‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 71 sur 79 · L'ÉMIGRATION POLONAISE · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRATION POLONAISE

Comme le peuple saint tiré de BabyloDe» Exilés de Sion qui, jusqu'au jour venu, Pleurèrent si long-temps sur un fleuve inconnu.

Le sort, qui de Praga maintenant vous écarte,

A mis entre elle et vous la moitié de la carte ;

Courage ! sous le ciel il n'est rien de certain ;

La parole des rois fléchit sous le destin;

Le hasard est fertile en chances opposées,

Il refoule au néant les choses proposées,

Et chez les afiligés, quand l'espoir est perdu,

Il fait jaillir l'éclair d'un bien inattendu ;

Pour que votre infortune en bonheur soit changée,

Il faut qu'elle ait.atteint son horrible apogée.

C'est fait : toyez contens; le ciel doit être las ^

De veiller si long-temps au sort d'un Nicolas ;

De ses récens exploits que son orgueil se vante ;

Moi, pour son avenir son bonheur m'épouvante ;

Ce stupide Kalmouck qui n'a rien de Thumain,

S'il monte sur un char, doit verser en chemin ;

L'auréole de paix, œuvre des protocoles.

Ne doit pas rejaillir sur des faces mogoles.

La Russie est féconde en désastreux hasards ;

Elle connaît le gouflre où vont tomber les czars ;

Aux bords de la Néwa, des miasmes putrides

Révèlent le palais des modernes Atrides ;

Sur leur lit nuptial le réveil est douteux ;

Leur Cour pour les punir n'a pas un pied boiteux ;

Un éternel poignard est suspendu par elle ;

L'assassinat des czars est leur mort naturelle :

Ces princes ont appris, dans l'alcôve de sang.

Quel droit héréditaire ils gagnent en naissant !

»ao NÉMÉSIS.

NOTES

A Tons f Mets et Nancy^ brave peuple lorrain.

C'est à Metz et à Nancy que les premiers réfogiés polonais ont trouvé un refuge et un intérêt sympathique.

£t jeté dans leur tronc , avec on sèle égal, ht denier de la yenye et Tannean coiqagaU

Dans les quêtes faites au profit des réfugiés polonais» beaucoup de femmes , n'ayant pas d*argent /donnèrent leurs bijoux et jusqu'à leur anneau de mariage.

Ces princes ont appris , dans TaloÀre de sang.

Allusion à la mort de Paul !•' qui , comme on le sait , a été assassiné dans son alcôve , et aux nombreux régicides qui ensanglantent les fastes de la Russie.

Oui, les sages l'ont dit, même lorsqu'il le faut L'homme n'a pas le droit de dresser l'écbafaud ; Le sang coule toujours par droit illégitime, Le bourreau fait un crime en punissant un crime ; Le vrai juge est en haut : malheur à qui peut voir Une tête qui tombe au sanglant abattoir! Pourtant ainsi le veut notre horrible Digeste ; La justice a gardé son homicide geste ; C'est une atroce loi ; les publiques clameurs L'eCTaceront du code ainsi que de nos mœurs. Hommes de deuil I voilà ce que vous devez dire, En nous citant toujours un auguste martyre ; Qu'elles tombent du tronc des sujets ou des rois, Les tètes, à nos yeux, n'ont que le même poids. Mort sur un échafaud, nous plaignons Louis-Seize : Si sa mort féconda la liberté française, Nous devons déplorer qu'il ait fallu du sang Pour cimenter d'abord un empire naissant ; Mais tout est consommé.... Quarante ans d'intermède A ce malheur public doivent être un remède ; Quiconque exige eucor des regrets et des pleurs Veut préparer la France à de nouveaux malheurs.

Du deuil I du deuil encore ! orateurs hypocrites.

