LA PALAIS-ROYAL EN HIVER
Pour TOUS le rade hiver n'est qa'nne longue fête; Allez, croyez-le bien» troupeau prédestiné, Personne n'est à jeun quand tous ayez dîné* Sayez-Tous que tantôt, dans ce brillant domaine, La faim se promenait sous une face humaine ; Qu'après yotre festin, en ce même moment. Elle ayale le froid à défaut d'aliment? Oh I quand yous yous plongiez dans les coupes yineuses, A travers le cristal des yitres lumineuses. Vous n'ayez donc pas yu sur le seuil éclatant Ces grands yeux affama qui yous regardaient tant, Qui yous ont tant suivis quand yotre front superbe Divisait en passant Tarc-en-ciel de la gerbe? * Non : cette gerbe d'eau, panache de l'hiver, A jeté, dans ce jour, moins de gouttes dans l'air. Moins qu'ils n'ont fait de pas dans ces tristes allées Où la pluie a fondu les nocturnes gelées. Pareils aux condamnés parqués dans une cour. Qui de leur noir préau font mille fois le tour. Ils marchent sans repos, depuis l'heure où les gardes Des cent grilles de fer ouvrent les hallebardes. Voyez-les ces proscrits, ces ilotes errans. Ces hommes que la faim a rendus transparens, Ces Orestes bourgeois que le bras des furies Semble faire tourner devant les galeries, Ces atomes sans poids, que le plus léger vent Déracine du sol comme un sable mouvant. Ces êtres qui, le soir, chassés du jardin sombre. Passent à la lumière et ne laissent pas d ombre. Ces cibles du malheur qui dès l'ftge enfantin, Ëmoussent chaque jour le fleuret du destin ; Troupeau contagieux que la lèpre calcine,
* La gerbe d'ean da basftin du Palais.
TOM. !!• aO
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Ils n'ont pas le denier pour payer la piscine, L'obole qa'on échange aux angles da quartier Contre Timmonde pain du hideux regrattier. A rheure du dtner ce peuple se condense ; Ils ont depuis long-temps nié la Providence ; Us n'invoquent jamais, pourraffermir leurs os, Celui qui donne vie aux petits des oiseaux ;* Mais comme un dieu sauveur ils flairent au passage Quelque ami de collège à l'opulent visage Qui prélève, en courant, de son riche budget L'aumône qu'on déploie au comptoir de Rouget, ** Ou dans le soupirail du sombre Larosière : Plaignons celui qui fait une vaine croisière ; Qui n'a pas recueilli dans son osseuse main De quoi pe pas mourir jusques au lendemain ! Suivez-le du regard : convive imaginaire^ Il dérobe à Yéfour son parftam culinaire ; Sa lèvre est suspendue aux mets éblouissans Qu'une vitre interdit à la main des passans ; Il contemple surtout avec un œil étrange La fille de Joseph, la Rébecca du change ; Les immondices d'or, amas pyramidal, Potose qui rayonne aux grilles de Vidal. *** Hélas ! de cette boue une mince parcelle Redonnerait la vie à son corps qui chancelle ; Et cet or sataniqlie, objet de tant de vœux, Dans son gousset désert <;rispe ses doigts nerveux. Puis, quand il a franchi^ cette crise, d'une heure, Il se»t qu'il peut passer une nuit sans qu'il apeuré ;...
* Aux petits des oisequx il donne la pâture .
Ragiïïe.
**^ Rouget et Larosière, antipodes gastronomiques des Frères Proyençaax : revers de médaille do Palais-Royal. *** Célèbre changeur de la galerie Valois.
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Et se fortifiant d'an calme déses^ir, Il s'apprête h subir Tétemité du soir.
