‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 104 sur 191 · Cf. infra p. 2t · texte numérisé non relu

Cf. infra p. 2t

2. Trias, lib. III, c. 6, art. V, [p. 436] : Fulg. Epist. 4. ad Prov. c. 2. Quis enim velorare competenter valeat, nisi medicus ipse nobis initium desiderii spiritalis infundat ? Aut quis perseverare in oratione queat, nisi Deus in nobis hoc quod cœpit augeat, quod seminavit nutriat, et quod misericordia précédente gratis donavit indignis, ad ejjectum perfectionis misericordia subséquente perducat ?

2e série. VIII i4

luy-mesme le commencement de ce désir, ou qui peut persévérer dans l'oraison, si Dieu n'augmente dans nous ce qu'il a commencé, ne nourrit ce qu'il a semé, et ne conduit à V effet de la perfection, par la suite de sa miséricorde, ce qu'il a donné gratuitement à des indignes par sa miséricorde prévenante ? Donc on na pas le pouvoir de persévérer dans l'Oraison si Dieu ne fait persévérer.

(S* Aug. de dono persever. chap. 2 3. y Et ils ne veulent pas entendre que quand nous prions, cela mesme est un don de Dieu.

(Idem in Psal. [118] Conc. i4-)~ C'est luy qui nous fait demander tout ce que nous desirons recevoir, c'est luy qui nous fait rechercher tout ce que nous desirons trouver, c'est luy qui nous fait heurter. Et ensuite : Car c'est l'esprit de Dieu habitant en nous qui nous fait crier. Donc ce nest pas par un pouvoir prochain que l'on demande et que Von prie.

(Aug. Epist. io5.y L'Oraison mesme est entre les dons de Dieu.

(Fulg. /. /. de Verit. prœdest. c. 18.)^ Donc, afin

1. Trias, art. VI, [p. 438] : Nec volunt intelligere etiam hoc divini muneris esse ut oremus, hoc est, petamus, quœramus, atgue pulsemus.

2. ibid. Ac per hoc nos facit petere quicquid desideramus accipere, ipse nos facit quœrere quem cupimus invenire ; ipse nos facit pulsare ad quem nitimur pervenire — Quomodo nos clamamus si ipse [Deus] clamât in nobis, nisi quia ipse clamare nos fecit dam habitare cœpit in nobis.

3. ibid., lib. III, c.5, art. IX, [p. 382]. Impetrando quidem oratio quicquid impetrat, evidenter donum Dei esse ostendit... etiam ipsa oratio inter gratiœ munera reperilur.

k. ibid., art. XXVII, [p. £21]. Ut ergo in Deum credere vellemus, ille nobis bonam voluntatem contulit : ut in eum crederemus, ipse fidem

que nous voulions croire en Dieu, il nous a donné cette bonne volonté ; afin que nous croyions actuellement, il nous a donné lafoy ; afin que nous V aimions, il nous a donné la grâce de sa charité. Et après : Donc c'est la seule grâce qui fait en nous la bonne volonté. Elle seule donne la foy à la volonté, mais, quand la bonne volonté a eu la Joy, elle commence d'opérer le bien, si toutefois le secours de la grâce ne nous manque point, car la grâce fait en nous la bonne volonté.

(S1 Aug. /. de dono persever. c. 7.)1 Car afin que nous ne nous éloignions point de Dieu, cela ne nous est donné que de Dieu. Cela n'est plus maintenant dans les forces du libéral arbitre. Et ensuite : Et Dieu a voulu qu'après la chute de l'homme, il n'appartins t plus sinon à sa grâce que l'homme s'approche de luy, et qu'il nappartinst sinon à sa grâce que l'homme ne se retire point de luy.

(Aug. de grat. et lib. c. i5. 16.)2 Par elle, il est

nobis donavit : ut illum etiam diligeremus, idem nostris cordibus per

spiritum sanctum graliam suse charitatis infudit Sola igitur gratia

in nobis bonam voluntatem facit, sola Jîdem ipsi voluntati Iribuit. Sed cum bona voluntas habuerit fidem, sine qua bona esse non potest (quia sine fide impossibile est placere Deo) (Hebr. il. 6.) incipit operari bonum ; si tamen operanti gratise nunquam desit auxilium. Ideo enim in nobis gratia Dei bonam efjicit voluntatem, ut habeat quam in nobis adjuvet, non solum volentem, sed etiam operantem.

1 , Cf. infra p . 22-2.

2. Trias, lib. II, c. 3, art. XX, [p. 180]. Per hanc fit ut sit homo bonse voluntatis, qui prius fuit volunlatis malse ; per hanc etiam fit, ut ipsa bona voluntas quse jam esse cœpit, augeatur ; et tam magna fiet ut possit implere divina mandata quse, voluerit, cum valde perfecteque voluerit.

fait que l'homme soit de bonne volonté, au lieu qu'il estoit méchant auparavant. Par elle, il est fait que cette bonne volonté qui maintenant a commencé d'estre, soit augmentée, et deviendra assez grande 1 —

i. Le manuscrit donne ici ce que nous avons publié ci-dessus au n° V, p. 195.

