LES TROIS COULEURS EN ITALIE
Pour renverser an sol ce géant vermoulu
Sur rÉvangtle saint qu'il n'avait jamais lu.
Ohl pourquoi cet esprit qui dessèche notre ame,
Qui de notre Juillet a glacé le beau drame,
Dans son élan distrait, généreux à demi,
Montre encor quelque égard au pontife ennemi ?
Ce que vous attendez serait fait à cette heure ;
Quand de notre départ votre beau pays pleure,
Vous auriez aujourd'hui sur votre sol romain
Les biens qu'on vous promet pour un douteux demain ;
Mille de nous, tombés des rocs adriatiques.
Foulant la grande voie aux ornières antiques,
Remuant de leurs mains l'ossuaire tiédi
D'ArcoIe, du Tésin, de Mantoue et Lodi,
Portant le drapeau saint et la triple cocarde.
Marchant à votre front comme votre avant-garde^
Mille auraient écrasé les soldats d*Albani,
Expulsé les Germains, et tout serait fini.
S'il faut qu'au Latium son âge d'or renaisse, Fleur de ce beau pays, bouillonnante jeunesse. Crois que pour conquérir ce destin où tu cours. Mille et notre drapeau seront tes seuls secours ; Ces appuis suffiront à la fière Italie ; D'un soutien trop puissant la vertu s'humilie : Il faut que tout l'honneur du triomphe promis Ne soit point partagé, môme avec des amis. C'est ce qui ftera fait : avant que tu suecombes. Tu dois revoir encor des Gallois et des Combes,*
* Deox noms d'nne illastration improvisée, qui sont en ce moment dans la bouche de tons les patriotes italiens. Le capitaine de yaidseaa Gallois, marin d'un courage homérique, frère du colonel Gallois, mon compatriote et mon ami, qai vient de se couvrir de gloire en Pologne.
M. Combes, colonel du 66« de ligne.
410 NÉMËSIS.
Qui', sur ton sol fermé pour s'ouvrir un chemin,
Marchent vers des créneaux une hache à la main,
£t, nobles transgresseurs de la loi sanitaire,
Sans le rameau d'olive et sans pariementaire.
Sans recourir, la nuit, à des propos oiseux.
Dans les villes du pape entrent comme chez eux.
Mais ce que l'impossible a mis dans son domaine,
Ce qu'on ne verra pas sur la terre romaine.
C'est un soldat de France, assistant vos bandits,
Prêter une main forte à de sanglans édits.
Et debout, l'arme au bras devant leur sacristie.
Protéger contre vous le gibet d'amnistie.
Oh I non, ne craignez pas que nos fiers bataillons
A la bouche qui parle apportent des bâillons ;
Non, le tiède Pouvoir dont le doigt nous gouverne
N'a pas signé le pacte au fond d'une caverne ;
Un reste de pudeur, aux murs capitolins.
N'a pas mêlé la France avec les Papalins ;
Quel ministre oserait dans cette ignoble lice.
Transformer nos soldats en sergens de police ?
Si jamais dans la honte on descendait si bas,
Si> trompant leur instinct qui les pousse aux combats,
Accordant à l'Église une lAche assistance.
On les mettait de garde au pied d'une potence.
Ces hommes que Juillet a faits intelligens
Ne reconnaîtraient plus des ordres outrageans.
Et brisant d'Albani les droits illégitimes.
Ils pendraient les bourreaux au gibet des victimes.
LES TROIS COULEURS EN ITALIE. Ul
NOTES
Et qn'on peat mainteiuait, comme Ta fait Galloù.
Le capitaine de yaisseau^Gallois a commandé Texpédition d'Ancône.
Et ce noir Albani.
Le cardinal Albani était Thomme de confiance, le bras droi du Saint-Père.
Aux grandi hommes la patrie reconnaissante.
