‹ OEuvres de Berryer. Discours parlementaires (volume 2)Chapitre 13 sur 104 · BUDGET D£ 1851. * AGRICULTURE ET COMMERCE · texte numérisé non relu

BUDGET D£ 1851. * AGRICULTURE ET COMMERCE

cours d'études est de trois ans. Sur les cinquante- six^ iJ y en a dix qu'on a retenus.pour leur faire faire une quatrième année ; il y en a treize sans emploi depuis leur sortie ; sept, qui n'ont fait connaître en aucune manière leur destination; trois employés par leurs pères; un soldat ; douze, employés par l'État; et dix employés dans l'industrie privée. Il y en a un qui a un emploi de i,SOO fr. ; un autre de 800 ^fr. ; un qui gagne de â fr. 75 à 3 fr. par jour; un autre^ i fr.GO; un autre^ i fr. 40 ; un autre, i fr. 30 ; . et d'autres, dans des positions moins avantageuses.

Je TOUS donnerai connaissance des faits vérifiés par le gouvernement. Cette situation a frappé la commission. Qu'est venu dire iM. le ministre ? A aucune époque la commission du budget n'avail dit : II faut supprimer telle école ou telle autre ; la commi^ion du budget avait dit : Il ne s'agit pas seulement de la dépense qui est considérable, il s'agit du nombre des élèves qui excède les besoins, il s'agit de ne pas ras* sembler des jeunes gens au nom de PÉtat pour ue pas leur créer un avenir certain, voilà ce qui a frappé la commission. (Très-bien I très-bien I)

M. le ministre, dans le sein de la commission, a dit qu'il renonçait à la suppression d'une des trois écoles; il a reconnu, d'ailleurs, comme nous, la nécessité de changer l'organisation de ces écoles en raison de la mauvaise position que les jeunes gens qui en sortent ont aujourd'hui.

Voilà en quoi nous nous sommes trouvés d'accord avec M. le ministre. Mais quenous a-t-il proposé? Il nous a proposé de changer complètement l'organisation des trois écoles, d'avoir trois écoles où il y aurait un enseignement distinct et séparé, et où le prix serait différent en raison de lu spécialité de l'en-

seigncmcnt que les jeunes gens seraient appelés à suivre. Qu'ainsi^ dans ujie école, on ferait de simples ouvriers, et que là le prix de la pension serait à trèsbon marché ; que, dans une autre école, on ferait des contre-maîtres et des chefs d^atelier, en graduant le prix en raison de renseignement qui serait donné.

Ce système nous a paru n'être pas d'une exécution facile ; nous avons fait nos objections à M. le ministre et nous avons trouvé que M. le ministre était d'accord avec nous sur la nécessité d'apporter des améliorations dans l'organisation des écoles, et sur la nécessité d'y apporter des économies ; car, dans le système qu'il se proposait de développer, il disait qu'il en résulterait de notables économies. Dans cette situation, la commission du budget a proposé, sur ce chapitre, une réduction de 84,000 fr.

La commission du budget, en proposant celte réduction, ne prononce la suppression d'aucune des trois écoles en particulier, ni même d'aucune d'elles, car chacune coûte de 325 à 340,000 fr. Elle a demandé cette réduction pour amener l'administration à des réformes que l'état des choses rend évidentes; encore bien qu'elle ne crût pas que la réforme projetée par le ministre fût bonne, encore bien qu'elle y fit des objections, elle a vu dans les dispositions du ministre l'intention d'économie et de réformation, et c'est dans ce but, et pour déterminer un acte de l'administration, un acte du gouvernement qui perfectionne ce qui est encore si vicieux à nos yeux, dans l'état actuel des choses, que la commission vous propose une réduction.

Plusieurs voix Sur quoi portera-t-elle?

M. LE Rapporteur. Sur l'ensemble du chapitre.

BDDGBT DE 1851. — AGRICULTUnE BT COMMERCE. 61

M. Gharras. Comment I sur l'ensemble I

M. LS Président. Monsieur Charras, vous n'avez pas la parole.

M. LE Rapporteur. Je vais vous donner une justification des chiffres.

H. BARTHELEMY Saint-Hilaire. Pourquoi 84,000 fr. plutôt qu'une autre somme ?

M. LE- Rapporteur. C'est 70,000 fr. ajoutés aux 14,000 fr. de Tannée dernière.

On s'élève contre une réduction faite par la commission quand il s'agit de déterminer par là et d'amener l'administration à entrer dans des actes qui sont reconnus nécessaires et que l'administration elle-même reconnaît nécessaires.

La commission du budget n'a que cette arme, elle n'en a pas d'autres ; c'est même l'arme de l'assemblée, pour déterminer le gouvernement à faire ce que Ton croit utile dans tous les intérêts. (Exclamations diverses à gauche. — Approbation à droite.)

J'entends retentir sur tous les bancs qu'elle n*a d'autre intention que de détruire, d'anéantir... .

A gauche. Oui I oui !

M. LE Rappurteur. Cette accusation est fausse, elle est injuste.

Voix a droite. C'est une calomnie.

M. LE Rapporteur. A chaque arlicle.de tous les budgets nous avons, avec soin, avec réserve, avec sagesse, proposé des économies que nous avons crues praticables^ des économies qui sont sans cesse demandées par vous, dont vous vous faites forts devant le pays d'être les défenseurs les plus persévérants, les plus assidus... (Interruptions à gauche. — Approbation à droite.)

