‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 21 sur 62 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

dent de [^moignon , qui est celui que j'y peins sous le nom d'Ariste. Ce détail , à mon avis , n'est pas fort nécessaire ; mais je croirais me faire un trop grand tort , si je laissais échapper cette occasion d'apprendre à ceux qui l'ignorent que ce grand personnage , durant sa vie , m'a honoré de son amitié. Je commençai à le connaître dans le temps que mes satires faisaient le plus de bruit ; et l'accès obligeant qu'il me donna dans son illustre maison fit avantageusement mon apologie contre ceux qui voulaient m'accuser alors de libertinage et de mauvaises mœurs. C'était un homme d’un savoir étonnant, et passionné admirateur de tous les bons livres de Vantiqidté / et c'est ce qui lui fit plus aisément soujfrir mes ouvrages , où il crut entrevoir quelque goût des anciens. Comme sa piété était sincère , elle était aussi fort gaie, et n'avait rien d'embarrassant. Il ne s'ejfraya point du nom de satires que portaient ces oui>rages , où il ne vit en effet que des vers et des auteurs attaqués. Il me loua même plusieio's fois d'avoir pw'gé , pour ainsi dire , ce genre de poésie de la saleté qui lui avait été jusqu'alors comme affectée. J'eus donc le bonheur de ne pas lui être désa-

d'en fairo 1« sujet d’un poème que l'on pourrait intituler : Aa conquête du Lutrin ou le Lutrin enlevé ; à l’exemple de Tassoni qui avait fait son poème de Jai Secchia rapita , le Seau enlcf-à , sur un sujet presque semblable. Boileau répondit qu'il lie fallait jamais défier un fou , et qu’il l’était assde non-seulement pour entreprendre ce poème , mais encore pour le dédier à M. le premier president lai-même. Ce magistrat n’en fit que rire , et l’auteur ayant pris cette plaisanterie pour une espèce de défi , forma dès le même jour l’idée et le plan de ce poème dont il fit même les premiers verS. Le plaisir que cet essai fit au premier président encouragea Boileau à continuer.

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gi'èable. Il m’appela à tous ses plaisirs et à tous ses clivertissemens , c’est-à-dire à ses lectures et à ses promenades. Il me favorisa même quelquefois de sa plus étroite confidence , et me fit voir à fond son unie entière. Et que nf vis-je point ! Quel trésor surprenant de probité et de justice ! quel fonds inépuisable de piété et de zèle! Bien que sa vertu jetât un fort grand éclat au-dehors , c’était toute autre chose au-dedans ; et on voyait bien qu’il avait soin d’en tempérer les rayons , pour ne pas blesser les yeux d’un siècle aussi corrompu que le nôtre. Je fus sincèrement épris de tant de qualités admirables ; et s’il eut beaucoup^ de bonne volonté pour moi , j’eus aussi pow' lui une trèsforte attache. Les soins que je lui rendis ne furent mêlés d’aucune raison d’intérêt mercenaire ; et je songeai bien plus à profiter de sa conversation que de son crédit. Il mourut dans le temps que cette amitié était en son plus haut point , et le souvenir de sa perte nC afflige encore tous les jours. Pourquoi faut-il que des Iwmmes si dignes de vure soient si tôt enlevés du monde , tandis que des misérables et des gens de rien airivent à une extrême vieillesse ? Je ne m'étendrai pas davantage sur un sujet si triste ; car je sens bien que si je continuais à en parler , je ne powrais m'empêcher de mouiller peut-être de larmes la préface d’un ouvrage de pure plansanterie .

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