Examinons donc, s'il vous plaist, cette question à fond, car je sçay que c'est le point qui vous touche le plus; et voyons s'il est possible dans la doctrine de ces Saints que les Justes quittent Dieu avant que Dieu les ait un peu laissez à eux-mesmes.

Pour cela, il faut prendre pour fondement et pour avoué que Dieu ne laisse jamais ceux qui le prient ; et qu'au contraire il leur accorde toujours les moyens nécessaires à leur salut, s'ils les luy demandent sincèrement.

Il n'est donc pas question de sçavoir si Dieu cesse de donner ses secours à ceux qui persévèrent à les demander, car cela n'a jamais esté pensé.

Mais de sçavoir si Dieu ne cesse jamais de donner aux Justes tous les secours nécessaires pour prier : Voilà Testât de la question. Examinons-la maintenant dans les principes de S1 Augustin.

Si nous trouvons que ce soit un principe ferme dans saint Augustin, que tous ceux qui ont la prière actuelle, l'ont par une grâce efficace, et qu'aucun de ceux qui n'ont pas la prière actuelle n'ont pas le pouvoir prochain de prier, la question ne sera-t-elle pas reso-

i. Dans lems. i2449,pp- 696-704, ce fragment suitimmédiatement notre n° V. et précède notre n° VI ; il fait corps avec eux. Bossut l'a publié dans la seconde section de la Lettre — , pp. 432 à 448.

lue, et ne s'ensuivra-t-il pas nécessairement que tandis que les Justes prient, ils sont secourus efficacement, et qu'ils ne cessent point de prier tant que ce secours efficace leur est présent, et que, quand ils cessent, ils n'ont pas le pouvoir prochain de prier? Et partant que Dieu les a laissez le premier, je ne dis pas sans aucun secours, mais sans le secours

prochain \ Certainement cela s'ensuit. Voyons

donc si je prouveray ces principes.

Si nous trouvons que c'est un principe ferme dans S1 Augustin, que non-seulement les grandes actions sont des dons de Dieu, dont personne aujourd'huy ne doute plus, mais que la prière mesme et la foy, qui sont des moindres choses par lesquelles on adhère à Dieu, et sans lesquelles il est seur qu'on le quitte, sont aussi des dons de la grâce, des effets et des ouvrages de la grâce et qu'elles ne se trouvent en personne que par l'opération expresse delà grâce, cela ne suffira-t-il pas pour monstrer qu'on n'a jamais la prière que par une grâce qui fasse prier ? Peut-estre direz-vous que non ; et qu'encore que tous les Justes ayent la grâce suffisante pour prier, il n'arrive néanmoins que pas un prie que par une grâce efficace, et qu'ainsi, encore que la prière ne se trouve en personne, si elle n'est produite par la grâce, le pouvoir néanmoins pour prier se trouve en tous les Justes. Mais cela n'est pas soûtenable. Car c'est une question de fait de sçavoir si aucun Juste ne réduit en acte le pouvoir prochain qu'il a

i. Ici un blanc de deux mots au manuscrit.

de prier, sur laquelle on ne sçauroit repondre qu'en s'informant de tous les Justes en particulier de quelle sorte la prière se forme en eux. De sorte que ce seroit une témérité impertinente, d'assurer de tous les Justes passez et à venir que jamais la prière ne se trouvera en eux *[par suite de la] réduction qu'ils auront faite de leur pouvoir prochain en acte. 2[Or] on ne peut pas dire la mesme chose de la grâce suffisante des Thomistes, c'est-à-dire qu'on peut sans impertinence dire qu'elle ne sera jamais réduite en acte, parce qu'ils ne l'establissent pas prochainement suffisante. Mais si ce pouvoir prétendu des Justes pour prier est prochain, on ne peut dire avec asseurance que tous ceux en qui se trouve la prière, ne l'ont pas par ce pouvoir prochain, et qu'ils l'ont par une grâce efficace. Et par conséquent, si S1 Augustin et tous les Pères déclarent affirmativement que la prière est toujours un effet d'une grâce efficace, il s'ensuit nécessairement de cette affirmation universelle que ceux qui n'ont pas la prière n'ont pas un pouvoir prochain pour prier3.

Donc pour montrer que tous ceux qui ne prient pas n'ont pas un pouvoir prochain de prier, il suffit de montrer que tous ceux qui prient, prient par une grâce efficace. Et c'est ce que nous trouvons dans

i . Ici un ou deux mots en blanc au manuscrit.

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