Voilà les doux tableaux que, dans son beau dooMÎM, L'inexorable hiver toi» les ans nous ramène^ En attendant le jour où quelque heuretix essai. Conquis aux songes d'or de M althus et dé Say, Quelque plan social, étayé sur deux tomes. Couvre d'un peu de chair tous ces errans fantâmei. Donne à chacun sa part, promise aux fils d'Adam, De pain quotidien et de drap de Sedan. Ah ! n'allons pas courir aux rives du Bengale Pour voir chez les humains cette part inégale, Pour voir ces Parias ^ relbnt de l'uni vers, Que notre Delavigne a vengés en beaux vers : Sa tragédie est là, sous nos riches demeures ; Chaque jour on la joue, elle dure seize heures ; Quatre actes sont donnés dans ces riches bazars, Et la dernière scène est sous le PontHie»-Arts. Non, ce tableau n'est point un jeu de poésie^ Un portrait idéal, œuvre de fantaisie ; L'hyperbolique Dante a fait un Ugolin ; Les miens sont devant vous, ce palais en est plein* Voyez-les : sans trouver un lit qui les endiMrme, Ils errent jour et nuit sous le même uniforme ; Ils épinglent sur eux quelques lambeaux étroits, L'an à Tautre cousus par des fils maladroits ; Le malheur fait passer sous ces fourches caudiaes Ces décombres vivans habillés de ruines ; Leurs vêtemens, rebut d'opulentes maisons. Donnent des démentis à toutes les saisons : L'hiver, quand un froid vif embrase leurs narines, Ils se glissent parés de robes zéphirines ; L'été, quand l'horizon allume ses fourneaux,
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Ils traînent en suant Talpaga de Ternaux. Triste peuple, roseaux effeuillés sur les aires, Plastrons déchiquetés par toutes les misères, Ds semblent adresser, du fond de ces abris. Un sarcasme étemel au luxe de Paris.
Hais autant qu'un ormeau s'élève sur Tarbuste, Autant que Comnet domine Thomme-buste, * Sur cette obscure plèbe errante dans l'enclos, Autant plane et surgit l'héroïque Duclos : Dans cet étroit royaume où le destin les parque, Les terrestres damnés l'ont élu pour monarque ; C'est l'archange déchu, le Satan bordelais, Le Juif-Errant chrétien, le Helmoth du palais ; Jamais l'ermite Paul, le virginal Macaire, Marabout, Talapoin, Fakir, Santon du Caire, Brame, Guèbre, Parsis adorateur du feu.
N'accomplit sur la terre un plus terrible vœu : Depuis sept ans entiers, de colonne en colonne. Comme un soleil éteint ce spectre tourbillonne; Depuis le dernier soir que l'acier le rasa, Il a vu trois Véfour et quatre Corazza ; *** Sous ses orteils, chaussés d'éternelles sandales. Il a du long portique usé toutes les dalles; Être mystérieux qui, d'un coup d'oeil glaçant, Déconcerte le rire aux lèvres du passant ; Sur tant d'infortunés infortune célèbre ! Des calculs du malheur c'est la vivante algèbre ;
* Nain distribatenr des grands jonrnanz , oocapant le pavillon littéraire qni &it pendant à celui de Comnet.
**' Melmotk ou i^ Homme errant y admirable création da révérend Mathnrin.
*** Nom primitif d'an des meilleurs cafés dn Palaîs-Royal, illustré par la fortune de ses quatre successeurs.
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De Tangle de Terris jusqu'à Bertbellemot, Il fait tourner sans fin son énigme sans mot. Est-il un point d'arrêt à cette ellipse immense ? Est-ce dédain sublime, ou sagesse, ou démence ? Qui sait? il veut peut-être, au bout de son cbemin, Par un enseignement frapper le genre humain ; Peut-être, pour fournir un dernier épisode, Il attend que Rothschild, son terrestre antipode. Un jour dans le palais l'aborde sans effroi, En lui disant : Je suis plus malheureux que toi !
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NOTES
Sit6t qne Chevallier
L'iDgéDieur Chevallier^ dont Tobservatoire est établi depuis trente ans sur le quai de THorloge , au coin du Palais-de-Justice« M. Gheyallier est l'oracle des vieux rentiers de la capitale , qui viennent consulter son thermomètre pour savoir s'ils doivent mettre des bourrelets à leurs fenêtres et des bas de laine à leurs pieds.
Des manteaux de Berchut. . .
Célèbre tailleur du Palais-Royal.
Ils vont chez Gorcelet.
Marchand de comestibles , dont la renommée européenne nous dispense de faire l'éloge.
yisitent de Chevet le mentenr étalage.
Le magasin de comestibles de Chevet diffère de celui de Corcelet en ce que l'on trouve surtout dans le premier les poissons et les gibiers qui arrivent chaque jour à Paris , tandis que le second ne vend guère que des choses conservées. L'épithète de menteur, donnée à l'étalage de Chevet , ne doit pas être prise en mauvaise part. L'auteur a sans doute voulu dire qu'à la vue da magasin de ce célèbre marchand , l'acheteur se croit transporté tour à tour sur les bords de la Méditerranée ou au milieu des forêts.
• Sons le portiqae où chante Séraphin.
Les ombres chinoises de Séraphin , si chéries des enfans et des vieux garçons, quoique pour des raisons bien différentes.