C'est vous qui le votez par des phrases écrites, Par de fades discours écrits après le bal Sur l'orchestre mondain d'un bruyant carnaval ! Du deuil ! mais votre cœur est un massif de pierre, Vous n'avez point de pleurs sous la sèche paupière; La douleur qui nous tue et brûle notre peau, Pour vous, c'est l'habit noir et le crêpe au chapeau. Du deuil! et quels sont ceux dont la sainte tendresse Vient encor nous montrer l'échafaud qui se dresse ; Qui, jetant à Louis un larmoyant coup d'œiU Veulent voter pour nous Tèternité du deuil ? Écoutez I Quand tomba la France féodale, Ils n'emportèrent pas le sol à leur sandale ; Fuyant avec orgueil ceux qu'ils avaient trahis, Ils ne donnèrent rien aux regrets du pays ; On les vit, promenant leur gatté ridicule. Des bords de la Néwa jusqu'au détroit d'Hercule ; Ils allèrent à Worms, à Coblentz, à Turin, Ghansonner de bons mots le peuple souverain ; Leur rage s'exhalait en ces pointes légères ; Déhontés recruteurs des troupes étrangères. Comme des vivandiers, attachés à leurs pas. Ils charg0aient leurs fusils et ne les tiraient pas. Alors, sans trop son^r à leur roi légitime, Sans arroser de pleurs la royale victime. Oubliant du pays rinsurmmtable seuil.

Chaque nuit, dans l'orgie, ils s'enivraient de deuil ; L'ignoble lansquenet engouffrait leurs pistoles^ Les roia d« pharaon étaient seuls leurs idoles , La débauche, le jeu, les amoureux eartda, Consolaienjt ees soutiens du trdae et des antds. Quel frisson de plabir vivifia leur aœe Quand Janvier leur apprit le régicide drame. Quand ils. em eni connu, l'avis offioînU

Que le prêtre avait dit au roi : « Montez au ciel ! »

Car ils eurent dès lors, comme un gage de haine,

La fosse que pour lui creusa la Madeleine ;

Ils se justifiaiept de sacrilèges vœux

En tirant du cercueil la tête sans cheveux ;

Ils montraient à leurs fils cet éternel trophée ;

Pour nourrir la vengeance en leurs seins ètonfifée,

A chaque anniversaire ils faisaient ressortir

Le sang liquéfié du monarque martyr.

Puis, quand des rois du Nord Téphémère victoire

Rouvrit à ces intrus notre saint territoire ;

Quand le fourgon d*exil, si long-temps cahoté,

Ramena dans Paris Tinfecte royauté,

Ils vinrent, au sortir de leurs chaises de poste,

Sur la place publique où fuma Tholocauste,

Pour fouiller dans la cendre et, sur un froid tison.

D'un haineux souvenir souffler Texhalaison.

On contraignit le peuple à pleurer ses victoires :

La France se couvrit d'autels expiatoires ;

D*ignobles baladins, recrutés au hasard.

Entonnaient tous les ans la messe de Mozart ;

Chaque temple chrétien, de l'orgue au sanctuaire.

Enveloppait ses murs du linceul mortuaire ;

La chaire résonnait de lamentables cris.

Et le prêtre, tonnant sur nos vieillards proscrits,

Lisait à haute voix, pour instruire l'enfance,

Le testament d'oubli qui rappelait l'offense.

Eh l qui pleurait alors ? est-ce vous, courtisans,

Radieux d'embonpoint, aux fronts chauds et luisans ?

A qui ferez-vous croire, impndens égoïstes,

Qu'à point nommé ce jour savait vous rendre tristes.

Et que du Luxembourg au vieux quartier du Bac,

Chaque hôtel pour gémir consultait l'almanach?

