A DROITE ET SUR PLUSIEURS BANCS DE LÀ GAUCHE
Parlez ! parlez !
M. Berryer. Je dis que le message et la proposition de loi, graves en eux-mômes, ont reçu une gravité plus grande encore des circonstances qui l'ont précédé; je le répète, de la retraite imprévue, totale, spontanée, du précédent cabinet, et, je le répète encore, des difûcultés qui, au su de tout le monde, ont accompagné la formation du nouveau cabinet ; j'ajouterai de la publication d'une circulaire récente du ministère de la guerre, dans laquelle tout le monde a été frappé de voirie silence gardé sur Tautorité des lois et le respect des institutions.
Voix a droite et sur divers bancs du côté gauche. Très-bien ! très-bien I (Agitation.)
M. Berryer. Nous sommes ici les représentants du pays. Le premier, le plus sacré de nos devoirs est de veiller au calme des esprits.
Les circonstances que je viens de signaler, les ap* préhensions, ou plutôt les révélations des organes les plus sérieux de la presse ont suscité (nous l'avons tous entendu, nous arrivons aujourd'hui même de nos départements), ont suscité dans les esprits des émotions qu'il faut éclairer, ont fait même naître des inquiétudes auxquelles il faut opposer de fermes assurances d'entière sécurité. (Marques d'approbation à droite.)
M. ÉMtLS de Girardin. Je demande la parole. (Mouvements divers. *— Exclamations et applaudissements ironiques sur plusieurs bancs de la droite.)
M. Berryer. C'est là, messieurs, si nous voulons répondre à ce qu'il y a de plus important et de plus
sacré dans notre mandai comme représentanls du pays, c'est là, à mon avis, je vous le soumets, ce qui doit déterminer les résolutions particulières dans la situation où nous sommes. (Mouvements divers.)
Yoix DIVERSES A GAUCHE. L'ordrc du jour ! Parlez de l'urgence!
M, Napoléon Bonaparte. Vous faites là de véritables interpellations ! Vous n'en avez pas le
droit.
M. Michel (de Bourges). M. le président doit faite respecter le règlement !
M. Berrter. Vos interruptions ne me feront pas descendre de la tribune, et vous aurez plus promptement pris une résolution quand vous m'aurez complètement entendu, quand vous m'aurez entendu sans ces interruptions qui prolongent la séance trèsinutilement.
Une voix a gauche. Vous violez le règlement !
M. le Président. Vous vous trompez ! Le règlement dit qu'on ne peut pas demander le vote public sur la question de prise en considération de l'urgence ; mais il ne dit pas qu'on ne discutera pas.
A GAUCHE. A la question !
M. LE Président. C'est à moi seul de rappeler à la question, et je n'y rappelle pas Torateur.
M. Michel (de Bourges). Qu'il parle de l'urgence ! (Interruptions diverses.) Je demande la parole.
M. Beeryer. Vous me répondrez ; mais personne n'a le droit de m'interrompre. La tribune sera libre pour vous, la tribune doit être libre pour moi; vous me répondrez, mais je maintiens que l'assemblée...
Voix A GAUCHE. A la question I Parlez de l'urgence î A la question l
M. Berryer. J'y suis, dans la question I
180 DlïfCOLUS PARLEMENTAIRE:?. — 1851.
Je maintiens, et je veux m'expiiquer à cet égard, (}ue, dans la situation actuelle des choses et des esprits, le devoir de rassemblée est de suspendre son vote sur la prise en considération de Turgence. (Assentiment à droite). C'est là ce que je veux expliquer.
Je dis que, dans la situation actuelle, il n'est pas possible de procéder immédiatement au vote sur la prise en considération de Turgence ; je dis que nous ne devons pas procéder immédiatement à ce vote, et je n'entrerai pas dans des explications inutiles, car je sens que la pensée de tous mes collègues vient audevant de tout ce que je pourrais dire ; je dis que, dans la situation politique où nous sommes, cette situation politique doit*ètre éclaircie avant que vous vous engagiez même dans cette prise en considération de l'urgence. (Rumeurs à gauche.) Ce n'est pas
' à des interpellations diverses, ce n'est pas à Toccasion des lois qui se présenteront successivement et qui feront naître des discussions nécessairement incomplètes^ nécessairement mal préparées^ ce n'est
. pas dans ces traverses que viendra subir le cours de vos travaux législatifs, qu'il faut^ dans l'état actuel du pays, que la situation politique soit étudiée, examinée^ approfondie, le pays pleinement rassuré, les défiances injustes dissipées, les alarmes exagérées calmées. De part et d'autre, sur tous les bancs de cette assemblée, on a besoin, et que la vérité entière apparaisse^ et qu'elle apparaisse dans les questions générales, et qu'elle apparaisse dans l'intérêt de tout le monde. (Vive approbation à droite. — Rumeurs à gauche.)
Je dis que dès le jour oti l'assemblée, après une prorogation de trois mois, vient se réunir, après ce