‹ OEuvres de Berryer. Discours parlementairesChapitre 2 sur 62 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

avant de mourir. Il s'élevait parfois aux considérations générales, et ne cacha pas, à diverses reprises, la crainte qu'il avait de la guerre en Europe. Outre les maux qu'il redoutait, il se méfiait évidemment de l'administration qui devait la préparer et du gouvernement qui devait la faire. « Dans tout autre pays que le nôtre, observait-il, il serait dangereux, il serait peu national de dire : Nous avons besoin de la paix. La France peut le dire tout haut à son gouvernement. Que de ruines la guerre pourrait entraîner !... Je parle sans animosité et en conscience. A l'âge où je suis, Tavenir n'est pas fait pour moi } mais je serai toujours fidèle à ma passion pour les belles et heureuses destinées de ma patrie*. »

Ces nobles paroles étaient bien dignes de celui que son opinion rendait en France l'organe d'un parti nombreux, puissant et considéré, dont le long attachement à l'ancienne monarchie ne laissera pas que d'honorer la nation, et auquel cet attachement ne faisait pas

* Discours du 8 jajivier 1864,

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néanmoins méconnaître les changements et les progrès du temps ; parti vivement attaqué par ses adversaires, mais respecté par eux, et la mâle éloquence de M. Berryer le fit respecter encore davantage ; parti, nous Tavons dit ailleurs, consciencieux et convaincu, plein de patriotisme et d'honneur, dont Chateaubriand était la plume, et dont Berryer fut la voix.

L'importance du grand orateur en fut accrue; mais il était surtout, et avant tout, l'homme de la France. Que de fois ne Fa-t-il pas proclamé en son propre nom et au nom de ceux qui partageaient ses principes! « Non^ disait-il, nous ne délaisserons jamais des opinions que nous avons adoptées en conscience , des sentiments que nous avons toujours reconnus honorables et salutaires. Jamais nous n'abjurerons un seul jour de notre vie. Mais, dans les conjectures présentes, au milieu des calamités publiques et à la face des périls divers dont notre commune patrie est menacée, le système d'un parti ne saurait avoir aucun empire sur mon esprit, et je détesterais quiconque pourrait obéir à

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quelque pâseion particulière ^ quiconque ^e laisserait guider par une autre pensée que Celle du besoin général et de l'avenir du pays. ...•< Non, nous n'avons jamais rêvé de malheurs pour réaliser je ne sais quelles espérances chimériques d'un avenir peut-être meilleur. Nous croyons que les hommes de tous les partis doivent concourir à défendre la cause et les intérêts de la France. Nous y apportons un fcèle sincère, un zèle ardent. Nous n'avons jamais rien fait, rien dit, nous ne ferons jamais $ nous ne dirons jamais rien qui soit contraire aux intérêts, à la grandeur, à la liberté, à la dignité de notre pays... Devant Dieu et devant ma patrie, je mets et mettrai toujours, au-dessus de tout intérêt et de toute opinion^ ce qui importe à Thonneur, à la liberté, à la prospérité de la France*... »

Le» malheurs sont venus, ces malheurs qu'il trouvait odieux de rêver dans un intérêt égoïste de parti, et dont son âme eût été dé-

* Discours du 10 mars .i831, — du 15 janvier 1844, - du 17 févHef 1S44*

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chirée. Il n'eut été consolé ni par la satisfaction de voir tomber ses adversaires et ce régime qu'il croyait funeste à la France , ni par celle de voit* les hommes de son opinion ^ la jeunesse royaliste^ les noms les plus célèbres, courir au feu et combattre Tennemi, pour le salut de la patrie, sans s'inquiéter du gouvernement qu'elle avait, versant leur sang pour elle, sacrifiant leurs vies, et contribuant à jeter un reflet d'honneur sur les derniers jours de la défense.

Ai^^ peut-on dire que la France Ta bien compris tel qu'il était. Il est mort en 1868, à l'âge de soixante^dix-huit ans, dans la posses" sion de toutes ses facultés, et avec la fermeté calme d'une âme profondément religieuse.

Ses qualités sympathiques l'avaient fait chérir de ses amis^ et l'avaient fait aimer de tous ceux ^ui le combattaient. A sa mort^ il n'y eut |u'une voix pour rendre à ce grand citoyen un solennel hommage^ Une foule nombreuse se pressa autour de sa tombe. On n'y voyait pas seulement représentés toute la presse

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française, qui répétait ses louanges, tout le barreau français, qui naguère Tavait si bien fêté, et, au milieu de ses amis, ses plus illustres adversaires politiques, mais l'étranger luimême, le barreau anglais, qui, peu d'années auparavant, Tavait reçu à Londres comme en triomphe, en suspendant même ses audiences de justice ; il avait aussi voulu être représenté à ses funérailles.

Ce fut, on peut le dire, un deuil national. L'éloge universel de son caractère et de sa vie, autant que l'admiration générafede son talent, fut proclamé sans distinction par tous les journaux et par tous les partis. Ces louanges unanimes, qui justifient celles que nous lui donnons, ces suprêmes et sincères hommages sont la preuve éclatante de ce qu'il valait.

Tel est en effet le souvenir que M. Berryer a laissé parmi nous, glorieux souvenir en témoignage duquel nous appelons tous nos contemporains, et que nous avons voulu transmettre à la postérité.

Le duc de Noailles*

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