(Inscription,)
Tous les dieax sont partis : par leurs trames occultes,
Les prêtres aveuglés ont tué tous les cultes;
Le sadefdooe impur, de la foi négligent,
N'a jamais vénéré que Tautel de l'argent ;
Mêlé dans les tripots des choses politiques.
Il a perdu sa grâce et ses vertus antiques ;
Le peuple méfiant s'est éloigné de lui.
Et de son vieux pouvoir le dernier jour a lui.
Eh bien I pour secouer la stupeur où nous sommes,
Inaugurons enfin le culte des grands hommes;
Oui, puisqu'il reste encor dans nos cœurs abattus
Quelque germe d'amour pour les hautes' vertus ;
Puisqu'un grand nom, surgi des dernières tempêtes,
Prononcé devant nous exalte encor nos têtes.
Fondons un nouveau temple où ces noms adorés
Reçoivent l'auréole et les rayons dorés.
Il ne faut point ici, comme on le croit sans doute,
Que des parfums d'encens montent vers une voûte ;
Qu'on arbore aux piliers de soyeux gonfanons ;
Qu'un concile profane invente des canons.
Et qu'à l'autel central du nouvel édifice,
Des ministres en frac récitent un office :
LE PANTHÉON FRANÇAIS. kkS
Ce serait dérisdre, et le public bon sens Rejetterait bien loin ce culte et cet encens.
Ce qu'il faut, c'est ce culte et ces simples hommages Dont on aime à parer les illustres images ; Quelques modestes blocs ciselés dans les monts, Qui peignent à nos yeux tous ceux que nous aimons. Tous ceux qui furent grands dans la grande patrie, Et qu'entoure à jamais un culte de latrie. Dès que l'absolutisme étend ses bras pesans. Au marchepied du trône on voit les courtisans Inventant chaque jour quelques projets servîtes Pour modeler des rois sur les places des villes. Pour couler en airain, après de longs travaux , Tous ces Gdligula montés sur leurs chevaux/ Ils ne les cachent point sous la voûte d'un temple ; Ils veulent que partout le peuple les contemple : Dans ce vaste Paris on les trouve en chemin Sous le pourpoint français ou le manteau romain."'' Et les rois auraient seuls le privilège auguste D'étaler en public leur cheval et leur buste I Et le peuple aujourd'hui demanderait en vain Non pas l'apothéose et le culte divin.
Mais CQS grands souvenirs, ces honneurs symboliques Qu'on accorde aux tyrans sur nos places publiques ! Rome républicaine avait pour ses enfans Des piédestaux publics, des socles tricmiphans ; Dans ses longs carrefours, sur les quais de son fleuve,
* Si la restauration eut affligé qainze ans encore la France, nous aurions vu s'élever insensiblement dans Paris les soixante-hoit rois de notre triste histoire.
** Le hovàa XXV de la place des Victoires est en costome d'enypereur fonain; mais aar les bafr-relieis il est ciselé avec l'habit et la ooîfiîire ridicules qu'il avait adoptés à Yersailles.
hhi NÉHËSIS.
Sur les frais réservoirs où la foule s'abreuve, En porphyre, en airain, en marbre de Paros, Elle dressait partout l'image des héros ; Partout on contemplait dans l'éternelle ville Tout un peuple agité sous un peuple immobile/ Tant la reconnaissance avait fait des autels A de grands citoyens, à tous ces dieux mortels ! Dans ces heureux climats où là douce lumière Conserve au marbre blanc sa pureté première. Ils n'auraient pas voulu dans des temples couverts Serrer ces deminlieux qu'adora l'univers ; Et Rome, avec son peuple et ses mille statues. Était un Panthéon de places et de rues. Ces grands hommes des arts, des cités et des camps, Marbres tout pleins de vie, aux regards éloquens, Touchante galerie, histoire ciselée, Dominant de vingt pieds la foule amoncelée. Sur les chemins publics donnaient aux spectateurs Des leçons de vertu bien mieux que des rhéteurs.