Eh bien ! puisque les pleurs sont pour vous nécessaires,

kik NÉMËSIS.

loTentez pour tous seuls d'autres anniTersaires; Votre palais des Pairs, au faubourg SainirGermain» Sait comment ou célèbre un sacrifice humain ; N*aTez-Yous pas yos lois et vos cours prévôtales? Cherchez des noms, fouillez vos archives fatiailes. Un seul peut vous laisser cent ans de repentir : Le sang de Ney vaut bien celui du roi-martyr. Expier! nous, le peuple I ô parole d'impie I Le peuple est innocent, que veut-on qu'il expie? C'est aux rois d'expier, avec leurs courtisans. Le sang du peuple à flots versé treize cents ans ; Expier I quand ces rois nous ont ouvert les veines Des murs de La Rochelle aux villes des Cévennes ; Quand d'un peuple égorgé le grand spectre endormi Se réveille au seul nom de Saint-Barthélémy, Grande chasse royale où sur la chair humaine Le monarque tira pendant une semaine ; Quand chaque âge de roi ne présente à mes yeux Qu'un rougeAtre océan formé par nos aïeux ; Expier I quand encor la dynastie absente. En ouvrant sous nos pieds une tombe récente, A laissé dans trois jours plus de calamités Que n'ont fait en trois ans les sanglans comités.

Nobles Pairs ! pesez bien ces dernières paroles : Le peuple n*est pas fait pour ces indignes rôles ; n a pleuré quinze ans pour ses rois ; aujourd*hui Il est juste, il est temps qu'il pleure un peu sur lui; Hélas! il n'a que trop de douleurs légitimes ! Si les rois à leur tour dénombraient leurs victimes, Si pour chaque supplice on votait un jour saint; Il faudrait en voter trois cent soixante-cinq.

LE CHOLERA DE LONDRES. iS&

Quand il donnait le branle à ses ailes fatales, Il flairait dans son vol les grandes capitales, Sar le chemin de Tair il ne s'égarait pas ; C'était là qn il tronvait des tables bien servies, Des hospices peuplés et des milliers de vies A dévorer dans un repas.

Pareil au voyageur à jeun, dont la faim crie. Qui d'un rapide pas entre à rhôtellerie. Saisit les mets oCTerts et les mange à deux mains, L'affamé Choléra, dans sa longue tournée. Signalait, en tombant, sa première journée Par un amas de corps humains.

Car le monstre est vorace, un long jeûne l'irrite ; Mais puis, rassasié, devenu sybarite.

Après les premiers jours, son appétit plus lent Ne touchait avec choit qu'aux malades d'élite ; Il laissait dans Praga le turpe Israélite Pour le catholique opulent.

C'est ainsi qu'il a fait dans sou pèlerinage. Jadis, quand il passait l'Océan à la nage. Qu'il sautait à pieds joints l'Atlas ou le Liban ; Comme un leste écuyer, dans le Cercle-Olympique , Abandonnant la selle et le cheval qu'il pique, Franchit une aune de ruban.

Combien il est changé 1 le monstre est au régime. Le géant ne vit plus qu'avec un pain d'azyme ; Les nerfs sont détendus sur ses bras étouffans ; Les théâtres railleurs l'ont mis en vaudevilles ;

496 NÉMËSIS.

Et qaand d'un pied boiteux il entre dans les yilles, Il est siflBé par les enfaos.

Oh ! sons notre soleil comme tout dégénère ! Le Choléra s'est fait un monstre débonnaire, Il ne ronge aujourd'hui qu'un squelette en dînant ! Qui sait ! nous chanterons un jonr Tame si bonne Du vieux duc de Modène et du roi de Lisbonne, Et la douceur de Ferdinand.

Mous ayons recueilli la nouvelle précoce Du Choléra, venu des montagnes d*Écosse, Dans Londre épouvanté tombant comme Téclair ; Eh bien I par quels grands coups signalant sa venue, A-t-il laissé tomber son poison de la nue, A-t-il mis son poignard dans Tair?

Lisez les bulletins de sa douce campagne : On croirait lire ceux du Dauphin en Espagne ; Un mort en quatre jours, six malades en dix I Dans Holy-Rood, le monstre entrant en Angleterre, A pris ses nouveaux plans et ses leçons de guerre Auprès du héros de Cadix.

