EXPÉDITION DU MEXIQUE
ont essayé d'imprimer un moment sur le front de la France, quand vous avez ressaisi la victoire, quand vous êtes maîtres dans la capitale, quand vous avez fondé un gouvernement nouveau qui est entouré de toutes les forces dont il peut et doit user, tout est terminé, pourquoi ne pas vous arrêter?... Pourquoi pas? N'y a-t-il rien de fait? N'avez-vous rien fait ?... C'est une confession que vous ne voudrez pas nous faire.
En présence de cette situation, qui me paraît ôtre la vraie, quand vous pouvez vous retirer avec tous les honneurs de la guerre, quand vous êtes vainqueurs de votre ennemi, quand vous avez renversé Juarez dans sa capitale, quand vous êtes maîtres de cette capitale, quand vous y avez établi un gouvernement auquel vous avez donné une armée^ une force militaire considérable organisée par vous ; en présence de cette situation, dis-je, qui vous empêche de traiter avec ce gouvernement? Y a-t-il là quelque chose qui touche Thonneur, Tamour-propre, les intérêts de la France en quoi que ce soit? Que voulez-vous donc faire? Voulez- vous persévérer au^ contraire dans le développeihent des instructions données au général Bazaine? Mais vous ne pouvez aujourd'hui songer à poursuivre votre entreprise que si vous reconnaissez l'insuffisance du gouvernement que vous avez fondé à Mexico, que si vous reconnaissez que cette majorité mexicaine que vous vous vantez d'avoir obtenue n'est que pure fiction. (Approbation sur plusieurs bancs.)
Si vous ne traitez pas avec ce gouvernement que vous avez fondé vous-mêmes, c'est donc parce que ce gouvernement n'a pas la majorité du pays, c'est donc parce que vous seuls le soutenez; c'est donc parce
que les populntions de ce pays courbeut aujourd'hui la tête en présence de vos armes, mais qu'elles se relèveraient le jour où vos armes se retireraient.
Plusieurs voix. Très-bien !
M. Berryer. Et c'est dans un tel pays que vous voulez amener un prince autrichien pour y être le représentant de la majorité des populations, pour y être Tenfant de vos victoires!... Non, non, vous ne le ferez pas I L'entreprise serait folle, elle serait insensée. Vous vous livreriez à toutes les aventures. Vous ne pouvez pas, par honneur, appeler le prince Maximilien au Mexique^ si ce pays est dans un tel état, si le gouvernement que vous y avez placé n'est pas assez puissant pour le soutenir seul. Ou bien, si, malgré tout^ vous persistez à Ty appeler, il faudra que vous Ty souteniez.
Le soutenir !... eh ! messieurs, ce pourra être pendant de longues années; car^ pour le soutenir^ il ne faudrait rien moins que dominer le Mexique, si la majorité n'est pas véritablement acquise au gouvernement que représentent le général Almonte et les membres de la junte. Songez donc, avant de consolider un royaume, un empire à trois mille lieues de chez nous, songez donc à ce qui nous est arrivé à nos portes I Comment ! nous avions reçu un afTront du dey d'Alger; nous avons vengé cet affront^ nous avons fait tomber sa capitale, qui est là en face de nos ports, et il nous a fallu quinze années de combats pour établir notre autorité sur une nation qui n'avait pas dans son sein des causes de déchirements intérieurs^ qui n'était pas partagée en partis hostiles, et que nous délivrions du joug des Turcs ; il nous a fallu quinze années de luttes pour arriver à pacifier l'Algérie I Quelle entreprise ne serait-ce donc pas que
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de pacifier le Mexique, d'y éteindre les passions politiques des partis qui le divisent, de les rallier à une monarchie nouvelle, alors que, depuis cinquante ans, il y a eu tant de bouleversements dans ce malheureux pays ! Combien n'auriez-vous pas à vaincre de résistances pour faire passer de pareilles populations de rétat républicain à Tétat monarchique!
Comment voulez-vous que les dissentiments qui se sont manifestés dans les conférences des plénipotentiaires des trois nations à Orizaba cessent tout à coup? Croyez-vous que les causes de ces dissentiments soient disparues ou qu'il n'en naîtra pas d'autres? C'était déjà quelque chose d'avoir fait que l'Espagne se fût réunie à vous; mais n^était-ce pas parce qu'elle espérait qu^elle réussirait par vous à reconquérir ses anciennes colonies? Croyez-vous que les Anglais, qui possèdent une partie des Antilles, qui possèdent la Jamaïque, et qui sont si jaloux de leurs intérêts, verront jamais avec plaisir une puissance qui pourrait quelque jour compromettre les intérêts britanniques dans ces parages? Croyez- vous qu'ils ne créeront pas quelques difficultés?
Il y a d'autres sources de difficultés dont on a parlé, et dont on a parlé, avec raison : ce sont celles qui tiennent à la situation des États-Unis.
