A M. DE VALINCOURT
Le sujet de sette satire est le vrai et le faux honneur. L’auteur , après avoir parlé des méprises de la plupart des hommes au sujet de ce qu’ils appellent Vhonneur , établit enfin que le vrai et le solide honneur consiste dans la justice , sans laquelle toutes les autres prétendues bonnes qualités ne sontquedefauxbrillans. Cette satire fut commencée vers le mois de novembre 1698.
Oui , l’honneur , Valincourt , est chéri dans le monde : Chacun pour l’exalter en paroles abonde ;
A s’en voir revêtu chacun met son bonheur ,
Et tout crie ici-bas ; L’honneur ! vive l’honneur ! Entendons discourir sur les bancs des galères (*)
Ce forçat abhorré même de ses confrères :
11 plaint par un arrêt injustement donné L’honneur en sa personne à ramer condamné.
(1} Allusion à anc action mémorable du duc d'Ossonne , riccroi de Sicile et de Naplc. Ce seigneur , étant un jour à IVaplcs , et visitant les galères du port , eut la curiosité d'interroger les forçats i mais ils sc trouvèrent tous innocens , é l’exception d'un seul qui avona de bonne foi que si on lui avait fait Justice il aurait été pendu. Qu'on m'ôte d'ici ce coquin~ià , dit le duc en lui donnant la liberté , il gâterait tous ces honnêtes gens.
SATIBE XI.
Eu un mot , parcourons et la mer et la terre : Interrogeons marchands , financiers , gens de guerre , Courtisans, magistrats: chezéux, si je lescroi, L’interet ne peut rien , l’honneur seul fait la loi. Cependant lorsqu’aux yeux leur portant la lanterne (i^ ,
J’examine au grand jonr l’esprit qui les gouverne ,
Je n’aperçois partout q[ue folle ambition,
Faiblesse , iniquité , fourbe , corruption ,
Que ridicule orgueil de soi-méme idolâtre.
Le monde , à mou avis , est comme un grand the'âtre , Où chacun en public l’un par l’autre abuse Souvent à ce qu’il est joue un rôle opposé.
Tous les jours on y voit, omé d’un faux visage , Impudemment le fou représenter le sage ,
L’ignorant s’ériger en savant fastueux ,
Et le plus vil faquin trancher du vertueux.
Mais quelque fol espoir dont leur orgueil les berce , Bientôt on les connaît , et la vérité perce.
On a beau se farder aux yeux de l’univers ,
A la fin , sur quelqu’un de nos vices couverts Le public malin jette un œil inévitable ;
Et bientôt la censure , au regard formidable ,
Sait , le crayon en main , marquer nos endroits faux , Et nous développer avec tous nos défauts.
Du mensonge toujours le vrai demeure maître :
Pour paraître honnête hommô , en un mot , il faut l’être ;
(i) Diogène le Cynique portait une lanterne en plein jour , et disait qu’il cherchait un homme.
ia4 , SATIRE XI.
Et jamais , quoi qu’il fasse, un mortel ici-baS Ne peut aux yeux du monde être ce qu’il n’est pas. En vain ce misanthrope , aux yeux tristes et sombrciB , Veut, par im air riant, en éclaircir les ombres:
Le ris sur son visage est en mauvaise humeur ; L’agrément fuit ses traits , scs caresses fout peur ;
£les mots les plus flatteurs paraissent des rudesses ,
Et la vanité brille en toutes ses bassesses.
Le naturel toujours Ært et sait se montrer:
Vainement on l’arrête , on le force à rentrer :
Il rompt tout , perce tout , et trouve enfin passage.
Mais loin de mon projet je sens que je m’engage; Revenons de ce pas à mon texte égaré.
L’honneur partout , disais-je , est du monde admiré : Mais l’honneur en effet qu’il faut qvie l’on admire , Quel est-il , Valincourt ? pourras-tu me le dire ? L’ambitieux le met souvent à tout brûler ;
L’avare , à voir chez lui le Pactole (x) rouler ;
Un faux brave , , à vanter sa prouesse frivole ;
Un vrai fourbe , à jamais ne garder sa parole ;
Ce poète , à noircir d’insipides papiers ;
Ce marquis , à savoir frauder ses créanciers ;
Un libertin , à rompre et jeûnes et carême ;
Un fou perdu d’honneur, à braver l’honneur même. L’un d’eux a-t-il raison ? Qui pourrait le penser ? Qu’est-ce donc que l’honneur que tout doit embrasser ?
