‹ Œuvres de Boileau a l'usage de le jeunesseChapitre 32 sur 62 · DE NAMUR · texte numérisé non relu

DE NAMUR

Un feu prêt à s’élancer , •

Qui soudain perçant son gouffre Ouvre un sépulcre de soufre A quiconque ose avancer.

Namur , devant tes murailles , f Jadis la Grèce eût vingt ans

Sans fruit vu les funérailles De ses plus fiers combattans.

Quelle effroyable puissance Aujourd’hui pourtant s’avance , Prêle à foudroyer tes monts?

Quel bruit, quel feu l’environne?

C’est Jupiter en personne ,

Ou c’est le vainqueur de Mons (i).

N’en doute point , c’est lui-même.

Tout brille en lui , tout est roi.

Dans Bruxelles Nassau (2) blême Commence à trembler pour toi.

En vain il voit le Batave , Désormais docilevesclave ,

Rangé sous ses étendards ;

En vain au lion Belgique n voit l’aigle germanique Uni sous les. léopards.

(i) Louis XIV avait pris la ville de Mons ïannée précédente

(a) Le prince d'Orang.e , (.uillaume de Nassau , roi d'Angleterre , commandait l’armée des alliés.

ODE SUA LA PRISE de la frayeur nouvelle Dont ses sens sont agites ,

A son secours il appelle Les peuples les plus vantés.

Ceux-là viennent du rivage Où s’enorgueillit le Tage De l’or qui roule en ses eaux ; Ceux-ci , des champs où la neige *Des marais de la Norvège Neuf mois couvre les roseaux.

Mais qui fait enfler la Sambre Sous les Gémeaux effrayés ,

Des froids torrens de décembre Les champs partout sont noyés.

Cérès s’enfuit éplorée •

De voir en proie à Borée Ses guérets d’épis chargés ,

Et sous les urnes fangeuses Des Hyades orageuses Tous ses trésors/'submcrgés.

Déployez toutes vos rages , Princes, vents, peuples, frimas, Ramassez tous vos nuages , Rassemblez tous vos soldats :

Malgré vous Namur en poudre S’en va tomber sous la foudre Qui dompta Lille , Courtrai , Gand , la superbe espagnole , Saint-Omer, Besançon, Dole, Ypres , Maslricbt et Cambrai,

DE NAMUB. , 339

Mes présages s’accomplissent : '

Il commence à chanceler.

Sous les coups qui retentissent Scs murs s’en vont s’écrouler.

Mars en feu , qui les domine ,

Souffle à grand bruit leur ruine ;

Et les bombes dans les airs ,

Allant chercher le tonnerre ,

Semblent , tombant sur la terre ,

Vouloir s’ouvrir les enfers.

Accourez , Nassau , Bavière ,

De ces murs l’unique espoir :

A couvert d’une rivière ,

Venez , vous pouvez tout voir.

Considérez ces approches ;

Voyez grimper sur ces roches Ces athlètes belliqueux ;

Et dans les eaux , dans la flamme ,

Louis à tout donnant l’èrac ,

Marcher , courir avec eux.

Contemplez dans la tempête*

Qui sort de ces boulevards La plume qui sur sa tête (1)

Attire tous les regards:

A cet astre redoutable Toujours un sort favorable

(1) Louis XIV portait toujours à l'armée une plume blancM sur son chapeau.

QDE-SUR LA PRISE S’attache dans les combats ;

Et toujours avec la gloire Mars amenant la yictoire ,

Vole et le suit à grands pas. ' •

Grands de'fenseurs de l’Espagne ,

Montrez-voi^s , il en est temps.

Courage ! vers la Méhagne (i).

Voilà vos drapeaux flottans.

Jamais ses ondes craintives

N’ont vu sur leurs faibles rives

Tant de guerriers s’amasser.’

Courez donc. Qui vous retarde?

Tout l’univei's vous regarde, ;

N’osez-vous la traverser ? ,

, Loin de fermer le passage > A vos nombreux bataillons , Luxembourg a du rivage Reculé ses pavillons.

Quoi ! leur seul aspect vous glace Où sont ces chefs pleins d’audace Jadis si prompts à marcher,

Qui devaient de la Tamise Et de la Drave (2) soumise, Jusqu’à Paris nous chercher?

Cependant l’effroi redouble Sur les remparts de Namur.

(i) RiTtire près de IVamur.

(a) Rivière qui passe à Belgrade en Hongrie.

Page 1