AUX DEUX CENT VINGT-UN
De quoi se plaignent-ils? tant qu'ils ont sa nous plaire,
Joarnaliers de TÉtat, ils ont eu leur salaire ;
Autrefois par le peuple en estime payés,
De son grand-^liyre d'or un jour les a rayés ;
C'est justice : lises les nautiques annales :
Chez les peuples naïfs des îles virginales.
Tant que l'informe idole, attentive à leurs vœux.
Des guerriers ennemis leur livre les cheveux;
Tant que la diasse est belle et que les flots dociles
Argentent de poissas le saUe de leurs Iles,
Ils viennent, chaque soir, déposer à l'autel
Les fruits mûis du palmier, l'arak et le bétel ;
De l'équitable idole ils parent les narines ;
Hais si le filet dort sur les plages marines.
Si la venaison manque à la flamme du pieu,
Ëcumant de cdiè^re, ils souflSettent le dieu«
Tel est, jusqu'à nos jours depuis le siècle antique,
Le rigoureux destin de l'homme politique ;
Il a dans chaque ville un trône pour s'asseoir;
* Je me sers ici da terme générique de 221 ; il estinatile de âite que tout ce qui va suivre ne s'adr^Kse point aax patriotes pars qui sont compris égalemetti eu» cette détignatloii d'nsage.
La flûte et les flambeaux raccompagnent le soir;
Il reçoit, comme un dien, Tencens pur du lévite ;
A ses royaux banquets tout un peuple rinyite ;
Il se tait, on l'admire ; il parle, on bat des mains ;
Sous les arceaux de fleurs plantés sur les chemins,
Sous les balcons brillans de lueurs éphémères >
n passe en saluant les préfets et les maires ;
Sur le papier huileux des larges transparens
n lit de longs quatrains rimes par ses parens ;
S*il veut passer un fleuve, une fraîche gondole
Arrondit ses rideaux sur le front de l'idole :
Au théâtre, où son nom éveille un vif écho.
Les murs vont s'écrouler comme dans Jéricho;
Son blason s'écartelle aux armes de la ville ;
On ajoute un couplet au final vaudeville ;
Dans l'excès du bonheur, l'orchestre, jouant faux,
Exécute pour lui tous ses airs triomphaux;
Distrait, inattentif à l'opéra qu'on joue,
La sueur de la joie illumine sa joue ;
Il rentre à son hdtel, et ses bras étouffans
Serrent, sur l'escalier, sa femme et ses enfans.
Dans son mol édredon qu'il dorme d'un doux somme !
Demain, à son réveil, venez voir le même homme ;
Le reconnaissez-vous? Quoi, sitôt dans le deuil !
L'éclair n'anime plus son rapide coup d'œil ;
Son laurier s'est fané ; sa gloire populaire^
On l'a jetée au vent comme le blé sur l'aire ;
Son nom, en vifs éclats, ne monte plus aux ciéux ;
De son char de triomphe on brise les essieux ;
Cette fois, il entend un concert de risées.
De siflQets ennemis et de vitres brisées.
Qui sait quels maux encor lui garde l'avenir?
La main qui le flatta commence à le punir :
Point de fond dans Tabime où sa chute s*arréte I