‹ OEuvres de Berryer. Discours parlementairesChapitre 52 sur 62 · PROJET D'ADRESSE · texte numérisé non relu

PROJET D'ADRESSE

lègues qui ont eu à s'expliquer devant vous, je regarde, pour moi, en ce moment, comme un devoir de conscience, comme une obligation de loyauté, de prendre la question où elle a été amenée.

Aussi bien, messieurs, depuis l'ouverture de la session, depuis le premier discours que nous avons entendu, et pendant ces trois jours de longue délibération, à travers des débats pleins de questions toujours personnelles et sans cesse renouvelées, à tel point qu'il semblerait qu'il y a dans ces débats plus de vues particulières que de pensées d'intérêt général ; pendant cette longue délibération, dis-je, il a été impossible de ne pas reconnaître qu'il y avait au fond de tous les esprits un objet de préoccupation d'un intérêt supérieur. On apercevait à travers l'ambiguïté, le vague du langage, une haute question à laquelle tout le monde pensait et sur laquelle personne ne s'est expliqué nettement.

Ainsi, dans le discours de la Couronne, on vous Va, fait remarquer, je crois, à la séance de samedi, en même temps qu'on parlait du repos qui n'a pas été troublé en France depuis une année, de la sécurité qui a été rendue à tous les esprits, de la possession où sont les populations paisibles et laborieuses des bienfaits de l'ordre et de la paix, on faisait un appel au concours des chambres pour repousser (je crois que ce sont les termes) des passions insensées, des factions coupables qui menacent de renverser l'ordre social.

On ne s'est qu'étonné de ces contradictions; mais ne devait-on pas se demander s'il n'y avait pas là un système tout entier, et si ces mots de passions insensées^ de factions coupables^ placés à côté de la déclaration formelle du repos matériel dont jouit le pays, n'é-

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taient pas une menace contre de simples manifesta^ lions de Topinion ?

Dans votre adresse , au milieu des louanges accoutumées adressées au ministère sur la marche de toutes nos affaires au dedans et au dehors, je vois cependant percer une vigilance inquiète sur Tentière exécution des lois. J'ai remarqué une protestation de votre inébranlable résolution de (conserver nos institutions pures et intactes, et de les préserver contre tous les efforts qui pourraient ou les altérer, ou les détruire: ce sont à peu près là les termes.

L'adresse ne dit pas quel est le principe auquel elle rattache ces institutions qu'elle veut maintenir si vigoureusement et faire demeurer intactes et pures : elle ne signale pas clairement les efforts qu'elle redoute comme pouvant ou les altérer ou les détruire.

Allons plus avant, et pardonnez-moi, messieurs, si je ne suis pas rapide. J'ai renversé complètement les idées que j'avais rassemblées pour parler aujourd'hui devant vous; une nouvelle carrière m'est ouverte; j'y marche lentement. Veuillez m^accorder votre attention.

Quand deux orateurs ont cru devoir, l'un, protester honorablement, noblement, contre toute alliance avec les principes et les hommes détestables de 1793; l'autre, déclarer qu'il n'avait jamais dit, lui, l'ami de Washington, de Franklin et de Jefferson, que la combinaison politique du 7 août, pour me servir de ses expressions, était la meilleure de» républiques; quand il a ajouté que, lui qui avait combattu pour la liberté contre la république, il ne défendrait jamais la monarchie contre la liberté; je n'ai pas d'abord bien saisi, je l'avoue, l'intérêt actuel de la première protes-

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tation et de la déclaration qui l'a suivie, déclaration qui est d'une portée si étendue. L'opportunité de ces discours commence à m'apparattre.

Un troisième orateur a terminé son discours en demandant nettement, franchement, la réforme électorale; il vous a frappés tous par cette grave observation que l'Angleterre sur une population de 14 millions avait un million d'électeurs, tandis que la France n'en avait que 180,000 sur 32 millions d'hommes. Cet orateur n'avait pas dit sur quel droit il fondait cette demande d'une réforme électorale, il n'avait pas dit quelle était l'appréhension politique qui lui faisait sentir le besoin de réclamer cette réforme et de tenir un langage que, seul, j'ai tenu dans cette assemblée, il y a bientôt trois ans. Je commence à le comprendre.

De môme, je comprends ce qui n'avait pas été expliqué par deux orateurs, qui avec vérité et perspicacité ont prouvéquele ministère n'avait pas la majorité dans les chambres. Tous deux nous ont dit, en signalant des lois de violence dans lesquelles le cabinet avait échoué devant les deux chambres, en signalant la tendance de divers actes de ce ministère, tous deux ont déclaré que derrière le drapeau tricolore ne se trouvaient point les garanties d'un gouvernement représentatif véritable, les garanties d'une administration austère de la justice, qu'enfin la liberté individuelle était abandonnée à une périlleuse exécution de lois incomplètes. Mais tous deux (je dois peutêtre en accuser mon intelligence) ne me semblent pas avoir nettement exprimé le point de divergence qui existe entre eux et le cabinet qu'ils attaquent ; tous deux ne rue paraissent pas avoir posé d'une manière nette un principe distinct de celui que le cabinet a

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adopté, principe dans lequel l'un et l'autre chercheraient ces garanties du gouvernement représèntatit véritable et de la bonne administration de la justice. Il y avait du vague, de l'ambiguïté dans cette discussion; nous devions nous attendre à ce qu'elle s'éclaircit davantage, et^ pour mon compte, je déclare que je n'avais pas été assez frappé de la réponse que M. le ministre de l'instruction publique a adressée à l'un de ces orateurs et de celle de M. le ministre du commerce.

Ces deux ministres, profitant habilement du vague où la discussion était restée, des hésitations que je signale, et opposant à ce qu'ils ont appelé les divers et incertains systèmes de l'opposition le système net et positif du cabmet, ces deux ministres sont arrivés à la véritable question, à celle qui préoccupait sans qu'on s'en expliquât, à celle qui vient d'éclater tout à l'heure.

En effet, pour établir le système du cabinet, M. le ministre de l'instruction publique, en le développant avec une rare habileté, a voulu toutefois l'appuyer sur un principe, et ce principe, il l'a été chercher dans les actes du 7 août 1830 expliqués, interprétés suivant ses vues.

Il vous a dit (je ne sais pas si je reproduirai fidèlement ses paroles, mais je ne crois pas les altérer), il vous a dit : «Le gouvernement actuel est une œuvre ûc de raison politique et de nécessité ; c'est le seul (( gouvernement qu'il fût possible de proposer, le seul a qu'il fût possible de faire, c'est le gouvernement a le plus légitime pour la France. » Il a ajouté : Ne fait pas des rais qui veut (Mouvement.)

Messieurs, les questions que je traite sont graves, je le sais; je connais mes droits, je ne veux rien sa-

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