‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 105 sur 191 · Correction de Bossut. P : car · texte numérisé non relu

Correction de Bossut. P : car

3. Ici se trouve en marge de la copie ce signe de renvoi : <I>, qui était peut-être dans le manuscrit primitif et dont nous ne voyons pas la signification.

tout saint Augustin et généralement, et pourquoy sont faits tous ses ouvrages de la grâce, sans presque aucune exception.

(Fulg., iôo.)1 Cette grâce, pour estre choisie, choisit la première, et nest point receuë, ny aimée sinon lorsqu'elle opère cela dans le cœur de l'homme. Donc, et la réception et le désir de la grâce, est l'ouvrage de la grâce. Et après : Donc c'est elle qui se fait connoistre , aimer, désirer, demander.

(Fulg., 27s.)2 On ne peut pas avoir seulement le désir de l'oraison, s'il ne nous est donné de Dieu.

(Aug., 438. )3 Que ceux qui pensent que la prière est de nous, au lieu qu'elle nous est donnée, prennent garde comme ils se trompent. Et puis : Et ils ne veulent pas entendre que cela mesme, que nous prions, est un don de Dieu.

(Aug., 438). Et ainsi c'est luy-mesme qui nous

1. Ces références sont données en marge. — Trias, lib. II, c. 3, art. XI, [p. 160]. Fulg. 1. 1. de verit. praedest. c. i5. et 16. Ista gratia, quam Deus vasis misericordiœ gratis donat, ab illuminatione cordis incipit ; et hominis voluntatem non bonam invexit ipsa, sed facit : atque ut eligatur, ipsa prias eligit ; neque suscipitur aut diligitur, nisi hoc ipsa in corde hominis operetur. Ergo et susceptio et desiderium gratis opus ipsius est gratise.... Ut ergo gratia Dei cognoscatur et diligatar, desideretur ac postuletur, prius donatur homini non cognoscenti, non diligenti, non desideranti neque postulanti. Ipsa itaque se facit cognosci, diligi, desiderari, postulari.

2. ibid., lib. II, cap. 7, art. XIII, [p. 278]. Fulg. Epist. 6. c. 6. Sed ne ipsum quod poscimus, nostris viribus assignemus ; neque enim haberi potest ipse saltem orationis ejjectus, nisi divinitus fuerit attributus.

3. ibid., lib. III, c. 6, art. VI, [p. 438]. Aug. 1. de dono persever. c. 23. Attendant ergo quomodo falluntur qui putant esse à nobis, non dari nobis ; ut petamus , quœramus, pulsemus.... Voiries autres citations, supra p. 210.

fait demander tout ce que nous desirons recevoir, il nous fait chercher tout ce que nous desirons de trouver, il nous fait heurter oh nous desirons d'arriver.

(Aug., 438.) Car l'oraison elle-mesme est un don de la grâce.

(Fulg., 4qo. )1 Donc, afin que nous voulions croire en Dieu, il nous donne cette bonne volonté : afin que nous croiyons en luy, il nous donne la foy : afin que nous l'aimions, il nous donne la charité. Et ensuite : Donc c'est la seule grâce qui fait en nous la bonne volonté ; elle seule donne la foy à cette volonté.

Il seroit inutile d'en rapporter plus de tesmoignages, puisque c'est tout l'objet de S1 Augustin et de ses disciples2. Considérons donc la force de ses expressions. Si donc il est vray que cette grâce n'est ny aimée, ny receuë sinon lorsqu'elle opère ellemesme cet effet dans le cœur, comment pourra-t-on dire que ceux qui ne l'aiment point, ont le pouvoir prochain de l'aimer, et qu'il dépend d'eux de l'aimer sans une grâce efficace, puisqu'elle n'est jamais aimée que par sa propre efficacité? Comment dira-t-on avec hardiesse que la prière est un don de la grâce, et que c'est luy qui nous fait demander tout ce que nous desirons, s'il se peut faire que par un pouvoir prochain on demande, quoique la grâce ne fasse pas

i. Trias, c. 8, art. VII, [p. /igo]. Fulg. 1. i. de verit. praedest. c. 18. Les textes traduits par Pascal dans ce paragraphe et dans les précédents sont donnés dans les notes du fragment VI, p. 210-2 il.

2. Voir à cet égard les fragments des Pensées, que nous avons réunis à la fin de la Section VII, en particulier le fragment 5i3, T. II, p. 4o8.

demander ? Gomment dira-t-on que c'est la seule grâce qui donne la foy à la volonté, s'il y a tant de personnes qui ayant un pouvoir prochain d'avoir la foy, il peut arriver qu'ils Tayent en le réduisant en acte, et qu'ainsi il ne soit pas ^uray] en eux que la seule grâce l'ait donnée?

Vous direz peut-estre qu'il est presque impossible que ces Saints 2

2^SS Mais pour montrer par des passages exprès que le pouvoir de prier n'est point dans ceux qui n'ont pas la prière [sic], écoutons S1 Fulgence4 : On ne peut pas mesme avoir le désir de la prière, si ce désir n'est donné de Dieu. Donc ceux qui n'ont pas ce désir n ont pas le pouvoir de l'avoir.

(Fulg., 178.)5 Donc quand il nous est commandé de vouloir, nostre devoir nous est marqué, mais parce que nous ne pouvons pas l'avoir de nous-mesmes, nous sommes avertis d'en demander le pouvoir à celuy qui nous en donne le commandement: ce que toutefois nous ne pouvons demander, si Dieu n'en opère en nous la volonté mesme. Donc ceux qui n'ont pas la volonté mesme, n'ont pas le pouvoir.

1. Correction de Bossut ; un mot laissé en blanc au manuscrit.

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