Ces usages anciens ne vont plus à notre âge ; Sous notre ciel de brume et nos climats d'orage. Les marbres en plein air, étalés dans Paris, N'auraient après vingt ans que des dehors flétris. C'est au Panthéon seul, dans son auguste enceinte, Que nous devons placer cette famille sainte, Tous ces grands citoyens aux magnifiques noms Que nous avons aimés, dont nous nous souvenons. Ces colosses de gloire, objets d'idolâtrie, Dont la vie ou la mort illustra leur patrie. Ce sublime projet, si touchant pour nos cœurs,
* Ces statues qui ressemblent à un peuple Immobile au milieu d'un peuple €igité, (M. de Ghateaitbriavd , les MartjrSy Description de Rome ancienne.)
A trouvé le sarcasme et les rires moqueurs ;
Ces hommes glorieux de haute renommée.
Au sénat, ont subi la toise du pygmée ;
De stupides tribuns, installés sur le seuil,
Ont refusé le temple à l'immortel cercueil,
Et dans de longs débats, par un honteux partage,
De ces illustres morts contesté riiéritage/
Les plats dissertateurs ont long-temps ballotté
Les noms déjà promis à Timmortalité ;
Sur leur comptoir de juif une avare balance
A pesé le grand homme et la reconnaissance,
Puis, mettant par ennui les vertus au rejet.
Ils ont voulu savoir ce que pèse un budget.
Eh 1 qu'attendre de mieux de ces âmes gâtées?
Le culte de la gloire a trouvé ses athées ;
Raisonneurs de tribune, ils n'ont jamais compris
L'enthousiasme saint qui brûle nos esprits,
Ils se sont fait le droit, dans leur aréopage,
D'écrire ou d'effacer sur l'étemelle page ;
Us ont cru qu'ils pouvaient, sur les bancs du milieu,
Comme on vote un impôt, voter un demi-dieu ;
Qu'avant de consacrer ce poétique culte.
Le peuple bénévole est là qui les consulte.
Et que, représentant les vulgaires humains,
La clef du Panthéon est livrée à leurs mains.
Eh quoi 1 pour députer un tribun taciturne
Qui dépose en bâillant une boule dans l'urne,
Qui discute l'impôt du tabac et du sel.
On convoque à grands frais le vote universel I
Pour élever un homme à ces hauts privilèges
La France électorale inonde les collèges ;
Le plus obscur hameau, le bourg le plus lointain
* Voir la déplorable séance où cette question a été débattue k la Chambre des Dépntés.
IM NÉHÉSIS.
En séance publique écrit son bnltetin ;
Et quand il faut toucher à de plus saintes choses,
Ressusciter les morts par des apothéoses,
BàUr un temple auguste à leurs mânes enau s,
Rassembler tous ces noms que la vertu it granit
Enchâsser en un lieu toute sainte relique
De rère impériale ou de la république,
Savoir s'il est permis d'ouvrir le Panthéon
A Tombre de celui qui fut Napoléor 1
Quoi 1 nos petits tribuns, sous la haute coupole,
De la divinité feraient le monopole I
Quoi ! deui cents inconnus qu'on nous j^ sans choix.
Dans ce vote sublime auraient seuls une voix !
Quoi I pour rendre la vie à ce grand cimetière
On n'appellerait pas la France tout entière I
Allez ! contentez-vous de parler savamment
Sur le procès^verbal et sur le règlement.
Hommes au cerveau calme, au pouls mathématique ;
Brodez en plats sermons la sèche politique,
Riez d'un rire absurde, en vos ennuis pesans,
Aux mots de vos Odry que vous croyez plaisans.
Et que les incidens qui brillent dans vos thèses
Soient marqués au journal avec des parenthèses ;
Mais bien vite abdiquez vos profanes desseins
D'organiser pour nous le culte de nos saints;
Le centre du sénat esMI si pur qu'il ose
Par assis et lever voter Fapothéose,
Et de ses électeurs les profanes mandats
Ont-ils donné pouvoir sur ces grands candidats?
