‹ OEuvres de Berryer. Discours parlementaires (volume 2)Chapitre 21 sur 104 · DISCUSSION SUR LE RAPPORT DE M. LANJUINAIS · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LE RAPPORT DE M. LANJUINAIS

M. Bbrrter. Quelle loi ne lui a-t-on pas accordée ? Que d'abandon, que de confiance pour ce nouveau pouvoir ! Est-ce notre faute, à nous, quand toutes les forces lui étaient remises pour la préservation de la société, pour la consolidation même de la république dont il était et dont il est un des plus sincères défenseurs, est-ce notre faute, à nous, si, au bout de cinq mois.... je ne veux pas ici offenser M. le président de la république, Dieu m'en garde 1 j'ai pour lui une affection très-vraie, et qui date de longues années ; elle ne m'a pas déterminé à voter pour lui le 10 décembre, elle ne m'aveugle pas sur l'avenir qu'il se prépare ou sur l'avenir qu'il peut préparer au pays; mais cette affection me ferait rougir, cette affection me blesserait intérieurement, si je me laissais entraîner à lui adresser des paroles qui pourraient ressembler à un outrage; je ne dis qu'un mot : ce n'est pas notre faute, à nous, si au 10 décembre, le pouvoir nouveau ayant été soutenu, appuyé pour qu'il donnât toute garantie à la société française et à la république, ce n'est pas notre faute si la nation, à une immense majorité, a remplacé par un nom, par un grand nom, embrassant ainsi une ombre d'hérédité, a remplacé^ dis-je, une valeur personnelle trèséclatante et tout à fait incontestable. (Très-bien !)

Et, je le demande à ces hommes qui ont traversé le pouvoir depuis 1848, s'ils Jettent leurs regards sur le passé, en se rendant compte de leur conduite, je ne dirai pas en se laissant aller à l'ambition, mais en envisageant la possibilité de revenir au maniement des affaires, croient-ils donc qu'ils retrouveront jamais dans une assemblée un concours plus sincère, plus loyal, plus constant que celui qui leur a été donné par la majorité?Ne sentent-ils pas, malgré eux^,

en pénétrant dans les entrailles du pays, en voyant ce qu'i! y a au fond de cette vieille France qui ne date pas de trois ans, qui date de quatorze siècles, au fond des habitudes, des mœurs, des besoins de cette nation française, ne sentent-ils pas que, malgré eux, malgré la noblesse, la générosité de leur âme, ils seraient entraînés, malgré eux je le répète, dans un système de violence et peut-être bientôt de spoliation devenu nécessaire pour briser les obstaclçs? Oui, malgré eux, les plus honnêtes gens ouvriraient la porte au socialisme... (Sensations diverses.)

A GAUCHE. Ah ! voilà I

M. Berrter. Je ne prononce pas ce mot pour entrer dans une discussion tant de fois agitée au sein de cette assemblée.

Pour moi, j'appelle soeiûli$$ne cet assemblage de théories vulgaires, insensées, épuisées, qui se sont produites dans tous les siècles, chez tous les peuples, toutes les fois que les forces de la société ont été affaiblies, amoindries^ impuissantes; j'appelle fodalistne cet amas de mensonges qui fait appel aux plus détestables passions, qui menace tout, en attaquant et la propriétés et la religion, et la famille, et, par une conséquence nécessaire, demande la transformation absolue, la ruine de la société.... (Rires ironiques à l'extrême gauche. ^— Vif assentiment sur les bancs de la majorité.)

A DROITS. Vous pouvez rire, mais c'est bien cela.

M. Berrtbr» Nous ayons vu ce danger, nous le voyons encore ; nous ne nous laissons pas endormir par un moment de calme, obtenu par de si pénibles efforts et de si généreux dévouements; nous ne songeons et nous n'avons songé qu'à une chose, à constituer, à consolider, à organiser la résistance, la ré-

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sistance au nom de tous et dans le seul intérêt de la société... (Rires et murmures à gauche.)

A ces mots, je vous entends : « La résistance, c'est la pensée rétrograde^ c'est la pensée routinière : nous voulons le progrès, nous demandons le progrès, n Eh bien ! laissez-moi vous dire ma pensée tout entière, sincèrement, telle qu'elle est arrêtée irrévocablement dans mon esprit, depuis que je vois les choses de ce monde et la vie politique.

Le progrès, pour une vieille société, agrandie, enrichie par le développement de tous les intérêts, par la rivalité de toutes les possessions et de toutes les aptitudes à posséder, le progrès, pour une telle société, le progrès réel, le progrès unique, c'est la puissante union des libertés publiques et d'un pouvoir fort et incontesté. (Murmures approbatifs.)

Voilà le progrès des sociétés vieillies, il n'y en a pas d'autres; tout le reste est mensonge, tout le • reste est péril, tout le reste mène une société à la mort. (Sourdes rumeurs. — Silence I silence !)

Oui, telle a été notre conviction ; le gouvernement parlementaire, nous avons voulu le maintenir, nous voulons le défendre, et pour le présent et pour l'avenir ; nous ne connaissons pas d'autres ressources au pays, et tous mes efforts, pour ma faible part, tous mes efforts ont été d'assurer l'union de ces éléments divisés de la société, de former un point d'appui, une armée de résistance, en rasisemblant tout ce qu'il y a d'intelligences honnêtes, actives, dans ce pays, tout ce qu'il y a d'hommes éclairés et expéri-^ mentes,* tout' ce qu'il y a d'hommes possesseurs d'intérêts légitimes, de les unir, oui... ; et si l'on veut, oubliant les divisions que les révolutions passées ont faites, si l'on veut surmonter les ressentiments, les

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préventions que ces révolutions ont pu jeter dans les cœurs, de cette hauteur, messieurs, on voit trop clairement que dans notre patrie, si menacée et si malheureuse, il n'y a de divisions réelles qu'entre les hommes et non point entre les choses ; qu'il n'y a de divisions que dans des vues, des situations particulières^ mais qu'il n'y en a point sur le fond des pensées, sur le fond des intentions, sur le fond des principes, qui doivent dominer et protéger cette société. Oui, demander l'union, demander la fusion, pour dire le mot, de tous les partis que les événements passés ont irrités les uns contre les autres, c'est vouloir restituer à la société les forces qui lui appartiennent, et qu'elle ne peut reconquérir que par notre accord le plus complet.

Oui, il n'y a pas ici de légitimiste, ou d'orléaniste, ou de républicain modéré, il n'y en a pas un qui conteste maintenant et qui repousse un seul des grands principes fondamentaux d'un gouvernement représentatif et régulier; il n'y a personne parmi nous qui soit en désaccord sur aucun de ces principes : égalité devant la loi, liberté de conscience, séparation de l'ordre civil et de l'ordre religieux, égalité d'admissibilité à tous les emplois, à tous les avantages sociaux. Oui, nous les voulons tous, et c'est pour cela que nous devons nous unir pour réaliser les garanties pratiques, les garanties permanentes de ces droits, de ces libertés, de ces intérêts, dans un gouvernement constitutionnel et parlementaire. (Vive approbation è droite. — Très-bien ! très-bien !)

Les divisions I les divisions ont appauvri ^ affaibli la France, mais elles ne l'ont pas ruinée. Il y a encore des cœurs assez généreux pour se mettre audessus des préoccupations particulières , au-dessus

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