Esl-cc de voir , dis-moi , vanter notre éloquence ; D’exceller en courage , en adresse , en prudence ,
(') Rivière de l'Asie-Mineurc qui roule des paillettes d’or.
De voir à notre aspect tout trembler sous les cieux , De posséder enfin mille dons précieux ?
Mais , avec tous ces dons de l’esprit et de l’ame ,
Un roi même souvent peut n’être qu’un infâme , Qu’un Hérode , un Tibère effroyable à nommer.
On donc est cet bouneur qui seul doit nous charmer? Quoi qu’en ses beaux discours St-Evremont nous prône , Aujourd’hui j’en croirai Sénèque avant Pétrone (i).
Dans le monde il n’est rien de beau que l’équité ; Sans elle , la valeur , la force , la bonté ,
Et toutes les vertus dont s’éblouit la terre ,
« Ne sont que faux brillans et que morceaux de verre ; Un injuste guerrier , terreur de l’univers ,
Qui sans sujet courant chez cent peuples divers ,
S’en va tout ravager jusqu’aux rives du Gange ( 2 ), N’est qu’un plus grand voleur (3) que du Tertre et Saint-Auge (4).
L’auteur oppose la morale austère cIc Sénèque k la morale licaneieuse de Pétrone , et condamne le sentiment de Saint-Erremont qui , en vrai philosophe épicurien , prenait Pétrone pour son héros en fait de morale.
( 3 ) Alexandre-le-Grand , après avoir soumis une partie de l’Asie , voulut assujettir le reste de l'Orient , et porter ses conquêtes' au-delh du Gange ; mais ses soldats refusèrent de le suivre.
(3} Ce vers et les trois précédons contiennent le sens de la réponse que fit un pirate au même Alexandre qui lui reprochait sa condition : Je suis un pirate , dit-il , parce que je n'al qu'un vaisseau : si j'avais une armée navale , je serais un conquérant,
(4) Du Tertre , joueur do profession, qui finit par être voleur, Saint-Ange , autre voleur,
Du premier des Césars on vante les exploits ;
Mais dans (juel tribunal , jugé suivant les lois ,
Eût-il pu disculper son injuste manie ?
Qu’on livre son pareil , en France , à La Reynie (i) , Dans trois jours nous verrons le phénix des guerriers Laisser sur l’échafaud sa tête et ses lauriers (a) : C’est d’un roi que l’on tient cette maxime auguste (5) , Que jamais on n’est grand qu’autantque l’on est juste. Rassemblez à la fois Mithridate et Sylla ( 4 ) ; Joignez-y Tamerlan , Genseric , Attila (5) ;
Lieutenant-général de police.
( 3 ) Jules-César était chauve , et il cachait ce défaut autant qu’il pouvait. C’est pourquoi , parmi les honneurs que le sénat et le peuple lui déférèrent , il reçut et conserva plus volontiers le privilège de porter toujours une couronne de lauriers. C’est à quoi ce vers fait allusion.
(3) Agésilas , roi de Sparte , selon Plutarque , traduit par Amyot I twait toujours accoutumé de dire en ses privés devis que la justice était la première de toutes tes vertus , pour autant , disait-il , que la prouesse ne vaut rien si elle n’est conjointe avec la justice , et que si tous les hommes étaient justes , alors on n’aurait que faire de la prouesse. Et à ceux qui disaient : Le grand roi ( le roi de Perse ) le veut ainsi : Et en quoi , disait-il , est-il plus grand que moi , s’il n’est plus juste !
(4) Mithridate , fameux roi de Pont.
Sylla , surnommé V Heureux : titre qu'il cûj porté plus justement , dit Yelléius , s’il eût cessé de vivre le jour qu'il acheva de vaincre.
(5) Tamerlan , empereur des Tartaies , subjugua presque tout l’Orient , et mourut en l'an i4o5.
Genseric , roi des Vandales en Espagne , conquit l'Afrique sur les Romains dans le cinquième siècle.
