subtiles.
Ont marché sur le ventre ainsi que des reptiles,
Et rétifs au combat, au butin toujours prêts.
Ne firent jamais rien, avant, pendant, après.
Et nous qui, dans quinze ans, sous trente ministères.
Avons brûlé le sang qui bat dans nos artères ;
Nous qui pourrons un jour conter à nos neveux
Quel souci politique a blanchi nos cheveux ;
Et nous qui, les premiers, dans la grande décade*
Avons posé le pied sur une barricade ;
Qui laissant aux Dupins l'abri de leurs volets,
Avons suivi trois jours le chemin des boulets ;
Qui depuis, les bras teints d'une sanglante argile,
Apôtres et martyrs du nouvel évangile,
Devant ce peuple fort qui sent sa puberté,
Proclamons son hymen avec la liberté ;
Nous serions des hochets I des instrumens qu'on bri^e.
Quand au noir ouragan a succédé la brise 1
Des Parias honteux, sans patrie et sans toit.
Qu'on repousse du pied et qu'on montre du doigt 1
Nous voilà devenus un objet dérisoire I
Pareils à nos pavés, piédestaux de victoire,
Sur qui, depuis le jour où fut lavé le sang,
Marche la courtisane et crache le passant! II
Et devant tant d'affronts il faudrait, pour lear plaire,
Étouffer dans nos seins le ferment de colère I
Et moi, je mollirais dans un làcbe sommeil.
92 NÉMËSIS.
Moi, Tenfant du midi, créé par le soleil 1
Redoutant pour mon front la foudre que j'attire,
Je fondrais en glaçons mon ardente satire !
J'irais, comme Boileau, dans un jardin d*AuteuiI
Chanter quelque Lutrin assis dans un fauteuil,
Ou ressaisir le fouet qui flagella Villèle!
Villèle, dite»-you8? étrange parallèle 1
Villèle par les siens ne fut jamais haï;
Il faisait son métier et n'avait point trahi.
Ah ! vous avez donc cru, par une molle entrave,
Opposer une écluse à mon torrent de lave I
Vous m'avez envoyé Despréaux et Viton ;
Et moi, les foudroyant d'un regard d'Alecton,
Pareil à Marins devant Tesclave cimbre.
D'entre les mains du fisc j'ai fait tomber le timbre :
Moi, je vous timbrerai, prenant vos fronts pour but.
Mais comme le boulet qui timbra l'Institut/ Je veux coller sur vous, dans l'accès de mon ire, La chemise de feu qu'inventa Déjanire ; Dresser dans vos hôtels mes bûchers albigeois ; Retrouver le secret perdu des feux grégeois ; Vos grossiers attentats, vos mesquins ridicules^ Je veux les placarder en lettres majuscules. Rien ne ralentira ma haine ; grâce au ciel J'ai pour l'entretenir un réservoir de fiel I Dût cette feuille atteindre un âge séculaire, Je n'épuiserai pas mon trésor de colère. Allez, ne croyez point que ces dieux du pouvoir De ma jeune ferveur ne puissent s'émouvoir ; A l'heure du défi quand ma vengeance gronde, Ces petits Goliaths tremblent devant ma fronde. Qu'au fond de leurs hôtels, dissimulés acteurs,
* Nos lectears de la province ignorent sans doute qu^an boalet du a 8 joillet a imprimé no creux rond et blanc sur la iaçade de Tbistitat*
Ds accueillent mes vers par des rires menteurs ; Qa'ils se disent trop grands pour les coups d'un poète I Leur teint cachera mal lai)lessure secrète : Ils auront dans le sein mon formidable écho ; Je serai, pour leurs nuits, le spectre de Banco ; Mes doigts tenailleront leur sommeil ; d'un seul geste Je glacerai leur chair sur le lit de l'inceste, Et j'irai, m'asseyant à de larges festins, De l'arsenic du vers brûler leurs intestins.
M NËIIÉSIS.
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NOTES
NémMs inquiétait trop les hommes du poaroir poar qu'ils ûe cherchassent pas, par tous les moyens possibles, à susciter des embarras à son auteur. L'obligation du timbre fut un des obstacles par lesquels on voulut entraver sa marche; forcé , après une inutile résistance, de se conformer aux exigences du fisc, M. Barthélémy marqua ses livraisons de l'estampille royale , et le public se chargea de l'indemniser des frais extraordinaires qu'il lui fallut dès lors supporter.
Iffathien le pnblicain,
Receveur du timbre.
. • • • • n a pris , sans consulter Bnffon , Pour nn dos de brebis le dos de mon griffon.
En tète de chaque numéro de Némésis hebdomadaire, une gravure sur bois représentait la déesse emportée dans les airs par un griffon^
|.*.*..«*.,A mes Dominicales.
Némèsii paraissait tous les dimanches.
«••««•••• Chez Laiter se restaure.
Laiter était nn fameux restaurateur , à l'angle des rues de Gastiglione et de Rivoli. H parait que le voisinage du Trésor ne lui a pas porté bonheur , car il a été forcé de fermer boutique.
Imprime sor mes vers Tongle de Céléno.
Géléno est une des harpyes,
Oà SaWandy se yautre à côté de Bertin.
M. Salvandy est l'un des rédacteurs du Journal des Débats , dont MM. Bertip l'atné et Bertin-de-Yaux sont les principaux propriétaires.
12 }UIN 1831.