62 DlSCOCAS PAtlLEMËNTAltlËS. — 1850.

M. LE Président. Monsieur Baudin, vous ioterrompez souvent I

M. LE Râpporteue... L'économie n'est donc pour vous qu'une vaine parole, puisque toutes les fois que vous vous trouvez en présence, vous la repoussez^ vous n'en voulez pas la réalisation. (Nouvelles interruptions à gauche.)

M. RiCHARDET. Pourquoi avez-vous voté lés trois millions?

M. LE Président. Je vous rappelle à l'ordre.

M. LB Rapporteur. Vos interruptions ne m'empêcheront pas de développer ma pensée, et probablement vous n'entendez pas m'imposer silence.

Un membre a gauche. £t le chapitre de Saint- Denis ?

M. LE Rapporteur. Le chapitre de Saint-Denis a été maintenu comme une chose utile, honorable, nécessaire. (Approbation à droite. — Agitation et interpellations à gauche.)

M. LE Président. Monsieur Mathé, n'interrompez pas.

M. LE Rapporteur. Nous avons maintenu tous les établissements respectables, éminemment utiles (Rumeurs à gauche.), et dans un pays où on a le sentiment de ce qui est nécessaire, dans un pays où il y a une religion et un Dieu, dans un pays où il n'y a pas de religion sans clergé, pas plus que de justice sans juges, dans ce pays il faut une grande et noble retraite pour ceux qui sont chargés de la haute mission de l'épiscopat placé au-dessus de tout le clergé catholique. (Approbation à droite. — Interruption à gauche.)

M. LE Président. Monsieur Hochstuhl , je vous rappelle à l'ordre.

M. LE Rapporteur. Le premfer de tous les besoins

BUDGET DE Itôl. — AGRICULTURE ET COMMERCE. 63

pour un peuple est la satisfaction de tout ce qui est nécessaire à la dignité, à la majesté et à Tautorité de son culte.

Maintenant vous ne parviendrez pas, ni par des clameurs ni par des interruptions, à imputer à la commission du budget des sentiments qu'elle n'a pas ; et tout à l'heure vous venez d'avoir une preuve évidente de son respect pour les tentatives d'instruction qu'on peut espérer devoir être utiles. Nous avons examiné des établissements qui existent depuis longtemps, dont nous pouvons apprécier les conséquences par une longue expérience ; nous connaissons les fruits qu'ils ont portés, et voilà le jugement que nous avons exprimé sur les écoles d'arts et métiers ; mais quand nous avons vu des établissements qui sont naissants, que vous avez sollicités avec ardeur^ sur les conséquences desquels, sur les fruits desquels il est au moins permis d'avoir des doutes, tous ces établissements agricoles, si nous étions en effet des ennemis de tout enseignement^ est-ce que nous n'aurions pas fait des économies sur les 2,499,000 fr. qu'on vient de voter pour des établissements dont les hommes les plus éclairés ont dit qu'ils n'espéraient rien? Mais la commission du budget s'est dit : Il n'y a pas de besoin plus impérieux que celui du perfectionnement de l'agriculture en France; on a cru, on s'est fait peut-être illusion, mais enfin on a cru qu'en fondant ces écoles d'agriculture, qu'en appelant des élèves à l'institut agronomique de Versailles^ dans les écoles régionales d'agriculture, dans les fermes-écoles, on perfectionnerait, en effet, l'agriculture en France^ on étendrait la science agricole^ et que la France pourrait parvenir à des perfectionnements qu'il est si fâcheux de ne pas éveiller

64 DISCOURS PARLEMENTAIHES. — 1850.

sur un territoire aussi riche, aussi favorisé du ciel que le sien.

Il ne faut pas, parce que les commencements sont mauvais, parce que les résultats sont peu satisfaifaisants, parce qu'ils ne répondent pas aux espérances qu'on avait au moment où on a eu la pensée de ctéer ces établissements-là, il ne faut pas les arrêter dans leur cours ; il faut que Texpérience s*en fasse, et la commission du budget a accordé la totalité du crédit demandé, parce qu'elle a voulu qu'il fût fait expérience; mais^ dans deux ans, dans trois ans, dans quatre, quand il y aura une durée appréciable comme celle des écoles dont il s'agit ici, et quand l'expérience nous en aura fait connaître les résultats, s'ils sont aussi déplorables, nous dirons qu'il ne faut pas y sacrifier inutilement l'argent des contribuables. (Très-bien I très-bien I)

M. LE Président. La parole est à M. Corne.

H. Corne. La question qui s'engage^ • vous le sentez à l'émotion même qui s'empare de rassemblée, a une grande gravité. Je me rappelle ce que H. le rapporteur a répondu à Tinlerpellation de l'honorable M. Roux-Carbonnel.~ S'agit-il, oui ou non, de la suppression d'une des trois écoles? Oui, a-t-il répondu. (Non ! non 1) Nous l'avons tous entendu ; j'adjure tous les membres qui sont sur ces bancs, et M. Carbonnel lui-n;iéme, de me dire si M. le rapporteur n'a pas dit oui. 11 s'agit donc de la suppression d'nne de ces trois écoles. (Non I non I)

Cela a été dit, le Moniteur en a fait foi.

M. LE Rapporteur. Je ne nie aucune de mes paroles; j'ai dit oui, mais je m'expliquerai.

M. Corne. Je n'ai pas dit autre chose. Il s'agit donc de la suppression d'une des trois écoles, et on

Page 1