‹ Œuvres de Blaise Pascal; publiées suivant l'ordre chronologique, avec documents complémentaires, introductions et notesChapitre 83 sur 191 · Cf. le texte de S1 Augustin, supra p. m, note · texte numérisé non relu

Cf. le texte de S1 Augustin, supra p. m, note

1. Trias, lib. III, c. 5, art. XXVI. Nemo venit ad Christum nisi tractas : cur autem Me trahatur, Me non trahatur inscrutabMs quœstio, neque timendum est ne libertate privetur qui sic trahitur, cum amoris Me tractus sit et voluptatis . . . [p. /J2o] (Objectio.) Xec timere debemus ne ab hominibus qui verba perpendunt, et à rébus maxime divinis intelligendis longe remoti sunt, in hoc Scripturarum sanctarum Evangelico verbo forsitan reprehendamur et dicatur nobis, Quomodo voluntate credo, si trahor ? (Solutio.) Ego dico, parum est voluntate, etiam voluptate traheris. Quid est trabi voluptate ? Delectare in Domino et dabit tibi petitiones cordis tai [Psal. 36. 4-] Est quaedam

Or, si les poètes ont bien pu dire que chacun est entraisné par sa volupté, non pas par une nécessité, mais par volupté, non par contrainte, mais par délectation, combien, à plus forte raison, devons-nous dire qu'un homme est entraisné vers Jesus-Christ quand il est délecté par la vérité, quand il est délecté par la béatitude, quand il est délecté par la justice, quand il est délecté par la vie éternelle, Et toutes ces choses, c'est Jesus-Christ. Hé, quoy ! les sens corporels auront-ils leurs voluptez et l'esprit sera-t-il privé des siennes ? Et si l'esprit n'a pas ses voluptez, comment est-il écrit: Les enfans des hommes seront enyvrés de l'abondance de ta maison, et tu les rassasieras du torrent de tes délices. Donnez-moy une personne qui aime, elle sentira ce que je dis ; donnez-m'en une qui désire fortement, un qui ait faim et soif et aspirant à la fontaine de la patrie céleste, il sçaura ce que je dis, mais si je parle à une ame froide, elle ne m'entendra pas.

Présentez un rameau verd à une brebis, vous l'entraisnez à vous : présentez des noix à un enfant, et il sera entraisné. 11 est entraisné par l'amour, il est entraisné sans qu'on fasse de violence à son corps, il est entraisné par le lien de son cœur. Donc si ces choses qui sont entre les biens et les voluptez de la terre, estant offertes à ceux qui les aiment, les entraisnent

voluptas cordis, cui panis duîcis est ille caelestis. Porro si Pœtae dicere licuit, Trahit sua quemque voluptas : non nécessitas, sed voluptas : non obîigatio, sed delectatio : quanto fortius nos dicere debemus trahi hominem ad Ghristum, qui delectatur veritate, delectatur beatitudine, delectatur justitia, delectatur sempiterna vita, quod totum Christus est ? An vero habent corporis sensus voluptates suas, et animus deseritur à voluptatibus suis ? Si animus non habet voluptates suas, unde dicitur : Filii autem hominum sub tegmine alarum tuaruni sperabunt. Inebriabuntur ab uberlate domus tuse, et torrente deliciarum tuarum potabis eos : quoiiiam apud te est fons vitœ, et in hunine tuo vide-» birnus lumen? [Psal. 35. 8. et sqq.] Daamantem, et sentit quod dico, da desiderantem, da esurientem, da in ista solitudine peregrinantem atque sitientem, et fontem aeternae patriœ suspirantem, da talera, et scit quid dicam : si autem frigido loquor, nescit quid loquor.. . Ramum viridem ostendis ovi, et trahis illam. Nuces puero demonstrantur, et

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parce qu'il est véritable que chacun est entrais né par sa propre volupté, Jesus-Christ estant révélé par le Père, n'aura-t-il pas la force d'entraisner ? Car qu'est-ce que l'ame désire plus fortement que la vérité.

662 *. On est réduit sous la servitude de celuy par qui on est vaincu. Quelle peut donc estre la liberté de l'esclave assujetti sous le péché, sinon de ce qu'il trouve sa délectation à pécher ? Car celuy-là sert librement son maistre, qui fait sa volonté de bon cœur. Et c'est par ce moyen que celuy qui est esclave du péché, est libre pour pécher. Et de là vient qu'il ne sera point libre pour agir justement jusqu'à ce que estant délivré du péché, il commence à estre fait esclave de la justice. Voilà la liberté qui est véritable à cause de la joye que l'on a à faire le bien, et à mesme temps, voilà la servitude qui est sainte, à cause de l'obéissance que l'on rend aux préceptes. Mais cette liberté de bien faire d'où viendra-t-elle à l'homme asservi et vendu, si celuy-là ne le délivre qui a dit : Si le Fils vous délivre, vous serez véritablement libres.

trahitur, cordis vinculo trahitur. Si ergo ista quae inter delicias et voluptates terrenas revelantur amantibus, trahunt, quoniam verum est, Trahit sua quemque voluptas : non trahit revelalus Ghristus a Pâtre? Quid enim fortius desiderat anima quam veritatem ?... (Aug. Tract. 2 G . in Joannem.)