Oh ! non 1 c'est qu'il ne faut contre cette endémie Nul remède inventé par une académie, Sur lequel la science ait un mois disserté ; Au lieu des opiats pleins de vertus secrètes, n faut pour écarter le monstre de nos tètes L'élixir de la liberté I

Oh I non ! c'est qu'en touchant le sol d'un peuple libre. Son large pied trébuche et perd son équilibre ; Un air pur tue en lui l'air pestilentiel : Il recule d^eflFroi devant les patriotes. Devant ceux qui jamais n'ont souffert de despotes Sur la terre ni dans le ciel.

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NOTES

Aux expiateurs du ai janvier.

Depuis. la révolation de juillet, la cérémonie expiatoire du 21 janvier a été abolie par une loi. On a même effacé jusqu'au dernier vestige du moDument qui y à la Madeleine , devait rappeler la sanglante catastrophe.

Qae le prêtre avait dit an roi : « Montes an ciel! »

Dans toutes les relations de Fexéculion de Louis XYI , on lit que l'abbé Edgeworth , qui donnait au roi les dernières consolations, dit à la victime, lorsqu'elle mit le pied sur l'échafaud : Fils de saint Louis, montez au ciel! Mais on sait aujourd'hui que ces mots , sublimes de simplicité, n'ont jamais été prononcési par le vénérable prêtre. C'est une phrase faite après coup, comme on a fait dire au comte d'Artois : Il n'y a qu'un Français déplus; et au générai Gambronne : La garde meurt et ne se rend pas.

h MARS 1832.

Tonles-Tons sâToJr jnsqu^à qaels excès peuvent condoire les passions, mettez-les dans le cœur d'an poissant.

Da poue quantum volunt,

SÉirÈQUE.

A l'éternel poteau de la haine publique J'ai cloué de ma main ton cousin catholique ; Némém évoqua l'avenir menaçant Devant ce roi dévot qui digère le sang ; Et puisque vous régnez, par un digne partage, Lui sur la source, et toi sur les bouches du Tage, Je viens te rendre aussi l'hommage qui t'est dû, Et de mon vers, sur toi, verser le plomb fondu.

Miguel de Portugal et Ferdinand d'Espagne 1 On chercherait en vain vos égaux dans un bagne ; Un forçat subirait, comme un insigne affront, Au lieu du bonnet vert votre couronne au front ; Et vous régnez pourtant! et l'Europe endormie De vos deux royautés tolère l'infamie I Et vous ne pliez pas sous cet immense faix De vob, d'assassinats, de lubriques forfaits I Et peut-être, la nuit, votre poitrine est calme ! Ah 1 si jamais du crime on décernait la palme. Le choix serait douteux, car leur droit est égal :

L'Espagne est un gibet comme le Portugal ;

Le crime est pour ce conple une monomanie :

L'un en a Thabitude et l'autre le génie ;

Ferdinand, endurci comme un Torquemada,

Pour ses oeuvres de mort consulte un agenda ;

II sait ceux qu'aux cachots sa clémence destine,

Le meurtre n'est pour lui qu'un métier de routine.

Don Miguel semble encore à son premier début :

Il conserve le goût de tout le sang qu'il but.

C'est peu que de sa main il signe une sentence,

Il aime à caresser le bois d'une potence ;

Son friand odorat flaire l'exhalaison

Du sang tiède et fumant qu'éponge le gazon ;

Il rend grâces à Dieu d*une faveur insigne,

Quand trente condamnés, rangés sur une ligne.

Lentement ajustés par un tireur adroit,

Tombent du même coup, frappés au même endroit ;

Il veut parodier dans son petit domaine

Les Césars dépravés de l'histoire romaine,

Ces rois qui combinaient, par un instinct puissant,

La double volupté de l'amour et du sang.

Et dont les longues nuits d une horreur monotone

Rougissent Tin-quarto qu'écrivit Suétone.

Car Miguel a compris ces forfaits désastreux

Dont les rois pervertis n'osent parler entre eux ;

Son génie a percé tous les hideux mystères ;

Il connaît l'excitant des crimes adultères,

Il sait comment il faut raviver les ennuis

D'une chair qui se blase en de fangeuseâ nuits ;

n sait quel élixir de voluptés royales

On savoure à mêler les baisers et les râles,

Les parfums du gibet, du boudoir, de l'encens ;

A promener ses doigts teints de meurtres récens

Sur des seing convulsifs, sur des cheveux de femme.

