L'OBÉLISQDE ET LA COLONNE
Il est beau d'élever dans nos publics jardias
Ces spbkii mystéri^u, ces dteux de granit fose
Empruntés m désert que le vieux Kil arrose.
Ces graves Atiubis à tète de lioo,
Ces énigmes que lut notre GbâmpoHiM,
Ces alphabets <;Mqttts à travers taut de risquât
Et que notre œil ^lle au fftt des obélisques.
Cette mode est ancienne ; aussi, dam ses ^grutiia f«M,
Rome, que Wïm aimons et qu'on eite toi^oim,
Partout, au Champ de-Mars, au Cirque, à THiiqpodrmne^
Mêlait les dieuï d'Egypte aux dieui i^uveurs de Rome,
Et comme deux géans qui se donnent la maifi,
L'aiguille de Luxor touchait le fût romain/ •
Mais nos puissans aïeux ont des enfant étiques,
Nous ne pouvons rouler les colosses antiques.
Notre levier est faîMe ; imitateurs mesquins,
Quand nous avons conquis aux saWes africains
Quelque petit colosse orné d'hiéroglyphes,
Un gnomon; quelque sphinx mutilé Sur ses grftfes ;
Quand un fardier pesant traîné par vingt chcfraw
L'a porté sous le Louvre après mille travaux,
Alors rhaleine manque ; un obscur reliquaire
Engloutit les trésors de Mémplhis et du Caire;
Paris ne les voit pas ; les nobles dieux du M,
Gardant l'incognito, gisent dans un chen». **
♦ Ces obShquêt fkiPis à fÉgypiê, {LgsMêrty/9, 4e»«r^lM« de^ftoiHé
ancienne.)
** Pour ne citer que deux exemples à Tappui, il suffira de rappeler I« zodiaque de Denderah et le grand sphinx de granit rose. On sait qnVrrivcs depuis bien Ôes années, ils de^^nt einl^llir, r*n le Loi(v*fe, A Tautre quelque grande phfce flsbli^». HmUas! on veét, ott, p«ir lueaa dire, on ne voit pas le £aaieux xodiaqne dans une salle obscure et bass^ de la Bibliothèque du Roi : il en coûte deux francs de gratification. Le grand sphinx est relégué dans une basse -cour du tourne oh personne ne le voit.
Et pendant qae cet or, for da contribuable,
S'enfouit, pour des sphinx, dan»- les déserts de sable.
Qu'il va payer bien loin, dans les mains d'un pacha.
Quelque obélisque noir que Cambyse coucha»
Que le trésor public est encore à la gtee.
Les monumens tronqués du génie indigène.
Informes, désolant l'architecte aux abois.
Vieillissent tons, sans naître, en leurs cloisons de bois.
Eh ! de grâce, arrachez leur enveloppe obscène
A cea blocs avortés aux deux bords de la Seine ;
Puis, dites aux savans de prendre leur essor
Pour aller conquérir des pierres à Luxor.
Quoi 1 depuis près d'un an un ministre se pique
De nous faire un trésor au-delà du tropique ;
De traîner à grands frais une aiguille sans nom
Sur le sable où s'assied Tharmonieux Memnon ;
n explwe Hemphis, Luxor et Babylone,
Et chez nous, dans Paris, l'immortelle colonne
Au statuaire adroit , au fondeur breveté ,
Montre depuis vingt m<Hs son fût décapité !
D'Argout, qui vers le Nil prend souci d'un atome.
Ignore ce qu'on fait sur la place Vendôme,
Et si son Phidias sur sa colonne a mis
Notre Empereur d'airain qu'on nous avait promis 1
Quoi ! les journaux savans de notre ministère
Sur ce noble projet s'obstinent à se taire ;
Ib ne nous disent rien, eux qui, tous les matins,
A l'aiguille tfaébaine ouvrent leurs bulletins.
Et comptent avec soin, dans une longue phrase.
Tous les grains du désert que le œlosse écrase,
Lorsque, déraciné de son haut piédestal,
n se traîne pour fuir le rivage natal I
Cette aiguille est vouée à des honneurs insignes ;
Mais nous ne savons pas si, dans File des Cygne»,
Pour nous rendre au Cinq Mai le don qni nous est dû, Le bronze impérial dans le moule est fondu. 0 tètes de malheur, par la crainte bridées. Vous n'accouchez jamais que de fausses idées ; Destructeurs du bon sens qui, d'un regard si fier Démentez aujourd'hui vos promesses d'hier. Et louvoyez au vent qui vient de la Tamise, Rendez-nous donc enfin notre image promise ; Replacez sur le bronze, où rappellent nos cris, L'Homme de l'univers et le Dieu de Paris, L'Empereur étemel qui,.dans cette Palmyre, Sema la colonnade et tout ce qu'cm admire. N'est-ce pas honte à vous ? le Cinq Mai revenu Ainsi qu'au deriiier an verra le bronze nu, Et le vent portera, des deux rives du fleuve. Sa plainte anniversaire à la colonne veuve ! Cette dette d'honneur est à vous, payez-la ! Cet airain solennel qu'un Bliicher mutila. Ce livre déroulé de notre grande histoire N'a que trop attendu l'hommage expiatoire. Et quand ce sera fait, alors, que vos savans . Cherchent des muséum aux coins des Quatre vents, Dans les dunes de feu, dans les plaines humides. Qu'ils enlèvent des sphinx avec des pyramides, Qu'ils apportent TEgypte et son désert flottant ; Hais le Cinq Mai va luire et la colonne attend I...