1. Trias, lib. IV, c. 7, art. VII [p. 662]. Beatœ civitatis numerum ex lapsorum hominum génère Deus implet, non eos jam meritis sed gratia discernens à reproborum consortio, cum quibus illis esset justa pœna... A quo enim quis dévidas est, huic et servus addictus est. (2. Petr. 2. IQ.) Pétri certe Apostoli est ista sententia. Quae cum vera sit, qualis, quaeso, potest servi addicti esse libertas, nisi quando eum peccare delectat? Liberaliter enim servit, qui sui Domini voluntatem libenter facit. Ac per hoc ad peccandum liber est, qui peccati servus est. Unde ad juste faciendum liber non erit, nisi a peccato liberatus esse justitiae cœperit servus. Ipsa est vera libertas propter recti facti laetitiam, simul et pia servitus propter praacepti obedientiam. Sed ista libertas ad bene faciendum unde erit homini addicto et vendito, nisi redimat ille cujus vox est, Si vos Jîlius liberaverit, tanc vere liberi eritis (Joan. 8. 36.) (Aug. Enchirid. c. 2g. et 3o.) Arbitrium igitur voluntatis tune est vere liberum, cum vitiis peccatisque non servit... {Aug. I. i4- de civit. c. 11.)

663. Donc le libéral arbitre est véritablement libre, lorsqu'il n'est plus esclave des vices et des péchez.

1021. C'est contre ces vices qu'il nous faut combattre; mais certainement nous serons vaincus si nous ne sommes tellement aidez de Dieu que non seulement nous voyions ce qu'il faut faire, mais encore que, la santé nous arrivant, la délectation de la justice vainque et surmonte en nous les délectations des choses dont le désir de les posséder, ou la crainte de les perdre, nous fait pécher à nostre escient.

181 2. Voila comment la parfaite justice est sans exemple parmy les hommes, et toutefois elle n'est pas impossible, car elle arriveroit si on la vouloit aussi fortement comme il faudroit, et on le voudroit de cette sorte s'il arrivoit qu'aucune des choses qui appartiennent à la justice ne nous fust inconnue, et qu'elle delectast l'esprit de telle sorte que cette délectation surmontast tout ce que la volupté ou la douleur empesche. Ce qui n'arrive point, non pas par l'impossibilité de la chose, mais par le jugement de Dieu. Car qui ne sçait qu'il

i. Trias, lib. I, c. 6, art. II. [p. 102]. Duo vulnera menti per peccatum inflicta quse sola gralia sanari possunt, ignorantia et infirmitas... Duabus ex causis peccamus : aut nondum videndo quid facere debeamus, aut non faciendo quod debere fierijam videmus. Quorum duorum illud ignorantia? malum est, hoc infirmitatis. Contra qua3 quidem pugnare nos convenit, sed profecto vincimur nisi divinitus adjuvemur, ut non solum videamus quid faciendum sit, sed etiam accedente sanitate delectatio justitiae vincat in nobis earum rerum délecta tiones, quas vel habere cupiendo, vel amittere metuendo scientes videntesque peccamus... (Aug. Enchirid. c. 81.)

2. ibid., lib. II, c. 3, art. XXIII [p. 181]. Peccato factura est ut jam hominem peccare necesse sit, vel per ignorantiam, vel per infirmitatem quse tamen vulnera per gratiam sanari possunt : sed quia hic non perfecte sanantur, hinc nullus homo in hac vitâ sine peccato... Ecce quemadmodum sine exemplo est in hominibus perfecta justitia, et tamen impossibilis non est. Fieret enim si tanta voluntas adhiberetur, quanta sufficit tantae rei. Esset autem tanta, si et nihil eorum, quas pertinent ad justitiam, nos lateret; et ea sic delectarent animum, ut quicquid aliud voluptas sive dolor impedit, delectatio illa superaret. Quod ut non sit, non ad impossibilitatem, sed ad judicium Dei perti-

n'est pas en la puissance de l'homme de sçavoir quelque chose, qu'il n'y a pas de conséquence que, quand il connoist ce qu'il doit désirer, il le désire en effet, sinon au cas qu'il y sente autant de délectation comme il doit en avoir d'amour.

