‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 51 sur 79 · A M. DREUX-BRÉZÉ · texte numérisé non relu

A M. DREUX-BRÉZÉ

Ton père, Dreux-Brézé, fut un prophète habile I Sur son trépied de Cour c'était une sibylle : Il vit le trône antique allumé de brandons. Le jour que vint s'asseoir, devant la table ronde. Au Conseil du château Roland de la Gironde, Avec des souliers à cordons.

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En effet, le PoQYoIr, cloué sar sa banquette, Chancela dès cette heure ou la sainte étiquette Perdit son vierge honneur de quatorze cents ans ; Chose étrange ! ce trône incrusté d'escarboucles, Trône fondé par Dieu, ne tenait qu'à deux boucles Sur Forteil des pieds courtisans I

Qu'eût-il dit, au palais des monarques despotes, S'il eût vu de nos jours des ministres en bottes? Quels soupirs eût poussés Théraldique Nestor S'il eût vu notre reine, orgueil du Pausilippe, Sous un chapeau tissu dans Florence, et Philippe Sous sa couronne de castor ?

Noble filsl ta fierté pouvait-elle se taire? Le peuple en s'installant au trône héréditaire Prit pour manteau royal la blouse des rouliers ; Les Rolands du faubourg, les cent mille ministres Qui vinrent au château dans les trois jours sinistrea N'avaient ni boucles, ni souliers 1

Aussi, quand pour pleurer tant de grandeurs éteintes Tu vins au Luxembourg psalmodier tes plaintes. Ton nftvrement de coeur fendit Famé des Pairs ; Leurs hydrauliques yeux en larmes se fondirent; Nobles gens I ils pensaient à tout ce qu'ils perdirent. Ils pensaient à ce que tu perds ;

Moi, surtout, qui si bien avec toi sympathise, Moi qui dans le blason, cette docte sottise. Ai porté tant de fois ma plume ou mon burin ; Moi qui seul avec toi, dans la France barbare. Puis encore expliquer, par le chef ou la barrer Les logogriphes de Chérin ;

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Car je sais descendu, par mes nobles aïeules, D'un doge de Venise ayant un champ de gueulet Fascé d'or et d'azur avec un cAe/* pareil ; Un mien Barthélémy, mort à Constantinople, Portait sur son écu terrassé de sinople Un aigle affrontant le soleil.

Avec ce double écu qu'en deux vers je t'indique, Ces titres que perdit ma tendresse héraldique. Je n'ai pu que pleurer à ton dernier discours : J'ai maudit comme toi les excès populaires Quand j'ai vu s'abolir dans nos mœurs séculaires La sainte étiquette des Cours.

Ah I je les comprends bien, ces excès dont tu parles ! Ces crimes ne sont pas ni l'exil du roi Charles, Ni l'arrêt qui proscrit la trinité des rois. Ni la fureur d'un peuple insultant la Pairie, Ni le noir écriteau qui transforme en mairie La nef de Germain-l'Auxerrois ;

Ni le parc de Quélen sous une main obscène S'abîmant, par deux fois, au gouffre de la Seine, Uion qui revit dans les saints entretiens ; Ni l'hôtel moscovite aux cent vitres brisées, Ni les croix d'or tombant au milieu des risées Du haut des minarets chrétiens.

Non, ce ne sont point là les insignes désastres Qui consternent le monde et ternissent les astres ; Un attentat plus noir troubla le genre humain : Cet exécrable peuple a mis aux gémonies Ton bâton augurai, roi des cérémonies.

Héréditaire dans ta main.

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