‹ OEuvres de Berryer. Discours parlementaires (volume 2)Chapitre 18 sur 104 · INTERPELLATION DE M. DE RÉMUSAT · texte numérisé non relu

INTERPELLATION DE M. DE RÉMUSAT

nous avons eu un ministre des affaires étrangères qui, dans une occasion solennelle, placé en face de la puissance la plus jalouse et de notre honneur, et de notre liberté, et dfe notre prospérité, a pu, avec une noble fermeté, obtenir pour son pays les satisfactions qu'il avait le droit d'exiger*. (Applaudissements.) Et cependant c'est ce ministre glorieux, dont Pacte demeurera comme un acte mémorable dans les annales de la diplomatie française, qui a cessé de faire partie dut^abinet. Pourquoi ? je le demande aux ministres.

M. Lebreton. Pour faire place à Tambassadeyr qui a négocié!

Yoix NOMBREUSES. N'interrompez pas I à Tordre 1

M. Berrybr. Je sais ce qu'on veut dire par ces mots : « pour faire place à l'ambassadeur, » c'est-àdire pour faire place à celui qui avait obéi, à celui qui avait dû se conformer strictement aux ordres qu'il avait reçus. J'aimerais mieux, quant à moi, voir au cabinet celui qui a su commander que celui qui a su obéir, si bien que ce soit. (Mouvements divers.)

M. Briffault. Celui qui commandait, obéissait luimême, comme ministre, au chef du pouvoir exécutif.

M. Berryer, J'achève, et je parle du décret qui est le premier acte du ministère, du décret délibéré en conseil des ministres et qui est ce matin dans le Moniteur.

J'aurais compris qu'après de longs mois écoulés avec calme^ lorsque la sécurité est rentrée dans beaucoup de cœurs, lorsque les intérêts légitimes reprennent leur développement et leur action, lorsque le travail a retrouvé son activité, lorsque toutes les classes respirent des fatigues et ont l'espérance des bienfaits du travail pratique, opposé aux vaines théories qui le

* Le général de la HiUe.

ruinent et Tappauvrissent, j^aurais compris, dis-je, qu'alors on fût venu dire à cette assemblée :

Une armée sous Paris, une armée de Paris n'est plus nécessaire, nous vous proposons une loi pour décomposer l'armée de Paris et réformer le décret du mois de juillet 1849. J'aurais compris ce langage; mais qu'on laisse les choses dans cet état et qu'il ne s'agisse que du changement d'un homme, que de la substitution d'un chef à un autre pour le môme ordre de choses et pour le même commandement, il est impossible que le ministère ne rende pas compte de cet acte, surtout quand l'homme qu'il s'agissait de déplacer, et qui a été déplacé ainsi, a été l'objet d'un vote la semaine dernière, et quand c'est en effet ce vote qui a déterminé la démission du ministère. Je demande, encore une fois, que l'on complète la réponse à l'interpellation de l'honorable M. de Rémusat ; je demande qu'on explique les causes de la démission totale du cabinet; je demande pourquoi la moitié du cabinet s'est séparée; je demande pourquoi on a bravé le danger, tout en disant que cette assemblée a sauvé la France, le danger de la diviser comme s'est divisé le cabinet; je demande pourquoi on s'est Qxposé à ces périls, et on s'est jeté dans cette aventure.

On en donnera les raisons, et nous devrons tous répondre aux raisons données; personne ne refusera de s'expliquer; c'est un devoir envers le pays, envers nos collègues, envers la nation tout entière, envers l'avenir, je ne ferai pas faute à ce devoir : qu'on me demande compte, pour ma part, de ma conduite, je n'éprouverai pas le moindre embarras, je m'expliquerai en ne cachant rien de mes plus secrètes pensées. (Vive approbation et applaudissements à droite.)

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