I451. Mais cette volonté qui est libre dans le mal parce qu'elle trouve sa délectation dans le mal, n'est pas libre dans le bien, parce qu'elle n'est pas délivrée.

i482. Donc la puissance est donnée, afin que ceux-là soient faits enfans de Dieu qui croyent en luy, lorsque cela mesme qu'ils croyent en luy [est donné] ; et cette puissance ne peut estre dans le libéral arbitre si elle n'est donnée de Dieu, car il ne sera point libre dans le bien si le Rédempteur ne le délivre, mais il a le libéral arbitre pour le mal auquel la délectation du mal a esté infuse par l'ennemy occulte ou manifeste, ou [s']il se l'est procurée à luy-mesme.

209 3. Cette cupidité vaine et partant mauvaise vainct et arreste en eux d'autres mauvaises cupiditez, et c'est pour cela qu'ils sont appeliez continens.

net. Quis enim nesciat, non esse in hominis potestate quid sciât : nec esse consequens, ut quod appetendum cognitum fuerit, appetatur ; nisi tantum delectet, quantum diligendum est?... {Aug. I. de spir. et litt. c. 34- et 35.)

1. Trias, art. I. [p. i/|5]. Est in hominibus liberum arbitrium quod per gratiam liberum est in nobis, sine gratia liberum duntaxat in malis... Sed haec voluntas quae libéra est in malis, quia delectatur malis, ideo libéra in bonis non est, quia liberata non est...

2. ibid., art. III. [p. 1/I8]. Errât qui nullam putat esse peccandi necessitatem, quam vel ignorantise peccata satis astruunt... Datur ergo potestas ut filii Dei fiant, qui credunt in eum [Joa. I. 12.], cum hoc ipsum datur ut credant in eum. Quae potestas nisi detur à Deo, nulla esse potest ex libero arbitrio : quia nec liberum in bono erit, quod liberator non liberaverit: sed in malo liberum habet arbitrium, cui delectationem malitiae vel occultus vel manifestus deceptor inservit, vel ipse sibi persuasit. {Aug. I. 1 ad Bonif. c. 3.)

3. ibid., lib. II, c. 4, art. XIII, [p. 209]. Omnis vera virtus, amor Dei: nec ullus bene vivit nisi qui ex fide... Haec enim cupiditas vana ac per hoc prava vincit in eis et fraenat alias pravas cupiditates, propter quod dicti sunt continentes... {Aug. I. 4- cont. Jul. cap. 3.)

394 l. Une délectation estant morte, une autre vit encore, et, si on n'y consent point, on la mortifie, et quand on commence à n'en estre plus du tout délecté [on Va mortifiée]. Voilà nostre employ, voilà nostre guerre. Et dans ce combat quand nous combattons nous avons Dieu pour spectateur ; et quand nous sommes fatiguez, nous retournons à son secours ; car s'il ne nous aide nous ne pouvons, je ne dis pas vaincre, mais non pas seulement combattre.

2o32. Geluy là est donc ennemi de la justice qui ne pèche point par la crainte de la peine, et il en deviendra ami si c'est par son amour qu'il ne pèche point. Car celuy qui craint les supplices ne craint pas de pécher, mais il craint de brusler... Or chacun hait autant le péché qu'il aime la justice, ce qu'on ne peut que par la grâce.

366 3. Il fait vouloir celuy qui ne vouloit pas, et détourne

1. Trias, lib. III, c. 5, art. XV, [p. 3g4]- Tota gratia repelliiur nisi tota suscipitur. Ut bene pugnemus comburenda sunt arma humanœ praesumptionis . Mortua est enim una delectatio, sed vivit altéra; et illam dum non consentis, mortificas, cum cœperis omnino non delectari, mortificasti . Haec est actio nostra, haec est militia nostra. In hoc agone cum confligimus, Deum habemus spectatorem : in hoc agone cum laboramus, Deum poscimus adjutorem. Si enim nos ipse non adjuvat, non dico vincere, sed nec pugnare poterimus. (Aug. Serm. i3. de verb. Apost. cap. g.)

