‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 121 sur 191 · Son mari était mort le 23 février · texte numérisé non relu

Son mari était mort le 23 février

souffrances par lesquelles il luy plaist de nous esprouver. Priez-le, s'il vous plaist, qu'il me fasse la grâce de me sanctifier dans cet estât qui est plus pénible que vous ne sçauriez le comprendre. Je suis, Monsieur, vostre très humble et très obéissante servante,

G. Pascal.

J'ay oublié de vous dire que Mme Redon a esté et est encore assez mal : je crois qu'elle vous escrira et vous en dira toutes les circonstances.

Tous mes enfans vous saluent icy tres-humblement et nous vous souhaittons tous une bonne et une heureuse année.

Depuis ma lettre escritte, Mme Redon est venue icy pour me dire qu'elle avoit fait dessein de vous envoyer des abricots, mais qu'elle n'en trouve plus, ils sont tous vendus, elle m'en a fait voir un eschantillon des plus beaux qu'elle a trouvé, mais il est visible qu'ils sont de l'année passée ; je ne luy ay point conseillé de les prendre parce qu'ils estoyent trop vilains ; elle est bien faschée de perdre l'occasion de Mr Morin ; mais je n'ay pu me résoudre de luy conseiller de vous envoyer ceux-là ; elle envoira à Riom pour voir si elle en pourra avoir, mais je crois que la saison est trop avancée ; je suis tesmoing de sa bonne volonté et je vous prie de croire que je prens sur moy la générosité dont vous avez usé envers elle.

J'ay sceu que vous desiriez sçavoir le nom de l'herbe pour le polipe, elle s'apelle la petite morelle autrement solarium morelle, on en trouve quasy par tout où il y a des orties ; pour s'en servir, on prend cette herbe, on la pile, on en exprime le suc, on y trempe de petites teintes, ou le marc mesme bien trempé dans le suc, et on met cela dans le nez et on renouvelle cela de tems en tems comme de deux heures en deux heures ou environ.

(A Monsieur Monsieur Vallant docteur en médecine à Paris.)

VII. — Lettre de Madame Perier a Monsieur Vallant (Autographe à la Bibliothèque Nationale, ms. f. fr. 17054, f 456 et 458).

A Glermont, ce 25e Janvier 1675.

Je suis bien faschée, Monsieur, de n'avoir point receu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire il y a deux mois et dont vous me parlez dans celle que j'ay receûe il y a deux jours. J'y aurois satisfait en ce qui m'estoit possible, qui est tres-peu de chose. Je n'ay point veu guérir de cancer ; j'ay seulement ouy dire à la femme qui me gardoit dans mes couches qu'elle en avoit guery ; elle me disoit qu'elle faisoit sécher dans le four des clouportes, et qu'elle en faisoit prendre la poudre au malade, et qu'elle mettoit un emplastre de Villemagne sur la partie malade ; mais je ne sçais pourquoy j'ay négligé d'escrire tout ce qu'elle m'en a dit ; je m'en accuse, car je ne sçais point du tout ny la dose de la poudre, ny dans quoy on la prend, ny à quelle heure, ny combien de tems il faut continuer ce remède. Je suis bien faschée d'avoir si peu de satisfaction à vous donner là-dessus, mais je n'en sçais pas davantage. Je vous rends grâces, Monsieur, de la part que vous avez voulu prendre à mon accident, et je vous suplie de vouloir tesmoigner pour moy à Madame la Marquise l'obligation que je luy ay de la bonté qu'elle me fait l'honneur de me tesmoigner en cette occasion. Je suis bien obligée à Monsieur le Duc de Rouannez de penser desjàà mon logement, et encore plus de ce qu'il le propose dans son quartier. Vous pouvez bien juger, Monsieur, qu'il n'y en a point dans tout Paris qui me soit plus agréable que celuy-là ; et si Madame de Caumartin en estoit voisine, je pourrois bien sans peine me résoudre à ne passer guiere les ponts ; mais je vous avoue que je luy ay de si grandes obligations, que je la mets au premier rang entre les personnes que je considère, et ce n'est pas un des moindres avantages que Madame la Marquise m'ait procuré, et je puis dire que je luy suis redevable de toutes choses. Vous m'avez donné au cœur, Monsieur, quand j'ay lu dans

