DISCUSSION SCR LE RAPPORT DE M. LANJUINAÎS
L'assemblée adopta Turgeuce sur la proposition de M. de Rémusat, et la propositfon elle-même, a une majorité de 57 voix (330 contre 273).
En conséquence, une commission fut nommée, qui choisit M. Lan« juinais pour rapporteur.
Séance du \h janvier \%h\,
M. Lanjuinais lut son rapport à l'assemblée dans la séance du 14 janTÎer. La commission proposait un ordre du jour ainsi conçu :
<c L'assemblée nationale, tout en reconnaissant que le pouvoir a exécutif a le droit incontestable de disposer des commandements « militaires, blAme Tusage que le ministère a fait de ce droit et dé- « dare que l'ancien général en chef de Tarmée de Paris conserve « tous ses titres au témoignage de confiance que l'assemblée lui a a décerné dans la séance du 3 janvier. *
La discussion commença le lendemain 15 janvier. M. Barocbc soutint de nouveau la légalité des actes du pouvoir exécutif; puis, prenant l'offensive, il répondit aux reproches à* aspirations impéria^ listes par des accusations de tendances orléanistes et légitimistes, rappelant à ce propoS les voyages accomplis l'année précédente à Wiesbaden et à Claremont.
M. Berryer intervint dans la discussion.
M. Berryer. Messieurs^ sans rentrer dans la discussion et dans le détail des faits^ que je crois maintenant suffisamment connus et suffisaniment appréciés par chacun des membres de celte assemblée, mais sans négliger de répondre à des interpellations qui me sont personnelles, d'expliquer devant vous, devant mon pays, toute la conduite que j'ai tenue, sans illusion comme sans oubli de mes devoirs, je viens dire à l'assemblée par quel ordre de graves motifs et par quelles considérations générales sur l'ensemble de notre situation, je suis décidé à m'associer au vote le plus sévère contre le dernier acte du gouvernement. (Écoutez I écoutez !)
Je ne veux pas discuter la question du droit constitutionnel. Cette question n'est vraiment soulevée
par personne. Et, d'ailleurs, bien mieux que moi, M. le ministre des afl'aires étrangères pourrait dire combien, sous la monarchie, l'exercice d'une prérogative incontestable, pour la simple révocation d'un chef de division, a soulevé dans la chambre des députés... (Rires prolongés d^approbation sur un grand nombre de bancs.)
Messieurs, je crains d'avoir à fournir une longue carrière; je suis fatigué, je puis être exposé à déplaire à beaucoup de membres de cette assemblée, peutêtre môme à quelques-uns de mes amis ; je demande à l'assemblée, dans ce sérieux et profond débat, de m'interrompre le moins possiblepournepasprolonger la trop longue durée de mon discours. (Parlez ! parlez !)
Je disais qu'un autre que moi dirait mieux combien une simple révocation de fonctions subalternes a causé, sous la monarchie, dans la chambre des députés, a soulevé dans le pays de sérieux débats et de vives animations politiques.
L'acte du gouvernement est condamnable, selon moi, parce que, à. moins de fermer les yeux, il est évident qu'il se lie à une suite de faits qui manifestent une tendance trop réelle à précipiter un changement politique que je redoute, que l'on doit redouter pour la paix intérieure comme pour la dignité du pays au dehors (Très-bien !) ; qu'il faut redouter pour les souffrances publiques, car si cette entreprise persévérait, si cette entreprise s'achevait, elle ouvrirait sur nous un déluge de maux, un déluge de misères incalculables. Mais surtout, et quant à présent, dans la résolution des ministres, je vois un acte grave et condamnable, parce que, malheureusement, il doit avoir pour effet de déchirer la majorité, (Mouvement.)
Messieurs, nous en avons déjà la preuve dans ce
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débat. Nous vivons depuis trois ans de Tesprlt et des actes de la majorité. Si le Gouvernement a été sage, si le pays s'est pacifié, si la prospérité, je veux dire si l'activité de Tindustric, du travail a commencé à renaître, on le doit à l'union, à la force^ à l'influence^ je n'hésite pas à le dire, à l'ascendant de la majorité. (Très-bien ! très-bien I) C'est donc un acte politique coupable que de se jeter avec témérité dans le péril de briser cette majorité salutaire. Et la première conséquence du mal, c'est de nous amener à une discussion prématurée dans des circonstances, et en présence de faits qui aigrissent les esprits, c'est de nous obliger à discuter, avant le temps, toutes les questions qui touchent à notre situation, aux partis, à la Constitution, à l'avenir. (Mouvement.)
Cependant, messieurs, quand des imputations, quand des accusations sont ainsi soulevées, une telle discussion est inévitable, elle est nécessaire. Nous avons tous besoin d'être ici à côté les uns des autres , animés du, respect de nous-mêmes et du respect les uns des autres; nous devons tous, tous être connus ; et, puisqu'on nous appelle à parler de toutes choses, le moment est venu de tout dire; il faut que, devant le pays, notre juge à tous, toutes les intentions, toutes les convictions soient sincèrement examinées, sincèrement présentées, complètement connues I (Sensation.)
Laissons de côté un langage antipathique à notre vie toute publique ; laissons de côté ces mots de conspiration, de complot, de conspirateur : c'est un mauvais langage, c'est un mauvais souvenir des plus mauvais jours. Ce qui*se passe sous nos yeux, ce qui nous préoccupe tous, c'est l'activité, c'est la vie, c'est l'intelligence des partis, tels qu'ils existent, tels qu'ils doivent exister, tels qu'ils ont été faits par les évé-
nements que nous avons traversés dans nos révolutions successives, la République, l'Empire, la Restauration, la royauté de Juillet. Ces partis, ils sont debout, ils sont en présence, et nous sommes à la veille du rendez -vous à jour fixe, qui nous a été donné par la Constitution elle-même, pour la reviser, pour la modifier en totalité ou en partie. Est-ce dans une pareille situation que vous vous étonnerez des efforts de toutes les convictions honnêtes, de toutes les convictions inspirées par Tamour du pays, de toutes les convictions éclairées par Texpérience et par rétude approfondie des besoins de la nation, que vous vous étonnerez de ce que vous appelez une agitation, une manifestation, un complot?
Non I non ! il n'y a rien là, je le répète, qu'un des résultats de notre situation politique; il n'y a rien là que le travail, l'agitation naturelle d'une société libre, mais encore dans un état, je n'hésite pas à prononcer le mot^ précaire, transitoire. (Agitation à gauche.)
M. DE Lamartine. Je demande la parole. (Sensation.)
M. Berryer. Messieurs, ce dernier mot blesse...
M. Canet. Profondément môme.
M. Victor Lefranc. 11 éclaire.
Sur les bancs supérieurs de la gauche. Non ! non î il ne nous offusque pas.
M. Berryer. Ce dernier mot blesse ; il a offusqué la commission elle-même.
M. Lanjuinaiô, rapporteur. Dans la bouche du gouvernement.
M. Berryer. Veuillez ne pas m'interrompre, je vous prie. •
Ceci est tellement grave que je demande la liberté
de ma pensée pour ne rien vous cacher de ce que je dois et de ce que je veux vous dire.