480 NËIIËSIS.

Qu'aux portes du priais l]ne mère rédame. Oh 1 laissez-4e vieUlir dans Tantre de Qaéhis^ Toujours mêlant le crime à son triple Mg!&lns, De Madère et de sang la lèvre diaprée, Et ce sera Tibère à Ttle de Caprée. n voudra, rappelant des forfaits tn^ connus, Nager dans son bassin avec des enfiins nus; Pour ses bains récbauffans commander à Fesclave Une horrible saignée où le meurtre se lave ; Se redonner ainsi, par un horrible instinct, La factice vigueur d'un désir qui s'éteint, Et devant Bemposta qne le grand fleuve arrose, Parmi le blanc jasmin et le doux laurierHrose, Étrangler de plaisir les vierges à deux mains. Sur un lit embaumé de cadavres humains.

Mais ces monstres royaux ne sont plus de notre 1^ ; Éphémère qu'il soit, leur règne est un outrage ; Ce Miguel, que le ciel est si lent à punir, Est un anachronisme, il est temps d'en finir: Ces contrastes de cour ne sont plus nécessaires. Oh ! la France déjà l'avait pris dans ses serres, Elle avait remonté le Tage, et dans ses eaux La flotte tricolore avait mis ses réseaux; C'est alors qu'il fallait, du fond du marécage, Ramener à Paris l'hyène dans sa cage, Et de son corps impur, pour terrible leçon^ Au tyran espagnol envoyer un tronçon.

Mais non ! il s'est joué de nos promesses vaines ; Qu'attenà-on ? que Lisbonne ait épuisé ses veines ; Que son zèle ait atteint les suprêmes momens ; Que le Tage au lieu d'or roule des oss^aeos? 0 que lente est la Cour ! sa prudence homicide Par un bond généreux jamais ne seéécide ;

DON MiGUEL. 431

Nos conseillers d'État, nos sages de palais. Au Portugal qui meurt opposent leurs délais, Et quand leurs pieds boiteux toucheront la frontière, Ce sol ne sera plus qu'un désert cimetière.

Le jour ou don Pedro, noble encor dans Texil,

Arrivant tout brûlé du soleil du Brésil,

Vint réclamer ses droits, légitime héritage.

Il aurait dû dabord s'arrêter sur le Tage,

Parler en empereur à son frère insolent ;

Non : la diplomatie a le geste plus lent ;

Voyageur curieux, comme autrefois Ulysse,

Il est venu pour voir nos mœurs, notre police ;

L'ennuyé spectateur a pris à l'Opéra

Une loge pour six que le budget paiera ;

11 a su consommer ses heures indolentes

A parcourir à pied notre Jardin des Plantes,

A se montrer au peuple avec son grand cordon,

De Meudon à Paris, de Paris à Meudon ;

Puis, quand pour voir Lisbonne et le plus doux des frères,

Il allait s'embarquer, les vents étaient contraires ;

Comme au temps d'Ilion, l'ancre à la dent de fer

Retenait son vaisseau sur l'immobile mer;

Enfin, sans iniffloler une autre Iphigénie,

Sans écouter Calchas et son mauvais génie,

La flotte que Miguel si long-temps réclama

Est partie, emportant les neveux de Gama,

Mais voguant à tâtons, indécise sur Tonde,

Comme s'il lui fallait trouver an nouveau monde.