1. ibid., lib. II, c. 6, art. XVII, [p. 253]. Legis officiant démonstrare homini suam injïrmitatem, ut quœrat demonstrata injirmitas Saluatorem... Inimicus ergo justitiae est, qui pœnae timoré non peccat : amicus autem erit, si ejus amore non peccet. Tune enim verè timebit peccare. Nam qui gehennas metuit, non peccare metuit, sed ardere. Ille autem peccare metuit, qui peccatum ipsum sicut gehennas odit. Ipse est timor Domini castus permanens in sseculum sœculi [Psal. 18. 10]. Nam ille Limor pœnae tormentum habet, et non est in charitate, eumque perfecta charitas foras mittit. Tantum porro quisque peccatum odit, quantum justitiam diligit, quod non poterit lege terrente per litteram, sed Spiritu sanante per gratiam (Aug. Epist. i44-)

3. ibid., \ih. III, c. 5, art. I, [p. 366]. Cum Deus ad Christum trahit, non resistentem invitumque compellit, sed ex invito volentem facit... Non resistentem invitumque compellit, sed ex invito volentem facit, et quibuslibet modis infidelitatem resistentis inclinât: ut cor audientis,

par plusieurs manières l'infidélité de celuy qui luy résiste, en sorte que le cœur de celuy qui l'écoute se levé, au lieu qu'il estoit accablé ; apprend, au lieu qu'il ignoroit ; se confie, au lieu qu'il se defioit, en engendrant et mettant dans luy une délectation à luy obéir. Car le Seigneur donnera la délectation, et nostre terre donnera son fruit.

4661. On prie dans le Pseaume : Seigneur, vous estes doux; enseignez-moy vostre justice et vostre douceur ; afin que je ne sois point contraint d'estre servilement sous la loy par la crainte de la peine, mais que par une charité libre, je trouve de la délectation à estre avec vostre loy : Car celuy là accomplit le précepte librement qui le fait volontairement, et celuy qui apprend en cette manière, fait entièrement tout ce qu'il a appris.

467. La lettre d'elle-mesme tué, parce qu'elle fait des prévaricateurs quand elle commande le bien et qu'elle ne donne pas la charité qui seule veut le bien.

2702. Puisque l'homme peut estre en cette vie sans péché

obediendi in se delectatione generata, ibi surgat ubi premebatur : ibi discat ubi ignorabat : inde fidat unde diffidebat : inde velit unde nolebat. Et enim Dominus dabit suavitatem, et terra nostra dabit fructum suum [Psal. 84- i3.] (Prosper. I. cont. Collât, c. 6.)

1. Trias, c. 7, art. VII, [p. 466]. Hoc inter legem distat et gratiam quod qui per gratiam didicit quid facere debeat, sine dubio faciat, non autem qui per legem ; gratia enim Christi semper effîcax. . . sicut oratur in Psalmo [Psal. 118. 68.] Suavis es Domine, et in tua suavitate doce me justitiam tuam : id est, ut non formidine pcenœ serviliter cogar esse sub lege, sed libéra charitate délecter esse cum lege. Praeceptum quippe liber facit, qui libens facit. Et hoc modo quisquis discit, agit omnino quicquid agendum didicerit. (Aug. de grat. Christ, c. i3.) [p. 467] ... Sic lege légitime utuntur, quibus bona est [I Tim. I. 8.], id est, utilis : alioquin per se ipsa littera occidit [2. Cor. 3. 6.], quia jubendo domum et non largiendo charitatem, quae sola vult bonum, reos praevaricationis facit. {Aug. I. I. Oper. imperf. n. g6.]

2. ibid., lib. II, c. 7, art. IX, [p. 270]. Gratiam adultérât qui vel eam non omnino gratuitam esse agnoscit, vel ea tantum de causa dare opinatur, ut per eam facilius Dei prsecepta impleantur. Cum voluntate humana, gratia adjuvante divina, sine peccato in hac vita possit homo esse, cur non sit ? Possem facillime ac veracissime respondere, quia homines nolunt. Sed si ex me quaeritur, quare nolint,

lorsque la grâce aide sa volonté, d'où vient que cela n'arrive point ? Je pourrois repondre très facilement et très véritablement que c'est parce que les hommes ne le veulent point. Mais si vous me demandez pourquoy ils ne le veulent point, vous ouvrez une longue question ; Et néanmoins, sans préjudice d'une plus exacte recherche, je pourrois dire en un mot : Les hommes ne veulent point faire ce qui est juste ou à cause que ce qui est juste ne leur paroist point tel, ou parce qu'il ne les délecte pas ; Car nous voulons une chose avec une ardeur d'autant plus grande que nous connoissons plus certainement qu'elle est bonne, et que nous en sommes plus puissamment délectez. Donc l'ignorance ou l'infirmité sont des vices qui empeschent la volonté ou de faire le bien ou de se retirer du mal. Or il faut que la grâce de Dieu secourre la volonté, soit pour nous instruire de ce que nous ignorions, soit pour nous faire trouver doux ce qui ne nous delectoitpas.

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