DISCUSSION SUR LE RAPPORT DE U. LANJUINAIS
Voix nombreuses. Parlez I parlez !
A GAUCHE. Et ne cachez rien !
M. Berrter. Écoutez-moi, je ne tairai rien. Qui veut avoir la liberté de parler, de scruter la conscience de ses concitoyens, doit avoir la dignité de tout écouler, de tout entendre avec calme. (Très-bien !)
Transitoire, oui ! le mot ne vous plaît pas, je le crois bien I Mais il faudrait fermer les yeux à Tévidence, mais il faudrait vouloir chercher sa sécurité, chercher sa satisfaction dans les mots et non pas dans les choses, pour trouver quelque chose de définitif dans notre situation actuelle. Vous le reconnaissez, vous, assurément, qui proclamez tous les jours que l'état dont vous voulez, ce n'est pas la Constitution telle que vous l'avez, mais la Réjmblique sociale; et la nation tout entière, le 10 décembre, quand, par 6,500,000 voix, elle a élu celui qu'elle a élevé à la présidence, elle l'a fait sans crainte, elle l'a fait à l'aspect de tout ce qui a précédé le jour de l'élection, elle l'a fait en se complaisant peut-être dans les souvenirs étroits qui lient invinciblement le nom de Bonaparte à la fin de la première république. (Mouvement.)
M. Pierre Bonaparte. Le nom de Napoléon ! (Interruption prolongée.)
M. Berryer. Et le gouvernement lui-môme, dans ce message qu'on a tant applaudi, dans ce message dont on a tant parlé, que dit-il? De quoi parle-t-il, si ce n'est de Vinstabilité des institutions que renferme la Constilulion, si ce n'est du besoin et du droit de la reviser ; si ce n'est, je reprends les termes, du changement des lois fondamentales ; si ce n'est enfin, c'est encore Texpression, de ^attente d'une volonté nouvelle de là nation ?
Oi DISCOURS PARLEMENTAIRES. — 1851.
Messieurs, ne disputons plus sur les mots; arrêtons-nous à la réalité des choses ; nous sommes dans une situation précaire et transitoire. (Mouvement en sens divers.)
On a dit que cet état de choses est celui qui nous convient, parce qu'il nous divise le moins ; oui, quand les partis sont debout ; mais il faut dire pourquoi, il fayt le dire avec douleur, c'est que, dans la vérité, cet état de choses, c'est l'absence ou plutôt la négation de tout gouvernement.
Un tel état de choses, il est évident, pour tout homme ami de son pays, qu'il ne peut pas se prolonger et qu'il ne se prolongera pas. (Quelques rires à gauche.) Gela est évident, c'est le plus grand de tous les périls; car, dans cette vie précaire, vous ne pouvez pas engager une discussion un peu sérieuse sur vos intérêts, sur votre situation, sur votre avenir, sans ébranler profondément tous les pouvoirs, toutes les autorités publiques de ce pays ; et sans la force, sans le respect, sans la dignité, sans l'ascendant des institutions, il n'y a aucun ordre possible de société sur la terre.
J'ai entendu dire tout à l'heure que cette situation de la république, il la fallait imputer aux hommes monarchiques, aux royalistes, et qu'il y a dans cette assemblée un nombre immense d'hommes monarchiques, de royalistes comme je le suis. (Marques d'étonnement et rumeurs prolongées à gauche. — Adhésion sur plusieurs bancs de la droite.)
Un membre a gauche. On peut donc crier ici : « Vive le roi I »
M. Berryer. Mais nous imputer cet état de choses, on n'en a pas le droit. Examinez notre conduite depuis trois ans. (Vive interruption à gauche.)
DISCUSSIQN SUR LB HAPPORT DE H. LANJUlNÂlS. 95
Voix diverses a l'extrême gauche. Que fait donc M. le Président?.... Censurez donc, monsieur le prédent ! (Réclamations à droite.)
M. Berrter^ s'adressant à la gauche. Allons i vous avez raison.... Je donne raison aux interrupteurs.
M. Pelletier. Parlez-nous de vos amis les Autrichiens ! (Exclamations et murmures à droite.)
M. Baudin. L'heure de la révision n'est pas encore venue i (Vive agitation et murmures sur les bancs supérieurs de la gauche.)
M. Berryer. Je donne raison aux interrupteurs.
M. le Président. Laissez donc la liberté de parler ; M. de Lamartine répondra.
M. Berryer. Personne ici ne m'a jamais entendu, sur mon banc, faire une seule interruption à un orateur ; personne, jamais! (Murmures à Textrôme gauche.)
M. le Président. Laissez donc le président faire son devoir. C'est vous seuls maintenant qui troublez Tordre. Respectez la liberté de la tribune.
Voix A l'extrême gauche. Comment ! on va nous censurer parce que d'autres crient : Vive le roi I
M. LÉO DE Laborde, s' adressant à V extrême gauche. Vous vous êtes déclarés socialistes à la tribune.
M. LE Président, à M, Léo de Laborde, Vous voulez donc faire le pendant? (On rit.)
M. Berryer. Je répète que Ton veut imputer aux hommes monarchiques cette situation de la république. J'ai mis trop de concision dans la forme, en parlant de mon royalisme, on ne peut s'y tromper, et, si vous le voulez, je dirai : Royaliste dans mes convictions, dans mes opinions, comme je l'ai été, comme j'ai dû l'être pendant cinquante-huit ans de ma vie. (Mouvement.)
Je disais : Examinez notre conduite depuis le pre-
mier jour. Et, d'abord, qu*il me soit permis de dire que je n'ai menti à personne, que je ne me suis pas menti à moi-môme, lorsque j'ai sollicité dans le département des Bouches-du-Rhône Thonneur de faire partie de l'assemblée constituante; j'ai dit, j'ai écrit, j'ai imprimé ceci : « La révolution nouvelle ne fait pas de moi un homme nouveau ; je demeurerai sous la république, comme sous la monarchie, profondément attaché au pays et vigilant pour les intérêts vrais du pays. »
Mais assis ici dans les rangs de la majorité, quelle a été notre attitude? Que n'avoDs nous pas fait pour soutenir, dans l'intérêt de la société ébranlée, menacée, que n'avons-nous pas fait pour soutenir le gouvernement tel qu'il était alors? Quel concours, pour appuyer toute tentative de maintenir l'ordre ! quel concours, pour ramener les affaires dans une sphère de vérité, dans un ordre de raison et dans une activité de travail ! quel concours pour rétablir l'ordre dans les finances et empêcher des désastres à jamais regrettables ! Quel jour avons-nous manqué au pouvoir ? quel jour ne l'avons-nous pas secondé, toutes les fois qu'il a exprimé des intentions honnêtes?
Est-ce notre faute à nous, hommes monarchiques, comme vous nous appelez, si la commission executive a disparu, a été emportée dans la tempête du mois de juin (848, dans cette terrible et déplorable catastrophe? Est-ce notre faute, à nous, est-ce la faute de la majorité, si, du sein même de la commission executive, on est venu nous proposer, nous demander de lui substituer un pouvoir nouveau? Et ce pouvoir nouveau, quel appqj lui a-t-on refusé? quel secours ne lui a-t-on pas donné ?
M. Cavaignac. Je demande la parole.