LE PALAIS-ROYAL EN HIVER
Pauib minora canamus.
, YlROILX.
Tons Dons aviez promis quelques tableaox de mœnrs.
Trêve à la politique an moins une fois Tan. Une digression morale délasse l'esprit.
Peindre les mœnrs, c*est fiiire la satire de l'ëpoqne.
(Lyon, Bordeaux, Rouen, Strasbourg, Toulonse, Rennes, Paris, Périgneux, Limoges, Beauvais, Versailles, Toulon, Aix, Dijon ^ les denx Ghâlons , Nancy, Metx, Perpignan , Brest, etc., etc.)
[Extrait de la correspondance de Némétia.)
J'obéis une fois à Tordre épistolaire : Némésts va parler sans haine et sans colère, Et contre le Pouvoir suspendant ses clameurs, Elle effleure aujourd'hui la satire des mœurs. Quand le neuvième fils de la changeante année Pose au front maternel sa couronne fanée ; Quand l'ardoise qui pleure aux angles des toits vieux Mêle sa couleur triste au brouillard pluvieux ; Sitôt que Chevalier, dans sa tourelle obscure, Au-dessous de zéro comprime son mercure ; Que le noir Auvergnat, Yulcain des carrefours. Jette aux vapeurs des nuits la flamme de ses fours ; Que sur les chevalets tourmentés par la scie
aOS NÉMÉSIS.
Tombe en double faisceau la falourde amincie, Et que le manteau bnm, cuirasse de ThiTer, Sort du coffre soigneux empreint de yétiyer/ Tout change, et dans Paris, cette Babel immense. Pour l'homme qui n'a rienTâge d'airain commence. Voulez-vous résumer, dans ce cercle sans fin. L'épisode du froid qui marche avec la faim ? Venez : pour se montrer sous sa face nouvelle, Dans le Palais-Royal tout Paris se révèle : Là, comme refoulés par Tftpreté du temps, L'indigence et le luxe ont leurs représentans ; C'est une chambre obscure où l'hiver nous étale Le grand panorama de notre capitale.
Entrons dans ce palais, car l'heure des festins Va sonner sourdement dans les creux Intestins ; Au fronton du midi, sous la corniche haute. Quatre fois retentit le timbre de Lepaute. ** Par la première grille abordons le jardin ; Ce n'est plus la saison où le gai citadin Aligne en espalier sa décente famille Sous l'arbre qui donna la cocarde à Camille; *** Ce n'est plus TétouSoir au repos consacré, Où le soleil vient boire aux tables de Mascré, **** Où le vent du dehors ne trouve point d'issue Pour porter sa fraîcheur au promeneur qui sue ; Le solstice est passé ; les ormeaux rabougris De leurs dards épineux déchirent le ciel gris. Novembre a secoué leurs manteaux de toilette,
* Racine vermifage ponr les yétemens de laine , fort en TOgae à Paris depuis nn an.
^ Horloger de tontes les dynasties.
*** Camille-Desmonlinsprit ponr première cocarde one ieaille des arbres du Palais-Royal.
**** Mascré, limonadier de la Rotonde, fermier des guéridons extérieurs.
LE PÂLÀIS-ROYÂL EN HIVER. 80»
Et ces verts éventails n'ont plas qae le squelette ;
Le canon de midi se tait sar les essieux, *
Son sublime artilleur ne tombe plus des cieui ;
Partout on voit jaunir le festoft de liane,
Depuis le piédestal où frissonne Diane, *"
Depuis le paillon oà le lecteur muet
Commente les journaux que timbre Côrnuet, ***
Jusqu'au trône lointain où TÂpolIon s'indigne
De paraître en public sans la feuille de vigne.
Alors, ce grand jardin par trois murs enlacé
Semble se rétrécir sous un dôme glacé ;
Là, pourtant, Thomme heureux, pourjouir d'un contraste,
Projette autour de lui les rayons de son feste ;
Suivez-le, soit qu'il entre au magique palais
Par Tescalier fangeux de Tégout Beaujolais,
Soit qu'il tombe du sud par les cours, soit qu'il vienne
Du sombre Radzivill ou de l'arceau Y ivienne :
Sa large chaîne d'or flottante sur le sein^
Sa botte secouant l'éperon fantassin,
Égoïste imposant, seul au milieu du monde,
De son bonheur immense il rem^dit la Rotonde.
Jetez vos yeux partout : partout l'œil s'éblouit
De l'enivrant tableau de l'homme qui j<mit ;
Les élus du destin aux faces rayonnantes.
Les riches armateurs de Bordeaux et de Nantes,
Des manteaux de Berchut largement pavoises.
Frappent les hauts plafonds d'idiomes croisés :
* Canon solaire qu'on a placé an sad da Palais-Koyal pour qa*il fat pins rapproché da soleil ; il est silencieux onze mois de Paanée.
** Les deux pdoiues du jardm soot ornées des statnee frateméllcft de Diane et d* A.po]lon ; cette dernière est aussi scandaleuse que le Méléagre des Tuileries. Tontes les dames qui se sont effarouchées de la ravissante comédie de M. Delatouche ont passé sans rougir devant cet acteur de brome pour se rendre an théâtre voisin.
**^ Cornuet, locataire d*an des pavillons de lectiare politique.
3M NËMËSIS.
Ils vont chez Corcelet, ce savant qui leur nomme Les mets universels da monde gastronome ; Halte-Brun de la table, il dit quelle cité Offre un tribut plus large à la voracité, Et désigne du doigt ses poudreuses archives Où dorment tous les vins des chaleureuses rives. D'autres qui, pour dresser de splendides festins. S'agenouillent encor devant les noms éteints, Visitent de Chevet le menteur étalage ; Là, des saumons géans venus par le roulage, Des colosses de mer sur son banc échoués. Des grappes de faisans à ses frises cloués, Des monstres inconnus aux quatre académies, D'énigmatiques chairs, des pâtés de momies, De ce grand muséum encombrent les trois seuils, Clamard des esturgeons, Montfaucon des chevreuils. D'autres ont dédaigné cette cuisine peinte ; Du parallélogramme ils arpentent l'enceinte. Et quand, sous le portique où chante Séraphin, Us se sont infusé le bonheur de la faim, On les voit s'élancer vers l'odorante salle, Des frères éternels, trinité provençale.
Réfectoire embaumé des succulens repas.
Seul temple où pour dîner l'enseigne ne ment pas. Là, se rendent encor ceux que Dieu même envie. Ceux qui dans un instant se font toute une vie, Les fortunés joueurs dont l'étroit pantalon Trahit, en relief, l'or conquis au salon. Puis, quand tous ont calmé cette faim dévorante Que donne le jardin ou le trente-et-quarante, Brûlés de Clos-Vougeot, de Pomard et de Nuits, Ils vont se perdre seuls dans le secret des nuits.
Vivez heureux, ô vous dont la fortune est faite I