Xa situation actuelle des États-Unis est déplorable. Pour moi, avec toutes les vieilles traditions de ma patrie, je suis partisan dévoué de l'Union américaine ; je l'ai vue se déchirer avec une douleur profonde; j'ai toujours espéré que, dans la puissance croissante de jour en jour de cette grande république fédérative, nous trouverions par son commerce, par sa marine, par tout le développement de ses forces et de sa population, dans des circonstances graves,
un auxiliaire puissant pour la France. (Plusieurs voix. Très-bien I) Rien ne m'afflige plus que la division actuelle des États-Unis. J'aspire à ce que, avec le moins de sacrifices possible pour l'une et l'autre partie de cette grande population, la paix se rétablisse. Mais, de quelque manière que les affaires se terminent, n'oubliez pas que TAmérique du Nord sera toujours un état considérable et puissant sur tout le territoire américain ; n'oubliez pas qu'il y a offense envers elle dans la conduite que nous avons tenue dans l'expédition du Mexique.
Voix NOMBREUSES. NOU ! UOU !
M. Berrter. Ceux qui se récrient n'ont pas suffisamment étudié et les documents qui âont sous nos yeux et tous les faits historiques qu'on ne peut nier et qui ne remontent qu'au cours de ces trois dernières années. Je ne parle pas de ce sentiment profond qui est le principe vital, le nerf de Texistence politique des États-Unis, de ce sentiment qu'on a appelé la doctrine de Monroë; c'est-à-dire de ce sentiment impatient et ennemi avec lequel les États- Unis considèrent l'intervention de toute puissance européenne dans les affaires de l'Amérique. (Mouvements divers.)
Je ne parle pas de ce sentiment. Mais comment avez-vous commencé l'expédition du Mexique? Par la convention du 31 octobre.
Et qu'est-ce que vous dites dans cette convention? En cédant à un désir de l'Angleterre, vous dites que les États-Unis sont conviés à y entrer, vous les en priez. Vous les en priez , et, dans une lettre du 25. juillet i862, j'ai lu en propres termes qu'il fallait former un établissement nouveau au Mexique précisément pour diminuer l'influence des États du Nord
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et empêcher que cette puissance, dont la prospérité peut être cependant si utile §i notre commerce, ne prenne un développement inquiétantdans rAmériquc du Sud. Ainsi l'expédition du Mexique a été faite en partie contre les États-Unis. (Vives réclamations.)
Je n'exagère rien, messieurs, je dis la vérité; relisez la lettre du mois de juillet 1862, et vous y verrez, en propres termes, qu'il faut arrêter le développement des États-Unis.
Eh bien, si vous réussissiez, quand les États-Unis, envers lesquels on s'est ainsi conduit, et qui ont ce principe vital dont je vous parlais tout à l'heure, verraient, après leur guerre terminée, un État que vous ne;, pourriez soutenir qu'au prix de sacrifices immenses, — et si immenses qu'ils pussent être, malheureusement je craindrais qu'ils ne fussent inutiles,— quand les États-Unis verraient, dis-je, cet établissement qui aurait été élevé contre eux, les hostilités viendraient de tous côtés : la république du Nord ne supporterait pas la monarchie impériale du Mexique, et la guerre éclaterait tôt ou tard. Voilà les périls où vous attirez le prince Maximilien en le conviant à entrer dans une situation impossible, impraticable et qui serait ruineuse pour la France si elle persistait dans une telle entreprise. (Approbation sur plusieurs bancs.)
Voix nombreuses. A demain I
La suite de la discussion est renvoyée au lendemain.
Séance du 27 janvier 1864.
M. de Morny, président du Corps législatif et président de la commission de l'adresse, ayant prétendu, dans une déclaration faite au commencement de la séance, que la rédaction de la commission
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et l'amendement présenté par M. Thiers et plusieurs de ses collègues étaient à peu près identiques, M. Thiers prit la parole pour préciser les intentions des auteurs de l'amendement. M. Rouher, ministre d'État, lui répondit M. Berryer intervint dans le débat.
M. Berryer. Le débat ne me semble pas engagé sur le fond môme de la question, mais sur la position de la question, comme vous l'avez fort bien dit, monsieur te président, et sur la différence des deux rédactions de l'adresse ei de Tamendement. Voilà dans quel état est le débat, qui n*est qu'un débat préparatoire en quelque sorte à la discussion générale qui s'élèvera sur l'amendement. C'est ainsi que j'ai compris que vous aviez engagé le débat.
M. LE PRÉSIDENT DE MoRNT. J'ai engagé le débat sur la différence des deux textes, c'est vrai ; mais cette question est épuisée^ et elle a pris les proportions de la véritable discussion par le discours de M. Thiers, auquel M. le ministre d'État vient de répondre par une simple déclaration. Il me serait impossible de laisser se continuer ce débat, qui n'est qu'une différence d'appréciation entre deux textes, ce que je crois avoir démontré à la chambre. La discussion doit continuer sur le fond de la question et la parole appartient à M. Jules Favre.
M. Berryer. C'est sur la déclaration de M. le ministre d'État que je veux dire un mot, et, quant à la différence des deux rédactions (Interruption.)
M. le président de Morny. m. Jules Favre réclame son tour de parole.
M. Berryer. Je n'ai qu'un mot à dire. (Parlez I)
La déclaration de M. le ministre d'État est une réponse à la question que je posais hier au gouver-