Attila , roi des Huns , qui ravagea une grande partie de l’Europe au cinquième siècle.
Tous ces fiers conquéraus , rois , priuccs , capitaines , Sont moins grands à mes yeux , que ce bourgeois d’Athènes (i) ,
Qui sut , pour tous exploits , doux , modéré , frugal , Toujours vers la justice aller d’un pas égal.
Oui , la justice en nous est la vertu qui brille.
Il faut de ses couleurs qu’ici-bas tout s’habille.
Dans un mortel chéri , tout injuste qu’il est,
C’est quelque air d’équité qui séduit et qui plaît.
A cet unique appAt l’ame est vraiment sensible ; Même aux yeux de l’injuste, un injuste est horrible ; Et tel qui n’admet point la probité chez lui ,
Souvent à la rigueur l’exige- chez autrui.
Disons plus ; il n’est point d’âme livrée au vice ,
Oui ’on ne trouve encor des traces de justice.
Chacun de l’équité ne fait pas son flambeau ,
Tout n’est pas Caumartin, Bignon, ni d’Aguesseau (a) ; Mais jusqu’en ces pays où tout vit de pillage,
Chez l’Arabe et le Scythe , elle est de quelque usage, Et du butin acquis en violant les lois ,
C’est elle entr’eux qui fait le partage et le choix. Concluons qu’ici-bas le seul honneur solide ,
C’est de prendre toujours la vérité pour guide.
De regarder en tout la raison et la loi ;
D ctre doux pour tout autre , et rigoureux pour soi ; •
(i) Socrate. >.
(a) Canmartin , intendant des finances. — L’abbé Bignon , ,
de l'Académie française. — D’A^esseau , depuis chancelier de France ; trois personnages illostres par leur sévère probité.
D'accomplir tout le bien que le Ciel nous inspire ,
Et d’étre juste enfin : ce mot seul veut tout dire.
Je doute que le flot des vulgaires humains A ce discours pourtant donne aisément les mains ;
Et pour t’en dire ici la raison historique ,
Souffre que je l’habille en fable allégorique.
Sous le bon roi Saturne , ami de la douceur , L’Honneur, cher Valincourt, et l’Equité, sa sœur. De leurs sages conseils éclairant tout le monde , Régnaient, chéris du ciel, dans une paix profonde. L’Honneur , beau par soi-méme , et sans vains omemens(i),
N’étalait point aux yeux l’or ni les diamans :
Et jamais ne sortant de ses devoirs austères , Maintenait de sa sœur les règles salutaires.
Mais , une fois au ciel par les dieux appelé ,
Il demeura long-temps au séjour étoilé.
Un fourbe , cependant , assez haut de corsage ,
Et qui lui ressemblait de geste et de visage ,
Prend son temps , et partout ce hardi suborneur S’en va chez les humains crier qu’il est l’honneur ; Qu’il arrive du ciel , et que , voulant lui-mème Seul porter désormais le faix du diadème ;
De lui seul il prétend qu’on reçoive la loi.
A ces discours trompeurs le monde ajoute foi. L’innocente équité honteusement bannie Trouve à peine un désert où fuir l’ignominie.
(0 Romains représentaient V Honneur sous la 6gure d’un jeune homme qui portait d’une main la haste de la dirinité , et dans l'autre la corne d'abondance.
sATint; XI. 1^9
Aussitôt , sur uü trône éclatant de rubis ,
L’imposteur monte orné de superbes habits.
La hauteur , le dédain , l’audace l’environnent ;
Et le luxe et l’orgueil de leurs mains le couronnent. Tout fier, il montre alors un front plus sourcilleux.
Et le mien et le tien , deux frères pointilleux ,
- Par son ordre , amenant les procès et la guerre ,
En tous lieux de ce pas vont partager la terre ;
Eu tous lieux , sous les noms de bon droit et de tort , Vont chez elle établir le seul droit du plus fort.
Le nouveau roi triomphe , et sur ce droit inique Bâtit de vaines lois un code fantastique :
Avant tout aux mortels prescrit de se venger,
L’un l’autre au moindre affront les'force à s’égorger.
Et dans leur âme en vain de remords combattue Trace en lettres de sang ces deux mots ; Meurs ou. tue.