Non, tous ces géans morts, pléiades de nos gloires, N'ont rien à démêler avec vos boules noires ; Si nos froids orateurs, inscrits par numéros, Venaient discourir pour ou contre nos héros ;
Si DOS Cavier touchaient à ces nobles fossiles,
On croirait voir encor ces absurdes conciles
Où deux noirs aTocats, sur un point divisés,
S'échauffaient en deux sens pour les saints proposés/
Oh! non, croyez--Ie bien, un si large scanctole
N'éclatera jamais dans cette capitale ;
Tous nos grands citoyens, exhumés des tombeaux,
N'iront point s'enfouir dans vos procès-verbaux :
Des honneurs faits par vous seraient trop éphémères.
C'est la France assemblée en comices primaires,
Qui, seule, en élevant sa virginale voix,
Peut indiquer leur marche aux funèbres convois ,
Et rendre au Panthéon, dans ses cérémonies,
Quelque cadavre illustre extrait des gémonies ;
C'est la France qui, seule, en des jours triomphans.
Change en robe de lin le deuil de ses enfans.
Les venge d'un affront et les réhabilite,
Arrondit l'auréole à tous les morts d'élite.
Et d'un noble martyr pleurant le jour fatal.
L'inscrit sur sa légende ou sur un piédestal.
Ici point de discours, ni fade polémique,
Ni scrutin orageux, ni chance académique.
Rien de ce qui pollue un véritable nom :
La France, au Champ-de-Mars, l'œil sur le Panthéon,
Par cent mille des siens enCn représentée.
Ne nous jetterait point de gloire ballottée ;
Par un vote soudain et d*unanimes cris
Elle confirmerait tous les votes écrits;
Essayez une fois, en guise de prémices.
De jeter un seul nom à ces nobles comices.
Un seul nom, le plus beau que l'histoire sauva,
* On sait qae , dans les affaires de canonisation , deux avocats sont nommés d^office par le Saint-Siège ponr attaquer et défendre le bienheU' reux ponr leqnel on postule le titre de saint.
4Ut NÉMÉSIS.
Un nom étincelant : Net db la Moscowa !
Qu'au pied du Panthéon ce grand nom retentisse
Tout glorieux des coups d'une infAme justice ;
Oh I mille chars d*airatn, volant sur leurs essieux,
Descendraient pour porter sa grande image aux cienx ;
Une chaîne de mains coupant la ville entière.
Du Panthéon ouvert au lointain cimetière,
Comme un coup électrique irait au même instant
Transporter le corps saint au dôme qui l'attend ;
Eh bien I ce même nom d'auréole si grande,
Le premier à bénir sur la sainte légende.
Si Ton voulait savoir à quels degrés si bas
La tribune est tombée en d'ignobles débats ;
Ce nom, qu'on le prononce en face de ces hommes
Qui du large budget comptent si bien les sonmies,
Par un ordre du jour nonchalamment voté
Ds le rejetteront à l'unanimité :
Car ces honteux amis du pouvoir légitime
Ont respecté le bill qui frappe la victime,
Ds savent les égards dus au noble faubourg,
Et que le Panthéon est près du Luxembourg.
NOTES
Le Panthéon français.
M. Eusèbe Salyerte avait fait à la chambre une propositioa tendant à ce que le Panthéon fût rendu à sa première destination, qui est de servir de lieu de sépulture aux hommes qui ont bien mérité de la patrie. Cette destination justifie Fiascription qui se fait lire sur le monument , et que Ton doit à M. Pastoret père : Aux grands hommes la patrie reconnaissante. Mais , après plusieurs discussions fort orageuses , dans les* quelles nos députés voulurent rogner aux grands hommes morts leur part d'immortalité , la proposition fut retirée par son auteur, dans la séance du 17 mars 1832.