C'est un martyr promis à la foi catholique : Il se signe d'horreur au mot dé république. Se pâme au souvenir du bon temps féodal,
tëk NÉMÉSIS.
iDstitte m caserMaa centre ifiM eiire.
Choisit poar ses pttrMS Beraief , StofDet, Lescttre, Boarmottt et Georges Cadondal.
Jogé par eontnmace aux denièret agoigcs» Il promène au hasard ses coorsea indéciaea D'Angers an Morbihan, de Bressaire à Chotet ; Dieu protège d'en haat sa vie arentnrière ; Bien ne manque ici->ba8 à qui fait sa prière
Et marche aree un pistolet.
• Homme simple de moaurs, il a dans ses usages Cette innocence d'or digne des premiers èges ; Le chapelet en main, dans ses nocturnes jeux, Il étrangle en riant la vierge qu*il déflore, Ou rôtit par les pieds un maire tricolore
Qui donna retraite à des Bleus.
C'est un saint ; chaque nuit, escorté de ses braves. Du citoyen paisible il défonce les caves. Sanctifie, en buvant, de sacrilèges vins ; U sait qu'il gagnera de larges indulgences S'il pointe son fasil au front des dHigenoes, S'il ensanglante les ravins.
Pour conserverie culte et la foi de ses pères, n prend son domicile au fond des noirs repaires Où l'on ne dit jamais ni messes ni sermons ; Et pendant qu'on célèbre, à la lueur du cierge, Sous le clocher natal l'office de tu Vierge, Il vague par vaux et par monts.
Dans la liste des noms qu'il honore et qu*ilainie, Il n'a que Charles-Dix et le duc d*Angoulè«e,
Et puis ce jeune lis de tout suave odeur ; II suspend à son cou Fauthentique médaille Qui montre Ëliacin dans sa petite taille Et sa merveilleuse laideur.
Oh I pour ce vagabond jamais assez d'éloges. Jamais assez de place aux saints martyrologes ; Qu'on le béatifie au premier sanhédrin, Odorant comme Job, pauvre comme saint Labre, Bott CMume on traiqiiaiit des forêts de Calabre, RoryaNste comme Mandrin.
Ministres tout-puissans dont le bras nous gouverne. Bien ! veillez sur ce preui dans sa sainte caverne, Que la marge du fisc vienne essuyer ses pleurs ; Voilà le vrai Français, avec ses mœurs civiles ; Jamais il n'alluma d'émeute dans les villes, Et ne porta les trois couleurs.
A MM. LES SOUSCRIPTEURS
C'est avec nn profond sentiment de regret qne TAntenr annonce le dernier terme de la Némcsis. Il a lotté pendant un an contre les chicanes da Parqaet et les sourdes tracasseries de la Direction des Domaines ; il continuerait encore sa tâche pénible à travers tant d*épineuses difficultés : mais exténué par ses veilles continues, averti par le délabrement de ses forces physiques , illui serait impossible de poursuivre ses publications. Le succès rapide et imprévu de cette entreprise, Thonorable confiance qui Pavait accneillie, aggravent encore la doaleur de ce sacrifice. M. Barthélémy prie ses fidèles souscripteurs d'agréer Texpression de sa vive et étemelle gratitude.
Némésis cessera de paraître après la 5«® livraison.
Les personnes qui auraient payé un excédant de souscription voudront bien se présenter au barean de Némésis pendant tout le mois , ik partir du a avril prochain; elles seront remboursées sur Vexhibition de leurs quittances d'abonnement,
456 NÉMËSIS.
NOTES
Ot «nigniM qoe lut notre Cbamp<^ioB.-
M . ChampollioD jeune , on des membres les plas dtstingaés de TÀcadémie des Inscriptions, et célèbre par ses ti^avaux sur les antiquités égyptiennes : il est mort il y a deux ans.
Montre depnit Tingt mois son iki décapité.
Ce n'est que le 5 mai 1833 que la statue de Napoléon fut replacée sur la colonne.
Mais nous ne savons pas si dans Tile des Cygnes...
L'de des Cygnes n'existe plus : elle a été rattachée à la rive gauche de la Seine ; c'est là que sont les ateliers de fonderie du gouvernement.