‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 60 sur 79 · APOLOGIE DU CENTRE. S · texte numérisé non relu

APOLOGIE DU CENTRE. S

Sur les marais vaseux où dorment les roseaux, Où croupit une eau verte, où règne un plat silence, Si le choc imprévu d'une pierre qu'on lance. Si la chute d'un gland tombé d'un chêne vert Brisent Tépais miroir de nénuphar couvert, On entend des voix croître, aigres comme mie baffie, Orgue criard et froid, orchestre qui croasse ; Tous les chantres visqueux, députés des étangs, Font grincer de terreur leurs gosiers haletans ; Tels, dans le marécage où Périer les rassemble. Ils ont exécuté dans un morceau d'ensemble Cet alphabet de cris, de voyelles, de sons. Que la rage improvise à défaut de raisons.

D'une sainte, foreur on les a vus se tordre : Oh ! sans doute, ils ont dû te rappeler à Tordre, Toi, Mauguin, qui changeais en bourbeux réservoir Ce limpide vivier où puise le Pouvoir.

Ta phrase de tribune est une calomnie : Le Centre est un lieu pur, malheur à qui le nie ! Là, de nos saints élus l'honneur accumulé Lève vers le plafond un front immaculé ; Pléiade de Brulns, ils bâtissent des digues Contre tous les budgets des ministres prodigues; Le bonheur du pays est le seul de leurs vœux ; Ils laissent dans Toubli leurs fils et leurs neveux ; Nouveaux Cincinnatus, leur foyer domestique Se pare avec orgueil d'une table rustique ; Appelant sur leurs biens la charge de l'impôt. Ils veulent que le pauvre ait une poule au pot. Leur farouche vertu se peint sur leur visage ; Ils portent dans leur cœur la maxime du sage ; Croix, richesse, ruban, place, honneurs, dignité» Devant ces Salomons tout n'est que vanité.

Non, tu n'as jamais yu quelque tribun du Centre Son placet à la main, se glissant sur le ventre^ Au chevet du Pouvoir avant que Taube ait lui> Demander un brevet pour son fils ou pour lui ; Nul d'eux, quand un ministre apparaît dans la liée. Ne vient le saluer d'un regard de complice ; n ne solde jamais, à l'heure du scrutin, Par le vote du soir les faveurs du matin. Le Centre est répulsif aux impures caresses. Les Tarquins du pouvoir trouvent là des Lucrèces, Et des froides vertus buvant le nénuphar, Il laisse sa tunique aux mains de Putiphar.

Assez 1 sur cette feuille il faut passer Téponge ; Mon vers, soixante fois, a rimé le mensonge, A la pâle ironie il faut, en finissant. Une péroraison rouge comme du sang :

Quoi I depuis quinze mois, goules du ministère, Vous buvez la sueur au front du prolétaire I Phrynés de la tribune, aux gestes agaçans. Vous tirez par l'habit les ministres passans ; Toutes les charges d'oT pleuvent sur vos épaules ; Vous vous installez chefs dans tous les monopoles ; Emplois de publicains ou charges de parquet. Tout ce que la faveur hache dans son baquet. Vous mangez tout : et puis si quelque voix hardie Soulève contre vous la France abâtardie ; Si quelque fort tribun, de la foule connu. Des orteils aux cheveux vous déshabille à nu ; Soudain on vous entend, lascives courtisanes. Chanter votre pudeur sur le ton de Suzannes, Et le tribun du peuple, ahuri de clameurs, Est contraint de s'asseoir par respect pour les mœurs. Qu'il se taise : eh bien ! moi, rien ne me fera taire;

Se ne reconnais pas le ton parlementaire ;

Absurde bouclier, il ne peut garantir

Ceux que je veux clouer aux cibles de mon tir :

Dans Paris policé, moi je reste barbare ;

Dût le Centre indigné me traduire à sa barre,

Dût-il, pour arrêter mon vers perpétuel.

Avec tous ses héros m'appeler en duel.

Et là, devant témoins, matamore intrépide,

Bourrer ses pistolets avec la Philippide^

Je m'en ris; sans chercher un timide détour^

Sur leurs turpes secrets je veux porter le jour,

Et quand même Persil, guichetier du Parnasse,

Traînerait au cachot ma courageuse audace.

Au milieu de la nuit, comme un ardent tison,

Mon phosphorique vers luirait dans la prison.