Quel sera son destin ? un jour nous le saurons :

Que le flot du cap Vert brise ses avirons,

Ou que le vent heureux qui souffle des Açores

La pousse dans les ports où descendaient les Mores,

Don Miguel doit tomber ; il faut que tôt ou tard

432 NÉMËSIS.

Pédro mette à ses pieds rËtéocle bâtard, * Ou que dans son palais un poignard énergique Donne un héros de plus à la muse tragique ; Car ce qu'on n'a point vu depuis quatre mille ans Sur ce globe qui marche avec des pas si lents, C'est un tyran qui fait par humeur sanguinaire Moisson de ses sujets et les broie à son aire ; Qui, pour rendre la force à des sens viciés, Frotte^son épiderme aux corps suppliciés; Qui prend ses voluptés comme une béte fauve, Et puis, sous les rideaux de sa paisible alcAve^ Devant son héritier qui de douleur pâlit. Gomme un heureux vieillard expire dans son lit.

On dit que Ferdinand, sublime extravagance I Arme pour secourir la maison de Bragance ; Que provoquant l'Europe en duel inégal, n se fait protecteur du roi de Portugal ; Ferdinand 1 qui rendait par jour mille ordonnances Pour restaurer enfin l'état de ses finances. Sans que le cri menteur de ses royaux édits Pût au vide trésor fondre un maravédis ! Ferdinand! de Higuel cet insolvable émule. Qui pour ses cavaliers n'a pas même une mule, Et qui dans les Sierras^ des vallons aux sommets. Recrute des soldats qu'il ne solde jamais ! Effronté don Quichotte 1 impudent matamore ! ^* Il efface tous ceux que Lopez remémore ; Il veut livrer bataille avec l'obus de plomb Extrait du brigantin de Christophe Colomb I

* Ètéocle et Pofynice , frères ennemis , héros de U TkébaUe^

** Le capium-matamore est le personnage de rigneor dans les vieilles comédies espagnoles.

***' Relîqne conserTee dans l'arsenal de Séville.

Cherchez, en feuilletant FArioste ou Cervante,

Quelque trait fanfaron qu'un fol orgueil invente,

Qu'on puisse en parallèle opposer maintenant

Aux comiques apprêts dont parle Ferdinand.

Qui sait où peut conduire un accès de folie?

Ferdinand croit peut-être aux faux bruits qu'il publie ;

Plaise à Dieu que, Torgueil ou le ciel le poussant,

n apportât son aide à son frère de sang,

Et que le jour venu des tempêtes prochaines

Vit les deux monstres-rois liés aux mêmes chaînes,

Comme deux taureaux noirs, holocauste odieux,

Que FEuxin immolait pour apaiser les dieux I

Nous luira-t-il enfin ce jour de sacrifice? La main manquera-t-elle à ce pieux oflSce? n faut, tant qu'ils vivront, que tout cœur généreux Élève incessamment Fanathème sur eux ; Que notre juste haine en tout lieu se propage. Qu'elle soit dans tout livre écrite à toute page ! Il en est temps, enfin ; ce couple de Nérons Souille, à travers les mers, l'air que nous respirons. Et moi, poète fort, active sentinelle, Je vous fatiguerai de ma plainte éternelle, Ferdinand ! don Miguel ! deux effroyables noms, Deux têtes à rouler aux bouches des canons ; Qu'on plante, pour finir leurs noires existences, La croix; c'est leur gibet, car elle a deux potences; Que la peine de mort s'efface de nos lois. Le jour où l'échafaud sacrera ces deux rois.

TOM. II. a 8

h9k NÊMÉSIS.

NOTES

A rétemel poteau de la haine pobliqae

J*ai t^of^é àé ma main ton oonain catholiqae.

Voir la 39* Némésis : VEspagne et Torrijoi.

Ferdinand andard comme nn Torqaemada.

Torqoemada, célèbre inquisiteur.

Elle ayait remonta le Tage,

Allasion à rexpédition du Tage^ sous les ordres du contreamiral Roussin.

Pedro mette à ses pieds l*ÉtéocIe bâtard.

On a dit dans le temps que don Miguel était fils de Lucien Bonaparte. Le fait est qu'il y a entre eux une grande ressemblance physique.

Il efiboe tons eeox qoe Lopfss remémore.

Lopez est un personnage du roman de don Quîchcitte.

LE& TROIS COULEURS EN FTALIl.

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