vostre lettre que j'avois des amis dans le fauxbourg. C'est un grand attraict pour moy, qui n'en puis trouver aucun au pays où j'habite. J'y trouve bien de la considération et de l'estime, bien des visites en toutes les occasions'; mais du secours, du conseil, de la consolation dans mes affaires, c'est ce que je ne trouve point du tout quoique j'en aye un grand nombre, et que tout le monde soit convaincu des injustices qu'on me fait; mais chacun regarde cela dans l'indiference. Je vous avoue que cela m'est bien sensible, et asseurement on se trompe bien quand on croit que j'ay de l'attache icy. Je vous asseure que non, et que je n'y suis nullement attachée, mais enchaisnée et garrotée, et que j'y souffre une violence qui ne se peut exprimer. Quand je dis que je n'ay point d'amis icy, ce n'est pas que j'y aye des ennemis ; au contraire, j'y suis considérée plus qu'on ne sçauroit dire, mais c'est que le naturel du pays est d'estimer beaucoup les gens et de ne s'intéresser que de ses propres affaires. Si j'estois en société, je serois bien secourue et bien soutenue : mais comme personne n'a de part dans mes affaires, personne ne s'en soucie. Je crois que vous me connoissez assez pour comprendre que cette sorte de vie ne me plaist guère. Aussy je vous avoue que j'y souffre beaucoup, et d'autant plus que je cache une grande partie de mes sentimens à mes enfans qui seroyent accablez, s'ils sçavoyent à quel point je suis affligée. C'est pourquoy je vous prie de ne me faire aucune réponse là-dessus, afin qu'ils ne sçachent pas que je vous en aye parlé. Adieu, Monsieur, priez Dieu pour nous, et croyez que je suis, autant qu'on le peut estre, vostre

tres-obeissante servante,

G. Pascal.

J'ay toujours oublié de vous mander que ma fille la jeune a esté parfaitement guérie de sa fièvre quarte par la frayeur qu'elle eust lors de mon accident ; elle l'avoit lors doublequarte. Il y avoit treize mois qu'elle estoit malade, ayant eu quelques intervalles, mais ayant des recheutes continuelles ; et depuis cela elle n'a pas eu le moindre ressentiment.

(A Monsieur Monsieur Vallant, docteur en médecine, faux-

bourg Sx-Germain rue Mazarin, vis à vis des Canettes ou chez Madame la Marquise de Sablé, à Port-Royal, au fauxbourg S* Jacques. A Paris.)

VIII. — Lettre de Madame Perier a Mr de Bienassis * {copie au 2e recueil du Père Guerrier, p. y g).

A Clermont ce 8. mai 1676.

Que pourrois-je vous dire, mon cher fils, de la consolation que m'a donnée vostre lettre, puisque vous en sçavez plus que je n'en sçaurois exprimer, par la connoissance que vous avez des sentimens de mon cœur? Je remercie Dieu de tout mon cœur de la tranquillité d'esprit qu'il vous donne ; je le prie de vous la continuer. Vous sçavez que c'est le comble de mes souhaits ; j'ay bien de la joye aussi de ce que vous m'asseurez qu'elle ne sera pas troublée de quelque manière que les choses réussissent. Priez qu'il vous maintienne dans cet estât, et souvenez-vous tousjours, mon cher enfant, que rien n'est nécessaire, ny bien, ny utile que la volonté de Dieu. Vous verrez, par la lettre de vostre frère, la condition qu'on vous impose. Il vous mande les sentimens de vos amis ; mais vous pouvez bien juger qu'on ne vous prescrit rien : car quand on est sur les lieux, on trouve des difficultez qu'on ne sçauroit prévoir de loin ; ainsi vous examinerez les choses, non pas vous-mesme, mais les personnes qui ont la bonté de s'intéresser à vostre conduite. Vous estes bien heureux d'en avoir tant et de si considérables. Tâchez d'en profiter nonseulement pour cette occasion, mais aussi pour toute la suite de vostre vie. Asseurez-les tous, s'il vous plait, de ma tres-humble reconnoissance de la grande charité qu'ils ont pour vous. J'espère qu'elle redoublera dans le grand besoin où vous estes des prières, du conseil et du secours des personnes charitables

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