LA JUSTICE DU PEUPLE. W
On promena son buste, on portera sa tète.
Eh bien ! je le répète encor, c'est équité I
Du jour qu'il la quitta la France l'a quitté :
Allez, le peuple est juste ; il rend ayec usure,
n centuple les biens qu'on lui fait; il mesure
Le cercle d'une vie à son graye compas ;
Tout change autour de lui, lui seul ne change pas.
Si de vous maintenant la faveur se retire,
Si vous servez de but au plomb de la satire.
C'est que votre pied faible, aviné par l'orgueil.
Sur la mer populaire a rencontré l'écueil ;
C'est qu'avant de franchir la borne de l'arène.
Vous avez écouté la royale Sirène,
Qu'à l'air pur du Forum où tonnaient vos discours.
Vous avez préféré l'atmosphère des Cours.
II est temps de venger d'un ridicule outrage
Le peuple d'autrefois et celui de notre âge I
Quand vous êtes déchus, dans vos regrets amers
Vous comparez le peuple à la vague des mers,
A ces légers signaux que, sur leurs tiges frêles.
Le vent fait tournoyer aux pointes des tourelles ;
Et puis, pour adoucir le fiel de vos chagrins,
Fouillant les jours anciens et les contemporains.
Vous citez, avec art, plus d'un terrible exemple
De grands hommes tombés du pinacle du temple,
Et devant l'avenir^ juge des morts fameux,
De l'arrêt du moment vous appelez comme eux.
Pourquoi ressusciter de vieilles calomnies ?
Taisez-vous I quand sa main vous traîne aux gémonies,
Le peuple a toujours droit : vos cris sont impuissans ;
Respectez l'ostracisme écrit par le bon sens :
Tous ces triomphateurs dont vous contez l'histoire.
Renversés en un jour de leur char de victoire ;
TOMJB n.
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Tous ceux que, dépoaillant du nom de favori» Le grand exécuteur fouette à son pilori, Sayez-vous si jamais, dans on sentier obIit[M, Ils n'ont justifié la vengeance publique ? S'ils n'ont pas méconnu, dans les suprêmes rangs, Ces obscurs citoyens qui les avaient faits grands? Que nous importe à nous votre histoire en volumes, Roulée en papyrus, écrite avec des plumes, Fille, dans tous les temps, d'apocryphes auteurs. Tous vendus au pouvoir, sténographes menteurs. Qui toujours inspirés par la liste civile, Sacrifiaient aux grands la populace vile. Tous compilant l'histoire avec la même main. Depuis le vieux Strabou jusqu'au froid Villemain I Ah ! si nous pouvions lire à des dates certaines Les journaux inédits du grand peuple d^Athènes, Ces jugemens publics qu'un écrivain sans nom Affichait tous les soirs aux mura du Parthénon, Tout ce qu'on rédigeait sur une libre ]^ge Contre les Girondins du docte aréopage, Tous les joyeux propos, les sarcasmes badins Qu'entendit Acadème en ses vastes jardins, Chronique fugitive encaissant expirée, Qu'emportait au néant la vague du Pyrée ; Si nous savions encor tout -ce qu'en vieux latin L'autre peuple disait sur le Mont-Aventin, Les distiques brutaux qu'un tiers-état esclave Décochait, en passant, au front d'un laticlavè ; Tout ce que le Forum, en cris accusateurs. Adressait aux consuls, aux tribuns, aux préteun. Quand le peuple, en courroux, venait demander compte Du sang des alliés ruisselant à Sagonte ; Alors on connaîtrait l'histoire ; et ces récits Que faisaient les anciens sur leurs portes assis
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Guideraient mieux nos pas dans le chftos des ftges Que tous les vieux recueils compilés par les sages. C'est alors seulement que Ton terrait à nu Ces hommes dont le ccôur est encore inconnu» Ces martyrs de TËtat, hypocrites victimes, Que le peuple a frappés de coups illégitimes, Ces classiques héros dont les traits familiers Font couler chaque jour les pleurs des écoliers. Mais moi qui, recueilli dans mes graves pensées, Ai mécfité long-temps sur les choses passées ; Qui, de FAge moderne au siècle des Solons, Ai remonté, vingt fois, les trois miHe échelons. J'ai vu, j'ai découvert, d'une ame moins candide, Ce que n'osèrent voir Plutarque et Thucydide, Et d'une vertu fausse écartant les dehors, A Taspect des vivans j'ai pu juger les morts. Aristide-le-4uste est le CoUard antique ; Il fut élu sept fois dans les bourgs de l' Attique ; Le peuple le bannit : c'est que ce demi-dieu Inventa la doctrine et le juste*milieu ; Thémistocle acheté par la cour des satrapes, C'est notre Dumouriez rebelle après Jemmapes ; Le noble Miltiade expirant en prison Fut sans doute un Haguse atteint de trahison; Le verbeux avocat, lexilé Démosthènes, Par le peuple maudit, fiit le Dupin d'Athènes ; Ce sauveur de la Grèce, intrépide en discours. Chaussa des brodequins pour fuir dans les troifr-jours, Et grossit largement son mince patrimoine. Grâce aux philippes d'or du roi de Macédoine. Que Camille en exil, aux cieux levant les mains. De leur esprit volage accuse les Romains ; Que Scipion, pleurant sur sa gloire flétrie. Refuse son squelette à l'ingrate patrie,
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Laissons le bon lecteur s'attendrir sar lear sort ! En les répudiant le peuple n*eut pas tort : Le pillage de Veïe avait gorgé Camille ; Scipion respectait la pudeur d'une fille, Hais des deniers publics détenteur odieux, Du budget de FËtat il rendait compte aux dieux. Oh! si, comme Guizot, faisant un cours d'histoire. J'ouvrais à d'autres noms mon sévère prétoire, Pour nos traîtres du jour parallèle importun» J'en pourrais exhumer plus de deux cent vingt-un. Et mes contemporains renégats politiques Auraient tous un patron dans les héros antiques.
0 vous qui, si long-temps, vierges de tout affront,
Montiez à la tribune une couronne au front»
Vous que la liberté consacra pour son culte.
Qui depuis, façonnant votre cœur à l'insulte,
Lévites oublieux des miracles récens.
Sur l'autel du Veau d'or avez brûlé l'encens ;
Si le peuple aujourd'hui, reniant ses idoles,
Sur vos coupables fronts brise les auréoles,
Devant le tribunal de ce juge irrité
Si vous paraissez tous» vous l'avez mérité !
Allez donc, comme au temps de vos pures années.
Cueillir les fruits amers de vos gloires fanées ;
Allez dans vos foyers : ceux qui vous ont élus
Gardent à vos retours de terribles saints.
C'est votre sort à tous : dans les flots de la Loire
Dupin a vu tomber ses paillettes d0 gloire ;
Prunelle de Lyon a détourné les yeux ;
Guizot se souviendra des juges de Lisieux ;
Les Périer de Vizille, Atrides de l'Isère,
Coupables tous les deux du grand nom de leur frère,
Sur la place Grenette entendant un tocsin,