LOI SUR LA PRESSE. — UBBRTÉ DE L'IMPRIMERIE
Voilà la situation dont le gouvernement n'a pas voulu et qu'il a voulu trancher par l'article i5, par la liberté de rimprimerie, par la suppression des brevets. Gela me parait la chose la plus claire du monde. Maintenant, que vous propose la commission? La commission vous propose de dire, — et elle met cela à la place de la liberté de l'imprimerie : — Les gérants de journaux seront autorisés à établir une imprimerie exclusivement destinée à l'exploitation de leur journal.
Y a-t-on pensé...? (Bruit.) Mais voyez, messieurs, comment... (On n'entend pas!)
M. BsRRTER. C'est ma faute, je suis enroué, mais je crois que c'est aussi un peu la faute de la chambre. . M. LE PRÉSIDENT ALFRED Le Roux. Je prie la chambre d'écouter dans le plus profond silence, car la discussion est assez sérieuse pour qu'elle y donne toute son attention.
M. Berryer. Un homme qui veut fonder un journal, s'il va se trouver en face d'imprimeurs possesseurs de brevets dont ils peuvent être dépouillés par décision administrative, par décision du ministre de l'intérieur, ce journaliste va être obligé de créer une imprimerie, une imprimerie spéciale.
Mais, messieurs, s'est-on rendu compte de ce que coûterait, soit à Paris^ soit dans les départements^ rétablissement d'une telle imprimerie? Savez-vous combien cette entreprise est considérable ?
Nous avons au milieu de nous un très- honorable collègue qui possède assurément un des établissements d'imprimerie les plus magnifiques et les mieux administrés de Paris. Je lui ai demandé : A quel chiffre croyez-vous que puissent s'élever
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les frais d'établissement de rimprimerie nécessaire à la publication d'un journal, d'un journal politique?
Un journal politique, messieurs, songez-y, est assujetti à reproduire intégralement les comptes-rendus des séances du Sénat et du Corps législatif. Ces comptes-rendus sont rendus aux journaux fort tard, entre minuit et une heure du matin.
Si le journal a quelque succès, s'il tire à 5,000, à 10,000, à 20,000 exemplaires, — il y en a, à Paris, qui tirent à 40,000 exemplaires, — alors, vous comprenez. Messieurs, l'immense difficulté, sans avoir un matériel très -important, d'imprimer ces pages énormes du Moniteur^ ces comptes-rendus officiels dans l'espace des quatre ou cinq heures qui s'écoutent entre le moment où ces comptes-rendus sont apportés à l'imprimerie et le moment où il faut faire paraître le journal, le mettre en circulation dans Paris et l'expédier dans les départements.
A la question dont je parlais tout à l'heure, notre honorable collègue m'a répondu : Mon imprimerie est l'une des plus considérables de Paris ; elle est parfaitement montée; malgré cela, je n'ai consenti à imprimer chez moi qu'un seul journal; c'est, je crois, V Avenir national; eh bien, il m'en a coûté 60,000 francs avec mon magnifique établissement d'imprimerie, pour organiser le matériel et le personnel nécessaires à l'impression quotidienne de ce journal unique. (Mouvements en sens divers.)
Voilà, messieurs, la charge énorme que vous faites peser sur l'homme qui voudra fonder un journal. Ce sont des frais considérables. S'il n'a qu'une publicité restreinte, il lui faudra moins de presses, mais il lui en faut toujours et cela coûte cher; il lui faut, eu