C'était un citoyen aux manières ouvertes, Ayant un œil serein sous des lunettes vertes ; n lisait les journaux à Theure du courrier ; Et tous les soirs, au cercle, eu jouant cœur ou pique, Il suspendait le whist avec sa philippique Contre le système Pérîer.

Il avait de beaux plans dont il donnait copie ; C'était, de son aveu, quelque belle utopie. Pièce de désespoir pour tous nos écrivains ; Baume qui guérirait les blessures des villes, En nous sauvant la guerre et la liste civiles Et l'impôt direct sur les vins.

Sta NËMÉSIS.

n disait : En prenant mon heureux antidote Notre pays sera comme une table d'hdte Où Ton ne Terra pins, après de longs repas, Qaand les repas du Centre ont quitté leurs serviettes, Les affamés venir pour récolter les miettes Que souvent ils ne trouvent pas.

Les crédules bourgeois que ce langage tente, Les rentiers du jury, les hommes à patente L'écoutaient, en disant : Que ce langage est beau 1 Voilà bien les discours que prononce un digne homme ! Si pour son député notre ville le nomme, n fera pâlir Mirabeau.

Il fut nommé : bientôt de sa ville natale, n ne fit qu'un seul bond jusqu à la capitale, S'installant en garni dans le quartier du Bac ; On le vit à la Chambre, assis au côté gauche. Muet, ou ne parlant qu'à son mouchoir de poche Constellé de grains de tabac.

Grave comme un tribun de notre république. Parfois il regardait avec un oAl oblique Ce Centre où s'endormaient tant d'hommes accroupis; Quel déchirant tableau pour son cœur patriote I En longs trépignemeos le talon de sa botte Fanait les roses du tapis.

Lorsque Girod de TAin, qui si mal les préside, Disait : Ceux qui voudront refuser le subside Se lèveront debout ; le tribun impoli.

Foudroyant du regard le ministre voraee. Bondissait tout d'un bloc sur le banc de sa place Comme nue bombe à ïivdi,

Quand il était a^is, c'était Caton en imdte ; Le peuple s'appnyait mr ce torse robuste ; De tous les rangs du râiteeen aimait à le voir. Qui donc a ramolli ce marbre de Garare, Quel acide a dissous cette perle si rare Dans la patère du Pouvoir?

Peutr-être av^-^voiis vu dans le cirque hippodrome Martin, Timitateur de l'Androclès de Kome, Entre ses deux hom s'avancer triomphant ; Son œil fascinateur domptait les bètes fauves, Il entrait, sans pâlir, dans leurs sombres alcôves, Comme dans un berceau d'enfant.

Aujourd'hui nous avons la clef de ces mystères ; II se glissait, la nuit, au chevet des panthères. Sous le linceul du tigre il étendait sa main ; n trompait leur instinct dans la nocturne scène. Et l'animal sans force à ce jongleur obscène Obéissait le lendemain.

Voilà par quels moyens TOnan du ministère Énerve de sa main l'homme le plus austère, Du tribun le plus chaste assouplit la vertu ; n vient à lui, les mains pleines de dons infâmes : Que veux-tu ? lui dit-il ; j'ai de l'or, j'ai des femmes, Des croix, des honneurs, que veux-tu?

Eh I qui résisterait à ces dons magnifiques I Hélas I les députés sont des gens prolifiques, Us ont des fils nombreux, tous visant aux emplois. Tous rêvant jour et nuit un avenir prospère. Tous par chaque courrier lui disant : 0 mon père, Placez-nous en faisant des lois !

3U NÉHËSIS.

Et le bon père, ému par ces chaudes missives, Dépose sur son banc les armes offensives. Se rapproche da Centre et renonce au combat. Oh ! pour faire au budget une constante guerre, n faudrait n avoir point de parens sur la terre Et vivre dans le célibat ;

Ou bien, pour résister à ce coupable leurre, n faut aller le soir où va Dupont de TEure, Près de lui retremper sa vertu de tribun ; Là, veille encor pour nous une pure phalange ; V

Cénacle politique où personne ne mange •

Au budget des deux-cent-vingt^-un*

^^^^iV/^V*^»V%^^»<»%^%^'^»<^*<*^i^%^«»<»^»%^^»^^»^^»%^^^»^fc»^^i^%^^^^»^^*^^'*<^^

• . • • Les enfiiiis de chœnr, chers à Girod de rAin.

Allasion aux députés da centre , répondant toujours amen t à tout ce que disait le président de la Chambre , qui était alors M. Girod de TAin.

Page 1