Alors , ce fut e.lors , sous ce vrai Jupiter ,
Qu’on vit naître ici*bas le noir siècle de fer(i).
Le frère au même instant s’arma-contre le frère :
Le fils trempa les mains dans le sang de son père : La soif de commander enfanta les tyrans ,
Du Tanaïs au Nil porta les conquérans (2) :
L’ambition passa pour la vertu sublime :
Le crime heureux fut juste , et cessa d’être crime.
(i) Ovide, Métamorph. , liv. 1.
Protinus irrupit vena pejoris in tevum Omne nef as , etc.
(a) Justin , liv a , ch. S , rapporte que les premiers conquérans sortirent de la Scythie arrosée par le Tanaïs , et chassèrent Vexoris ou Sésostris , roi d’Egypte , qui voulait les soumettre à sa domination.
l3o SATIRE XI.
On ne vit plus que haine et que division ,
Qu’envie, effroi, tumulte, horreur, confusion.
Le véritable Honneur sur la voûte céleste Est enfin averti de ce trouble funeste.
Il part sans différer , et , descendu des cieux ,
Va partout se montrer dans les terrestres lieux ;
Mais il n’y fait plus voir qu’un visage incommode. On n’y peut plus souffrir ses vertus hors de mode ,
Et lui -même , traité de fourbe et d’imposteur ,
Est contraint de ramper aux pieds du séducteur. Enfin , las d’essuyer outrage sur outrage ,
Il livre les humains à leur triste esclavage ;
S’en va trouver sa sœur ; et , dès ce même jour , Avec elle s’envole au céleste séjour.
Depuis , toujours ici , riche de leur ruine ,
Sur les tristes mortels le faux honneur domine , Gouverne tout , fait tout dans ce bas univers ,
Et peut-être est-ce lui qui m’a dicté ces vers.
Mais en fut-il l’auteur, je conclus de sa fable ,
Que ce n’estqu’en Dieu seul qu’est l’honneur véritable.
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DE L’ADTEUR
POUR SERVIR d’apologie A LA SATIRE SUIVANTE.
Quelque heureux succès qiâaient eu mes ouvrages , f avais résolu , depuis leur dernière édition , de ne plus rien donner au public ; et quoiqu’à mes heures perdues , il y a environ cinq ans (i), f eusse encore fait une satire contre ^équivoque , loin de la publier y je la tenais soigneusement cachée , et je ne croyais pas que , moi vivant , elle dût jamais voir le jour, ^insi donc y aussi soigneux désormais de me faire oublier que f avais été autrefois curieux de faire parler de moi , je jouissais , à mes infirmités près , et une assez grande tranquillité, lorsque tout d*un coup fcù appris qu'on débitait dans le monde , sous mon nom , quantité de méchans écrits, et entd autres une pièce en vers (2) contre les Jésuites , également odieuse et in-
(13 Ce discoors fut composé en 1710.
(a} L’ouvrage dont il s’agit ici était une épitre d’environ soixante vers. Boileau fat très-mortifié d’apprendre qu'on l’en croyait l’auteur. Voici dans quels termes il en marqua sa pensée à un jésuite du collège de Louis-lc-Grand : Je déclare qu'il ne s’ est Jamais rien fait de plus mauvais ni de plus sottement injurieux que cette grossière boutade de quelque cuistre du collège de V Université ; et que si Je Vavais faite Je me mettrais moi-même bien au-dessous des Coras , des Pelletier et des Cotin.
l3a DISCOURS
sipide , et oii ton me faisait en mon propre nom dire à toute leur société des injures les plus aU'oces et les plus grossières. J'avoue que cela m*a donné un très^ grand chagrin; car , bien que tous les gens sensés aient connu sans peine que la pièce n'était point de moi , et qu'il n'y ait eu que de très^petits esprits qui aient présumé que fen pouvais être Vauteur , la vérité est pourtant que je n'ai pas regardé comme un médiocre aff'ont de me voir soupçonné , même par des ridicules , d'avoir fait un ouvrage si ridicule.
J'ai donc cherché les moyens les plus propres pou!' me laver de cette infamie ; et , tout bien considéré , je n'ai point trouvé de meilleur expédient que de faire imprimer ma satire contre VEQÜIf^OQUE , parce qu'en la lisant les moins éclairés , même de ces petits esprits , ouvriraient peut-être les yeux , et verraient manifestement le peu de rapport qu'il y ade mon style , même en l'dge ou je suis , au style bas et rampant de Vauteur de ce pitoyable écrit. Ajoutez à cela que je pouvais mettre à la tête de ma satire , en la donnant au public , un avertissement en manière de préface , où je me justifierais pleinement et tirerais tout le monde (Veneur. C'est ce que je fais aujourd'hui ; et f espère que le peu que je viens de dire produira Vcjfct que je me suis proposé. Il ne reste donc plus maintenant qu'à parler de la satire pour' laquelle est fût ce discours.
Je Vai composée par le caprice du monde le plus bizarre , et par une espèce de dépit et de colère poéti-‘ que , s'il faut ainsi dire , qui me saisit à l'occasion de ce que je vais raconter. Je me promenais dans mon jardin à Anteuil , et rêvais en marchant à un poème que
DE L’AUTEUR. l33
je voulais faire' contre les mauvais critiques de notre siècle. J'en avcùs déjà même composé quelques vers dont rétais assez content ; mais , voulant continuer , je m'aperçus qu'il y avait dans ces vers une équivoque de langue ; et m'étant sur-le-champ mis en devoir de la corriger , je n'en pus jamais venir à bout. Cela m'irrita de telle manière , qiêau lieu de ni appliquer davantage à réformer cette équivoque, et de poursuivre mon poème contre les faux critiques , la folle pensée me vint de faire , contre t équivoque même , une satire qui pût me venger de tous les chagrins qiêeüe m'a causés depuis que je me mêle (décrire. Je vis bien que je ne rencontrerais pas de médiocres difficultés à mettre en vers un sujet si sec; et même il s'en présenta d^ abord une qui m'arrêta tout court : ce fut de savoir duquel des deux genres , masculin ou féminin , je ferais le mot équivoque , beaucoup d'habiles écrivains , ainsi que le remarque Vaugehxs , le faisant masculin. Je me déterminai pow'tant assez vite au féminin, comme au plus usité des deux. ; et , bien loin que cela empêchât Pexécution de mon projet , je crus que ce ne serait pas une méchante plaisanterie de commencer ma satire par cette difficulté menu, C*est ainsi que je m'engageai dans la composition de cet ouvrage.
C'est au public maintenant à voir si fai bien ou mal réussi. Je n'emplotrai point ici , non plus que dans les préfaces de mes autres écrits , mon adresse et ma rhétorique à le prévenir en ma faveur. Tout ce que je puis . lui dire , dest que fai travaillé cette pièce avec le même soin que toutes mes autres poésies. Une chose pow'taht dont il est bon que les lecteurs soient avertis^
l3 I DISCOUBS DE L’AUTEUR.
c'est qu'en, attaquant l'équivoque je n'ai pas pris ce mot dans toute V étroite rigueur de sa signijicaüon gram-^ maticale; le mot équivoque , en ce sens-là, ne voidant dire qiiune ambiguité de paroles; mais que je Vai pris , comme le prend ordinairement le commun des hommes , pour toutes sortes (f ambiguités de sens , de pensées , d'expressions , et enfin pour tous ces abus et toutes ces méprises de Cesprit humain , qui font, qu'il prend souvent une chose pour une autre; et (fest dans ce sens que fai dit que Vidoldtrie avait pris naissance de l'équivoque ; les hommes , à mon avis , ne pouvant jms s'équivoquer plus lourdement que de prendre des pierres , de Vor et du cuivre pour Dieu, J'ajoutei'ai à cela que la Providence divine , ainsi que je l'établis clairement dans ma satire , n'ayant permis chez eux cet horrible aveuglement qu'en punition de ce que leur premier père avait prêté V oreille aux promesses du démon , j'ai pu conclure infailliblement que l' idolâtrie est un fruit, ou , pour mieux dire , un véritable enfant de V équivoque. Je ne vois donc pas qi.'on me puisse faire sur cela aucune bonne critique , surtout ma satire étant un pur jeu d'esprit où il serait ridicule d exiger une précision géométrique de pensées et de paroles.